vignette|Carte des fosses communes en Espagne. Le Barranco del Carrizal d'Órgiva est un ravin ("barranco") situé dans la province de Grenade, où se trouvent les corps d'environ 5000 personnes exécutées par les nationalistes pendant la guerre civile et pendant la dictature franquiste. C'est l'une des plus grandes fosses communes de la province, et même l'une des plus importantes du pays.

Le lieu Le Barranco del Carrizal se trouve en pleine nature, dans la Alpujarra, à seulement une trentaine de kilomètres de Grenade, sur le territoire municipal d'Órgiva.

Histoire Pendant la guerre civile, les nationalistes ont procédé à des exécutions de civils à grande échelle. Les assassinats se sont poursuivis, à bas bruit, pendant l'immédiate après-guerre. L'Andalousie a été l'une des régions les plus martyrisées. À ce jour, 900 fosses communes y ont été recensées, pour un total de 49.737 victimes (qui ne sont pas toutes dans les fosses d'Andalousie).

On avait déjà dénombré 702 fosses communes en 2018, ce qui représentait une augmentation de 14% par rapport à celles découvertes jusqu'en 2010. Dans la seule province de Grenade, 137 fosses ont été documentées.

La fosse commune de Barranco del Carrizal Pendant la guerre, le Barranco del Carrizal a été un lieu d'extermination de républicains, de tous âges, sexe et niveau social. Les victimes étaient amenées à cet endroit par camions, chaque camion transportant parfois jusqu'à soixante-dix ou quatre-vingt personnes. Elles étaient alors fusillées, parfois enterrées ensuite et souvent jetées directement dans le précipice.

L'occupation rapide d'une partie de la Alpujarra, Lanjarón et Órgiva, par les rebelles en juillet 1936 leur a permis de créer une brigade spéciale de la Garde civile destinée à accomplir la répression sur toute la zone. D'innombrables assassinats y ont été commis, sans aucun procès.

La plupart des exécutés habitaient la Alpujarra ou étaient détenus à leur passage, lorsqu'ils fuyaient la côte grenadine devant l'armée rebelle. C'est ce qu'on a appelé la Desbandá (débandade), une fuite massive de la population de la province de Málaga et de certains villages grenadins proches de cette province vers Almería, pour échapper aux troupes franquistes. La plupart d'entre eux ont marché sur la route en direction de Málaga, où ils furent bombardés depuis la mer et le ciel, lors du massacre de la route Málaga-Almería. D'autres ont fui vers la zone intérieure de la Alpujarra, où ils furent capturés et exécutés dans des lieux comme celui-ci.

Des études réalisées sur la zone ont estimé à environ 5000 personnes les victimes fusillées et "enterrées" (ou jetées) dans ce ravin. Les proportions de ce massacre ont valu à ce lieu l'appellation de "deuxième cimetière d'Órgiva". D'après l'historien Juan González Blasco, c'était un véritable abattoir d'être humains. Certaines fosses du ravin ont été ensuite couvertes de décombres, d'autres ont été couvertes par la route ou souillées par la construction de barrages et certaines sont recouvertes de cultures d'arbres fruitiers. Celle qui se trouve sur une propriété privée a été transformée il y a quelques années lorsqu'en faisant des travaux, les machines ont ramené à la surface des os humains, dont des crânes. Le propriétaire y a alors planté des oliviers.

Hommages et vandalisme Le Barranco del Carrizal figure dans la carte des fosses communes d'Andalousie et est labellisé comme Lieu de Mémoire Historique d'Andalousie: le 27 décembre 2013, la Junta de Andalucía a déclaré 34 lieux de mémoire historique d'Andalousie; le Barranco del Carrizal y figure en 11e position.

En septembre 2006 un monolithe d'hommage aux victimes a été inauguré. En 2025, il a été vandalisé, couvert d'inscriptions de haine à l'égard des "rouges" et de "Viva Franco!". Les collectifs pour la mémoire historique dénoncent de manière réitérée les agressions constantes de groupes fascistes et d'ultradroite sur tous les éléments de la mémoire démocratique qui rappellent la persécution et les assassinats perpétrés pendant la guerre civile et le franquisme. Ces dernières années, des actes de vandalisme ont ainsi été commis sur le Fuerte de Carchuna, sur des plaques dédiées aux victimes du massacre de la route Málaga-Almería à Almuñécar et près du pont sur le Guadalfeo, et plusieurs autres lieux de la province de Grenade.

En 2020, des travaux illégaux avaient été entrepris dans ce lieu, et la Junte d'Andalousie avait dû intervenir pour les arrêter et qu'ils soient réalisés sous la supervision d'un archéologue. Récemment une équipe de l'Université de Grenade a entrepris des travaux de prospection préalables à une intervention pour exhumer les victimes.

Références