thumb|right|Page de titre d'une ancienne édition du Likouté Moharan.
Le Likouté Moharan (, littéralement « Recueil de notre maître, le rabbin Nahman ») est le principal recueil des enseignements de Nahman de Bratslav et l'ouvrage doctrinal central du hassidisme de Bratslav.
Le livre rassemble des homélies et enseignements prononcés oralement par Nahman devant ses disciples, puis consignés et édités principalement par son disciple Nathan de Bratslav. Ces enseignements, traditionnellement appelés torot (), associent exégèse biblique et talmudique, kabbale, pensée hassidique, réflexion sur la prière, la foi, le tsadik, la joie, l'imagination et l'expérience mystique.
La première partie, comprenant 286 enseignements, est imprimée à Ostroh en 1808, du vivant de Nahman. Une seconde partie, appelée Likouté Moharan Tinyana (), comprenant 125 enseignements, est publiée par Nathan de Bratslav à Mohyliv en 1811, quelques mois après la mort de son maître. Les deux parties sont réunies dans une même édition en 1821.
Par sa forme non systématique, fondée sur des chaînes d'associations entre versets bibliques, passages talmudiques, textes kabbalistiques et concepts spirituels, le Likouté Moharan occupe une place singulière dans la littérature hassidique. Arthur Green souligne que les enseignements de Nahman procèdent souvent par rapprochements intuitifs et symboliques plutôt que par démonstration philosophique continue.
L'ouvrage constitue depuis le la principale base textuelle de l'enseignement bratslav et a fait l'objet d'une importante tradition de commentaires ainsi que de nombreuses études universitaires consacrées à sa mystique, son herméneutique et sa construction littéraire.
Histoire éditoriale
Première partie : Ostroh, 1808
La première partie du Likouté Moharan est imprimée à Ostroh en 1808, du vivant de Nahman de Bratslav. Elle rassemble 286 enseignements, généralement désignés comme des torot ou des simanim.
Cette publication constitue la première mise en forme imprimée d'un ensemble d'enseignements prononcés oralement devant les disciples de Nahman et consignés principalement par Nathan de Bratslav. Arthur Green souligne que ces homélies se distinguent par une construction particulièrement associative, dans laquelle les développements exégétiques, mystiques et spirituels s'enchaînent moins selon une démonstration systématique que par réseaux d'images, de correspondances et de rapprochements conceptuels.
Le Likouté Moharan devient ainsi, dès le vivant de Nahman, le principal support écrit de son enseignement. thumb|right|Édition du Likouté Moharan imprimée à Jérusalem en 1874 par Israël Bak.
Likouté Moharan Tinyana : 1811
Après la publication de la première partie, Nahman continue à délivrer de nouveaux enseignements. Ceux prononcés entre 1808 et sa mort en 1810 sont rassemblés par Nathan de Bratslav dans une seconde partie intitulée Likouté Moharan Tinyana (, « second Likouté Moharan »).
Cette seconde partie, comprenant 125 enseignements, est publiée à Mohyliv en 1811, dans l'année qui suit la mort de Nahman.
Dans sa préface, Nathan présente cette partie comme regroupant les enseignements révélés par Nahman après l'achèvement du premier volume et jusqu'à sa mort.
L'ensemble des deux parties comprend ainsi 411 enseignements. Édition réunie de 1821
En 1821, Nathan de Bratslav fait imprimer à Bratslav une nouvelle édition réunissant les deux parties du Likouté Moharan.
Cette édition comporte des corrections, des références supplémentaires et plusieurs ajouts qui ne figuraient pas dans les premières impressions.
Selon la documentation bibliographique conservée sur cette édition, Nathan, insatisfait du nombre d'erreurs typographiques présentes dans les impressions antérieures, met en place une presse dans sa propre maison à Bratslav afin de superviser plus étroitement l'impression des ouvrages de son maître. thumb|left|Page de titre de la première impression du Likouté Moharan.
Transmission du texte
L'histoire éditoriale du Likouté Moharan est ainsi étroitement liée à l'activité de Nathan de Bratslav. Celui-ci ne se contente pas de conserver les enseignements de Nahman : il les organise, les prépare pour l'impression, corrige les éditions successives et contribue à fixer la forme textuelle sous laquelle l'ouvrage est transmis aux générations suivantes.
Cette activité éditoriale joue un rôle déterminant dans la constitution du corpus bratslav après la mort de Nahman.
Structure et composition
Organisation des enseignements
Le Likouté Moharan est constitué d'une succession d'enseignements indépendants, généralement appelés torot (, « enseignements »), maamarim (« discours ») ou simanim (« sections »). Chaque enseignement constitue une unité autonome, mais peut mobiliser un grand nombre de sources et de thèmes différents.
Dans son introduction, Nathan de Bratslav décrit chaque enseignement comme une construction composée de multiples « chambres », reliées entre elles par des ouvertures et des passages. Il souligne également la densité des références mobilisées et indique avoir ajouté des indications permettant au lecteur de distinguer les différentes parties de chaque discours.
La première partie comprend 286 enseignements et la seconde, Likouté Moharan Tinyana, 125, soit 411 au total. Sources scripturaires, rabbiniques et kabbalistiques
Les enseignements du Likouté Moharan mobilisent un ensemble particulièrement large de sources juives classiques : Bible hébraïque, Talmud, Midrash, Zohar, Tikounei Zohar et écrits de Isaac Louria. Nathan de Bratslav indique dans son introduction avoir relevé de nombreuses références afin d'en faciliter l'étude.
La méthode d'étude traditionnelle du Likouté Moharan consiste notamment à rechercher les relations internes entre les différentes parties d'un même enseignement, à identifier les sources mobilisées et à suivre les répétitions de termes, d'images et de concepts. Israël Isaac Besançon systématise cette approche dans Mesilat ha-Kesharim, ouvrage consacré à l'étude approfondie du Likouté Moharan et fondé notamment sur dix-huit principes attribués à Rabbi Abraham ben Nahman.
Certains enseignements développent ainsi de longues lectures de passages talmudiques ou kabbalistiques en les reliant à d'autres textes du corpus rabbinique. L'étude traditionnelle de l'ouvrage cherche moins à isoler ces références qu'à mettre en évidence les relations qui les unissent à l'intérieur de chaque Torah. Construction associative
Le Likouté Moharan ne présente pas un système théologique ordonné selon un plan continu. Un même enseignement peut relier des versets bibliques, des passages talmudiques, des concepts kabbalistiques, des observations psychologiques et des prescriptions spirituelles au moyen d'associations linguistiques, symboliques ou thématiques.
Arthur Green souligne le caractère fortement associatif de cette méthode, dans laquelle les différents éléments d'un enseignement se répondent à travers des rapprochements de mots, d'images et de concepts plutôt que par une démonstration philosophique linéaire.
Cette caractéristique a conduit plusieurs chercheurs à étudier le Likouté Moharan non seulement comme un texte doctrinal, mais également comme une œuvre littéraire possédant une architecture propre. Images et dimension visionnaire
Les recherches de Zvi Mark ont mis en évidence l'importance des images mentales, des visions et de la narration dans la construction même des enseignements du Likouté Moharan.
Selon Mark, l'imagerie visuelle n'est pas limitée aux contes de Nahman : elle intervient également dans ses discours doctrinaux et contribue à l'organisation de sa pensée mystique.
Dans une étude consacrée spécifiquement au Likouté Moharan, Mark décrit l'ouvrage comme une œuvre à la fois spirituelle et littéraire et soutient que plusieurs enseignements reposent sur des expériences visionnaires qui contribuent à leur contenu comme à leur forme.
Principaux thèmes de pensée
Le tsadik
La figure du tsadik occupe une place centrale dans le Likouté Moharan. Nahman y présente le maître spirituel comme un intermédiaire capable d'orienter les individus, d'ordonner les différentes dimensions de leur vie religieuse et de les conduire vers une relation plus profonde à Dieu.
Cette conception dépasse toutefois la simple fonction pédagogique. Dans plusieurs enseignements, le « véritable tsadik » reçoit une fonction cosmique et spirituelle : il est présenté comme capable de relier les mondes, de discerner les états intérieurs des individus et d'opérer différentes formes de réparation spirituelle.
Prière et Hitbodedout
La prière constitue un autre axe majeur de l'ouvrage. Le Likouté Moharan accorde une importance particulière à l'hitbodedout, prière personnelle et spontanée adressée à Dieu en dehors du cadre liturgique formel.
Nahman recommande une parole directe, exprimée dans la langue quotidienne du pratiquant. Cette pratique est conçue comme un moyen d'examen intérieur, de transformation personnelle et de relation immédiate avec Dieu.
Dans la tradition bratslav, l Hitbodedout devient l'une des pratiques les plus caractéristiques associées au Likouté Moharan. Joie et mélancolie
Le Likouté Moharan accorde une place importante aux états psychologiques et spirituels de l'individu. Nahman insiste sur la nécessité de lutter contre la tristesse et le désespoir et développe, dans plusieurs enseignements, une véritable pédagogie de la joie.
L'un des exemples les plus connus est la Torah dite Azamra, dans laquelle Nahman invite à rechercher les « points positifs » présents en chaque individu, même lorsque celui-ci semble moralement ou spirituellement éloigné. Foi, connaissance et doute
Le rapport entre foi et connaissance constitue l'un des thèmes les plus complexes du Likouté Moharan. Nahman critique certaines formes de spéculation philosophique lorsqu'elles conduisent à remettre en cause les fondements de la foi, mais il ne rejette pas pour autant toute forme de réflexion intellectuelle.
Zvi Mark souligne que l'imagination joue chez Nahman un rôle ambivalent : elle peut être source d'illusion, mais également participer à la prophétie, à la foi et à l'expérience mystique.
Musique et prophétie
La musique et le nigoun occupent également une place importante dans plusieurs enseignements du Likouté Moharan. Nahman associe la mélodie à la prière, à la prophétie et à la capacité de transformer l'état intérieur de l'individu.
Dans cette perspective, la musique n'est pas seulement considérée comme un moyen d'expression émotionnelle, mais comme un mode de connaissance et d'action spirituelle.
Terre d'Israël
La Terre d'Israël occupe une place particulière dans le Likouté Moharan. Nahman lui attribue une valeur spirituelle spécifique et associe son propre voyage de 1798-1799 à une transformation importante de son enseignement.
Dans plusieurs torot, la Terre d'Israël est présentée comme liée à la foi, à la prière et à une forme supérieure de perception spirituelle.
Tikkoun et réparation
La notion de tikkoun (, « réparation ») occupe une place importante dans le Likouté Moharan. Nahman reprend un vocabulaire issu de la Kabbale lourianique, mais le transpose fréquemment vers la vie spirituelle individuelle : réparation de la parole, de la prière, de la pensée ou de la relation au monde.
Dans plusieurs enseignements, la réparation n'est pas seulement présentée comme un processus cosmique, mais comme une transformation de l'individu par laquelle des éléments dispersés ou dégradés de l'expérience religieuse peuvent être réintégrés dans un ordre spirituel.
Zvi Mark souligne que la notion de réparation constitue également un lien entre les enseignements publics de Nahman, ses pratiques spirituelles et certains de ses écrits ésotériques.
Torah 64 : l'espace vide