L'affaire Jacques Delfosse est une affaire judiciaire mettant en cause un prêtre du diocèse de Lille (renvoyé de l'état clérical en 2025) condamné en 2007 par la cour d'assises du Val-de-Marne à cinq ans de prison, dont six mois ferme, pour les viols de deux mineures de moins de 15 ans, les faits concernant les 35 autres plaignants étant prescrits. Plusieurs de ces violences sexuelles ont été commises sous soumission chimique.
L'affaire est relancée en 2023 et 2024 par deux nouvelles plaintes, ainsi qu'en par la parution d'une série d'articles dans La Voix du Nord qui permet à la justice d'identifier 62 victimes déclarées de Jacques Delfosse entre 1966 et 2002. En août 2026, le parquet de Lille annonce l'ouverture d'une information judiciaire concernant des faits non prescrits sur la période 1990-2002.
L'affaire Jacques Delfosse, par son ampleur sur cinq décennies, constitue l'une des plus graves affaires d'abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique en France.
Historique Jacques Delfosse naît en 1937. à Marcq-en-Barœul (Nord) dans une famille aisée. Il est le second d'une fratrie de cinq enfants. Son père est directeur administratif de la savonnerie Lever à Haubourdin.. Jacques Delfosse entre au séminaire de Lille à l'âge de 19 ans. En 1960, il interrompt ses études pour effectuer durant deux ans son service militaire en Algérie. De retour en France, il est ordonné prêtre à l'âge de 27 ans, en 1964, par Adrien Gand, archevêque de Lille. Il est nommé vicaire à Annappes (ancienne commune devenue en 1970 un quartier de Villeneuve-d'Ascq) où il dessert l'église de la Nativité et est chargé des activités des jeunes de sa paroisse et de celles d'Haubourdin (Saint-Maclou et Saint-Paul.). Il est aussi l'aumônier de l'école privée Saint-Pierre d’Ascq.
Premiers abus sexuels connus Jacques Delfosse commet sa première agression sexuelle connue en lors d'une colonie de vacances à Grande-Rivière (Jura) sur un garçon de 7 ans. À la rentrée scolaire, le prêtre viole l'enfant, scolarisé en CE1, dans son bureau de l'école Saint-Pierre d'Ascq.... En 1969, le prêtre est nommé à Lille aumônier de l’Institution Saint-Pierre, un établissement scolaire lassallien. Lors d'un camp d'été en 1974, il abuse sexuellement un adolescent de 15 ans (Bruno V.) en l'ayant préalablement drogué. Il viole également à plusieurs reprises un garçon de 12 ans (Sylvain B.) préparant sa première communion à Armentières..
La même année, Jacques Delfosse est muté à Roubaix, à l'aumônerie du quartier des Trois Ponts. (paroisse Sainte-Élisabeth). Personnalité charismatique, perçu comme un prêtre , , Jacques Delfosse attire en nombre les jeunes des établissements scolaires roubaisiens, jusqu'au collège Gambetta de Lys-lez-Lannoy. Chaque hiver, il encadre 60 adolescents à Mijoux, dans le Jura. L'été, ce sont plus de 80 jeunes qu'il entraîne dans des camps de trois semaines à Saint-Ilpize en Haute-Loire et à Labatie-d'Andaure en Ardèche. Il organise également à la Toussaint, à Pâques et en août des séjours à Gourgouras, hameau près de Saint-Julien-d'Intres, également en Ardèche, dans une ancienne ferme à restaurer, acquise en 1979 grâce à l'héritage paternel.
Abus sexuels généralisés Le camp chantier de Gourgouras devient dans les années 1980 et 1990 le théâtre privilégié des violences sexuelles de Jacques Delfosse qui endosse un rôle de gourou pervers au milieu d'enfants et d'adolescents, filles et garçons, auxquels il impose un cadre transgressif et sexualisé, entre consommation d'alcool, nudité et voyeurisme lors de douches collectives mêlant jeunes et adultes. Selon le même mode opératoire qu'avec Bruno V. en 1974, Jacques Delfosse utilise son rôle d'infirmier du camp pour agresser sexuellement ou violer plusieurs jeunes après les avoir sédatés avec des anxiolytiques... Il obtient ces médicaments grâce à un carnet d'ordonnances vierges, fourni par un médecin, le père de deux jeunes filles fréquentant le camp (comptant également parmi les victimes de Delfosse), qui croit que ces ordonnances sont utiles au prêtre pour acheter du matériel de premier secours, comme des compresses ou de l'aspirine. Avant même le début de ces séjours, Jacques Delfosse passe du temps à l'hôtel avec certains adolescents, sélectionnés pour participer au camp, et les place sous soumission chimique pour abuser d'eux à tour de rôle dans sa chambre. L'un des garçons victimes indique au procès de 2007 qu'il a ainsi subi 50 viols de sa part.
Alertes auprès de l'évêché
Des plaintes de parents remontent à l'archevêché de Lille, qui en 1988 affecte Jacques Delfosse à Villeneuve-d'Ascq comme aumônier des étudiants, mais aussi comme prêtre de la paroisse d'Ascq, chargé à ce titre de l'aumônerie du collège-lycée privé Saint-Adrien.. Delfosse arrête les camps d'hiver et d'été, mais continue d'inviter des dizaines d'adolescents dans sa ferme de Gourgouras, à chaque période de vacances scolaires, jusqu'en 1998. L'emprise du prêtre est totale : il va jusqu'à marier ses anciennes victimes, y compris entre elles dans le cas d'un couple.
De nouvelles plaintes au début des années 1990 entraînent la mutation de Delfosse à Paris en 1993, puis à Nogent-sur-Marne en 1995, dans le diocèse de Créteil, comme curé de la paroisse et aumônier d’un groupe de scouts et des établissements scolaires environnants. En 1998, l'une des anciennes victimes de Delfosse porte plainte contre lui pour trois viols s'étant produits entre 1982 et 1986 en Ardèche. L'évêque de Lille, Jean Vilnet, oblige le prêtre à vendre la ferme de Gourgouras. Delfosse fait cependant construire un chalet à Pelvoux, dans les Hautes-Alpes, où il continue de recevoir des jeunes jusqu’en 2007.
Procès et condamnation en 2007 Une seconde victime de Delfosse porte plainte contre lui. Le prêtre est mis en examen en 2000, date à laquelle il est démis de ses fonctions de curé de Nogent-sur-Marne. Les témoignages de 35 autres victimes présumées parviennent à la justice, mais les faits sont prescrits.. Dans l'attente de son procès, il est envoyé par sa hiérarchie à Dunkerque et privé de toute mission.
Jacques Delfosse est condamné le 7 juin 2007 par la cour d'assises du Val-de-Marne à cinq ans de prison, dont six mois ferme, pour des viols sur deux mineures de moins de 15 ans, âgée pour l'une de 11 ans. Il est incarcéré à la prison de Fresnes. Les procès-verbaux établis lors de l'instruction du procès montrent que le diocèse de Lille était au courant des agissements du prêtre..
Gestion du cas par l’Église catholique À sa sortie de prison en 2008, Jacques Delfosse s'installe à Étréchy (Essonne) où il achète une maison. Bien qu'il ait été suspendu de tout ministère en 2008, peine confirmée en 2010 après appel, il célèbre occasionnellement des funérailles et des messes avec l'accord du curé de sa paroisse et de l'évêque d'Évry, Michel Dubost, avertis pourtant tous les deux de sa situation.
Au lendemain d'un débat télévisé, où une mère de famille de Roubaix témoigne des abus de Jacques Delfosse (après la diffusion par France 2 du téléfilm Le Silence des églises le ), des paroissiens, atterrés, identifient le prêtre. Delfosse cesse ses activités dans la paroisse de la commune où il réside, mais offre ses services aux curés des villes environnantes. Il continue ainsi de célébrer des messes, des mariages et des baptêmes dans une autre commune.
En 2018, une mère de famille qui s'apprêtait à faire baptiser son enfant par Delfosse découvre qu'il a été condamné par la justice. Elle alerte l'évêque d'Évry, Michel Pansard, successeur de Michel Dubost depuis 2017, qui signifie à Delfosse qu'il n'a plus le droit de célébrer en public aucun sacrement, conformément aux sanctions prises par l'archidiocèse de Lille en 2008 et 2010.
En 2023 et 2024, les parquets d'Évry et de Lille sont saisis par deux plaintes distinctes, portant sur des faits remontant à 1988 et 1997, alors commis sur deux fillettes de 12 ans.. À la demande, début 2025, de l'archevêque de Lille, Laurent Le Boulc’h, Jacques Delfosse est renvoyé de l'état clérical le par le pape Léon XIV.
Le , et les jours suivants, le quotidien La Voix du Nord publie une série d'articles sur l'affaire Delfosse qui révèle les agissements du prêtre, entre les années 1960 et les années 1990, sur au moins une cinquantaine de victimes identifiées, dont une trentaine pendant la période où le prêtre était en poste à Roubaix entre 1974 et 1988.. Laurent Le Boulc'h réagit à cette parution par un communiqué de presse dans lequel il exprime sa .. Son vicaire général, Bruno Cazin, admet que le cas de Delfosse , se disant conscient des défaillances de l’Église catholique dans la non-dénonciation des agissements de Delfosse pendant toute la période où il a officiellement servi comme prêtre.
Le , l'archevêque de Lille rencontre quatre représentants du collectif des victimes de Jacques Delfosse... Dans un communiqué., il . Il s'engage à appuyer la demande du collectif d'une audience auprès du pape Léon XIV, qui cependant ne pourra pas se tenir, comme souhaité., lors de son voyage en France fin septembre. À quelques jours de la visite du pape, le , l'association Mouv'Enfants organise une manifestation à proximité du domicile de Jacques Delfosse. Son président, Arnaud Gallais, explique ainsi sa démarche : Il demande également la tenue rapide d'un procès de l'octogénaire...
Enquêtes des parquets de Lille et d'Évry
Le 28 novembre 2025, le procureur de Lille confirme les informations de La Voix du Nord sur l'existence d'enquêtes en cours (ou classées du fait de la prescription), tout comme le parquet d'Évry concernant des faits . Il lance un appel à témoignages., relayé par le diocèse de Créteil où a servi Delfosse entre 1995 et 2000.. Trois nouvelles plaintes sont déposées, amenant le parquet lillois à confier l'enquête à la section de recherches de la gendarmerie de Lille, qui a compétence nationale, pour identifier toutes les victimes potentielles de Jacques Delfosse...
Une information judiciaire est ouverte le par le parquet de Lille pour « viol », « viols sur mineurs » et « attentat à la pudeur » concernant 7 des 26 plaignants qui se sont manifestés, âgés de 5 à 18 ans.. au moment des faits couvrant la période 1990-2002, les faits antérieurs étant prescrits... L'implication de la hiérarchie catholique fait également selon le procureur de Lille.
Selon l'opinion de plusieurs médias, l'affaire Jacques Delfosse constitue avec un . Les lieux où les faits ont été commis sont multiples : outre la métropole lilloise et ses établissements scolaires, le Nord, le Val-de-Marne, l'Ardèche, la Haute-Loire, le Jura, les Alpes et la Suisse sont concernés, partout où Delfosse a organisé des camps qui, durant la seule décennie 1980, ont rassemblé et , selon les recensements effectués par les enquêteurs judiciaires, ce qui laisse à penser que le nombre réel de victimes pourrait être particulièrement élevé, de l'ordre de plusieurs centaines.
Références
Delfosse Delfosse