Le château de Chóra, également appelé château de Samothrace, est une forteresse médiévale dominant le village de Chóra, sur l'île de Samothrace, en Grèce.
Localisation
Le château domine, à l'extrémité nord-est du village, un éperon rocheux abrupt culminant à environ 240 mètres d'altitude. L'accès se fait aujourd'hui par un chemin pavé récemment aménagé depuis le village.
Histoire
Une forteresse byzantine antérieure
Selon les recherches archéologiques les plus récentes, l'occupation de la colline serait continue depuis le néolithique, comme en attestent des vestiges mégalithiques. Un premier ouvrage fortifié daterait de la fin du , à l'époque médio-byzantine : la grosse tour circulaire encore visible à l'angle sud-est de l'enceinte, bâtie en pierres semi-équarries alternées de rangs de brique, ainsi qu'une tour rectangulaire à l'ouest de la citadelle — probablement une ancienne citerne — remonteraient à cette période. On sait par ailleurs très peu de choses de l'histoire médiévale de Samothrace, l'île n'étant alors mentionnée que de façon sporadique dans les sources, à la différence de l'Antiquité, lorsque le sanctuaire des Grands Dieux de Paléopolis en avait fait un centre religieux de renommée internationale. gauche|Fortification extérieure nord|alt=Fortification extérieure nord|vignette
L'arrivée des Gattilusio
C'est au que cette fortification byzantine fut renforcée et pour partie reconstruite par les seigneurs génois Gattilusi. Leur présence en mer Égée remontait à 1355, lorsque François Gattilusio avait obtenu la seigneurie de Lesbos en récompense de l'aide apportée à l'empereur Jean V Paléologue pour reconquérir son trône. En 1376, son frère Niccolò Gattilusio reçut à son tour la ville d'Ainos (aujourd'hui Enez, en Thrace orientale) des mains de l'empereur Andronic IV Paléologue. À la mort de Niccolò en 1409, c'est son neveu Palamède Gattilusio, frère du seigneur de Lesbos François II, qui lui succéda à Ainos.
Palamède prit possession de Samothrace vers 1430, dans des circonstances mal établies : l'île, alors presque désertée et exposée aux raids incessants des pirates turcs, lui aurait été cédée par l'empereur byzantin, ou bien — hypothèse jugée plus probable par les historiens — il s'en serait tout simplement emparé, comme le firent plus tard les Gattilusi de Lesbos avec l'île de Thassos. Dès son arrivée, Palamède entreprit la reconstruction du château de Chora ainsi que de l'ancienne fortification de Paléopolis ; les inscriptions murées sur les deux tours du château, datées de 1431 et 1433, permettent de dater précisément ces travaux.
L'inscription de la tour du château bas
Sur la face sud de la tour rectangulaire de la fortification extérieure (château bas) est murée une plaque de marbre rectangulaire de 2,27 m sur 0,42 m, portant un texte gravé en creux, composé de quatre vers dodécasyllabiquesPanneau d'information touristique sur site, « Η Επιγραφή / Inscription », Κάστρο Χώρας Σαμοθράκης.. Au centre de la plaque figurent les armoiries de la famille Gattilusio, encadrées à gauche par un aigle à une seule tête — emblème de cette famille génoise — et à droite par un aigle à deux têtes accompagné d'un monogramme, emblème de la famille impériale des Paléologue. Le texte est gravé aux deux extrémités de la plaque et indique, selon le système de datation byzantin (compté depuis la création du monde), l'année de construction de la fortification extérieure ; un cadre distinct, à l'extrémité gauche, porte séparément le nom du maître d'œuvre, un certain Constantin.
centré|upright=1.7|Inscription de la tour du château |alt=Inscription de la tour du château|vignette
L'inscription peut se traduire ainsi :
L'année « six mille neuf cent quarante et un » correspond, dans le calendrier byzantin (dont le point de départ est fixé à 5509 av. J.-C.), à l'année 1433 du calendrier julien, ce qui concorde avec la datation proposée par ailleurs pour l'achèvement de la fortification extérieure du château. Une possession disputée après 1453
Palamède Gattilusio sut préserver de bonnes relations avec les Ottomans et conserva ses possessions durant la période troublée entourant la chute de Constantinople en 1453 ; le sultan Mehmed le Conquérant lui accorda même l'île d'Imbros en 1455, année de sa mort. Son fils cadet Dorino II lui succéda, mais la veuve du fils aîné Giorgio, fille du dignitaire byzantin Lucas Notaras, contesta cette succession et en appela au sultan. Mehmed II, mécontent de ne pas avoir été consulté, s'empara d'Ainos en 1456 puis envoya une flotte prendre Samothrace peu après.
L'île passa ensuite, en 1460, à l'ancien despote de Morée Démétrios Paléologue, que le sultan récompensait ainsi d'avoir livré Mystra sans combattre — avant de tomber lui-même en disgrâce quelques années plus tard. En avril 1466, lors de la première guerre vénéto-ottomane, la flotte de la république de Venise, commandée par l'amiral Vettore Cappello, occupa Samothrace ainsi que Lemnos, Thassos et Imbros ; les îles restèrent vénitiennes jusqu'au traité de paix de Constantinople de 1479, qui les rendit aux Ottomans. Samothrace demeura ottomane, à l'exception d'un bref épisode russe (1770-1774), jusqu'à son rattachement à l'État grec en 1912.
Époque contemporaine
Durant la dictature de Ioánnis Metaxás (1936-1940), un bâtiment fut édifié à l'intérieur du château pour y loger un poste de gendarmerie ; celui-ci continua d'abriter la police locale jusqu'au début du siècle, avant d'être démoli en 2015 afin de restituer au monument sa lisibilité.
Description
alt=Tour rectangulaire de la fortification interne du Château de Samothrace (Chora)|vignette|Tour rectangulaire de la fortification interne du Château de Samothrace (Chora) Le château occupe une superficie totale de 1 880 m² et se compose de deux enceintes fortifiées distinctes : la citadelle (château haut), à l'ouest, occupe le sommet ellipsoïdal du rocher ; ne disposant d'aucune fortification extérieure du fait de l'escarpement naturel, elle est renforcée côté est par une tour rectangulaire d'environ 5,60 × 7,25 m, conservée sur près de 12 mètres de hauteur, qui constitue le point le plus visible de l'ensemble ; le château bas, légèrement en contrebas côté est, à quelques pas des dernières maisons de Chora, est protégé au nord et au sud par un mur d'enceinte discontinu, complété par les affleurements rocheux ; il comprend une tour rectangulaire à plusieurs niveaux près de l'angle nord-est ainsi que la tour cylindrique byzantine à l'angle sud-est.
La tour cylindrique, d'un diamètre de 7 mètres et conservée sur 12 mètres de hauteur, est renforcée par six assises horizontales de brique et ne conserve aujourd'hui aucune ouverture ni superstructure. La tour rectangulaire nord-est du château bas, haute d'environ 11,30 mètres pour 10,32 × 7,55 m au sol, conserve deux étages ainsi qu'une citerne voûtée souterraine ; cinq meurtrières y sont encore visibles. Une porte, autrefois protégée par un mâchicoulis dont seules les bases des corbeaux subsistent, fait communiquer les deux enceintes. Dans la citadelle subsistent également les vestiges de deux petites citernes rectangulaires — l'une byzantine — ainsi que des ruines de bâtiments dont la fonction et la datation restent incertaines.
Accès et visite
Le site est habituellement ouvert à la visite du 1 avril au 31 octobre, du jeudi au dimanche, l'entrée étant gratuite. L'état de conservation général du monument est cependant jugé médiocre.
Notes et références
Sources Panneau d'information touristique sur site, « Κάστρο Χώρας Σαμοθράκης / Chora Castle Samothrace ». , qui cite lui-même : Αθηνά-Χριστίνα Λούπου, Αρχαιολογικόν Δελτίον 56-59, fasc. Β3β, p. 827 ; Ευάγγελος Παπαθανασίου, « Σαμοθράκη : Πρώτες υποθέσεις και συμπεράσματα μιας επιφανειακής έρευνας », Το Αρχαιολογικό Έργο στη Μακεδονία και στη Θράκη 17 (2003), Thessalonique, 2005, p. 29-49.
Voir aussi Samothrace Chora (Samothrace) Gattilusio
Catégorie:Château fort en Grèce Catégorie:Samothrace Catégorie:Gattilusio