est un film muet américain réalisé par Alice Guy, sorti le 16 avril 1913. Produit par la Solax Film Corporation et distribué par l'Exclusive Supply Corporation, ce film en trois bobines est une adaptation de la légende anglaise de Dick Whittington et son chat. Alice Guy en écrit également le scénario, tandis que les décors sont conçus par Henri Ménessier.

Le film est présenté par la presse de l'époque comme l'une des productions les plus ambitieuses de Solax. Le critique W. Stephen Bush salue particulièrement la reconstitution du Londres médiéval, l'interprétation de Vinnie Burns et plusieurs scènes spectaculaires, dont l'incendie d'un navire en mer. Alison McMahan qualifie rétrospectivement Dick Whittington and His Cat de « chef-d'œuvre » de la période Solax d'Alice Guy et indique qu'un véritable bateau fut détruit pour les besoins du film.

Synopsis

Dick Whittington est un jeune garçon pauvre qui vit dans une petite ville anglaise. Il entend régulièrement raconter que Londres est une cité merveilleuse où personne ne souffre de la faim, où personne n'a besoin de travailler et dont les rues sont pavées d'or. Lorsqu'un marchand ambulant se rendant à Londres passe près de chez lui, Dick trouve le moyen de l'accompagner.

Après un long voyage à pied, il arrive épuisé dans la capitale et parcourt les rues à la recherche des pavés d'or dont on lui avait parlé. Il ne trouve que de la terre et, affamé et découragé, s'endort sur le seuil d'une riche demeure.

Le lendemain matin, la cuisinière de la maison le découvre et menace de lui jeter de l'eau chaude s'il ne s'en va pas. Le propriétaire, le riche marchand Fitzwarren, intervient. Pris de compassion pour le garçon, il ordonne qu'on lui donne à manger et lui confie de petits travaux dans la cuisine.

Dick pourrait être heureux dans cette nouvelle maison sans la cuisinière, qui le maltraite et le prive fréquemment de nourriture. Il doit allumer les feux, transporter les cendres, laver la vaisselle, balayer et rentrer le bois. Alice, la jeune fille de Fitzwarren, devient sa seule amie et le protège à plusieurs reprises contre la cuisinière.

La nuit, Dick dort dans une mansarde infestée de rats. Il parvient à se procurer un chat qui débarrasse rapidement sa chambre des rongeurs et lui permet enfin de dormir tranquillement.

Quelque temps plus tard, Fitzwarren propose à ses domestiques de confier un objet à son navire marchand afin qu'il puisse être vendu dans des contrées lointaines. Dick n'a rien à offrir, mais Alice suggère qu'il envoie son chat. Malgré son attachement à l'animal, le garçon accepte de s'en séparer.

Après le départ du chat, les mauvais traitements de la cuisinière deviennent insupportables. Dick décide de fuir Londres. Arrivé à Holloway, il s'assoit sur une pierre et s'endort. Dans un rêve, il entend les cloches de Bow Church lui annoncer : « Turn again, Whittington, thrice Lord Mayor of London ». Convaincu par cette prédiction, il retourne chez Fitzwarren et reprend son travail dans la cuisine avant même que la cuisinière ne remarque son absence.

Pendant ce temps, le navire de Fitzwarren affronte une violente tempête. Frappé par la foudre, il prend feu et est détruit en pleine mer. Les survivants gagnent un pays étranger sur un radeau, mais sont capturés par les habitants et conduits devant le sultan.

Celui-ci et son épouse accueillent finalement les naufragés avec bienveillance et organisent un banquet en leur honneur. À peine le repas commencé, une multitude de rats et de souris envahit cependant la salle et dévore les aliments. Le capitaine apprend que le souverain serait prêt à abandonner la moitié de sa fortune pour être débarrassé de ces animaux.

Le capitaine se souvient alors que le chat de Dick a survécu au naufrage. L'animal est présenté au sultan et élimine les rats. En échange, le souverain couvre le capitaine de richesses et lui fournit un navire afin qu'il puisse retourner en Angleterre.

De retour à Londres, le capitaine raconte à Fitzwarren comment le chat a fait la fortune de Dick. Le jeune garçon est appelé depuis la cuisine et apprend qu'il est désormais riche. Croyant d'abord à une nouvelle moquerie, il se met à pleurer avant qu'Alice ne le convainque de la réalité de sa fortune. Dick distribue alors des cadeaux à tous les habitants de la maison, y compris à la cuisinière qui l'avait maltraité.

Devenu adulte, Dick épouse Alice, devient un riche marchand puis, conformément à la prédiction des cloches, est élu trois fois lord-maire de Londres et fait chevalier par le roi Henri V.

Fiche technique

Titre original : Dick Whittington and His Cat. Titre alternatif : Nick Whittington and His Cat. Réalisation : Alice Guy. Scénario : Alice Guy, d'après la légende anglaise de Dick Whittington et son chat. Décors : Henri Ménessier. Société de production : Solax Film Corporation. Société de distribution : Exclusive Supply Corporation. Pays de production : . Format : noir et blanc — 35 mm — 1,33:1 — muet. Longueur : trois bobines. Date de sortie : 16 avril 1913.

Distribution

Vinnie Burns : Dick Whittington Audrey Berry : l'enfant

Production

Préparation

Dick Whittington and His Cat est adapté par Alice Guy de la légende populaire anglaise de Dick Whittington. La réalisatrice accorde une importance particulière à la préparation de cette production en trois bobines. Dans un entretien publié par The Moving Picture World le 17 mai 1913, elle explique que la réalisation d'un film de cette ampleur nécessite non seulement des dépenses considérables mais également plusieurs semaines de préparation et de recherches. Elle indique qu'avant même que le tournage de Dick Whittington and His Cat ne commence, elle et son équipe avaient consacré cinq semaines à sa préparation.

La publicité de Solax insiste elle aussi sur le soin apporté à la reconstitution de la légende. Elle présente les décors et les scènes spectaculaires comme minutieusement documentés et met en avant les effets de lumière employés dans le film.

Le décorateur Henri Ménessier est chargé de la conception visuelle du film. La reconstitution du Londres médiéval est particulièrement remarquée lors de la sortie. W. Stephen Bush estime que les décors construits et peints pour ces séquences comptent parmi les meilleurs alors réalisés pour le cinéma.

Scènes spectaculaires

Malgré le caractère traditionnel du conte, Alice Guy intègre au film plusieurs séquences d'action. Le voyage du navire marchand se termine ainsi par une violente tempête, suivie de l'incendie et de la destruction du bâtiment en pleine mer. Les survivants doivent ensuite gagner la terre ferme sur un radeau.

La destruction du navire constitue l'un des principaux arguments utilisés par Solax pour promouvoir le film. La publicité insiste sur le contraste entre le caractère poétique de la légende et le spectaculaire de l'incendie du bateau et du sauvetage de son équipage.

Alison McMahan indique que, pour réaliser cette séquence, Alice Guy fit réellement détruire un bateau. Elle considère Dick Whittington and His Cat comme le chef-d'œuvre de la réalisatrice durant sa période à la Solax.

Une autre séquence spectaculaire intervient après le naufrage lorsque le chat de Dick est confronté à une invasion de rats dans le palais du sultan. W. Stephen Bush cite cette scène, avec l'incendie du navire et les aventures des naufragés, parmi les éléments d'action qui donnent au film les sensations alors recherchées par le public.

Promotion

Solax accompagne la sortie d'une importante campagne publicitaire. Les exploitants disposent notamment de plusieurs modèles d'affiches, de panneaux de différentes dimensions, de diapositives d'annonce, de prospectus, de brochures et de matériel destiné aux halls des salles.

La société présente le film comme une production susceptible de profiter de la popularité contemporaine des spectacles destinés ou consacrés aux enfants sur les scènes new-yorkaises. La publicité insiste néanmoins sur sa capacité à toucher un public plus large grâce à l'association du caractère pittoresque de la légende et de scènes d'action spectaculaires. Accueil critique

Dick Whittington and His Cat reçoit un accueil particulièrement favorable dans The Moving Picture World. Dans une critique publiée le 12 avril 1913, W. Stephen Bush considère que Solax a transposé la vieille légende anglaise au cinéma de manière particulièrement réussie. Il regrette que les réalisateurs privilégient généralement les mélodrames sensationnels au détriment de récits traditionnels de ce type, qu'il estime porteurs d'une valeur morale durable.

Bush souligne le soin et le temps consacrés par Solax à la réalisation du film. Il loue les décors, la composition des groupes et plusieurs innovations photographiques qui, selon lui, produisent d'agréables effets de surprise. Il estime qu'une véritable recherche artistique est perceptible dans presque toutes les scènes et que cette qualité se maintient tout au long des trois bobines.

Le critique réserve également un accueil très favorable à Vinnie Burns, qui interprète Dick Whittington. Il juge son interprétation « charmante » et attribue en partie sa réussite au travail de direction dont elle a bénéficié. Il considère que l'atmosphère du récit est installée dès la première scène et annonce immédiatement au spectateur une production d'une qualité supérieure.

Bush relève que le film ne renonce pas pour autant à l'action spectaculaire alors recherchée par les exploitants. Il cite l'incendie du navire en mer, les aventures des naufragés et l'affrontement du chat de Dick avec les rats du palais parmi les scènes apportant au récit sa dimension sensationnelle .

La reconstitution du Londres médiéval fait l'objet d'éloges particuliers. Bush estime que le travail de construction et de peinture des décors figure parmi les meilleurs alors vus au cinéma. Plus généralement, il considère que des adaptations de récits traditionnels comme Dick Whittington and His Cat permettent de rompre avec l'accumulation de mélodrames et de westerns qu'il juge répétitifs. Il conclut que le film contribue au prestige de l'industrie cinématographique et constitue un motif de fierté pour le studio Solax.

Autour du film

Malgré un succès de vente qualifié de « phénoménal », Alice Guy indique que Dick Whittington and His Cat, qu'elle décrit comme une production élaborée ayant été reconnue comme un beau film, a perdu de l'argent.

Conservation

Une copie de Dick Whittington and His Cat est conservée dans les collections du British Film Institute. Le matériel conservé est une copie positive 35 mm, muette et en noir et blanc, répartie sur trois bobines et totalisant .

Cette copie est entrée dans les collections du BFI le 10 novembre 1981.

Notes et références

Voir aussi Liens externes

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