Urva auropunctata, la Mangouste à points dorés, mais plus communément désignée sous les noms de Petite mangouste indienne et Mangouste tachetée, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Herpestidés. Cette petite urva est indigène du Sud et du Sud-Ouest de l'Asie, sa répartition naturelle s'étend du Moyen-Orient jusqu'en Birmanie. Elle a été délibérément introduite par l'Homme à la fin du dans de très nombreuses régions insulaires tropicales, notamment aux Caraïbes, à Hawaï et aux îles Fidji, où elle s'est révélée être une espèce envahissante redoutable.
Carnivore généraliste et diurne particulièrement adaptable, elle fréquente une vaste gamme de milieux ouverts et forestiers. Elle se nourrit d'une grande variété de proies incluant des invertébrés, des rongeurs, des reptiles, des œufs d'oiseaux et de tortues marines, ainsi que des fruits. En raison de sa large répartition mondiale et de son abondance globale, l'espèce est classée en « Préoccupation mineure » (LC) par l'UICN.
Dénominations Nom scientifique valide : Urva auropunctata (B. H. Hodgson, 1836) selon ; Nom normalisé anglais : Small Indian mongoose ; Nom vulgaire recommandé en français : Mangouste à points dorés ; Noms vulgaires typiques en français : Petite mangouste indienne , Mangouste tachetée ; Noms vernaculaires : Urva, Mangouste Noms vernaculaires locaux : Mangous ou Manglous (en créole antillais) .
Étymologie Le nom de genre Urva dérive du terme népalais « Arva » ou « Urva », autrefois attribué aux mangoustes régionales. L'épithète spécifique auropunctata combine la racine latine aurum (« or ») et le participe passif punctata (« piqueté » ou « moucheté »), caractérisant les teintes dorées qui traverses le pelage de l’animal selon Hodgson.
Taxonomie L'espèce est décrite pour la première fois en 1836 par le naturaliste britannique Brian Houghton Hodgson sous le protonyme de Mangusta Auropunctata. L'épithète spécifique auropunctata fait directement référence à la coloration brun-olive foncé du pelage, finement traversée de jaune doré en raison de la présence de quatre à cinq anneaux noirs et dorés sur chaque poil de couverture. Hodgson note la petite taille de l'animal (longueur corps-tête de , soit environ ) par rapport aux autres espèces du Népal, ainsi que sa fourrure courte, douce et couchée, et ses molaires hérissées de pointes rappelant celles des insectivores.
Pendant longtemps, la Mangouste à points dorés a été traitée comme une sous-espèce de la Mangouste de Java (Urva javanica) sous la combinaison Herpestes javanicus auropunctatus, notamment par Pocock et Wozencraft . Toutefois, les analyses génétiques moléculaires et morphologiques comparées menées par Veron et al. et Patou et al. ont démontré un isolement génétique complet et une divergence nette entre les populations de l'Asie du Sud et celles du Sud-Est asiatique, confirmant leur statut d'espèces distinctes . Le taxon Herpestes palustris Ghose, 1965, originaire des zones humides du Bengale, est également considéré comme un synonyme d'Urva auropunctata .
Les études phylogénétiques moléculaires ayant démontré que les neuf espèces de mangoustes asiatiques forment un groupe monophylétique distinct des formes africaines, elles ont été transférées dans le genre réhabilité Urva, fixant la combinaison valide sous le nom d'Urva auropunctata .
Liste des sous-espèces Selon , l'espèce comprend trois sous-espèces valides :
+ Tableau synthétique des sous-espèces de Urva auropunctata selon : Taxon, auteur et année Répartition et caractéristiques Synonymes historiques Urva auropunctata auropunctata(Hodgson, 1836)Mangouste à points dorés Nord de l'Inde et Népal (régions centrales et plaine du Gange). Sous-espèce nominale à la fourrure fine tavelée d'or. * Mangusta Auropunctata Hodgson, 1836* Herpestes javanicus auropunctatus (Hodgson, 1836) Urva auropunctata birmanica(O. Thomas, 1886) Nord-Est de l'Inde, Birmanie et régions limitrophes de l'Asie du Sud-Est. * Herpestes auropunctatus birmanicus O. Thomas, 1886* Mungos birmanicus (O. Thomas, 1886) Urva auropunctata palustris(Ghose, 1965) Bengale-Occidental (Inde, région de Kolkata). Adaptée aux milieux marécageux. * Herpestes palustris Ghose, 1965* Herpestes javanicus palustris Ghose, 1965 Phylogénie Phylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004), Barycka (2005) et Patou et al. (2009) :
Description
La Mangouste tachetée est un petit carnivore au corps particulièrement allongé, mince et élancé, doté de membres courts et d'une grande dextérité dans les pattes. La longueur tête-corps varie entre , tandis que la queue, conique et très fournie à la base, mesure de , représentant environ 60 à 80 % de la longueur du corps. La masse corporelle des adultes s'échelonne entre , les mâles étant en moyenne 15 à 20 % plus lourds que les femelles. Lors de l'opération d'éradication menée sur l'îlet à Fajou en Guadeloupe, la masse moyenne des adultes était de , avec un maximum de mesuré chez un mâle .
Le pelage de couverture est fin, doux et serré, arborant une teinte brun-olive foncé à brun-grisâtre. Sa caractéristique la plus frappante les touches jaunâtre ou doré très fin qui recouvre le dos, résultant des quatre à cinq anneaux alternés noirs et dorés sur chaque poil . La tête présente un museau effilé, une truffe brun-rose et de petites oreilles arrondies plaquées contre le crâne. Le sous-poil et le ventre sont plus clairs.
Le crâne est étroit et étiré. La formule dentaire comporte 40 dents. La denture est adaptée à un régime carnivore et insectivore, caractérisée par des molaires hérissées de pointes acérées adaptées au broyage des carapaces d'arthropodes et des os de petits vertébrés . Son mode de déplacement est terrestre ; bien que capable de grimper aux arbres, elle s'aventure très rarement loin du sol .
Répartition et habitat vignette|gauche|Aire de répartition indigène de la Mangouste à points dorés. L'aire de répartition indigène de la Mangouste à points dorés s'étend à travers le Sud-Ouest et le Sud de l'Asie : elle est présente en Afghanistan, au Bangladesh, au Bhoutan, en Inde, en Iran, en Irak, en Jordanie, au Myanmar, au Népal, en Oman, au Pakistan et en Arabie saoudite . Sa présence en Chine, notamment sur l'île de Hainan, reste incertaine, les spécimens locaux pouvant appartenir à la Mangouste de Java . Dans le Centre de l'Inde, l'espèce est présente à de faibles densités et y est moins fréquente que la Mangouste d'Edwards (Urva edwardsii) .
L'espèce a été massivement introduite par l'Homme à la fin du afin de lutter contre les rats et les serpents dans les plantations de canne à sucre . La Petite mangouste indienne est désormais établie dans les Caraïbes (Antigua, Barbade, Cuba, Grenade, Guadeloupe, Hispaniola, Jamaïque, Martinique, Marie-Galante, Porto Rico, Saint-Martin, Saint-Vincent, Trinidad, Vieques), aux îles Hawaï (Oahu, Maui, Molokai, Hawaii), aux îles Fidji (sur Viti Levu), dans les îles Nansei au Japon, à l'île Maurice, à La Grande Comore, sur l'île de Mafia en Tanzanie, dans le nord de l'Amérique du Sud (Guyana, Suriname, Guyane) ainsi qu'en Croatie sur l'île de Korčula et le littoral adriatique . Son introduction a en revanche échoué en République dominicaine . Des individus isolés sont régulièrement interceptés dans des zones portuaires, comme à Hong Kong dès 1989, à Nouméa en Nouvelle-Calédonie en 2010 ou sur l'île de Kauai à Hawaï en 2012 .
L'espèce fait preuve d'une plasticité écologique exceptionnelle en fréquentant les forêts ouvertes, les maquis, les broussailles, les prairies, les agrosystèmes ainsi que la périphérie des habitations humaines . À l'île Maurice, les suivis par télémétrie montrent une préférence marquée pour les boisements, les maquis, les forêts riveraines et denses .
Écologie et comportement vignette|Une Mangouste à points dorés au Taj Mahal. La Mangouste tachetée est un animal strictement diurne . Dans les Caraïbes, le pic d'activité se situe principalement entre et , l'animal étant très peu actif lors des journées pluvieuses . Pour se reposer, elle utilise des terriers qu'elle creuse elle-même, des cavités dans le système racinaire des arbres ou des troncs couchés au sol .
Organisation sociale et domaine vital Bien que considérée comme solitaire dans son aire d'origine, la Mangouste à points dorés fait preuve d'une grande plasticité sociale dans ses zones d'introduction où les fortes densités, pouvant dépasser plusieurs centaines d'individus par kilomètre carré, favorisent les comportements sociaux et le chevauchement des domaines vitaux . Les mâles, dont les domaines vitaux sont plus vastes que ceux des femelles (par exemple pour les femelles contre pour les mâles sur l'île d'Oahu, et de à l'île Maurice), forment parfois de petites coalitions sociales durant la saison de reproduction et peuvent partager un gîte nocturne . Les femelles montrent une stricte fidélité à leur gîte durant les trois semaines suivant la mise bas.
La communication olfactive est centrale : les deux sexes marquent leur domaine vital en frottant des objets avec leur glandes anale qui sécrète une substance odorante leur permettant d'identifier leurs congénères . L'espèce possède un répertoire vocal exceptionnellement riche pour un animal solitaire, fort de douze cris distincts comme des aboiements, grincements, grondements et sifflements.
Alimentation Omnivore opportuniste, son régime varie fortement selon les saisons et les localités . Dans son aire d'origine, notamment dans le désert du Rajasthan, elle consomme principalement des insectes comme les bousiers, blattes et grillons, des scorpions et des rongeurs . Dans les Caraïbes à Porto Rico et Sainte-Croix, le régime comprend une majorité d'insectes présents chez 56 à 83 % des individus examinés, des reptiles, des myriapodes, des rongeurs, des oiseaux, des fruits et des œufs ou nouveau-nés de tortues marines comme la Tortue imbriquée et la Tortue luth . Elle consomme également des crapauds en éliminant leurs glandes parotoïdes toxiques . À l'île Maurice, l'analyse d'estomacs révèle une consommation importante de rongeurs, musaraignes, tenrecs, invertébrés, déchets et reptiles, s'adaptant aux saisons en consommant plus de reptiles en saison sèche et plus d'insectes en saison des pluies . Sur l'île de Korčula en Croatie, la Petite mangouste indienne adapte son régime en hiver en consommant une majorité de fruits sauvages comme le genièvre ou l'arbousier, des petits mammifères et des arthropodes .
Pour mettre à mort ses proies, la mangouste plante ses canines à la jonction du crâne et de la colonne vertébrale . Les mille-pattes et scorpions sont mordus puis secoués à plusieurs reprises avant d'être ingérés . Des comportements de chasse coopérative ont été documentés, par exemple à Pearl Harbor où un individu retourne une pierre pour permettre à un second de capturer un crabe . L'espèce évite de s'aventurer dans des cours d'eau de plus de quelques centimètres de profondeur .
Reproduction vignette|gauche|Un couple de mangoustes tachetées. La reproduction s'effectue tout au long de l'année, avec une synchronisation sur la durée de la journée ou pour éviter les mois les plus secs. L'œstrus dure de trois à quatre jours au sein d'un cycle de trois semaines, l'ovulation étant induite par la copulation . Polygames, les deux sexes copulent fréquemment. Plusieurs mâles rivalisent bruyamment autour d'une femelle en chaleur .