Hue le Châtelain d'Arras, également appelé Huon le Châtelain d'Arras et identifié dans les sources historiques à Hugues d'Arras, est un trouvère et châtelain d'Arras du début du , mort en 1226..

Il appartient à la dynastie des châtelains d'Arras et est associé au milieu littéraire particulièrement actif de l'Artois médiéval. Deux chansons lui ont été attribuées par une partie de la tradition manuscrite et de la critique, notamment la chanson de croisade Aler m'estuet la u je trairai paine...

Identification historique

Les sources utilisent différentes formes du prénom du châtelain : Hue, Huon ou Hugues. La tradition manuscrite désigne notamment l'auteur de Aler m'estuet la u je trairai paine sous la forme « Hue le Chastelain d'Arras ».

L'historien Pierre Feuchère, dans son étude consacrée aux châtelains d'Arras, place dans la seconde dynastie des titulaires de la châtellenie un Hugues d'Arras, mort en 1226, fils de Baudouin V d'Arras. Hugues est père de Baudouin VII, lui-même père de Baudouin VIII d'Arras..

Cette famille constitue la seconde lignée des châtelains d'Arras étudiée par Feuchère. Elle descend des châtelains de Douai et porte, dans la documentation héraldique étudiée par l'auteur, le chef d'hermine comme emblème commun à plusieurs de ses branches..

Les recherches d'Edith de la Marnière situent pour leur part Huon dans l'office de châtelain d'Arras à partir de 1213.

Œuvre

Deux chansons sont traditionnellement associées au Châtelain d'Arras :

Aler m'estuet la u je trairai paine, répertoriée sous le numéro R 140 ; Bele et blonde est cele pour qui je chant, répertoriée sous le numéro R 308.

Aler m'estuet la u je trairai paine appartient au corpus des chansons de croisade en langue d'oïl. Le poète y évoque son départ en croisade et la séparation d'avec sa dame. La chanson a notamment été éditée par Joseph Bédier et Pierre Aubry dans leur recueil Les Chansons de croisade..

L'œuvre reste étudiée par la recherche contemporaine. En 2015, la médiéviste Marisa Galvez lui consacre un chapitre entier intitulé The Voice of the Unrepentant Crusader: “Aler M'Estuet” by the Châtelain d'Arras, dans l'ouvrage collectif Voice and Voicelessness in Medieval Europe..

Débat sur l'attribution

L'identité du trouvère et l'attribution de ses chansons ont fait l'objet de discussions parmi les spécialistes.

Pour Aler m'estuet la u je trairai paine, le manuscrit T attribue la chanson à « Hue le Chastelain d'Arras », tandis que d'autres manuscrits l'attribuent à Gilles le Vinier. La chanson Bele et blonde est cele pour qui je chant connaît également des attributions divergentes selon les manuscrits.

Ernest Langlois consacre en 1919 une partie spécifique de son étude des chansonniers français à « Hue le Châtelain d'Arras et les chansons R 140 et R 308 ».

La datation de Aler m'estuet constitue l'un des principaux éléments du débat. Joseph Bédier considérait que la chanson se rapportait à la quatrième croisade. À la suite de cette datation, Holger Petersen Dyggve estimait que Huon, qui n'apparaît comme châtelain qu'à partir de 1213, était trop tardif pour en être l'auteur et proposait d'attribuer la chanson à son père Baudouin, déjà châtelain avant 1200.

Edith de la Marnière retient au contraire l'identification du poète avec Huon, châtelain d'Arras à partir de 1213, et propose de rattacher la chanson à la cinquième croisade. Elle estime également que R 140 et R 308 sont vraisemblablement l'œuvre d'un même auteur.

Réception et études

Hue le Châtelain d'Arras fait l'objet d'études spécifiques depuis le .

L’Histoire littéraire de la France lui consacre une notice aux pages 616 à 618 de son tome XXIII.. Cette notice est ensuite signalée par Auguste Molinier sous l'intitulé « Chanson de croisade de Hue, châtelain d'Arras »..

Adolphe Guesnon étudie également Hue le Châtelain d'Arras dans ses Nouvelles recherches biographiques sur les trouvères artésiens, publiées en 1902..

En 1919, Ernest Langlois lui consacre une section spécifique de son article Remarques sur les chansonniers français, intitulée « Hue le Châtelain d'Arras et les chansons R 140 et R 308 ».

Le personnage bénéficie également d'une notice autonome dans le Dictionnaire des lettres françaises : Le Moyen Âge, sous la direction de Geneviève Hasenohr et Michel Zink..

Enfin, l'étude de Marisa Galvez publiée en 2015 témoigne de la persistance de l'intérêt universitaire pour la chanson Aler m'estuet et pour la figure du Châtelain d'Arras.

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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