vignette|342x342px|Lors de manifestations anti-japonaise, des manifestants chinois ont brandi le portrait de Mao Zedong à Shenyang le 18 septembre 2012. Heurter les sentiments du peuple chinois (chinois simplifié : 伤害中国人民的感情; chinois traditionnel : 傷害中國人民的感情; pinyin : shānghài Zhōngguó rénmín de gǎnqíng) est un slogan politique utilisé par le ministère des Affaires étrangères de Chine, en plus des médias d'État chinois et des médias affiliés au Parti communiste chinois tels que le Quotidien du Peuple, le China Daily et l'agence de presse Xinhua, expriment leur mécontentement ou leur condamnation à l'égard des propos, des actions ou des politiques d'une personne, d'une organisation ou d'un gouvernement qui sont perçus comme étant de nature contradictoire à l'égard de la Chine. Les formes alternatives du slogan incluent « heurter les sentiments de 1,3 milliard de personnes » (chinois simplifié : 伤害13亿人民感情 ; chinois traditionnel : 傷害13億人民感情) et « heurter les sentiments de la nation chinoise » (chinois simplifié :伤害中华民族的感情; chinois traditionnel : 傷害中華民族的感情).
Ce slogan est utilisé comme un argumentum ad populum afin de discrédité les opposants à la République Populaire de Chine.
Origine L'expression est apparue pour la première fois en 1959 dans le Quotidien du Peuple, où elle servait à critiquer l'Inde lors d'un différend frontalier. Au cours des décennies suivantes, elle a été régulièrement employée par le gouvernement chinois, via ses divers canaux de communication officiels, pour exprimer son mécontentement. Les cibles accusées d'avoir « heurté les sentiments du peuple chinois » vont des gouvernements nationaux et organisations internationales aux entreprises en passant par des personnalités s'exprimant publiquement, telles que des sportifs, des dirigeants d'entreprise, des acteurs et des musiciens. Bien que d'origine bureaucratique, l'usage de cette expression a également été encouragé auprès du grand public pour manifester son mécontentement face aux critiques visant la Chine.
Il a été envisagé d'inscrire cette notion dans la loi. En septembre 2023, un amendement à la Loi sur les sanctions administratives relatives à la sécurité publique a été soumis à l'Assemblée nationale populaire. Le texte visait à pénaliser les propos, les vêtements ou les symboles blessant ou heurtant les sentiments du peuple chinois. À la suite d'une levée de boucliers de l'opinion publique, le champ de l'amendement a été restreint pour interdire uniquement les vêtements « glorifiant des guerres d'agression ou des actes d'agression », supprimant ainsi toute référence explicite à l'expression initiale ; l'amendement est entré en vigueur en juin 2025.
Phraséologie et usage vignette|429x429px|La fréquence de l'expression « blesser les sentiments du peuple chinois » dans le Quotidien du Peuple année par année. Une étude menée par David Bandurski dans le cadre du China Media Project de l'Université de Hong Kong a recensé 143 occurrences de cette expression dans des extraits du Quotidien du Peuple publiés entre 1959 et 2015 ; parmi les entités visées, le Japon était le plus souvent accusé d'« heurter les sentiments du peuple chinois » (51 occurrences), suivi par les États-Unis (35 occurrences). S'agissant des sujets spécifiques ayant suscité des condamnations formulées en ces termes, 28 étaient liés au statut politique de Taïwan, tandis que le débat sur la souveraineté du Tibet a donné lieu à 12 condamnations utilisant cette expression. En 2019, Bandurski a par la suite noté que l'expression apparaissait au maximum quatre fois par an dans le Quotidien du Peuple, bien qu'une légère hausse ait été observée en 2012.
Horng-luen Wang (en chinois : 汪宏倫 ; pinyin : Wāng Hónglún), chercheur associé à l'Institut de sociologie de l'Academia Sinica à Taïwan, a relevé 319 occurrences de l'expression « heurter les sentiments du peuple chinois » dans le Quotidien du Peuple entre 1949 et 2013, en se fondant sur des données extraites de la base de données du journal.
Critiques En août 2016, Merriden Varrall, directrice du programme Asie de l'Est au Lowy Institute de Sydney (Australie), a publié dans le New York Times une tribune intitulée « A Chinese Threat to Australian Openness » (Une menace chinoise pour l'ouverture australienne) ; elle y décrivait une tendance selon laquelle nombre des 150 000 étudiants chinois présents en Australie introduisaient des positions pro-chinoises dans les salles de classe tout en tentant d'étouffer les débats s'écartant du point de vue officiel de la Chine. Ces accusations sont néanmoins teintées de sinophobie, chose courante en Australie.
Un article publié en février 2016 dans The Economist relevait que l'indignation populaire supposée servait souvent d'instrument permettant au Parti communiste chinois de s'affranchir de son principe diplomatique officiel de non-ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays. Ainsi, lorsque la Chine publie des déclarations officielles affirmant que les visites de responsables politiques japonais au sanctuaire Yasukuni heurtent les sentiments du peuple chinois, elle est en mesure d'exprimer son mécontentement au nom de la population, plutôt que par le biais d'une déclaration ou d'une position gouvernementale formelle.
Usages historiques
Etats-Unis En août 1980, l'agence de presse Xinhua a accusé le candidat à l'élection présidentielle américaine Ronald Reagan d'avoir « profondément blessé les sentiments du milliard de Chinois » et d'avoir « suscité une inquiétude et une indignation généralisées en Chine » après avoir suggéré que les États-Unis ouvrent un bureau de liaison gouvernemental à Taïwan. Un article du Quotidien du Peuple daté du 9 avril 1983 soutenait que les États-Unis avaient « multiplié les initiatives portant atteinte à la dignité, aux sentiments et aux intérêts du peuple chinois », en référence aux ventes d'armes américaines à Taïwan, au statut de Taïwan au sein de la Banque asiatique de développement et à la défection de la joueuse de tennis chinoise Hu Na alors qu'elle se trouvait en Californie.
Suite aux manifestations et au massacre de la place Tiananmen en 1989, les mesures prises par le Congrès américain contre le gouvernement chinois ont plus que doublé. En réponse, le ministre adjoint chinois des Affaires étrangères a déclaré à l'ambassadeur américain que ces nouveaux projets de loi « attaquaient la Chine et s'ingéraient dans ses affaires intérieures » et que « de telles actions du Congrès américain blessaient les sentiments des 1,1 milliard de Chinois ». gauche|vignette|305x305px|Avion J-8 responsable de l'incident. Après l'incident de l'île de Hainan en 2001, au cours duquel un avion de renseignement électromagnétique de l'US Navy est entré en collision avec un intercepteur de la marine de l'Armée populaire de libération, les représentants du gouvernement chinois ont rejeté la demande des États-Unis de réparer l'avion de l'US Navy sur le sol chinois et de le faire retourner à sa base. Ils ont insisté pour que l'avion soit démantelé et renvoyé aux États-Unis, affirmant que permettre son retour « blesserait les sentiments du peuple chinois ».
Les présidents Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama ont tous été accusés par des porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères et des ministres des Affaires étrangères d’avoir « blessé les sentiments du peuple chinois » en relation avec leurs rencontres respectives avec le 14e dalaï-lama.
Japon vignette|368x368px|Entrée principale sanctuaire Yasukuni. Le sanctuaire est un lieu souvent visité par les premiers ministres japonais et abrite et les scépultures de nombreux anciens criminels de guerre responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité lors de la seconde guerre sino-japonaise. À la suite de la visite du Premier ministre japonais Yasuhiro Nakasone au sanctuaire Yasukuni en 1985, le Quotidien du Peuple a écrit que cette visite « a blessé les sentiments des peuples chinois et japonais, tous deux victimes du militarisme japonais ». Les visites régulières du Premier ministre Junichiro Koizumi au sanctuaire Yasukuni entre 2001 et 2006 ont également été critiquées par la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhang Qiyue, pour avoir « blessé les sentiments du peuple chinois et de ceux de la majorité des pays asiatiques victimes [du Japon] ».
Le 15 septembre 2012, après la nationalisation par le gouvernement japonais de trois îles de l'archipel des Senkaku (jusque-là détenues par des intérêts privés), l'agence de presse Xinhua nouvelle a déclaré que cette mesure « ont heurté les sentiments d'un milliard trois cents millions de Chinois ».
En janvier 2026, dans le contexte de la crise diplomatique sino-japonaise de 2025-2026, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que les propos de Sanae Takaichi concernant Taïwan avaient « gravement heruté les sentiments du peuple chinois ».
Notes
Catégorie:Slogan politique