Voisava Kastrioti (également appelée Vojsava, Vojislava, Jella ou Gjela) est une noble des Balkans de la fin du et du début du , principalement connue comme l'épouse de Gjon Kastrioti et la mère de Gjergj Kastrioti, dit Skanderbeg.

Son origine familiale exacte demeure débattue. Des historiens lui ont attribué une origine albanaise, sud-slave, serbe ou bulgare. Une hypothèse historiographique la rattache notamment à la famille serbe des Branković, sans qu'une source primaire ou archivistique connue établisse directement cette filiation.

Biographie

Les premières œuvres narratives donnant des informations sur Voisava sont postérieures de plusieurs décennies à sa vie.

Marin Barleti, dans sa biographie de Skanderbeg publiée au début du , décrit le père de Voisava comme , c'est-à-dire un noble prince ou souverain des « Triballes ».

Gjon Muzaka la mentionne dans sa chronique sous les formes Visava Tribalda et Voisava Tripalda. Il affirme également que sa propre famille, du côté maternel, était apparentée au père de Voisava. Barleti et Muzaka associent son origine à Polog.

Un acte notarié provenant des archives de la république de Raguse, daté du 10 juillet 1439, désigne cependant la veuve de Gjon Kastrioti sous le nom de Jella.

Famille

Voisava épouse Gjon Kastrioti, seigneur de la Maison Kastrioti. Leur mariage est généralement situé vers 1390.

Le couple a neuf enfants, quatre fils et cinq filles : Reposh, Stanisha, Kostandin, Mara, Gjergj, Jelena, Mamica, Angelina et Vlajka.

La famille Kastrioti entretient d'importantes relations avec le monastère de Hilandar, au mont Athos. En 1426, Gjon Kastrioti fait notamment don à Hilandar de deux villages, Radostuše et Trebište, avec une église située à Rostuša.

En 1430, Gjon conclut également avec Hilandar un accord concernant l'usage à vie d'une tour pour lui-même et ses quatre fils.

Son fils Reposh devient moine au mont Athos. Il meurt en 1431 et fut enterré à Hilandar.

Origine familiale

L'origine familiale de Voisava constitue un sujet de débat historiographique. Les différentes interprétations reposent notamment sur les termes Triballorum, Tribalda et Tripalda employés par Barleti et Muzaka.

Hypothèse d'un rattachement aux Muzaka

Plusieurs auteurs ont proposé que Voisava appartienne à la famille noble des Muzaka. Cette interprétation repose notamment sur l'affirmation de Gjon Muzaka concernant un lien de parenté entre sa famille et celle du père de Voisava.

Fan Noli, dans sa biographie de Skanderbeg publiée en 1947, adopte l'hypothèse d'une appartenance de Voisava aux Muzaka.

Harry Hodgkinson a également défendu son rattachement à cette famille.

Boško Bojović, qui a étudié les rapports des Kastrioti avec le mont Athos et Hilandar, rattache également Voisava aux Muzaka.

Hypothèse serbe ou sud-slave

D'autres historiens ont proposé une origine serbe ou plus généralement sud-slave.

Cette interprétation repose notamment sur la description de Barleti, qui qualifie son père de .

Karl Hopf conclut au que Voisava était la fille d'un seigneur serbe de Polog.

L'historien britannique William Miller souligna également le caractère slave du nom de Voisava et interpréta « Tripalda » comme dérivant de « Triballi », terme employé dans une partie de la littérature byzantine pour désigner les Serbes.

L'historien bulgare Vasil Zlatarski la mentionna également comme fille d'un noble serbe.

L'historien suisse Oliver Jens Schmitt a plus récemment envisagé une appartenance de Voisava à une branche de la famille noble serbe des Branković.

Cette identification précise demeure néanmoins hypothétique, aucune source primaire ou archivistique connue ne reliant directement Voisava à la famille Branković.

Hypothèse bulgare

Une autre interprétation rattache Voisava à un milieu bulgare.

L'historien bulgare Strashimir Dimitrov la considérait comme la fille d'un seigneur local bulgare de Macédoine.

Kasëm Biçoku a pour sa part interprété le terme « Triballien » employé par Barleti comme une référence aux Bulgares, tout en soulignant l'absence de preuve archivistique d'une appartenance de Voisava aux Branković.

Sources anciennes

Les œuvres de Marin Barleti et de Gjon Muzaka constituent deux des principales sources narratives concernant l'origine de Voisava.

Barleti décrit son père comme un .

Muzaka emploie les formes Visava Tribalda et Voisava Tripalda et affirme que sa propre lignée maternelle était apparentée au père de Voisava.

Les différences entre ces témoignages ont donné lieu à plusieurs reconstructions historiographiques de l'ascendance de Voisava.

Contexte historiographique autour de Skanderbeg

La question de l'origine de Voisava a également été rapprochée de textes anciens concernant directement l'origine de son fils Skanderbeg.

Une version d'un texte de Théodore Spandounès, publiée par Karl Hopf en 1873, contient la formulation : .

Une transmission du texte publiée par Francesco Sansovino comporte une formulation proche : .

Ces expressions ont été utilisées dans certains débats historiographiques sur l'origine de Skanderbeg. Elles ne permettent toutefois pas, à elles seules, d'établir l'ascendance de Voisava : leur contexte, leur date et les sources utilisées par Spandounès doivent être pris en compte.

Historiographie

La documentation disponible ne permet pas d'établir avec certitude l'ascendance précise de Voisava.

L'hypothèse Muzaka repose notamment sur les indications généalogiques de Gjon Muzaka et sur plusieurs interprétations historiographiques ultérieures.

Les hypothèses serbe et sud-slave reposent notamment sur l'interprétation du terme « Triballes », l'association de Voisava à Polog et différentes reconstructions généalogiques.

L'identification précise avec les Branković demeure une hypothèse historiographique et n'est pas directement établie par un document contemporain connu. Une autre tradition historiographique interprète certains des mêmes éléments en faveur d'une origine bulgare.

Notes et références

Annexes Articles connexes

Skanderbeg Gjon Kastrioti Maison Kastrioti Muzaka Branković Monastère de Hilandar

Bibliographie

Catégorie:Histoire de l'Albanie Catégorie:Personnalité albanaise