Michel RochatSon acte de naissance ne lui donne que le seul prénom de Michel. Le prénom « Pierre » n'apparaît que dans des documents plus tardifs — dossier de Légion d'honneur, presse, registre des convois funèbres — tantôt en second prénom (« Michel Pierre »), tantôt en tête (« Pierre-Michel »), tantôt seul (« Rochat (Pierre) » dans un décret du Journal officiel), ce qui suggère un prénom d'usage adopté après la naissance plutôt qu'un second prénom d'état civil., ou Michel Pierre Rochat, né le 7 août 1881 à Vienne (Isère) et mort le 13 novembre 1930 à Lyon, est un officier de sapeurs-pompiers français. Capitaine au bataillon des sapeurs-pompiers de la ville de Lyon, il dirige à partir de 1924 le premier service de sauvetage fluvial permanent de France, créé à la caserne de la Madeleine.

Il meurt à la tête de ses hommes lors de la catastrophe de Fourvière, au cours de laquelle dix-neuf sapeurs-pompiers lyonnais trouvent la mort. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume. La caserne de la Madeleine, qu'il commandait, est renommée en son honneur caserne Rochat.

Biographie

Enfance et famille Michel Rochat naît le 7 août 1881 à Vienne, fils de Claude Rochat, journalier, et de Claudine Goitre, journalière, domiciliés à Vienne. Il épouse Mathilde Philomène Drevon à Vienne le 2 avril 1903.

Il est père d'un enfant majeur au moment de sa mort en novembre 1930, sa fille Lucienne Claudia Rochat, née le 24 mai 1903 à Vienne et morte en 1989. Celle-ci épouse le 1 septembre 1921 à Lyon, Francisque Léon Perret, sergent au corps des sapeurs-pompiers de Lyon, qui se trouve donc être le gendre de Rochat au moment de la catastrophe de Fourvière. Il a un frère aîné, Émile Rochat (1880-1943), également sapeur-pompier et capitaine honoraire du corps de Vienne.

Son cousin, Joannès Sylvain Petrequin, soldat de 2ᵉ classe au 299ᵉ régiment d'infanterie, meurt pour la France le 30 août 1914 à Gerbéviller (Meurthe-et-Moselle), dix-sept jours après le début du conflit.

Service militaire et incorporation Michel Rochat est initialement dispensé du service militaire en tant que soutien de famille, un frère étant déjà sous les drapeaux. Incorporé néanmoins le 10 novembre 1902, il rejoint le 4 régiment du génie comme sapeur-mineur, avant d'être renvoyé dans la disponibilité le 19 septembre 1903 avec un certificat de bonne conduite. Il accomplit deux périodes d'exercices au 4 régiment du génie, en 1908 puis en 1911.

Michel Rochat entre au corps des sapeurs-pompiers de la ville de Lyon le 16 septembre 1906. Il y gravit successivement les grades de sapeur, caporal, sergent, adjudant puis officier.

Première Guerre mondiale Rappelé à l'activité dès le 1 août 1914 par la mobilisation générale, Rochat rejoint son corps le 4 août et part aux armées le 16 août 1914. Il est nommé caporal le 1 septembre 1914. Le 16 juin 1915, il est blessé par un éclat d'obus au poignet gauche au combat devant Souchez, dans le cadre de la seconde bataille de l'Artois. Soigné dans une ambulance de campagne puis à l'hôpital bénévole n20 de La Loupe (Eure-et-Loir), il en sort le 5 juillet 1915. Passé au 17 régiment d'infanterie, il est détaché à la compagnie active des sapeurs-pompiers de Lyon le 14 juillet 1915. Il est mis en congé illimité de mobilisation le 9 mars 1919.

Sa citation officielle souligne qu'aux armées comme à la tête de ses hommes pour la défense de la cité, il montre toujours un esprit d'abnégation absolu. La blessure de 1915 lui laisse une séquelle durable : le 28 avril 1930, la commission de réforme du Rhône Sud constate une invalidité temporaire inférieure à 10 % pour une limitation de l'extension de l'annulaire et du médius de la main gauche. Rochat est libéré du service militaire le 15 octobre 1930, moins d'un mois avant sa mort.

Carrière d'après-guerre et service de sauvetage fluvial L'adjudant Rochat, participe le 9 mai 1921, sous les ordres du commandant Pégout, à la lutte contre un violent incendie qui détruit une station-magasin de l'avenue Félix-Faure à Lyon, occasionnant treize millions de francs de dégâts.

En 1924, lieutenant, Rochat prend la tête de la 2 compagnie lors de la mise en service de la nouvelle caserne de la Madeleine, aménagée dans l'ancien hospice de la Guillotière. Il est promu capitaine avant 1930.

Nageur émérite crédité de nombreux sauvetages, Rochat est placé cette même année 1924 à la tête du tout premier service de sauvetage fluvial permanent de France, créé cette année-là et confié à la caserne de la Madeleine. Avec le commandant Jean Auguste Pégout, chef de corps, il fait construire deux bateaux de sauvetage en acier de 500 kg, dotés d'une remorque spécialement conçue pour leur transport, afin de porter secours plus efficacement aux victimes d'inondations et de noyades sur le Rhône et la Saône.

Actes de sauvetage Tout au long de sa carrière, Rochat multiplie les actes de sauvetage, principalement lors de noyades dans le Rhône : en 1891, 1893, 1896, 1897, 1898 (sauvetage de deux personnes, portant à six le nombre total de personnes sauvées, ce qui lui vaut sa première médaille de sauvetage le 28 novembre 1898) et 1899. Ce dernier épisode est rapporté par la presse locale : le 31 juillet 1899, à Vienne, Rochat se précipite dans le Rhône pour sauver un jeune homme de dix-sept ans, Genton, tombé accidentellement dans le fleuve à la Porte-de-Lyon, et parvient à le ramener sain et sauf. Il procède à deux nouveaux sauvetages en 1919 et 1920.

En 1905, il est blessé au cours d'un important incendie à Vienne (Isère) ; sa conduite lui vaut une lettre de félicitations du préfet de l'Isère. Le 9 mars 1909, il procède au sauvetage de deux puisatiers ensevelis au fond d'un puits à la suite d'un éboulement. En janvier 1910, il coopère au sauvetage de plusieurs personnes menacées par les inondations du Rhône à Cusset et Vaulx-en-Velin. En février 1917, lors de l'explosion d'une fabrique d'explosifs travaillant pour la Défense nationale, il est blessé pendant les opérations d'extinction et cité à l'ordre de la 14 Région pour sa conduite et son dévouement.

Ces actes lui valent plusieurs décorations : médaille de sauvetage en argent de 2 classe (28 novembre 1898), en bronze (9 mars 1909), à nouveau en argent de 2 classe (janvier 1910), en vermeil (16 juillet 1917 puis 12 juillet 1919) et en or (8 juillet 1920), ainsi que la médaille d'Honneur des Sapeurs-Pompiers, obtenue le 1 juillet 1922. En janvier 1930, dix mois avant sa mort, Rochat commande encore l'intervention lors d'un incendie qui détruit un garage et une automobile à Bron, causant pour 100 000 francs de dégâts.

Catastrophe de Fourvière et mort Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1930, par temps calme et ciel dégagé, un premier éboulement se produit sur la colline de Fourvière, entre la montée du Chemin-Neuf et la rue Tramassac, dans le 5 arrondissement de Lyon. Le poste de police de la mairie du 5 arrondissement prévient la caserne de la Madeleine qu'un accident grave — des maisons écroulées, des victimes — s'est produit montée du Chemin-Neuf, vers la rue Tramassac. Averti vers 0h55Le récit du commandant Mazars, conservé aux Archives municipales de Lyon, situe l'alerte à « une heure moins cinq », alors qu'un récit plus tardif du corps des sapeurs-pompiers de Lyon la situe à 0h15., le capitaine Rochat quitte la caserne de la Madeleine à la tête d'un piquet de quatorze hommes de la 2 compagnie et arrive sur les lieux deux minutes plus tard.

À son arrivée, la rue Tramassac est encore intacte mais les maisons à l'arrière se sont effondrées, ensevelissant des habitants surpris dans leur sommeil ; une trentaine de blessés légers ont déjà quitté les lieux. Face à la gravité de la situation, Rochat appelle son commandant, PégoutOrthographe confirmée par une lettre officielle de l'intéressé lui-même, signée « Le Chef de Bataillon J. Pégout , Lettre du chef de bataillon J. Pégout au grand chancelier de la Légion d'honneur, 28 février 1926, en renfort.

À 1h15, Pégout arrive rue Tramassac et rejoint Rochat. Rochat vient bientôt le prévenir que des appels au secours se font entendre dans la cour de l'hôtel du Petit-Versailles, aux 6 et 8 rue Tramassac. L'accès par l'allée étant obstrué par la terre, les deux hommes font dresser des échelles contre la façade jusqu'au premier étage et pénètrent par une fenêtre : la cour est comblée de terre jusqu'à cette hauteur, d'où proviennent les cris. Des projecteurs sont installés et deux équipes de sapeurs, renforcées de quatre gardiens de la paix cyclistes, entament le dégagement des ensevelis. Rochat propose alors d'aller reconnaître, plus haut sur la montée, l'étendue de l'éboulement ; Pégout, qui s'y était rendu lui-même entre-temps sans pouvoir l'évaluer complètement, approuve.

Vers 1h50Le récit du commandant Mazars situe ce second éboulement vers 1h50. Le récit établi ultérieurement par le corps des sapeurs-pompiers de Lyon retient l'heure de 1h53. Un article publié dès le 14 novembre 1930 situe l'événement plus tardivement, vers « 2 heures un quart »., une nouvelle masse de terre se détache de la colline, écrasant la façade de l'hôtel du Petit-Versailles ainsi qu'une partie des immeubles voisins occupés par le couvent des Dames de Sion. Tous les sauveteurs qui travaillaient dans la cour de l'hôtel et dans les étages supérieurs sont ensevelis sous des décombres et de la terre qui montent jusqu'à la hauteur d'un premier étage. Rochat meurt dans cet effondrement avec dix-huit de ses hommes ainsi que le capitaine de police Antoine Montfagnon, officier de paix, et trois gardiens de la paix. Selon le témoignage recueilli par le juge d'instruction Vinas dans le cadre de l'enquête judiciaire ouverte sur la catastrophe, le capitaine des gardiens de la paix Desmazes, qui échappe lui-même de justesse à l'ensevelissement, est le dernier à s'être entretenu avec Rochat et Montfagnon entre les deux éboulements.

Le 20 novembre 1930, vers 21 h 15, les sauveteurs commencent à dégager un corps qu'ils identifient comme étant probablement celui du capitaine grâce à son casque nickelé d'officier retrouvé parmi les décombres. À 21 h 45, le corps de Rochat est entièrement dégagé, au pied du vieux mur du cloître Saint-Jean, et formellement identifié par le commandant Pégout et par le sergent de sapeurs-pompiers Perret, gendre de Rochat. L'émotion est vive parmi les sauveteurs, en particulier parmi les sapeurs-pompiers de Lyon présents sur les lieux. Perret se trouve lui-même sur les lieux au moment du second éboulement, dont il sort indemne.

La presse nationale se fait l'écho de sa mort : Le Figaro évoque, au lendemain de la catastrophe, « la fin brutale de ces dix-neuf sapeurs-pompiers, avec le capitaine Rochat et l'adjudant Métral ».

Funérailles vignette|262x262px|Funérailles, sortie des corps de la cathédrale Saint-Jean (25 novembre 1930) Les funérailles des dix-neuf sapeurs-pompiers et quatre gardiens de la paix morts lors de la catastrophe sont célébrées le 25 novembre 1930 en la cathédrale Saint-Jean, en présence d'environ 200 000 personnes. Le gouvernement y est représenté par René Manaut, sous-secrétaire d'État à l'IntérieurUn article du Temps donne le nom « René Renoult », mais cette lecture n'est pas corroborée par les autres sources, dont deux articles distincts qui donnent explicitement le nom complet « René Manaut »., accompagné de Jean Vigouroux, directeur de son cabinet. Le cardinal Maurin, archevêque de Lyon, célèbre à 8 h 15 une messe de requiem en présence du maire Édouard Herriot, du préfet du Rhône Valette, de Bernard Serrigny, gouverneur militaire de Lyon, ainsi que de délégations de la police et des sapeurs-pompiers de Paris et de Dijon. Vingt-deux cercueils sont alignés dans le chœur de la cathédrale.