Le Forum colonial de Tarragone est un site archéologique romain se trouvant à Tarragone, en Espagne. Ce site, construit après , est composé d'une place carrée ouverte et d'une basilique et est adjacent au forum républicain, qui s'était établi un siècle plus tôt... La basilique occupait les principales fonctions judiciaires de la cité de Tarraco, capitale de la Tarraconaise. Ne sont aujourd'hui visibles que des vestiges de la basilique, le reste du forum étant dans sa presque totalité enfoui sous des habitations modernes. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000.

Histoire

Construction et vie durant l'époque romaine Dès le , de grands travaux d'urbanisation sont entamés au sein de Tarragone. Dans la cité basse, s'installe alors un forum Républicain qui accueillait un temple prostyle à triple cella et divers établissements desquels sont encore visibles des fosses de stockage... En , Jules César octroie à Tarragone le statut de colonie après la Campagne de Lérida, amorçant alors un important programme de monumentalisation dans la ville. Le forum Républicain est remanié et le temple présent sur celui-ci est érigé sur un large podium et devient un large temple pseudo-périptère.. Sous le règne d’Auguste, la ville est promue au rang de capitale de la Tarraconaise, plus grande province de l'Hispanie romaine, marquant le point de départ d’un grand développement urbanistique, ainsi que de nombreuses réformes administratives... Le forum colonial s’établit à côté de l’ancien forum Républicain et se munit d'une basilique. Cette période marque la première phase de la basilique : les murs sont réalisés avec de petits blocs réguliers, les colonnes sont de faible hauteur (environ 3 mètres de haut) et le sol est dallé, indiquant que l'édifice fut achevé. Sous le règne de Tibère, entre 25 et 37 ap. J.-C., la basilique est rénovée, marquant la seconde phase de l’édifice. La hauteur est élevée, les murs sont dupliqués, et un important programme décoratif est mis au jour. Un grand programme statuaire du culte impérial est également mis en place. La troisième et dernière phase se déroule sous le règne d’Hadrien. La cour axiale est transformée et étendue, la hauteur est à nouveau élevée et l’édifice reçoit un nouveau pavement de marbre. Différents travaux de restauration sont également menés afin d'entretenir l'édifice.

Abandon et pillage de l'époque médiévale à l'époque moderne Durant le , le site est abandonné, probablement avant 360. Le bâtiment est démonté, les blocs de pierre sont réutilisés, notamment dans la nécropole chrétienne, et les différentes statues et plaques de marbre sont utilisées dans des fours. La partie basse de la ville est abandonnée jusqu’à la repopulation du , due à la reconquête de Tarragone des mains des Almoravides, où l’on construit châteaux et édifices religieux tirant profit des restes antiques.. Au , l’église de Saint-Fructueux est construite sur une partie des restes du site. Au , un monastère capucin est construit à côté de celle-ci. Ces deux édifices sont détruits dans le courant du en faveur de la forteresse royale dont le but était de stocker de l’artillerie. La forteresse et les murailles sont détruites entre la fin du .

Ensevelissement et redécouverte à l'époque contemporaine

vignette|Monument dédié à Joan Serra i Vilaró construit sur le parc archéologique du forum colonial de Tarragone. Une partie du site est ensevelie sous des habitations lors de l’expansion urbanistique vers le sud de la ville durant la fin du . De 1857 à 1860, la route de Soler est construite dans ce contexte d’expansion. Lors de cette construction, les ouvriers découvrent de nombreux restes de matériel archéologique à un niveau plus élevé que celui de la ville moderne, qui est alors documenté. En 1884, , alors directeur du Musée National Archéologique de Tarragone, identifie au départ le site comme un gymnase. La construction de la ville se poursuit, notamment sur de nombreux vestiges archéologiques qui ne peuvent désormais plus être étudiés. Entre 1928 et 1929, , ecclésiastique et archéologue, sauve le site du forum colonial de Tarragone, y entreprend de grandes fouilles et protège les restes du site des constructions. Jusqu’en 1940 le site est étudié par Vilaró et son équipe. Malgré le sauvetage du site, celui-ci est laissé à l’abandon pendant plus de vingt ans, délaissé au statut de terrain vague. Sans protections, les dégradations et les vols sont très nombreux. Entre 1967 et 1968, les “Brigades de l’Héritage National Artistique”, sous la direction d’, entament un important programme de reconstruction afin de transformer le site en un parc archéologique. Cependant, ces travaux de reconstruction sont négligés et manquent de la documentation rigoureuse nécessaire pour entreprendre un tel projet. Selon les interprétations de Vilaró, ils reconstruisent des bases de colonnes avec du béton, restaurent certaines colonnes avec, notamment, de la pierre artificielle, reconstruisent deux bâtiments annexes avec des voûtes en berceau, refont des murs de pierre et carrellent à nouveau l’Aedes Augusti avec du marbre. En 1987, le site est correctement identifié comme la basilique juridique. Le forum colonial est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2000 ainsi que divers autres sites archéologiques de Tarragone sous l’appellation d'« Ensemble archéologique de Tarragone ».. Entre 2003 et 2004, un nouveau programme de fouilles est lancé, où les vestiges sont nettoyés.

Description vignette|500x500px|Plan de la basilique du forum colonial de Tarragone. vignette|288x288px|Tête en marbre d'Hadrien, retrouvée à proximité du forum colonial, probablement originellement rattachée à une statue honorifique présente sur le site, , musée national archéologique de Tarragone. La place carrée ouverte du forum colonial est entourée d’un portique de six mètres de large dont le côté faisant face à la rue au sud est composé de tabernae. Au nord, la basilique est un bâtiment couvert à trois nefs avec un portique entourant la nef centrale, permettant ainsi d’élever cette dernière et donc de faire rentrer plus de lumière, et la séparant de celles latérales. Ce portique intérieur est composé de quatorze colonnes en longueur, dont onze sont documentées archéologiquement, sur quatre en largeur. Il s’agit de colonnes corinthiennes de 90 centimètres de diamètre, séparées les unes des autres d’une distance de 3,85 mètres. Entre chaque colonne du portique de la basilique se trouvaient différentes statues honorifiques, certaines équestres, dédiées à l’empereur, aux membres de la famille impériale ou encore à des personnalités importantes, notamment des bienfaiteurs. Quatorze de ces statues sont documentées archéologiquement via des piédestaux, dont trois sont ceux de statues équestres. Le mur nord de la basilique est composé de douze tabernae donnant sur l’intérieur, tous séparés entre eux par un mur. Les murs séparant ces tabernae sont alignés aux colonnes. La taberna à l'extrémité ouest ainsi que celui à l'extrémité est présentent une largeur équivalente à celle du portique entourant la nef centrale. Au centre de ce mur nord, dont se situent de part et d'autre six tabernae, se trouve une pièce axiale rectangulaire de 13,07 mètres de long sur 11,20 mètres de large, pavée de dalles de marbre, et séparée des autres nefs à son entrée par deux colonnes alignées avec les portes de la basilique. À l’intérieur se trouvent trois colonnes délimitant un hall d’entrée, et une statue de l’empereur. Cette pièce fut au départ interprétée comme une curie, une salle où se réunissent les magistrats locaux, de manière similaire à la curie de la basilique d’Augusta Raurica, en Suisse actuelle... Cependant, l’architecture n’étant pas adaptée à telle fonction, il est difficile de définir cet espace comme une curie. Il s’agirait plutôt d’un tribunal, la basilique ayant en tant que fonction principale la fonction judiciaire, où l’on traitait des différentes affaires judiciaires de la ville. Le côté est de la basilique est prolongé par un chalcidicum abritant ce que Serra Vilaró qualifia de « place des statues » (dénomination attribuée suite à la découverte à cet endroit d'un nombre important de statues lors des fouilles, dont certains fragments sont exposés dans les tabernae restituées). vignette|Entablement restitué supporté par deux colonnes corinthiennes. vignette|Deux tabernae restituées. Le sol de la basilique se compose d’un sous-pavement en opus signinum avec un dallage de marbre posé par-dessus. Les deux colonnes restituées présentent chacune une plinthe supportant une base attique sous un fût cannelé et un chapiteau corinthien à feuilles d’acanthe fait d’un astragale, d’une corbeille d’acanthe et d’un abaque présentant un fleuron en son centre. Un entablement par-dessus est composé d’une architrave à trois fasces, d'une frise vierge et d'une double corniche dont la seconde partie présente des modillons en forme de fleurons. Deux des douze tabernae du mur nord ont également été restituées « pleinement », c’est-à-dire sur toute leur hauteur. Ces tabernae restituées sont en opus vittatum et le bord des murs les séparant en opus quadratum. Les tabernae sont tous deux couverts d’une voûte en berceau retombant sur ces murs. Le bord de ces voûtes est également en opus quadratum, formant un arc en plein cintre. Le forum colonial et la basilique de Tarragone sont un complexe architectural relativement difficile à restituer dans son intégralité et de manière fiable. En effet, la presque intégralité de la place du forum colonial se trouvant au sud de la basilique a aujourd’hui disparu pour laisser place à des habitations modernes, empêchant des campagnes de fouilles. Tout le complexe ayant été restauré sans la recherche scientifique nécessaire, l’élévation et les deux locaux entièrement restaurés ne reflètent probablement pas parfaitement la réalité de l’époque, bien qu’elle ne dût pas s’en éloigner énormément, de nombreux blocs issus du complexe ayant été réutilisés.

Technique et matériaux L’ensemble du site est réalisé en un calcaire local, la pierre de Mèdol. Ce calcaire provient de la carrière de Mèdol située à huit kilomètres de la ville, la plus grande carrière du territoire de Tarragone, qui sera le fournisseur principal des différents sites antiques de la ville. Cette pierre est datée du Miocène et est facile à travailler, tout en étant de bonne qualité, et est importée vers le forum colonial par voie maritime. Les murs de la basilique sont réalisés en opus vittatum sur lesquels se retrouve une maçonnerie prise avec du mortier de chaux. Le sous-pavement est réalisé en opus signinum sur lequel est posé un pavement fait de dalles de marbre. Ces éléments ne sont désormais plus visibles, l’intégralité du sol ayant été recouverte de béton lors des restaurations se déroulant entre 1967 et 1968. Les éléments décoratifs, réalisés lors de la seconde phase de l’édifice, sont réalisés en stuc, afin de donner à celui-ci un aspect marbré et permettant de cacher l'aspect poreux du calcaire. L'utilisation du stuc plutôt que du marbre est ici due à une différence de financement par rapport au forum provincial, celui-ci étant financé par l’administration municipale, provinciale et impériale. Le forum colonial n’ayant été financé que par la municipalité, l’emploi de marbre pour tout l’édifice fut trop coûteux, ne reléguant son usage qu'à certaines parties. Le premier style de la basilique est considéré comme archaïque et déjà démodé à Rome lors de la construction de l'édifice. À partir de l'époque tibérienne, après la rénovation de la basilique, le nouveau style décoratif du bâtiment s’inspire du style émergeant à Rome au tout début du après la construction du temple de Mars Ultor et arrivant à Tarragone après la construction du temple d’Auguste en 14 ap. J.-C..

Références

Sources

Articles connexes Ensemble archéologique de Tarragone Tarragone Tarraco

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