Michel Steiner, né le 15 janvier 1934 à Soissons (Aisne) et mort le 27 novembre 2022 à Avignon (Vaucluse), est un peintre et enseignant français.
Formé à l'École nationale des beaux-arts de Bourges, où il suit notamment l’enseignement du peintre Louis Thibaudet et du sculpteur Marcel Gili, il participe à la fin des années 1950 et au début des années 1960 aux activités du Groupe de Bourges, avant de présenter ses premières expositions personnelles à Paris en 1962.
Installé en Provence à partir de 1962, il poursuit son activité de peintre tout en menant une carrière dans l'enseignement artistique. Professeur puis directeur de l'École des beaux-arts d'Avignon, il développe une œuvre essentiellement picturale, dans laquelle le dessin occupe également une place importante. Sa peinture et ses dessins s'organisent notamment autour du modèle, du paysage, de la lumière et des objets du quotidien.
Son œuvre entretient également un dialogue suivi avec la poésie, la littérature et le théâtre. Il réalise notamment des livres avec ou autour de textes de Philippe Jaccottet, Bernard Vargaftig, Bernard Noël et Charles Juliet, et collabore dans le domaine théâtral, notamment à l'occasion du Festival d'Avignon. Son œuvre a fait l'objet de nombreuses expositions personnelles et collectives en France et à l'étranger et est représentée dans plusieurs collections publiques françaises.
Biographie
Enfance et formation
Michel Steiner naît le 15 janvier 1934 à Soissons (Aisne). Son père, Eugène Louis Steiner, sous-officier de carrière, est tué au combat le 23 mai 1940. Reconnu pupille de la Nation, il poursuit une partie de sa scolarité dans les écoles militaires préparatoires des Andelys (Eure) puis d'Autun (Saône-et-Loire)Edmond Hort, « Michel Steiner, le peintre et son modèle », Le Fou parle, décembre 1980, p. 35.. À l'issue de ce parcours, il choisit de ne pas poursuivre la voie militaire à laquelle son éducation semblait le destinerMartine Lafon, « Michel Steiner, le peintre et son modèle », Calades, avril 1987.. Il entre alors, en 1953, à l'École nationale des beaux-arts de Bourges, où il suit notamment l'enseignement du peintre Louis Thibaudet et du sculpteur Marcel GiliLumière | présence. Carnets 1954-2001, extraits, Lumière Présence Éditions, Montpellier, 2016, p. 4.. La même année, il rencontre Geneviève, qui deviendra l'un de ses principaux modèles.
Bourges et les débuts parisiens (1953-1962)
Pendant ses années de formation à Bourges, Michel Steiner participe à plusieurs expositions collectives réunissant de jeunes artistes issus de l'École nationale des beaux-arts. En 1961, il rejoint le Groupe de Bourges, composé de dix artistes formés dans l'établissement. Du 4 au 25 octobre, le groupe présente cent vingt dessins à la galerie Bruno Bassano, à Paris. Le catalogue de l'exposition réunit des textes de Marcel Gili, de Bruno Bassano et des artistes participants, et reproduit un dessin de Michel Steiner intitulé NuGroupe de Bourges. 120 dessins, Galerie Bruno Bassano, Paris, 1961..
La même année, il participe au 12e Salon de la Jeune Peinture, organisé au musée d'Art moderne de la Ville de Paris12e Salon de la Jeune Peinture, 1961.. Ces premières participations parisiennes sont commentées dans la presse nationale et régionale, notamment dans Le Figaro littéraire« Courrier des ateliers », Le Figaro littéraire, 14 octobre 1961. et dans LibérationGuy Dornand, « École de Bourges », Libération, 19 octobre 1961, p. 7. et dans Le Berry républicain.
En février 1962, Michel Steiner présente sa première exposition personnelle à la galerie Saint-Placide – La Cave, à Paris. Celle-ci fait l'objet de plusieurs comptes rendus critiques dans Libération, Le Berry républicainJean Goldman, « Débuts parisiens (en solo) de Michel Steiner », Le Berry républicain, 13 février 1962. et ArtsChristine Gleiny, « Michel Steiner. Écriture réfléchie », Arts, no 857, 21-27 février 1962..
Installation en Provence et enseignement (1962-1976)
En 1962, Michel Steiner est nommé professeur à l'École des beaux-arts d'AvignonI. S., « Beaux Arts : cherche directeur désespérément », Le Comtadin, 5 mars 1994.. Il s'installe alors en Provence, où il continue à peindre tout en enseignant« Journaux intimes », Journal du C.R.A.C., octobre 1984.. Durant cette période, il participe à la formation de plusieurs générations d'élèvesLumière | présence. Carnets 1954-2001, extraits, Lumière Présence Éditions, Montpellier, 2016, p. 56..
Son enseignement donne lieu à plusieurs expériences pédagogiques interdisciplinaires. L'une des plus importantes est consacrée au Couronnement de la Vierge d'Enguerrand Quarton, conservé au musée Pierre-de-Luxembourg de Villeneuve-lès-Avignon« Le Couronnement de la Vierge », POP – Plateforme ouverte du patrimoine, ministère de la Culture, https://pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/04640036274, consulté le 29 juillet 2026.. Mené durant l'année scolaire 1975-1976 avec les étudiants de l'École des beaux-arts d'Avignon, ce projet associe l'analyse de l'œuvre, l'histoire de l'art, la pratique du dessin, la photographie, la vidéo et la réalisation d'une exposition publiqueMichel Steiner et Françoise Ritzenthaler, « Une expérience pédagogique autour d'un tableau. Journal de bord de deux enseignants », Études vauclusiennes, nos XXIV-XXV, juillet 1980-juin 1981, p. 51-53, ISSN 0153-9221.. L'équipe pédagogique réunit plusieurs enseignants de disciplines complémentaires, parmi lesquels Françoise Ritzenthaler, ainsi que les photographes Willy Ronis et Daniel Erkens, associés aux travaux consacrés à la photographie.
Enseignement à Valence (1976-1985)
En 1976, Michel Steiner rejoint l'école des beaux-arts de Valence, où il poursuit son activité d'enseignant tout en continuant à peindre. Il approfondit également sa réflexion sur les liens entre création artistique et enseignement. Cette période précède sa nomination à la direction de l'École des beaux-arts d'Avignon en 1985.
Direction de l'École des beaux-arts d'Avignon (1985-1994)
En 1985, Michel Steiner est nommé directeur de l'École des beaux-arts d'Avignon, où il succède à Marc Partouche. Dès sa prise de fonctions, il affirme sa volonté d'ouvrir davantage l'école sur la ville et sur le Festival d'Avignon, en favorisant les échanges entre l'établissement, les institutions culturelles et la création contemporaineCatherine Esteve, « Michel Steiner (nouveau directeur) : “Ouvrir l'école sur la ville et le festival” », Le Méridional, 22 octobre 1985, p. 3..
Il cherche notamment à rapprocher l'enseignement des arts plastiques des arts du spectacle. Sans vouloir faire de l'établissement une école de scénographie, il souhaite former des plasticiens susceptibles de confronter leur travail à d'autres disciplines artistiques, notamment à la scène et au théâtreChantal Seignoret, « Beaux-Arts : perspective », 9 mai 1989.. Cette orientation se traduit notamment par des rencontres avec des professionnels du théâtre et par l'introduction d'enseignements liés à la danse.
Sous sa direction, l'école développe notamment son enseignement de la conservation et de la restauration des œuvres peintes, ainsi qu'une section « art-étude » mise en place à la rentrée 1993-1994Mitzi Gerber, « Deux donations pour une école d'art en bonne santé », Vaucluse Matin, 10 décembre 1993.Ariane Silvestre, « Adieu le directeur, bonjour l'artiste », Le Provençal, 15 janvier 1994.. Ses fonctions de directeur ne l'éloignent pas de la peinture.
Il prend sa retraite en 1994.
Les dernières années (1994-2022)
Après son départ à la retraite en 1994, Michel Steiner se consacre entièrement à la peinture. De nouvelles expositions et plusieurs publications témoignent également du dialogue qu'il entretient avec des écrivains et des poètesLumière | présence. Carnets 1954-2001, extraits, Lumière Présence Éditions, Montpellier, 2016, p. 57.Béatrice Bonhomme, « Michel Steiner : une pénétration en plein cœur de l'Être », NU(e), no 36, Association NU(e), Nice, 2007, p. 21-24.Anthony Cheal Pugh, « Michel Steiner, Philippe Jaccottet et Bernard Vargaftig : images, mots et gouffres », NU(e), no 36, Association NU(e), Nice, 2007, p. 59-66..
En 2018 et 2019, l'exposition Bruissement du silence est présentée conjointement au cloître Saint-Louis d'Avignon et à la tour Philippe-le-Bel de Villeneuve-lès-Avignon. Réunissant un ensemble représentatif de son œuvre, elle est organisée entre deux villes relevant de deux départements et de deux régions distinctes et s'accompagne de la publication d'un catalogueBruissement du silence, Lumière Présence Éditions, Montpellier, 2018, .Jacquie Manoël Colin, « Bruissement du silence, l'expo événement de Steiner », La Provence, 6 décembre 2018.Jacquie Manoël-Colin, « La disparition – Michel Steiner était l'artiste de la lumière », La Provence, 29 novembre 2022..
Michel Steiner meurt le 27 novembre 2022 à Avignon.
Œuvre
Une peinture du regard vignette|droite|Présence dans l'atelier. Huile sur toile.
Les critiques consacrées à l'œuvre de Michel Steiner soulignent que sa peinture ne se limite pas à la représentation du visible. Ils mettent en avant une démarche fondée sur le regard, entendu comme une relation entre le peintre, le modèle et le spectateurBernard Noël, « Le Roman du leurre », dans Michel Steiner. Peindre intime, Centre de recherche et d'action culturelle, Valence, 1984.Lionel Verdier, « Où le visage ne fut jamais donné. Diptyque pour Michel Steiner », NU(e), no 36, Association NU(e), Nice, 2007, p. 31-36.Muriel Botella, « Steiner, ou la relation au modèle », L'Air d'Avignon, mai 1990, p. 47.. Cette conception du regard structure l'ensemble de son œuvre et relie les différents sujets qu'il aborde.
La présence
Pour les critiques, la présence constitue l'une des notions centrales de l'œuvre de Michel Steiner. Qu'il peigne un modèle, un paysage ou une nature morte, sa peinture ne cherche pas seulement à en restituer l'apparence, mais à rendre perceptible la présence des êtres et des choses dans l'espace du tableauMichèle Mesnard et Yvain Bornibus, « Le modèle », NU(e), no 36, Association NU(e), Nice, 2007, p. 37-40..
Le modèle
Le modèle est au cœur de l'œuvre de Michel Steiner. Les critiques montrent que sa peinture ne relève pas du portrait anecdotique mais d'une recherche sur la présence et le temps, dans laquelle le modèle devient le lieu d'une relation entre le peintre et celui ou celle qui pose.
Geneviève occupe une place importante parmi les modèles de Michel Steiner, sans en être l'unique figure. Ses enfants, ses petits-enfants, ses élèves, ainsi que de nombreuses autres personnes, apparaissent également dans son œuvre, sans que leur représentation relève d'une approche psychologique ou narrative.
La lumière vignette|droite|Bouquet de pinceaux. Huile sur toile.
La lumière est l'un des éléments majeurs de l'œuvre de Michel Steiner, mais les critiques la présentent moins comme un sujet que comme l'une des manifestations d'une recherche plus large sur le regard et la présencePierre Tilman, « Passage des blancheurs », NU(e), no 36, Association NU(e), Nice, 2007, p. 55-58.Philippe Jaccottet, « Dans la lumière de Vaucluse », NU(e), no 36, Association NU(e), Nice, 2007, p. 47-50.. Ils soulignent qu'elle structure l'espace du tableau et contribue à révéler les formes.
Cette recherche s'exprime aussi bien dans les portraits que dans les paysages ou les natures mortes, où elle contribue à faire émerger la présence des êtres et des choses plutôt qu'à décrire un effet de lumière.
Le dessin
Le dessin occupe une place importante dans le travail de Michel Steiner. Présent tout au long de son parcours, il se déploie aussi bien dans les carnets et agendas que dans les études préparatoires ou les œuvres autonomes, témoignant de la continuité de sa pratique artistiqueLumière | présence. Carnets 1954-2001, extraits, Lumière Présence Éditions, Montpellier, 2016, p. 42..
Le paysage vignette|droite|Grand ciel. Huile sur toile.