Lev Rebet (), né le à Stryï et mort assassiné le à Munich, est un homme politique, journaliste et avocat ukrainien. Figure éminente de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), il exerce des fonctions ministérielles et assure provisoirement la direction du gouvernement national ukrainien lors de la proclamation de l’indépendance, en juin 1941.
Après la Seconde Guerre mondiale, Lev Rebet s’impose comme l’un des principaux théoriciens de la diaspora nationaliste ukrainienne en Allemagne de l’Ouest et enseigne à l’Université libre ukrainienne. D’abord proche collaborateur de Stepan Bandera, il participe ensuite à la fondation de l’Organisation des nationalistes ukrainiens à l’étranger (OUN-Z), formation plus modérée, à la suite de divergences d’ordre idéologique. Lev Rebet est assassiné à Munich par Bogdan Stachinski, agent du KGB, au moyen d’un pistolet spécialement conçu pour projeter du cyanure ; son décès est dans un premier temps attribué à des causes naturelles, jusqu’à la défection de son meurtrier vers l’Ouest en 1961, qui permet d’établir les circonstances de l’assassinat.
Biographie Lev Rebet naît à Stryï, dans l’ouest de l’Ukraine, au sein d’une famille issue d’un père ukrainien et d’une mère d'origine juive.. Son père exerce comme employé des postes. Dès son plus jeune âge, il se distingue à la fois par une profonde piété, en tant que catholique de rite byzantin, et par une pratique assidue des activités physiques. Il adhère également au Plast, organisation nationale scoute ukrainienne.
Lev Rebet fréquente le gymnasium de Stryï, où sont également dispensés des enseignements parallèles en ukrainien, puis adhère, à l’âge de dix-sept ans, à l’Organisation militaire ukrainienne. Peu après la création de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) en 1929, il en devient un membre actif. À cette époque, l’organisation concentre principalement son action sur l’opposition aux politiques de polonisation mises en œuvre par le gouvernement de Varsovie en Galicie orientale.
Début de carrière politique Lev Rebet s’impose comme l’un des principaux écrivains et théoriciens de l’OUN, accédant rapidement à la fonction de « Holova Krayovoyi Ekzekutyvy » (commandant régional, en ukrainien), qu’il exerce de 1934 à 1938. Arrêté à plusieurs reprises en raison de ses activités politiques, il connaît au total deux années et demie d’incarcération dans les prisons de Stryï et de Lviv..
Lorsque l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) se scinde en 1940 entre les factions dirigées respectivement par Andriy Melnyk et Stepan Bandera, Lev Rebet rallie le courant bandériste.
Le , lorsque l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) proclame l’indépendance de Lviv, alors occupée par la Wehrmacht et désignée sous le nom de « Lemberg » jusqu’à la fin de 1944, Lev Rebet est nommé vice-président du gouvernement ukrainien par le Premier ministre Iaroslav Stetsko.
Les forces d’occupation allemandes refusent de reconnaître l’OUN comme représentant légitime du mouvement indépendantiste ukrainien. Elles procèdent successivement à l’arrestation de Stepan Bandera et de Iaroslav Stetsko, ce qui permet à Lev Rebet d’assumer brièvement les fonctions de Premier ministre par intérim du gouvernement national ukrainien.
Arrestation et internement par les nazis En août 1941, Lev Rebet est à son tour arrêté par la Gestapo. Après un passage en détention à Auschwitz, il demeure durant les trois années suivantes dans le camp de concentration de Sachsenhausen, au sein du Zellenbau, section réservée notamment à la détention de prisonniers politiques. À l’issue de la guerre, il s’établit à Munich, dans la zone d’occupation américaine, qui est alors l’un des principaux foyers de la diaspora ukrainienne.
Publications et opinions politiques
Lev Rebet poursuit son activité politique en exil par l’intermédiaire de diverses publications. Il exerce les fonctions de rédacteur en chef de plusieurs périodiques ukrainophones et se consacre parallèlement à la recherche ainsi qu’à l’enseignement dans les domaines du droit, de la science politique et de la sociologie. En 1949, il soutient sa thèse de doctorat et est nommé professeur de droit public à l’Université libre ukrainienne. Ses principaux travaux universitaires comprennent La Formation de la nation ukrainienne (1951) et La Théorie des nations (1956). Dans les pages éditoriales de l’Ukrainian Independentist, il formule également une appréciation critique de l’OUN, de son activité durant la Seconde Guerre mondiale et de son orientation politique ultérieure. À propos de son ancien compagnon de lutte, Stepan Bandera, il écrit notamment. :
En 1956, ces divergences aboutissent finalement à une scission entre l’OUN-B de Bandera et l’OUN-Z, de tendance plus modérée, que codirigent Lev Rebet et Zinoviy Matla.
Assassinat Lev Rebet est assassiné le à Munich par un agent du KGB, Bogdan Stachinski, au moyen d’un pistolet à brouillard diffusant du cyanure d’hydrogène. À la suite de son assassinat, sa veuve, Daria Rebet, ainsi que son collègue Bohdan Kordiouk, qui lui succède à la rédaction en chef de l’Ukrainian Independentist, poursuivent son œuvre éditoriale.
Bogdan Stachinski assassine ultérieurement Stepan Bandera, proche collaborateur de Lev Rebet, en 1959, selon des procédés analogues.
Lev Rebet est inhumé au cimetière de Lytchakiv, à Lviv.
Conséquences Dans un premier temps, le décès de Rebet est attribué à des causes naturelles. Toutefois, la défection de Bogdan Stachinski à Berlin-Ouest, en 1961, permet d’établir une autre hypothèse. Celui-ci se rend de son propre chef aux autorités ouest-allemandes et dépose devant le parquet de l'Allemagne de l'Ouest.
Lors de son procès, Stachinski explique les motifs qui l’ont conduit à assassiner Lev Rebet. Il déclare qu’on lui a présenté celui-ci comme , au motif que, dans ses journaux Suchasna Ukrayina (« Ukraine contemporaine »), Chas (« Heure ») et Ukrayinska Trybuna (« Tribune ukrainienne »), Lev Rebet ne se borne pas à rendre compte de l’actualité, mais consacre l’essentiel de ses écrits à l’examen de questions d’ordre idéologique.
Selon Reinhard Gehlen, ancien officier du renseignement militaire du régime nazi et ultérieurement dirigeant des services de renseignement de l’Allemagne de l’Ouest :
En 1984, l’Associated Press rapporte que Bohdan et Inge Stachinski se sont vus attribuer de nouvelles identités et bénéficient de l’asile accordé par le gouvernement sud-africain.
Postérité Le court métrage Critical Condition, qui puise son inspiration dans la vie et le décès de Lev Rebet, est présenté en avant-première au Festival de Cannes 2025Semaine de la Critique Cannes.
Références
Voir aussi
Bibliographie (livre audio).
. L'hebdomadaire ukrainien
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