La est une formation géologique située dans le sud de la France et datant du Crétacé supérieur (Campanien supérieur au Maastrichtien inférieur) il y a entre d’années environ.
Cette formation se compose de marnes, de grès, de conglomérats, et de siltites, correspondant à des dépôts fluviatiles (chenaux de rivières et plaines inondables) déposés dans ce qui était alors l’île Ibéro-Armoricaine, une terre émergée constituée d’une grande partie de la France et de la péninsule Ibérique.
La formation des marnes rouges inférieures contient de nombreux fossiles de vertébrés terrestres et est particulièrement riche en ossements de dinosaures sauropodes titanosauriens.
Localisation La formation des marnes rouges inférieures est localisée dans les départements de l’Aude et de l’Ariège en région Occitanie. Elle affleure principalement dans le synclinal de Rennes-les-Bains, situé dans la Haute vallée de l'Aude, dont les roches s’observent notamment près des villages de Campagne-sur-Aude, Espéraza, Fa, Granès, Rennes-le-Château, Brenac, et Saint-Ferriol. La formation repose en continuité sur la formation des grès d’Alet et est surmontée par la formation des calcaires et argiles de Vignevieille.
La formation des marnes rouges inférieures est également présente en Ariège dans les anticlinaux de Benaix, de Dreuilhe, de Péreille, et du Mas d’Azil, où elle est discordante sur plusieurs formations du Crétacé supérieur d’âge Coniacien à Campanien supérieur.
Lithostratigraphie et environnement de dépôt La formation des marnes rouges inférieures atteint environ d’épaisseur et est subdivisée en quatre membres comprenant de bas en haut : Membre des marnes rouges de Campagne : ce membre est composé de marnes sableuses ocres à rouges, marmorisées, avec quelques niveaux de conglomérats et de grès. Ces roches correspondent à des limons de plaine d’inondation. Ces couches atteignent environ d'épaisseur selon Fondevilla ou selon Bilotte. Membre du grès des Estous : épais d’une dizaine de mètre (un peu moins selon Fondevilla ), ce membre est presque exclusivement composé de couches de grès parfois séparées par de minces niveaux de marnes rouges. Ces grès correspondent à d’anciens chenaux fluviatiles anastomosés. Membre des marnes rouges de la Maurine : ce membre est principalement composé de marnes rouges, associées à des marnes oranges, ocre-brunes et violettes en moindre quantité, et à quelques niveaux conglomératiques et silteux. Les marnes correspondent à des limons de plaines inondables alors que les intercalations conglomératiques et silteuses représentent d’anciens chenaux de rivières. La présence de nombreuses concrétions pédogénétiques calcaires et l’intense marmorisation des marnes indiquent l’existence de paléosols. Bilotte attribue à ce membre une épaisseur de . Fondevilla lui attribuent une épaisseur beaucoup plus importante, de l’ordre de environ. Membre du poudingue fleuri : ce membre de d’épaisseur est composé d’un conglomérat à matrice gréso-carbonaté et à ciment calcaire. Ce conglomérat est d’origine fluviatile et correspond à des bancs de gravier à gros galets. Par endroits, le poudingue fleuri constitue le sommet de la formation des marnes rouges inférieures et supporte directement les calcaires de la formation de Vignevieille. Dans d’autres sections, le poudingue fleuri est intercalé dans la partie supérieure du membre des marnes rouges de la Maurine.
Datation En 1985, Bilotte a signalé dans les marnes rouges de Campagne la présence d'une association palynologique suggérant un âge Campanien supérieur, et a par conséquent attribué un âge Maastrichtien aux trois membres sus-jacents.
En 2016, une étude magnétostratigraphique réalisé par Víctor Fondevilla a révélé que la partie supérieure des marnes rouges de Campagne, le grès des Estous, et les vingt premiers mètres des marnes rouges de la Maurine appartiennent au chron normal C32n correspondant au début du Maastrichtien inférieur. Plus précisément, les gisements à vertébrés de la partie basale des marnes rouges de la Maurine se situent au sommet du sous-chron C32n.1n, correspondant à un âge de 71,5 millions d’années. La suite des marnes rouges de la Maurine, ainsi que le poudingue fleuri, se situent dans le chron inverse C31r, correspondant à la partie supérieure du Maastrichtien inférieur. Le poudingue fleuri, situé au sommet de la formation des marnes rouges inférieures, aurait donc entre 70 et 69,5 millions d’années. Au-dessus, le Maastrichtien supérieur pourrait être limité à quelques mètres dans les calcaires de Vignevieille ou être totalement absent. Concernant les couches les plus anciennes de la formation des marnes rouges inférieures, la limite Campanien-Maastrichtien (fixée à 72,2 millions d’années) serait localisée en dessous de la section échantillonnée par Fondevilla , probablement dans la partie médiane ou inférieure des marnes rouges de Campagne, ou plus bas encore dans la formation des grès d’Alet. Ces résultats indiquent que, dans la Haute-Vallée de l'Aude, la formation des marnes rouges inférieures date presque exclusivement du Maastrichtien inférieur, seule la moitié inférieure des marnes rouges de Campagne datant peut-être du sommet du Campanien.
Dans le massif du Plantaurel en Ariège, la formation des marnes rouges inférieures devient plus jeune en raison de la migration progressive et diachronique des faciès continentaux vers l’ouest dans un contexte de régression marine. Dans cette région, les marnes rouges inférieures passent latéralement à la formation laguno-continentale des marnes d'Auzas d’âge Maastrichtien supérieur.
Le site de Bellevue
Le site de Bellevue à Campagne-sur-Aude est le principal site à vertébrés de la formation des marnes rouges inférieures et l’un des sites du Crétacé supérieur les plus riches d’Europe. Il a été découvert par les paléontologues amateurs Pierre Clottes et Christian Raynaud en 1982, mais les premières fouilles scientifiques n'ont débuté qu'en 1989, sous la direction des paléontologues Jean Le Loeuff et Éric Buffetaut. Cette découverte a conduit, en 1992, à la création du musée Dinosauria à Espéraza, qui abrite l'ensemble du matériel mis au jour à Bellevue.. Le gisement est situé à la base du membre des marnes rouges de la Maurine, juste quelques mètres au-dessus du membre du grés des Estous, et correspond à un ancien méandre de rivière où se sont accumulés de nombreux ossements désarticulés et des cadavres entiers. Les fossiles sont concentrés dans des niveaux conglomératiques et silteux de quatre à six mètres d’épaisseur intercalés dans les marnes. Les différents niveaux fossilifères (six recensés en 1999, puis sept en 2002) sont tous situés au toit des niveaux conglomératiques. L'état de conservation variable des ossements (de très érodés à très bien conservés), le plus souvent désarticulés, ainsi que la composition faunique, qui varie d'un niveau à l'autre, témoignent de transports plus ou moins importants et suggèrent des biais taphonomiques considérables dans la composition de la faune, qui ne saurait être considérée comme représentative d'un écosystème. Les traces de prédation sur les ossements sont fréquentes.
Le gisement de Bellevue a livré plusieurs milliers de fossiles dont au moins os de dinosaures appartenant majoritairement à des titanosaures. Ce site fut longtemps considéré comme un bone bed de titanosaure mono-spécifique représenté par Ampelosaurus atacis. Depuis les années 2010, plusieurs études ont suggéré la présence d'un assemblage de titanosaures multispécifiques à Bellevue. En 2012, Bernat Vila et al. ont distingué trois morphotypes d'après la morphologie des fémurs et ont provisoirement attribué l'un d'eux au genre Lirainosaurus. Une attribution générique invalidée par Veronica Díez Díaz et al. en 2013. En 2021, Veronica Díez Díaz et al. ont également admis l'existence d'un second titanosaure à Bellevue, mais ont constaté davantage de similitudes avec le genre Garrigatitan du Campanien supérieur de Velaux. En 2023 et 2024, Bernat Vila ont présenté lors de plusieurs congrès scientifiques les résultats préliminaires d’une étude approfondie des fossiles de titanosaures de Bellevue confirmant la présence sur ce site de plusieurs espèces de titanosaures (possiblement jusqu’à quatre espèces). Les premiers résultats de cette étude impliquent une future modification de la diagnose d’Ampelosaurus et du matériel qui lui est attribué, ainsi que la description d'au moins une nouvelle espèce.
Paléontologie La formation des marnes rouges inférieures renferme de nombreux fossiles de vertébrés continentaux. Ils sont surtout abondants à la base des marnes de la Maurine mais sont également présents dans le grès des Estous. Ces restes de vertébrés sont représentés par des dents et des ossements, ainsi que par des œufs plus ou moins complets et des fragments de coquilles. Quelques restes d'invertébrés (gastéropodes et bivalves d’eau douce) et de plantes sont également connus. La macroflore, retrouvée notamment à Bellevue, est représentée par des feuilles de palmiers et de cycas, ainsi que par des fragments de bois d'angiospermes provenant d'arbres de 10 à 15 m de haut.
Poissons Poissons de la formation des marnes rouges inférieures Genre Espèce Localité Position stratigraphique Matériel Notes Images Axelrodichthys A. megadromos Bellevue Marnes rouges de la Maurine (partie inférieure) MDE-C3-02-57, un fragment de pavé dentaire Un coelacanthe d’eau douce Mawsoniidae Lepisosteus Indéterminé Bellevue Marnes rouges de la Maurine (partie inférieure) Représenté par des écailles ganoïdes et des dents Un brochet crocodile
Crocodyliformes Crocodyliformes de la formation des marnes rouges inférieures Genre Espèce Localité Position stratigraphique Matériel Notes Images Allodaposuchidae Indéterminé Bellevue Marnes rouges de la Maurine (partie inférieure) Un arrière crâne (MDE C3-276) publié en 2017 a été attribué à un Allodaposuchidae indéterminé. D’autres restes d’Allodaposuchidae non publiés sont représentés par un crâne complet (MDE-C3-1402), des vertèbres, des os des membres et du bassin, et des dents isolées.Le crâne complet, bien que n’ayant encore été ni décrit ni figuré, fut dans un premier temps attribué à Allodaposuchus precedens, une espèce qui s’est révélée par la suite être endémique à l’Europe de l’est. Le crâne complet de Bellevue montrerait davantage de similitudes avec les taxons espagnols Musturzabalsuchus buffetauti et Allodaposuchus subjuniperus avec lesquels il partage un profil latéral du museau fortement festonné.
Tortues Tortues de la formation des marnes rouges inférieures Genre Espèce Localité Position stratigraphique Matériel Notes Images Compsemydidae Nouveau taxon Bellevue Marnes rouges de la Maurine (partie inférieure) Un crâne et une plaque costale Un taxon non publié proche de Calissounemys matheroni du Campanien supérieur du Var Foxemys F. mechinorum Bellevue Marnes rouges de la Maurine (partie inférieure) Un crâne partiel (MDE-C3-774) et des éléments de la carapace Une tortue aquatique Bothremydidae
Pterosauria Pterosauria de la formation des marnes rouges inférieures Genre Espèce Localité Position stratigraphique Matériel Notes Images Pterosauria Indéterminé Bellevue Marnes rouges de la Maurine (partie inférieure) Plusieurs fragments d’os creux ; et possiblement une dernière phalange du quatrième doigt.
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