est un film muet américain écrit et réalisé par Alice Guy, sorti le 10 mai 1914. Produit par Blaché Features, ce drame en quatre bobines mêle intrigue policière, double personnalité et phénomènes psychiques.
Le film met en scène un détective transformé chaque nuit en criminel sous l'influence surnaturelle d'une prêtresse. Les critiques contemporaines relevèrent notamment l'utilisation de doubles expositions et d'effets lumineux pour représenter les manifestations psychiques.
Synopsis
Norma, une danseuse, reçoit de nombreux cadeaux de ses admirateurs. En ouvrant un coffret qui lui a été envoyé, elle découvre plusieurs serpents venimeux. Le détective Nelson est chargé d'identifier l'expéditeur. Il remarque sur le coffret une marque particulière, identique à celle d'un cendrier acheté par sa mère dans une boutique de curiosités hindoues. L'enquête conduit Nelson chez une mystérieuse prêtresse vivant dans une villa qui abrite un temple bouddhiste. Celle-ci tente d'abord de le séduire, puis verse une poudre dans un brûle-parfum afin de l'endormir. Nelson parvient à atteindre une fenêtre et à appeler la police avec son sifflet. Trois serviteurs de la prêtresse l'attaquent, mais l'arrivée des policiers permet son sauvetage et l'arrestation de la prêtresse.
Norma, impressionnée par le courage de Nelson, se rapproche de lui. Depuis sa prison, la prêtresse entre en transe et projette son esprit jusque dans le bureau du détective. Sous son influence, le visage et le comportement de Nelson se transforment : il revêt des vêtements utilisés pour ses enquêtes dans les milieux criminels, rejoint une bande de malfaiteurs et l'aide à cambrioler une banque dont les plans lui avaient été confiés.
Redevenu lui-même et dépourvu de tout souvenir de ses actes, Nelson est appelé pour enquêter sur le cambriolage. Parmi les papiers abandonnés près du coffre, il découvre sa propre écharpe. Il reçoit également une lettre de menaces des disciples de la prêtresse. Norma, inquiète pour sa sécurité, accepte de l'épouser afin de pouvoir rester auprès de lui et le protéger.
Sous une nouvelle emprise de la prêtresse, Nelson participe au cambriolage de sa propre maison. Sa mère le voit sortir par une fenêtre, mais le retrouve plus tard endormi dans son bureau, vêtu de ses anciens habits. Lorsqu'il appelle le chef de la police après avoir découvert le vol, ses complices criminels le prennent pour un indicateur. À son retour dans leur repaire, ils le ligotent, le bâillonnent et le confient à la surveillance d'une vieille femme.
Norma et la mère de Nelson, qui l'ont suivi, découvrent sa situation. Norma neutralise sa gardienne et aide le détective à s'enfuir. Entre-temps, les disciples de la prêtresse organisent l'évasion de leur maîtresse. Nelson, toujours sous l'influence de sa personnalité criminelle, sollicite leur aide pour échapper aux voleurs lancés à sa poursuite. Lui et Norma sont alors conduits contre leur gré dans le temple de la prêtresse.
Lorsque sa véritable personnalité revient, Nelson se découvre ligoté aux côtés de Norma. Celle-ci lui explique les actes qu'il a accomplis sous son autre identité. En approchant les cordes de ses poignets du feu d'un brûle-parfum, il parvient à se libérer, puis délivre Norma. Ils gagnent le toit à l'aide de la chaîne soutenant une grande lampe orientale et redescendent grâce à un arbre.
Le chef de la police, alerté par la mère de Nelson, rattrape les malfaiteurs et les arrête après une lutte. La prêtresse échappe toutefois à la justice en se donnant la mort avec une bague empoisonnée au cours d'une danse rituelle. Sa disparition libère définitivement Nelson de son influence et lui permet d'épouser Norma.
Fiche technique
Titre original : The Woman of Mystery Réalisation : Alice Guy Scénario : Alice Guy Société de production : Blaché Features Pays de production : Genre : drame policier et fantastique Format : film muet, noir et blanc Longueur : quatre bobines Date de sortie : 10 mai 1914
Distribution
Vinnie Burns : la prêtresse, la « femme mystérieuse » Fraunie Fraunholz : le détective Nelson Claire Whitney : Norma
Production
Le scénario et la réalisation sont attribués à Alice Guy par la critique publiée dans The Moving Picture World le 30 mai 1914 Le récit associe deux motifs présentés par la presse comme centraux : la « double personnalité » du détective et le « contrôle spirituel » exercé par la prêtresse.
Les publications professionnelles rapprochent explicitement la transformation de Nelson du thème de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Sous l'influence de la prêtresse, le détective mène alternativement une existence d'enquêteur et celle d'un criminel participant aux délits sur lesquels il doit ensuite enquêter.
L'univers de la prêtresse est représenté par une villa isolée contenant un temple, des objets orientaux, des brûle-parfums et un groupe de disciples. La presse contemporaine décrit tantôt le personnage comme une prêtresse bouddhiste, tantôt comme une princesse ou une prêtresse hindoue ou est-indienne.
Effets photographiques
Les manifestations surnaturelles sont représentées grâce à des doubles expositions et à des effets d'éclairage. Ces procédés servent notamment à montrer l'esprit de la prêtresse quittant son corps emprisonné pour apparaître dans le bureau de Nelson et modifier sa personnalité.
The Moving Picture World estime que ces doubles expositions et ces effets lumineux renforcent l'attrait visuel du film. Hanford Chase Judson souligne également la manière dont l'apparition de l'esprit attire l'attention du spectateur et lui fait momentanément accepter la réalité des événements surnaturels présentés à l'écran.
Accueil critique
Les critiques contemporaines portent des appréciations très différentes sur le film. Plusieurs articles de The Moving Picture World en font l'éloge, tandis que la recension publiée dans Variety est très défavorable.
Avis favorables
Dans son numéro du 16 mai 1914, The Moving Picture World présente le film comme l'un des photodrames les plus intéressants produits par Alice Guy. La revue apprécie son atmosphère de mystère et d'aventure, créée par la prêtresse, son temple secret et ses fidèles. Elle salue les effets photographiques ainsi que les prestations de Vinnie Burns, de Fraunie Fraunholz et de Claire Whitney.
La même présentation est reprise dans Motion Picture News, qui met également en avant la double personnalité du détective, les pouvoirs psychiques de la prêtresse, les doubles expositions et les jeux de lumière. La revue juge excellente l'interprétation de Fraunie Fraunholz dans le double rôle psychologique de Nelson, aux côtés de Vinnie Burns et de Claire Whitney.
Dans une longue critique publiée le 30 mai 1914, Hanford Chase Judson considère que le film parvient à immerger le spectateur dans un monde de phénomènes inexplicables et oniriques. Il estime que la mise en scène conduit le public à accepter temporairement la réalité des pouvoirs surnaturels représentés, sans qu'une démonstration rationnelle soit nécessaire.
Judson rapproche le film de The Dream Woman, une autre production du même studio, tout en estimant que The Woman of Mystery lui est supérieur. Il considère que le récit demeure facile à suivre sans être banal et qu'il peut intéresser aussi bien les amateurs de mélodrame que les spectateurs sensibles aux questions soulevées par les phénomènes psychiques.
Le critique apprécie particulièrement la scène d'ouverture dans laquelle Norma découvre les serpents. Il attribue son efficacité au caractère inattendu de l'événement et au jeu naturel de Claire Whitney. Il loue également la représentation des pouvoirs de la prêtresse et considère que, malgré quelques concessions faites au mélodrame, l'œuvre constitue un divertissement de grande qualité. Il conclut favorablement sur la mise en scène et la photographie.
Avis défavorable de Variety
La critique signée « Sime » dans Variety reproche au film de ne pas expliquer les principaux mystères de son intrigue. Elle observe notamment que les raisons pour lesquelles la prêtresse envoie les serpents à Norma ne sont jamais précisées et que Nelson ne découvre pas clairement la cause de ses transformations criminelles.
La revue critique également l'incohérence de certains comportements, l'emploi excessif de péripéties et l'absence d'une résolution satisfaisante. Elle juge ordinaires les décors et le jeu des acteurs, relève une photographie parfois médiocre et estime que le film ne laisse pas d'impression durable après sa projection.
Censure
Le Chicago Board of Censorship demande plusieurs modifications lors de l'examen du film. Les passages concernés montrent des femmes buvant dans le repaire des criminels, les voleurs rassemblant et emballant des objets dérobés avant de quitter une maison par une fenêtre, un homme ligoté glissant dans un escalier, une bande entourant un homme attaché à une table et une femme assise sur cette table en train de boire.
Notes et références
Liens externes
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