La princesse Rajiha bent Fayçal d'Irak (1907-1959) était une princesse syrienne puis irakienne, originaire du Hedjaz. Elle était la fille du roi Fayçal Ier d'Irak et de la reine Huzaima bint Nasser, ainsi que la sœur du roi Ghazi d'Irak.
Biographie
Jeunesse et origine Née en 1907 à Constantinople, capitale de l'empire Ottoman, Rajiha est le deuxième enfant de ses parents après Azza, née l'année précédente. Elle est la petite-fille, par son père, de Hussein ben Ali, membre de la dynastie Hachémite, descendant du prophète Mahomet par Hachim ibn Abd Manaf. Hussein vit alors à Constantinople, où il a été exilé en 1894 par l'un de ses oncles, , chérif de la Mecque, de connivence avec le sultan Abdülhamid II. Après la mort d'Awn et la déposition de son successeur lors de la révolution des Jeunes-Turcs de 1908, Hussein devient chérif de la Mecque et la famille revient vivre dans le Hedjaz.
C'est à la Mecque que naissent la sœur, Rafia, puis le frère, Ghazi, de Rajiha.
Princesse de Syrie En 1920, son père Fayçal, acteur majeur de la révolte arabe lors de la Première Guerre mondiale, est proclamé roi de Syrie, et il est rejoint à Damas par son épouse et ses enfants, qui s'installent avec lui dans le . Mais après seulement quatre mois de règne, le royaume de Syrie est dissous à la suite de la guerre franco-syrienne. La famille de Fayçal retourne vivre à la Mecque tandis que ce dernier quitte la Syrie pour la Palestine, puis l'Italie et le Royaume-Uni.
En 1921, le gouvernement britannique, qui détenait un mandat international sur la Mésopotamie et avait dû faire face en 1920 à une révolte, replaça Fayçal comme roi à la tête du nouveau royaume d'Irak. Fayçal accepta et fut proclamé roi d'Irak. Cependant la nouvelle famille royale ne fut transférée à Bagdad, capitale du nouveau royaume, qu'en 1924.
Princesse d'Irak Après l'arrivée de la reine et de ses filles à Bagdad en 1924, Gertrude Bell, politicienne et diplomate proche de Fayçal, fut la première à être reçue en audience par les femmes de la famille. Bell avait été chargée par le roi de la gestion de la nouvelle maison royale. Cette dernière fit en sorte que la Circassienne Jaudet Beg soit nommée dame d'honneur et maîtresse de cérémonie de la reine, et que Miss Fairley, la gouvernante anglaise du prince héritier, instruise les princesses en étiquette européenne. Gertrude Bell décrit dans ses échanges la reine et ses filles comme belles, sensibles et timides.
Le roi Fayçal estimait qu'il n'était pas politiquement judicieux que la reine et les princesses participent à la vie publique, à l'instar de ce qui se faisait dans les monarchies occidentales. La reine Huzaima et ses filles vivaient donc recluses en suivant le purdah, dans la villa Harithiya (bâtiment qui deviendra plus tard le palais al-Zuhour) et n'apparaissaient pas en public ni ne participaient à des cérémonies mixtes. Pendant que le roi recevait des invités masculins au palais Shashoua, la reine et ses filles recevaient des invitées féminines à la villa Harithiya et rendaient visite à des groupes de femmes seulement réunies pour une fête. Elles apparaissaient donc voilées la plupart du temps, mais sous leur voiles, étaient vêtues à la mode occidentale, des tenues qu'elles ne montraient que lors des fêtes réservées aux femmes.
Fuite de la princesse Azza En 1936, peu après la mort de leurs parents et de leur sœur Rafia, elle accompagne son aînée Azza, très affectée par ces deuils successifs, et son frère le roi Ghazi en Grèce, pour quitter une atmosphère délétère : en effet, depuis la mort de la reine Huzaima, à la suite de tensions avec leurs cousines les filles de l'ancien roi du Hedjaz Ali, Azza et Rajiha ont quitté la palais al-Zuhour pour s'installer dans le quartier de Karrada Maryam. Si Rajiha, empreinte des traditions de la famille royale, a tissé des liens d'amitié avec les femmes de la société bagdadienne, Azza s'est repliée sur elle-même et semble sombrer dans une véritable dépression. Sur l'île de Rhodes, Azza fait la connaissance d'un serveur grec, Anastassios Charalambis, qui parle également arabe et dont elle devient proche.
Quelques mois plus tard, Azza déclarant être souffrante, les deux princesses se rendent à Athènes, accompagnées de leur secrétaire, un Iranien catholique, et de trois domestiques. Mais la princesse Azza s'enfuit avec le serveur grec de Rhodes, avec qui elle était restée en contact. Après avoir lu la lettre (en anglais) dans laquelle Azza lui avoue sa fuite, Rajiha se rendit à l'hôtel où séjournent les deux amants et aurait réussi à entrer en contact avec sa sœur, mais cette dernière lui confirme ses intentions et lui conseille de la renier comme elle l'a reniée.
Rajiha se rend alors à l'ambassade britannique pour entrer en contact avec son pays et demander de l'aide. On lui conseille alors de porter plainte pour vol, Azza étant partie en emportant des bijoux et de l'argent liquide, ce qui l'exposerait à une arrestation et permettrait de la rattraper. Mais sa sœur ayant épousé devant témoins Charalambis le 27 mai 1936, peu après s'être convertie à la foi orthodoxe et avoir pris le prénom d'Anastasia, cela rend difficile la poursuite de la plainte. Rajiha rentre donc sans Azza, qu'elle ne reverra plus, en Irak. L'affaire, connue à Bagdad, fait scandale.
Mariage L'année suivant la disparition volontaire d'Azza, la princesse Rajiha épouse au palais al-Rehab, dans le quartier d'al-Harithiya de Bagdad, le 17 avril 1937, Abd al-Jabbar Mahmud Altai, lieutenant d'aviation de la force aérienne royale irakienne (RIrAF), en présence du Premier ministre . Ils se sont connus par l'intermédiaire de la sœur d'Abd al-Jabbar, amie d'Azza et de Rahija. Bien que certains hommes de la famille hachémite s'opposent à cet union jugé trop peu prestigieuse, le roi Ghazi soutient sa sœur, sans doute pour éviter que ne se reproduise un scandale similaire à celui du mariage d'Azza. Rajiha et son mari eurent deux filles :
Huzaima (1940), dame d'honneur de l'épouse de son cousin Hussein de Jordanie, Muna al-Hussein, mariée à Ghazi bin Rakan Nasser, un chérif membre de la dynastie Hachémite comme ellePlus exactement, Ghazi est un cousin issu de germain (leurs arrière-grands-parents sont communs) de Rajiha, la mère de Huzaima., avec lequel elle a trois filles et un fils. Nafissa (1943), mariée à David Frederick Horrobin, avec qui elle a un fils et une fille.
Dernières années Atteinte d'un cancer, Rajiha suit à la fin des années 1950 un traitement en Suisse et aux États-Unis qui l'éloigne d'Irak, et elle échappe ainsi au massacre de sa famille lors de la révolution du 14 juillet. Selon d'autres sources elle suivit son mari pour les affaires professionnelles de ce dernier en Suisse, et ce n'est qu'après la chute de la monarchie irakienne qu'elle développa un cancer. Sa cousine Badiya, survivante de la révolution, vint vivre un temps avec elle à Genève.
La princesse Rajiha meurt le des suites de son cancer à Lausanne, en Suisse. Elle est rapatriée en Jordanie, dernier pays où règne un Hachémite (en l'occurrence Hussein, le fils de son cousin Talal), et est enterrée au mausolée royal du palais de Raghadan, où, ironiquement, sa sœur Azza est enterrée elle aussi après sa mort en 1968, après avoir divorcé en 1943 et avoir discrètement réintégré la famille royale de Jordanie à la fin des années 1940.
Références
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