El trato de Argel (« Le marché d’Alger »), également intitulée Los tratos de Argel, est une pièce de théâtre de Miguel de Cervantes, consacrée à la captivité des chrétiens à Alger. Elle est généralement située au début des années 1580, peu après la libération de Cervantes de sa captivité algéroise.
L'œuvre est conservée dans deux manuscrits non autographes, l'un à la Bibliothèque nationale d'Espagne et l'autre à la Hispanic Society of America.
Intrigue L'action se déroule à Alger et met en scène des captifs chrétiens ainsi que leurs maîtres musulmans. Les personnages d'Aurelio et de Silvia occupent une place centrale dans l'intrigue. Aurelio est aimé par Zara, tandis que Silvia est aimée par Yzuf. Ces relations amoureuses s'inscrivent dans le contexte de la captivité et des tensions religieuses et sociales entre les deux communautés.
La captivité constitue le principal ressort dramatique de la pièce. Les captifs cherchent à conserver leur foi et leur identité tout en espérant obtenir leur liberté. La pièce présente également les difficultés liées au rachat des captifs chrétiens détenus à Alger.
À la fin de la pièce, Aurelio et Silvia obtiennent leur liberté et peuvent quitter Alger.
Thèmes Captivité et liberté La captivité des chrétiens constitue le thème central de l'œuvre. Cervantes y représente les souffrances des captifs et les difficultés auxquelles ils sont confrontés à Alger. La pièce est étroitement liée à l'expérience personnelle de Cervantes, captif à Alger de 1575 à 1580.
La dimension testimoniale de l'œuvre a été particulièrement étudiée par Enrique Fernández. Celui-ci souligne que Los tratos de Argel a souvent été utilisé comme témoignage de l'expérience algéroise de Cervantes, tout en rappelant la difficulté de distinguer les éléments historiques de leur élaboration littéraire.
Relations entre chrétiens et musulmans La pièce ne présente pas uniquement une opposition entre chrétiens et musulmans. Les relations entre les personnages sont également marquées par l'amour, la compassion, la jalousie et la solidarité. Les relations amoureuses entre captifs chrétiens et personnages musulmans constituent notamment un élément important de la dramaturgie.
Dimension autobiographique L'expérience personnelle de Cervantes à Alger constitue un élément essentiel de l'œuvre. Le personnage de Saavedra, présent dans la pièce, renvoie notamment à l'auteur et à son expérience de captif.
La pièce a ainsi été étudiée comme une œuvre située à la frontière entre témoignage autobiographique, création littéraire et réflexion politique sur la captivité.
Dimension politique Enrique Fernández interprète notamment Los tratos de Argel dans le contexte politique et personnel des premières années qui suivent la libération de Cervantes. Il rapproche la pièce des textes destinés à susciter l'aide en faveur du rachat des captifs, notamment ceux associés aux ordres religieux chargés de leur libération.
La question du rachat des captifs et le rôle des ordres de la Merci et de la Trinité sont également étudiés par Kenneth A. Stackhouse dans son analyse comparative des pièces algéroises de Cervantes.
Structure La structure de El trato de Argel et sa division en journées ont fait l'objet de discussions dans l'édition critique moderne. La tradition manuscrite présente notamment des différences dans la structuration du texte, ce qui explique les divergences concernant le nombre de journées.
La pièce appartient à la première période de l'œuvre dramatique de Cervantes. Elle est généralement rapprochée d'El Cerco de Numancia, autre pièce attribuée à cette période, ainsi que des œuvres consacrées ultérieurement à Alger, notamment Los baños de Argel.
Relation avec Los baños de Argel El trato de Argel est étroitement liée à Los baños de Argel, autre pièce de Cervantes consacrée à la captivité chrétienne à Alger. Les deux œuvres partagent notamment leur cadre algérois, leur thème de la captivité et plusieurs motifs liés aux relations entre chrétiens et musulmans.
Jean Canavaggio a étudié l'évolution du thème de la captive chrétienne entre Los tratos de Argel et Los baños de Argel.
Kenneth A. Stackhouse a également comparé les deux pièces sous l'angle de leur écriture dramatique et de leur rapport aux pratiques théâtrales de l'époque.
Manuscrits et transmission du texte vignette|Première page du manuscrit à la Bibliothèque nationale d'Espagne (v. 1582-1650). Le texte de El trato de Argel est conservé dans deux manuscrits non autographes. Le premier est conservé à la Bibliothèque nationale d'Espagne, sous la cote manuscrit 14 630, et le second à la Hispanic Society of America.
La première édition imprimée connue paraît à Madrid en 1784 chez Antonio de Sancha. Elle est publiée dans Viage al Parnaso, accompagnée d'El Cerco de Numancia.
La Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes propose une reproduction numérique de cette édition de 1784, publiée à l'origine aux pages 275-384.
Éditions La première édition imprimée de El trato de Argel paraît à Madrid en 1784 chez Antonio de Sancha.
Une édition de et est ensuite publiée dans leur édition des œuvres complètes de Cervantes. a établi une édition de El trato de Argel mise à disposition par la Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes.
En 2015, María del Valle Ojeda Calvo publie la première édition critique moderne de El trato de Argel dans la collection de la Real Academia Española. Cette édition s'appuie sur les deux manuscrits non autographes et comprend notamment un apparat critique, des notes complémentaires, une étude de l'œuvre, une analyse métrique, une synthèse de l'intrigue et une bibliographie.
Références
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