Le handicap au Burkina Faso recouvre les situations dans lesquelles des personnes présentent des déficiences physiques, sensorielles, intellectuelles, mentales ou psychosociales rencontrent des obstacles susceptibles de limiter leur participation pleine et effective à la société. Il constitue un enjeu de santé publique, de droits de l'homme, d’éducation, d’emploi, d’accessibilité et de protection sociale.
Le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2019 dénombre personnes handicapées âgées de deux ans ou plus au Burkina Faso, selon les seuils de difficultés fonctionnelles retenus par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD). Les estimations internationales ou associatives peuvent être plus élevées, selon la définition du handicap et la méthode de collecte mobilisées.
Le Burkina Faso a ratifié en 2009 la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations unies et a adopté, en 2010, une loi portant protection et promotion des droits des personnes handicapées. Malgré ce cadre juridique, l’accès à l’éducation, à la formation, aux soins, à l’emploi, aux transports, à la justice et aux services publics demeure limité par des obstacles matériels, économiques, institutionnels et socioculturels.
Histoire
Les premières initiatives organisées en faveur des personnes handicapées au Burkina Faso sont principalement portées par des familles, des associations, des organisations confessionnelles et des organisations non gouvernementales. Elles concernent notamment l’éducation spécialisée, la réadaptation, l’apprentissage de métiers, la prise en charge médicale et l’accompagnement social.
Au cours des années 1990 et 2000, des organisations de personnes handicapées se constituent ou renforcent leurs activités. Elles interviennent dans la défense des droits, la sensibilisation, la formation professionnelle, l’accès aux soins et l’éducation des enfants handicapés. Elles participent également à l’émergence d’organisations faîtières telles que la Fédération burkinabè des associations pour la promotion des personnes handicapées (FEBAH).
La ratification de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, le , marque une étape dans l’adoption d’une approche fondée sur les droits humains. Cette évolution est renforcée par l’adoption de la loi n° 012-2010/AN du , qui reconnaît la nécessité de promouvoir et de protéger les droits des personnes handicapées dans plusieurs domaines de la vie sociale.
Depuis l'année 2016, la crise sécuritaire et humanitaire affectant le pays accroît les difficultés rencontrées par les personnes handicapées. Les déplacements forcés, la fermeture d’établissements scolaires et de structures sanitaires, ainsi que les difficultés d’accès à l’aide humanitaire, peuvent affecter de manière particulière les personnes handicapées et leurs familles.
Définition au Burkina Faso
La loi n° 012-2010/AN définit la personne handicapée comme toute personne qui présente une incapacité ou une limitation d’activité due à une déficience physique, sensorielle, mentale, intellectuelle ou psychique, durable ou non, et dont l’interaction avec divers obstacles peut entraver sa participation effective à la société.
Cette définition s’inscrit dans une approche sociale du handicap, selon laquelle les difficultés rencontrées ne résultent pas uniquement d’une déficience individuelle, mais aussi de l’environnement physique, de l’organisation des services, des représentations sociales et de l’existence éventuelle de discriminations.
La Convention relative aux droits des personnes handicapées considère également que le handicap résulte de l’interaction entre les personnes présentant des incapacités et les barrières comportementales ou environnementales qui font obstacle à leur participation pleine et effective à la société, sur la base de l’égalité avec les autres.
Démographie du handicap au Burkina Faso
Données du recensement de 2019
Le RGPH de 2019 dénombre personnes handicapées âgées de deux ans ou plus. Ce chiffre correspond à la définition statistique et aux seuils de difficultés fonctionnelles retenus par l’INSD dans le cadre du recensement.
Les données du recensement doivent être interprétées avec prudence. Elles reposent sur des questions portant sur les difficultés fonctionnelles déclarées par les personnes interrogées ou par les membres de leur ménage. Les résultats peuvent donc différer des estimations produites par des organismes internationaux ou des organisations spécialisées, qui reposent sur des définitions plus larges du handicap.
Selon le RGPH de 2019, la proportion des enfants âgés de six à seize ans vivant avec un handicap est estimée à 0,4 %.
Estimations internationales
Certaines organisations intervenant dans le domaine du handicap avancent des estimations plus élevées que celles du RGPH. CBM Suisse indique ainsi qu’environ 15 % de la population burkinabè pourrait être concernée par une forme de handicap.
L’écart entre les résultats du recensement et ces estimations ne permet pas, à lui seul, de conclure à une évolution de la fréquence du handicap. Il s’explique en partie par les différences de définitions, d’âges pris en compte, d’outils de mesure et de méthodes de collecte.
Législation et politique gouvernementale
Engagements internationaux
Le Burkina Faso a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées et son protocole facultatif le . La Convention impose aux États parties de garantir notamment l’égalité devant la loi, l’accessibilité, l’éducation inclusive, l’accès aux soins, l’emploi, la participation à la vie publique et la protection contre les discriminations.
En août 2024, le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies examine le rapport initial du Burkina Faso relatif à l’application de la Convention. Le Comité relève certaines avancées, mais formule également des préoccupations et recommandations concernant notamment l’accessibilité, la discrimination, la participation des organisations de personnes handicapées, l’éducation, l’emploi et la protection des femmes et enfants handicapés.
Loi de 2010
La loi n° 012-2010/AN du portant protection et promotion des droits des personnes handicapées constitue l’un des principaux textes nationaux relatifs au handicap Initiatives et perspectives
Plusieurs initiatives sont mises en œuvre au Burkina Faso par les pouvoirs publics, les organisations de personnes handicapées et les partenaires techniques et financiers afin de renforcer la participation des personnes handicapées, leur accès aux services et leur inclusion dans les politiques publiques.
Actions institutionnelles
Les pouvoirs publics ont engagé plusieurs mesures visant à renforcer la participation des personnes handicapées à la vie publique et à la prise de décision. Des représentants d'organisations de personnes handicapées ont notamment été associés à différentes institutions nationales. Des mesures spécifiques de recrutement dans la fonction publique sont également regulièrement organisées au profit des personnes handicapées.
Des actions de sensibilisation et de formation des parlementaires ont par ailleurs été menées afin de favoriser la prise en compte du handicap dans l'élaboration des textes législatifs et des politiques publiques.
Initiatives des organisations de personnes handicapées
Les organisations de personnes handicapées participent au plaidoyer, à la sensibilisation et au suivi des politiques publiques relatives au handicap. Elles interviennent notamment auprès des pouvoirs publics pour promouvoir l'application de la législation nationale et la participation des personnes handicapées à l'élaboration des politiques qui les concernent.
Le projet « Yirwa », mis en œuvre par le Secrétariat permanent du COMUD/Handicap avec l'appui technique et financier de CBM Global, s'inscrit dans cette dynamique. Il vise notamment à renforcer les capacités des organisations de personnes handicapées en matière de droits, de leadership et de participation citoyenne, ainsi qu'à favoriser la prise en compte du handicap dans les documents de planification publique.
6es organisations de personnes handicapées ont également participé aux concertations nationales consacrées à la mise en œuvre des droits des personnes handicapées et ont formulé des propositions portant notamment sur l'application de la loi n°012-2010/AN, l'autonomisation économique et l'amélioration des mécanismes d'évaluation du handicap.
Programmes de santé et d'inclusion
Plusieurs partenaires internationaux soutiennent des programmes consacrés à l'accès aux soins, à l'éducation inclusive et à l'autonomisation économique.
En matière de santé oculaire, Sightsavers et Light for the World ont lancé en 2025, avec le soutien de la Fondation L'Occitane, un programme dans la région des Cascades. Celui-ci prévoit notamment au moins 200 opérations de la cataracte, plus de 19 000 examens oculaires et la fourniture de 500 paires de lunettes à des enfants scolarisés et à des adultes. Plus de 400 enseignants et volontaires communautaires doivent également être formés au dépistage visuel.
Sightsavers mène également des actions de renforcement des capacités des organisations de personnes handicapées. En septembre 2025, l'organisation a organisé à Ouagadougou un atelier consacré au plaidoyer et au lobbying, auquel ont participé notamment la FEBAH, l'UNAFEHB et le RENOH.
Light for the World intervient également dans le domaine de l'éducation inclusive. Un projet consacré à l'utilisation d'outils numériques adaptés a notamment été mis en œuvre avec l'Union nationale des associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (UN-ABPAM), afin de faciliter l'accès des élèves déficients visuels aux contenus pédagogiques numériques et aux ressources documentaires accessibles.
Autonomisation économique et action humanitaire inclusive
Le projet « Mesures d'inclusion pour les personnes affectées par la crise dans les zones ciblées au Burkina Faso » (IMPACT-BF), mis en œuvre notamment par Light for the World, vise à renforcer la résilience des personnes déplacées internes, des personnes retournées et des communautés hôtes, avec une attention particulière portée aux personnes handicapées. Le projet comprend notamment des activités d'autonomisation économique, de protection et de renforcement de la participation des organisations de personnes handicapées.
Lancé en février 2024, le projet devait initialement prendre fin en novembre 2025. Il a été prolongé jusqu'au 30 novembre 2027 afin de consolider les acquis et d'élargir ses interventions.
Dans le cadre de l'action humanitaire, les organisations de personnes handicapées participent également aux réflexions sur l'adaptation des dispositifs d'aide aux besoins spécifiques des personnes handicapées. Elles préconisent notamment leur participation aux différentes étapes des programmes humanitaires, l'amélioration de l'accessibilité de l'information et des services ainsi que la collecte de données désagrégées permettant de mieux identifier leurs besoins.
Perspectives
Les perspectives d'évolution du secteur sont notamment liées à la mise en œuvre de la nouvelle Stratégie nationale de protection et de promotion des personnes handicapées (SN-3PH) pour la période 2026-2030. Cette stratégie doit succéder au cadre stratégique couvrant la période 2012-2021 et vise à renforcer la protection et la promotion des droits des personnes handicapées dans les différents secteurs de la vie sociale.