Joke Smit, née le à Utrecht et morte le à Amsterdam, est une militante féministe et une femme politique néerlandaise.

Joke Smit s'impose comme une figure majeure du féminisme avec la publication, en 1967, de l'article Het onbehagen bij de vrouw (Le malaise des femmes), souvent considéré comme le point de départ de la Deuxième vague du féminisme aux Pays-Bas. Elle est la cofondatrice du groupe d'action féministe Man Vrouw Maatschappij.

Certaines féministes la considèrent comme la "Betty Friedan néerlandaise" ou l"Aletta Jacobs de la deuxième vague".

Biographie Famille Johanna Elisabeth Smit, dite Joke, est née le à Utrecht aux Pays-Bas. Elle est l'aînée des six enfants d'un couple d'enseignants calvinistes. Son père Johannes Jacobus Smit (1905-1982), est directeur d'école primaire et sa mère, Johanna Elisabeth Koenderink (1906-1999), institutrice en économie domestique. Ses parents sont tous deux très engagés socialement et membres actifs de diverses association. Durant la Seconde Guerre mondiale, ils participent à la résistance néerlandaise. Sa mère, présidente de l'Union des femmes néerlandaises chrétiennes pour l'abstinence totale (Vrouwenunie van Nederlandse Christen Geheelonthouders Verenigingen), membre du , tout en exerçant une activité professionnelle, la met vite en contact avec les idées féministes.

Après la guerre, Joke Smit fréquente un lycée chrétien à Utrecht.

Formation Durant cette période, ses opinions politiques et philosophiques sont fortement influencées par l'existentialisme français, apparu dans les années 1950. Après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires, Joke Smit étudie la langue et la littérature françaises d'abord à Utrecht, puis à l'université d'Amsterdam. A cette époque, elle vit à Amsterdam où ses parents se sont installés pour faciliter les études de leurs enfants. Elle-même contribue aux finances de la famille en travaillant pendant ses études et, après l'obtention de la licence, en 1955, elle enseigne le français à temps partiel.

En 1958, elle soutient sa thèse de doctorat.

Mariage A l'université, elle rencontre son futur mari, Constant Kool, avec qui elle contracte, le 15/05/1956, un mariage libre à partir de 1956 et – chose très inhabituelle pour l'époque – conclut un contrat prénuptial.

Durant son mariage et jusqu'à la séparation, elle adopte le double nom de famille Kool-Smit. le couple a un fils, Lieuwe, en 1961 et une fille, Elisabeth en 1964. Leur relation dure jusqu'en 1974 mais le couple ne divorce jamais officiellement. L'avocat Jeroen de Wildt est son compagnon à partir de 1979.

Journalisme En 1962, Joke Smit vit à Paris pendant un an, où elle travaille comme correspondante étrangère pour plusieurs magazines néerlandais, dont Het Parool et NRC Handelsblad. À son retour aux Pays-Bas, elle travaille encore pour ces journaux jusqu'en 1967, ainsi que pour la revue littéraire . où elle fait partie du comité de rédaction, puis en est la secrétaire de rédaction de 1963 à 1966. En 1967, elle quitte ce journal en raison d'un désaccord avec l'éditeur G.A. van Oorschot qui impose des articles.

A partir de ce moment et jusqu'à sa mort en 1981, elle travaille comme chercheuse à l'Institut d'études de la traduction de l'université d'Amsterdam.

Féminisme La même année 1967, elle prend la parole publiquement sur un thème féministe lors d'une conférence du Nederlands Instituut voor Volksontwikkeling en Natuurvriendenwerk sur la législation en matière d'avortement. Elle revendique également le droit à l'avortement pour chaque femme, ce qui est encore un sujet tabou en 1967.

Le malaise des femmes Grâce à cette conférence, elle entre en contact avec la femme politique féministe Hedy d'Ancona, qui la recommande pour un article dans le numéro spécial du magazine sur le thème du « mécontentement ».

Parmi 38 articles, celui de Joke Smit, intitulé Het onbehagen bij de vrouw (Le malaise de la femme) dresse un bilan des différences de place entre hommes et femmes dans la société à la fin des années 1960. Joke Smit souligne que les femmes sont victimes de l'organisation du marché du travail et du mariage : elles restent seules responsables de la gestion de leur foyer, même si elles ont un emploi.

Joke Smit, qui est elle-même une des rares mères à exercer une activité professionnelle rémunérée, insiste sur l'engagement des femmes dans la société. Elle propose notamment une semaine de travail de trente heures pour les hommes comme pour les femmes, ce qui permettrait une meilleure répartition des tâches ménagères et parentales et libèrerait les femmes des contraintes du mariage ou de l'éducation des enfants.

Cet article rencontre un écho important auprès des femmes néerlandaises nombreuses à se reconnaître. Il marque, pour beaucoup, le point de départ de la Deuxième vague féministe.

Man Vrouw Maatschappij Joke Smit fonde alors, le , avec Hedy d'Ancona, le groupe d'action féministe Man Vrouw Maatschappij (Société Homme-Femme, MVM), qui, sous la présidence de Joke Smit, se considère initialement comme un mouvement d'émancipation pour les droits des femmes et des hommes. Le fait qu'elle accueille des hommes rend l'association unique en Europe. Cependant cette approche pragmatique ne fait pas l'unanimité. Dès ses débuts, l'association fait l'objet de nombreuses adhésions. Des sujets comme la légalisation de l'avortement et l'égalité salariale obligatoire entre les femmes et les hommes sont considérés comme des succès du MVM.

Cependant, le groupe se radicalise de plus en plus avec l'arrivée de nouveaux membres, dont Dolle Mina, et Joke Smit, en désaccord avec les nouvelles idées, démissionne de son poste de présidente en 1970.

Dans le livre Rok en rol (1969), elle analyse la résistance au féminisme et aux femmes féministes, en se basant sur son expérience personnelle de la difficulté à assumer son féminisme dans la sphère privée, quand nombre de ses amis se sont détournés. Son mari Constant Kool et, plus tard son compagnon Jeroen de Wildt sont tous deux membres de l'association Man Vrouw Maatschappij et soutiennent de façon inconditionnelle son action féministe.

A partir de 1974, elle est encore en désaccord avec l'association qui souhaite privilégier la prise de conscience individuelle, tandis qu'elle, avec une approche rationnelle, insiste sur la concertation, les relations avec les autres organisations et partis politiques. Elle encourage les féministes à penser et à s'exprimer de façon collective.

Politique Joke Smit est membre du Parti travailliste (PvdA) depuis 1967. A partir de 1970, elle se consacre principalement à la politique. Elle est (la seule) conseillère municipale d'Amsterdam durant un an, entre 1970 et 1971.

Elle reste une féministe vigilante : lorsque le bourgmestre d'Amsterdam, Ivo Samkalden, envoie des invitations avec le code vestimentaire : Dames belles, messieurs ordinaires (dames mooi, heren gewoon), elle proteste, estimant que la municipalité prive les hommes de la possibilité d'être beaux eux aussi. Ses alternatives, « Dames belles, messieurs aussi » (dames mooi, heren ook) et « Dames belles, messieurs magnifiques » (dames mooi, heren beeldschoon), sont rejetées.

Elle essaie, sans succès, de mettre en œuvre plusieurs points du programme de Man-Vrouw-Maatschappij. Face à l'impossibilité de faire entendre ses idées féministes, elle démissionne du conseil municipal d'Amsterdam en 1971. Dans son discours d'adieu devenu célèbre, elle compare les séances du conseil à un jeu de dupes, où la principale occupation des hommes est d'établir la hiérarchie. Elle reste active au sein du PvdA, notamment comme rédactrice en cheffe de la revue du parti, .

Autres engagements Elle siège dans plusieurs commissions et conseils consultatifs, notamment au conseil des programmes de la Nederlandse Televisie Stichting où elle développe un concept d'émission féministe, produite et diffusée en 1975 sous le titre «Ot... en hoe zit het nu met Sien ».

Membre du Comité pour l'éducation et le développement des adultes, elle rédige en 1973 la note intitulée De moeder van Marie kan méér (La mère de Marie peut faire plus), après quoi elle est nommée au Comité de l'École ouverte, où elle milite pour un accès équitable à l'éducation et l'émancipation des femmes. À la fin des années 1970, elle travaille sur ces sujets au sein du Comité de l'éducation du Conseil socio-économique.

Joke Smit a joué un rôle déterminant dans l'élaboration de la première politique d'émancipation néerlandaise.

En 1973, elle publie, avec Constant Kool, un article intitulé « Den Uyl, il est temps d'instaurer une politique d'émancipation » qu'ils remettent au cabinet du ministre Joop Den Uyl, où il est favorablement accueilli. Suite à cela, une Commission d'émancipation est créée pour traiter des questions d'égalité des sexes. Joke Smit en est membre jusqu'en 1981 et, en son sein, exerce une influence considérable dur la politique d'émancipation du gouvernement.

En 1977, elle milite pour la création d'un parti politique féminin, ce qui faciliterait l'influence politique des femmes et leur accession aux responsabilités. Elle se base sur le modèle des partis ouvriers, catholiques ou protestants, créés pour renforcer leur influence. vignette|Joke Smit reçoit le prix Annie Romein Joke Smit est favorable à l'instauration de quotas de femmes dans les conseils d'administration, les comités et la vie politique.

Fin de vie Vers la fin de 1980, lorsque Joke Smit apprend qu'elle souffre d'un cancer (du poumon ou du cancer du sein, selon les sources) incurable, elle commence à enregistrer ses mémoires sur des cassettes audio. Elle souhaite décider elle-même du moment de sa mort.

Elle meurt le à Amsterdam, à l'âge de 48 ans. Sur le faire-part de décès et sur la pierre tombale qu'elle a elle-même choisie, le mot « Féministe » figure à côté de son nom. Sa pierre tombale porte l'inscription : « Zusters, weest moedig, scherpzinnig, eendrachtig » (Sœurs, soyez courageuses, judicieuses et unies »).

Après sa mort, elle devient une figure emblématique de l'émancipation des femmes aux Pays-Bas. Certaines féministes la considèrent comme la "Betty Friedan néerlandaise" ou l'"Aletta Jacobs de la deuxième vague".

vignette|Monument pour Joke Smit à Leyde

Prix et distinctions L'engagement de Smit envers le mouvement féministe néerlandais est reconnu par de nombreux prix et distinctions.

En 1979, elle est la première lauréate du prix Annie Romein, décerné par le magazine féministe Opzij aux personnes ayant apporté une contribution exceptionnelle à l'émancipation des femmes. Dans son discours, elle revient sur les féministes de la première vague qui ont privilégié le socialisme, et sous-estimé le pouvoir du patriarcat.

Après sa mort, plusieurs voieries sont nommées en son honneur : à Dordrecht, Waddinxveen, Amstelveen, Beverwijk, Heemstede, Nijmegen, Enschede, La Haye, Groningue, Utrecht et bien d'autres encore.

Un collège et une académie à Amsterdam portent le nom de Joke Smit

A Leyde, un monument pour Joke Smit, réalisé par la sculptrice Britt Nelemans est inauguré en 2023 sur la place Alexandrine Tinne.

Depuis 1986, le ministère néerlandais de l'Éducation décerne chaque année, à deux lauréates, le Prix Joke Smit pour l'émancipation des femmes. L'une étant honorée pour l'œuvre de sa vie, tandis que l'autre reçoit un « prix d'encouragement ». La lauréate de ce dernier prix est choisie après une consultation publique.

Publications

Bibliographie

Références

Voir aussi Articles connexes Féminisme aux Pays-Bas

Liens externes

Joke Smit sur Digitaal Vrouwenlexicon van Nederland site jokesmit.info "50 jaar na Het onbehagen bij de vrouw" Numéro numérisé 9/10 1967 de De Gids avec l'article Het onbehagen bij de vrouw (PDF, néerlandais)

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