Mimoun Ould El-Bachir Ould Messaoud, aussi appelé El-Hajj Mimoun (en arabe rifain : ميموم ولد البشير ولد مسعود, en berbère rifain : ⵎⵉⵎⵓⵏ ⵓ ⴰⵍ-ⴱⴰⵛⵉⵔ ⵓ ⵎⴻⵙⵄⵓⴷ), né vers 1811 et mort assassiné le 4 septembre 1863, était un chef de guerre berbère de la tribu berbère rifaine des Ath Iznathen du Maroc oriental au XIXe siècle. Issu de la famille des Oulad El-Bachir Ould Messaoud, il exerce, au milieu du XIXe siècle, une autorité prépondérante parmi les Beni Iznathenhttps://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038794.pdf. Son grand-père, Messaoud, aurait émigré de la tribu berbère zénète maghraouia des Oulad Ben Yaḥya de Ghriss, près de Mascara (Algérie actuelle), pour s'installer parmi la tribu des Ath Abbou des Ath Ourimech. Son père, Bachir Ould Messaoud, lui aussi chef de guerre de la tribu des Ath Iznathen, a combattu au côté de l'Émir Abd-el-Kader Ibn Muhieddinne, et son éphémère État, l'Émirat d'Abdelkader, raison même du bombardement de Tanger et d'Essaouira en 1840.
Sa politique à l'égard des Français d'Algérie varie selon les circonstances. À la tête d'une confédération située immédiatement à proximité de la frontière algérienne, il recherche à certaines périodes l'apaisement et la négociation avec les autorités françaises, tout en se trouvant engagé dans les affrontements qui opposent les Beni Iznassen à la France lorsque les tensions frontalières s'aggravent. En 1859, il apparaît comme le principal chef des Beni Iznassen au moment de l'expédition française conduite par le général de Martimpreyhttps://cinumedpub.mmsh.fr/RevueAfricaine/Pdf/1913_289_005.pdf. Son activité politique se déroule dans une période marquée par la conquête française de l'Algérie, la résistance de l'émir Abd el-Kader, la guerre franco-marocaine de 1844, les rapports entre les populations de la frontière algéro-marocaine et le Makhzen marocain, ainsi que par les rivalités entre les chefs de tribus du Maroc oriental.
Origines familiales El-Hajj Mimoun appartient aux Oulad El-Bachir, l'une des principales familles dirigeantes des Beni Iznassen au XIXe siècle. Louis Voinot consacre, dans Oudjda et l'Amalat, un chapitre à « L'apogée et la chute des Oulad el Bachir des Béni Snassen ».. Selon la généalogie recueillie par Voinot, les représentants de la famille faisaient remonter leur généalogie connue à un ancêtre nommé Messaoud. Celui-ci serait venu des environs de Mascara, de Ghriss, dans l'actuelle Algérie, et aurait appartenu aux Oulad Yahia. Selon la tradition généalogique familiale, les Oulad Yahia sont des Berbères à l'ascendance maternelle arabe chérifienne. Messaoud aurait quitté les environs de Mascara, avant de s'établir parmi les Beni Iznassen. La famille fut ensuite intégrée aux Beni Ourimech, l'une des composantes des Beni Iznassen. Cette affiliation ne doit donc pas être confondue avec son origine géographique : selon la tradition recueillie par Voinot, son ancêtre venait des environs de Mascara. Les Oulad El-Bachir possédaient notamment leurs maisons et leurs biens à la dechra de Berdil. La famille acquit progressivement une influence importante dans la montagne des Beni Iznassen, puis dans l'ensemble de la région d'Oujda.
Généalogie des Oulad El-Bachir ou Messaoud Voinot donne dans Oudjda et l'Amalat une généalogie de la famille, accompagnée d'un tableau généalogique placé entre les pages 218 et 219. Dans le passage consacré aux personnages les plus marquants des Oulad El-Bachir, il mentionne El-Bachir ou Messaoud, puis ses fils El-Hajj Mimoun et El-Hadj Mohammed. Il mentionne également El-Hadj Mohammed Sghir, fils d'El-Hajj Mohammed Ould El-Bachir. El-Hajj Mimoun et El-Hadj Mohammed Ould El-Bachir sont frères. Les Oulad El-Bachir deviennent l'une des principales familles politiques de la montagne des Beni Iznassen. Leur influence s'étend également aux affaires de l'amalat d'Oujda.
Contexte régional et Abd el-Kader L'ascension d'El-Hadj Mimoun intervient pendant la conquête française de l'Algérie et la résistance de l'émir Abd el-Kader. La proximité des Beni Iznassen avec Tlemcen et la frontière algéro-marocaine place leurs chefs au centre des relations entre Abd el-Kader, le Makhzen marocain et les autorités françaises d'Algérie. Un cheikh El Mimoun des Beni Snassen apparaît dans les archives françaises dès 1843. L'inventaire de la correspondance politique de la subdivision de Tlemcen conservée aux Archives nationales d'outre-mer mentionne une « Lettre du cheikh El Mimoun, des Béni-Snassen, au général Bedeau », datée de 1843https://recherche-anom.culture.gouv.fr/data/files/anom.diffusion/pdf/inventaires/FRANOM_01110_all.pdf. Cette mention montre qu'un chef portant ce nom est déjà un interlocuteur des autorités françaises avant la guerre franco-marocaine de 1844.
Guerre franco-marocaine de 1844 La présence d'Abd el-Kader au Maroc et les tensions entre la France et le sultan Moulay Abd al-Rahman débouchent en 1844 sur la guerre franco-marocaine. Le 6 août 1844, une escadre française commandée par le prince de Joinville bombarde Tanger. Le 14 août 1844, l'armée française commandée par le maréchal Bugeaud affronte l'armée marocaine lors de la bataille d'Isly, dans la région d'Oujda. Les Beni Iznassen se trouvent ainsi dans une région directement concernée par la guerre et par les déplacements d'Abd el-Kader. Ces événements constituent le contexte dans lequel évoluent Mimoun et sa famille, sans qu'il faille lui attribuer personnellement une participation au bombardement de Tanger ou à d'autres opérations lorsqu'aucune source ne l'établit.
Mimoun et Abd el-Kader Les rapports entre Mimoun et Abd el-Kader sont plus précisément documentés en 1846. Georges Yver rapporte que les Beni Snassen témoignent alors de sympathies envers Abd el-Kader et mentionne particulièrement Cheikh Mimoun et Bou Zianehttps://cinumedpub.mmsh.fr/RevueAfricaine/Pdf/1909_274_002.pdf. Selon Yver, Cheikh Mimoun et Bou Ziane soutiennent l'émir et celui-ci entretient leurs dispositions favorables par des largesses provenant notamment du produit de ses razzias. Dans le même temps, sous la pression française, le Makhzen cherche à empêcher Abd el-Kader et sa deïra de continuer à utiliser le territoire marocain. Des instructions sont données à Cheikh Mimoun et Bou Ziane afin que la deïra soit internée ou dispersée, mais elles ne sont pas immédiatement exécutées. La position de Mimoun se situe ainsi au croisement de plusieurs rapports de force : ses relations avec Abd el-Kader, son appartenance au Maroc et l'autorité du sultan, ainsi que la pression exercée par les autorités françaises depuis l'Algérie.
Autorité dans le Maroc oriental Au cours des années 1850, l'autorité d'El-Hajj Mimoun devient considérable. Henri Mordacq rapporte qu'il préside à la répartition des impôts et des charges et intervient dans le règlement des affaires de la montagne des Beni Iznassen, mais également dans celles des Trifa et des Angad. Son influence dépasse donc largement le cadre des Beni Ourimech auxquels sa famille avait été rattachée. Les sources françaises le présentent alors comme l'un des principaux personnages politiques de la région d'Oujda. Mordacq considère notamment que l'autorité pratique exercée par Mimoun dépasse à certaines périodes celle du représentant officiel du Makhzen à Oujda. Cette appréciation doit toutefois être attribuée à l'auteur français qui la rapporte.
Relations avec les Français Les rapports d'El-Hadj Mimoun avec les Français ne peuvent être résumés à une opposition permanente. Sa position à la tête d'une confédération située sur la frontière algéro-marocaine l'amène alternativement à négocier, à servir d'intermédiaire ou à combattre les Français selon les circonstances. En 1851, son intervention contribue notamment à une médiation qui permet d'éviter une petite expédition française envisagée dans la région. Voinot indique toutefois que les rapports qu'il cherche alors à entretenir avec les Français ne se maintiennent pas durablement. Ses efforts pour réduire les divisions entre certains chefs des Angad sont également perçus avec méfiance par les autorités françaises, qui craignent qu'une union des populations frontalières ne se retourne contre elles. Sa politique apparaît ainsi essentiellement pragmatique, déterminée par l'équilibre des forces, la défense de son autorité et les intérêts des Beni Iznassen.
Crises frontalières des années 1850 Les premières années de la décennie 1850 sont marquées par de nouvelles tensions entre les populations de la frontière marocaine et les autorités françaises. Les rapports entre les Beni Iznassen et les Angad alternent eux-mêmes entre alliances, médiations, rivalités et affrontements. En 1852, de nouveaux incidents frontaliers conduisent à une campagne française contre les Beni Iznassen. Mimoun demeure dès lors un interlocuteur majeur des affaires de la région.
Expédition française de 1859 En 1859, une importante expédition militaire française est dirigée contre les Beni Iznassen sous le commandement du général Edmond-Charles de Martimprey. Henri Mordacq consacre une section particulière de son ouvrage aux « Beni Snassen et leur chef El-Hadj-Mimoun ». Il indique qu'en 1859 Mimoun est âgé d'environ 48 ans. Cette indication permet de situer approximativement sa naissance vers 1811, sans faire de cette année une date de naissance exactement documentée. À cette époque, Mimoun possède une autorité considérable parmi les Beni Iznassen. Les forces françaises pénètrent dans le massif au mois d'octobre 1859. Le 27 octobre 1859 se déroule le combat d'Aïn Taforalt. Mimoun apparaît alors comme le principal chef politique des Beni Iznassen dans leur confrontation avec l'expédition de Martimprey. Après la campagne, les rapports avec les autorités françaises connaissent une période d'apaisement.
Rivalités entre les chefs de tribus Les dernières années d'El-Hadj Mimoun sont profondément marquées par les rivalités entre les chefs de tribus du Maroc oriental. Les Beni Iznassen entretiennent notamment des rapports conflictuels avec les Mehaïa. Ces affrontements doivent toutefois être replacés dans un système plus vaste d'alliances changeantes, de razzias, de restitutions contestées de troupeaux, de rivalités entre les chefs et de luttes pour le contrôle politique de l'amalat d'Oujda. L'assassinat de Mimoun ne constitue donc pas l'origine de l'antagonisme. Louis Voinot écrit précisément que son meurtre vint « rallumer les haines », ce qui indique l'existence d'antagonismes antérieurshttps://cinumedpub.mmsh.fr/RevueAfricaine/Pdf/1918_296-297_002.pdf.
Assassinat Le 4 septembre 1863, El-Hadj Mimoun Ould El-Bachir est assassiné par des hommes appartenant aux Mehaïa. Henri Mordacq écrit explicitement : « El-Hadj-Mimoun fut assassiné le 4 septembre 1863 par un djich appartenant à la tribu des Mahia. » Il définit dans une note le terme djich comme un petit groupe d'environ six maraudeurs. D'autres sources attribuent également l'assassinat aux Mehaïa. Louis Voinot écrit en 1918 que « l'assassinat d'El Hadj Mimoun ould el Bachir par les Mehaïa, au début du mois de septembre », vint rallumer les haines et provoquer de nouveaux désordres. L'auteur directement identifié par Voinot est El Aïd Ould Boudjemâa, des Mehaïa. Dans une étude publiée en 1919, Voinot rapporte que, lors des négociations ultérieures avec les Mehaïa, les conditions qui leur sont imposées comprennent notamment l'obligation de : « livrer El Aïd ould Boudjemâa, l'assassin d'El Hadj Mimoun ». Cette source établit donc directement l'identification d'El Aïd Ould Boudjemâa comme assassin d'El-Hadj Mimounhttps://cinumedpub.mmsh.fr/RevueAfricaine/Pdf/1919_300_004.pdf. La documentation permet ainsi de distinguer les deux niveaux du récit : l'assassinat est perpétré dans le cadre d'une attaque menée par un groupe de Mehaïa, tandis qu'El Aïd Ould Boudjemâa est personnellement identifié par Voinot comme l'assassin.
Conséquences de l'assassinat