vignette|droite|upright=0.9|Armoiries d’, créé vicomte de Trevões à titre viager par Manuel II en 1909. La noblesse portugaise () désigne les personnes et les familles auxquelles la monarchie portugaise reconnut une qualité, une dignité ou un titre nobiliaire. Formée au Moyen Âge, elle demeura une catégorie juridique jusqu'à la proclamation de la République en 1910.
Sous l'Ancien Régime, le mot nobre avait un sens plus étendu que fidalgo. Il pouvait s'appliquer aux personnes vivant noblement, exerçant certaines charges ou appartenant à une profession réputée honorable. La fidalguia désignait un statut plus étroit, fondé sur la naissance, le service du roi ou l'admission dans la Maison royale. La noblesse titrée comprenait les ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons.
La Révolution libérale portugaise de 1820 et les réformes de 1832 à 1834 supprimèrent la société d'ordres et la plupart des privilèges nobiliaires. La Charte constitutionnelle portugaise de 1826 maintint toutefois la noblesse héréditaire et le pouvoir royal de conférer des titres et des honneurs. La noblesse conserva ainsi une existence légale et principalement honorifique jusqu'en 1910.
Statuts et vocabulaire
Nobre
Dans le Portugal d'Ancien Régime, nobre désignait une qualité sociale et juridique plus large que la fidalguia. Les juristes distinguaient notamment la nobreza natural, fondée sur la naissance et la filiation, de la nobreza civil ou política, acquise en vertu du droit par une mercê royale, une dignité, une charge, un grade militaire ou certaines qualifications reconnues comme nobilitantes. Cette acception englobait ainsi des situations très diverses sans entraîner nécessairement l'appartenance à la fidalguia.
Jusqu'en 1910, les chevaliers des ordres du Christ, de Saint-Benoît d'Aviz et de Santiago appartenaient à cet univers de la noblesse non fidalga: tous les chevaliers sont anoblis par la dignidade civil da cavallaria conférée par le prince, dignité tenue pour irrévocable ; la cavallaria n’est pas seulement personnelle et viagère, mais se transmet aux descendants, notamment sous la qualification de cavalleiros de linhagem, les cavalleiros simples comme les cavalleiros fidalgos da Casa de Sua Magestade transmettant cette dignité à leurs fils. : à l’entrée « Cavalleiro », le répertoire juridique mentionne le chevalier de l’ordre du Christ parmi les qualités auxquelles est attachée la noblesse (« que nobreza tem »).. À l'Époque moderne, les habilitações exigeaient du candidat et de ses ascendants des preuves de qualité sociale : les enquêtes portaient notamment sur les quatre grands-parents, la pureté de sang et l'absence de defeito mecânico, c'est-à-dire d'exercice personnel ou familial de métiers manuels réputés dérogeants. Pour l'ordre du Christ, les questionnaires demandaient notamment si le candidat était noble et si ses quatre grands-parents l'avaient été ; cette noblesse se rapportait principalement à l'absence de condition mécanique et ne se confondait pas avec la fidalguia. Les dispenses accordées par la Couronne furent néanmoins nombreuses, en particulier aux , et contribuèrent progressivement à assouplir ces conditions.
La réforme de 1789 donna aux trois ordres une nouvelle organisation destinée à leur « dignité civile et politique », institua les grades de grand-croix, commandeur et chevalier et associa davantage leur concession au mérite et aux services rendus. L'Ordre d'Aviz fut plus particulièrement destiné à récompenser le corps militaire. Les anciennes conditions d'ascendance furent ensuite progressivement abandonnées dans la pratique des ordres devenus honorifiques, tandis que subsistaient les honneurs, préséances et prérogatives attachés à leurs différents gradesCette évolution ne correspond pas à une suppression immédiate de l'ancien statut des ordres. La réforme de 1789 conserva leur qualification de dignités civiles et politiques, et les règlements du continuèrent à déterminer les honneurs et préséances correspondant aux différents grades. L'Ordre de la Tour et de l'Épée, réorganisé en 1832 sur le seul fondement du mérite, admettait expressément les citoyens sans distinction de classe ou de profession ; ses membres prenaient néanmoins préséance, à grade égal, avec ceux des autres ordres militaires, et chaque grade demeurait assorti d'honneurs déterminés. La rupture libérale concerna donc d'abord les conditions d'admission et la fonction sociale des ordres, plutôt que la disparition immédiate de toutes leurs prérogatives honorifiques.
L'extinction des ordres religieux masculins et l'incorporation de leurs biens au domaine national, étendues aux ordres militaires en 1834, achevèrent de dissocier les distinctions honorifiques des anciennes structures patrimoniales et religieuses, notamment des commanderies et de leurs revenusCertaines prérogatives anciennes conservèrent toutefois une postérité juridique ou administrative plus longue. Un alvará de Jean III du 18 mai 1544 étendait aux épouses, filles et descendants des chevaliers des trois ordres une prérogative héréditaire « para sempre »(noblesse héreditaire). En 1863, le Ministério do Reino demanda à l'Torre do Tombo une copie authentique de ce diplôme (ANTT, Arquivo do Arquivo, Avisos e Ordens, mç. 29, n.º 122, PT/TT/AA/001/0029/000122, 5 mars 1863). Le document montre que le traitement héréditaire de "Dona" attaché de Jure à l'habit était encore en vigueur dans la seconde moitié du .
Noblesse civile
La nobreza civil ou política désignait principalement les formes de noblesse acquises par une fonction, une dignité, une profession ou une qualification reconnue par le droit, par opposition à la noblesse fondée sur la naissance. Elle comprenait notamment certains membres du clergé, à partir des ordres sacrés (dont le sous-diaconat), les magistrats, les avocats et certains diplômés de l'Université de Coimbra. À Coimbra, les grades de docteur, de licencié et, dans les conditions prévues par les statuts universitaires, de bachelier obtenu après examen général en théologie, droit canonique, droit civil, médecine, philosophie ou mathématiques produisaient ainsi une qualification nobiliaire.
Ces qualités étaient généralement liées à l'état, à la fonction ou au mérite qui les avait fait acquérir et se distinguaient de la noblesse fondée sur l'ascendanceLa doctrine conservait néanmoins des distinctions plus fines. Almeida e Sousa de Lobão opposait la nobreza hereditaria à celle possédée « por si mesmos, adquirida pelas proprias virtudes » et, dans son commentaire de la législation sur les morgados, réservait la nobreza distincta à une noblesse ancienne et héréditaire. Il ne faut donc pas attribuer indistinctement les mêmes effets à toutes les formes de nobreza civil. Après la révolution libérale, l'égalité civile et la transformation des institutions réduisirent progressivement la portée de ces anciennes classifications au Portugal. Elles demeurèrent en revanche plus visibles dans les structures sociales du Brésil impérial, où les études supérieures, la magistrature, les offices et le service de l'État continuèrent au à jouer un rôle majeur dans la formation des élites.
Fidalgo
Le terme fidalgo, contraction de filho de algo, désignait au Portugal une catégorie de la noblesse étroitement liée à la Maison royale. À partir de la fin du Moyen Âge, les fidalgos da Casa Real furent inscrits dans les livres de la Maison, sous l'autorité du mordomo-mor, selon une procédure appelée filhamento. Cette organisation, issue de la cour royale médiévale, fut notamment réglementée sous Sébastien Ier par le règlement du mordomo-mor du 3 janvier 1572.
Les foros de la Maison royale étaient répartis entre deux ordres. Dans la terminologie fixée à l'Époque moderne, les trois foros grandes relevaient de la noblesse principale, tandis que les foros pequenos formaient un degré inférieur de la fidalguia de cour :
{| class="wikitable" style="text-align:center" ! colspan="2" | Ordre ! Rang ! Foro |- | rowspan="3" | Second ordre | rowspan="3" | foros pequenos<ref group="Note">L'alvará du 27 avril 1802, tel qu'il est reproduit et commenté par Silva Maya en 1846, énumère comme foros pequenos les qualités descudeiro fidalgo et de cavaleiro fidalgo. Le moço da Câmara, qui pouvait être acrescentado à ces deux qualités, constituait le degré d'entrée de cette série mais était traité séparément dans le texte.</ref> | 1 || moço da Câmara|- | 2 || escudeiro fidalgo|- | 3 || cavaleiro fidalgo|- | rowspan="3" | Premier ordre| rowspan="3" | foros grandes | 4 || moço fidalgo|- | 5 || fidalgo escudeiro|- | 6 || fidalgo cavaleiro|}
L'ordre des mots distinguait ainsi deux qualités juridiquement différentes. Pereira Oliveira, reprenant une formule du juriste Morais, observait que le fidalgo escudeiro ou le fidalgo cavaleiro était un « véritable fidalgo », à la différence de lescudeiro fidalgo et du cavaleiro fidalgo, qui en différaient « como o ouro do dourado » — « comme l'or du doré »Cette opposition doit être replacée dans son contexte historique. Silva Maya précise que la distinction vaut pour les foros postérieurs au règlement de 1572 : avant cette réorganisation, les dénominations escudeiro fidalgo et cavaleiro fidalgo avaient pu désigner les fidalgos eux-mêmes. La différence de position des mots ne peut donc être projetée sans précaution sur la terminologie antérieure au ..
La progression d'un foro à un autre s'effectuait par acrescentamento, c'est-à-dire par l'élévation du bénéficiaire à un degré supérieur accordée par le souverain. Un moço da Câmara pouvait ainsi être élevé à escudeiro fidalgo, puis à cavaleiro fidalgo, tandis qu'un moço fidalgo pouvait être acrescentado à fidalgo escudeiro ou fidalgo cavaleiro<ref group="Note">Lacrescentamento n'était pas une promotion automatique liée à l'âge ou à l'ancienneté. Il constituait une nouvelle mercê royale. Les registres de la Mordomia-Mor mentionnent par conséquent le foro d'origine et, lorsqu'il existait, son acrescentamento. Borrego recense ces concessions à partir des livres de la Maison royale conservés à l'Arquivo Nacional da Torre do Tombo.</ref>.
La hiérarchie fut cependant modifiée dans la pratique par l'''exercício no Paço. Les moços fidalgos admis à servir effectivement auprès du souverain disposaient d'un accès privilégié à la chambre royale. Une compilation juridique du relève ainsi que certains préféraient conserver le foro de moço fidalgo plutôt que recevoir un acrescentamento, parce que les moços fidalgos « admis à l'exercice » bénéficiaient d'une plus grande entrée dans la chambre du roiL'exercício ne doit donc pas être confondu avec un nouveau degré situé, par nature, au-dessus du fidalgo cavaleiro. Il désignait d'abord l'exercice effectif d'un service de cour et les prérogatives de proximité qui lui étaient attachées. Sa valeur dans la préséance évolua ensuite, au point que le moço fidalgo com exercício occupait à la fin de la monarchie la première place parmi les fidalgos de premier ordre..
Sous la monarchie constitutionnelle, la classification de cour continua ainsi d'évoluer. LAnnuario da Côrte Portugueza de 1895 présentait la hiérarchie suivante :
Ordre Préséance à la fin du Noblesse de premier ordre 1. moço fidalgo com exercício 2. fidalgo cavaleiro 3. fidalgo escudeiro 4. moço fidalgo Noblesse de second ordre 5. cavaleiro fidalgo 6. escudeiro fidalgo 7. moço da Câmara
Le moço fidalgo com exercício avait donc acquis, à la fin du , une préséance supérieure à celle du fidalgo cavaleiro, sans que les anciens foros grandes et pequenos disparaissent pour autantLe règlement de 1572, l'alvará de 1802 et les usages de la cour du correspondent à des états successifs d'une institution qui s'est transformée. C'est notamment l'importance croissante de l'exercício no Paço qui explique la place particulière prise par le moço fidalgo com exercício dans les classifications de la fin de la monarchie..