Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine, née le à Pest, alors ville de l'empire d'Autriche (actuellement Budapest, en Hongrie), et morte le à Spa (Belgique), est devenue la deuxième reine des Belges en 1865, après l'avènement de son mari sous le nom de .
Elle est la fille de l'archiduc Joseph d'Autriche, palatin de Hongrie, et de Marie-Dorothée de Wurtemberg. Archiduchesse d'Autriche, princesse royale de Hongrie et de Bohême, elle épouse en 1853 Léopold de Saxe-Cobourg, duc de Brabant et héritier du trône de Belgique.
En 1867, mandatée par Léopold II, Marie-Henriette se rend en Autriche, afin de négocier le retour en Belgique de sa belle-sœur Charlotte, ex-impératrice du Mexique, et veuve de , retenue sur ordre des Habsbourg. Parvenue à ses fins, elle veille scrupuleusement sur la santé fragile de sa belle-sœur, qui demeure quelque temps auprès du couple royal. La mort, en 1869, de leur fils unique Léopold, âgé de neuf ans, constitue un drame pour Marie-Henriette et son époux. Après un ultime rapprochement avec le roi, la reine donne naissance, en 1872, à une fille (Clémentine) non successible au trône. L'avenir de la dynastie belge repose désormais sur Philippe, comte de Flandre, frère de Léopold II, et sur ses deux fils Baudouin et Albert. Durant la guerre franco-prussienne de 1870, Marie-Henriette se dévoue aux soins des soldats blessés.
Épouse effacée devant la personnalité du roi Léopold II, Marie-Henriette ne joue, en accord avec la Constitution belge, aucun rôle politique, mais elle soutient le roi dans ses projets matrimoniaux ambitieux concernant leurs filles. Sa fille aînée, Louise, se marie en 1875 avec un prince fortuné : Philippe de Saxe-Cobourg-Kohary, mais leur union devient rapidement délétère. Sa fille cadette, Stéphanie, épouse en 1881 Rodolphe d'Autriche-Hongrie, héritier du trône impérial mort dans d'étranges circonstances à Mayerling, ne laissant qu'une fille. Quant à Clémentine, la benjamine, elle demeure célibataire du vivant de ses parents, avant de convoler en 1910 avec Victor Napoléon, prétendant bonapartiste au trône de France. Ainsi, aucun descendant de la reine Marie-Henriette n'a-t-il régné ni en Belgique, ni en Europe.
Reine mélomane et artiste ayant laissé plusieurs aquarelles et peintures à l'huile, Marie-Henriette joue également un rôle discret de mécénat en faveur de peintres, sculpteurs ou cantatrices dont elle promeut les œuvres et la carrière. Passionnée d'équitation, elle prodigue elle-même des soins à ses chevaux. Progressivement, déçue par le devenir de son couple et de sa famille, Marie-Henriette abandonne la cour de Bruxelles pour venir se détendre dans la ville thermale de Spa, laissant le rôle de « première dame » à sa fille la princesse Clémentine. À partir de 1895, elle s'installe définitivement dans la villa royale de Spa où elle meurt le .
Biographie Environnement familial vignette|gauche|alt=six personnes dont trois hommes et garçons portant un uniforme hongrois et une dame portant un voile de dentelles, une jeune fille une robe décolletée et une fillette en robe à col marin|La famille de Marie-Henriette (au milieu, entourée de sa sœur Élisabeth, son père Joseph, son frère Étienne, sa mère Marie-Dorothée de Wurtemberg et son frère Joseph) vers 1846. Petite-fille de l'empereur du Saint-Empire Léopold II, régnant jadis sur les Pays-Bas autrichiens (dont faisait partie la Belgique devenue indépendante en 1830), l'archiduchesse Marie-Henriette Anne d'Autriche est née à Pest le . Elle est le dernier enfant de l'archiduc Joseph, palatin de Hongrie, et de la princesse Marie-Dorothée de Wurtemberg, une cousine des tsars Alexandre et Nicolas . Son père, qui porte habituellement le costume magyar, et sa mère cultivent l'amour de la Hongrie. Son prénom rend hommage à sa grand-mère maternelle, née Henriette de Nassau-Weilbourg.
Orpheline de père à dix ans, Marie-Henriette est dotée d'un co-tuteur en la personne de son oncle l'archiduc Jean.. Elle est la demi-sœur de l'archiduc Étienne (« Stephan ») qui, après avoir succédé à son père comme comte palatin de Hongrie en 1847, soutient le désir d'indépendance des Hongrois pendant la révolution de 1848. Cet appui lui vaut la disgrâce de l'empereur François-Joseph qui l'exile. En revanche son frère l'archiduc Joseph d'Autriche prend le parti de l'empereur..
Marie-Henriette a pour sœur aînée l'archiduchesse Élisabeth, veuve en 1849, à 18 ans, du prince Ferdinand de Modène (dont elle avait eu une fille Marie-Thérèse de Modène, dernière reine de Bavière) et qui inspira au jeune empereur François-Joseph le désir de la prendre pour femme. L'archiduchesse Sophie, mère de l'empereur, s'étant opposée à l'union de son fils avec la sœur d'un rebelle, veuve et mère de surcroît, Élisabeth fut rapidement remariée à Charles-Ferdinand, l'un de ses cousins de la branche de Teschen et fut la mère de Marie-Christine d'Autriche, épouse du roi Alphonse XII d'Espagne et régente d'Espagne pour son fils, Alphonse XIII. Une autre nièce de Marie-Henriette, Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine, épouse en 1896 le duc d'Orléans, prétendant au trône de France.
Jeunesse en Hongrie et à Vienne vignette|alt=Entourant un dôme, cinq grands bâtiments à la façade rose et aux fenêtres et baies symétriques cernées de blanc se nichent derrière un village et au pied d'une montagne|Le palais de Budavár, où fut élevée Marie-Henriette. Cavalière émérite qui parcourt la plaine hongroise, passionnée de chevaux au point de leur prodiguer elle-même des soins au mépris des convenances de son époque et de son milieu, Marie-Henriette grandit librement au palais de Budavár, résidence historique des rois de Hongrie, surplombant le Danube. Après la mort de son père, survenue en 1847, Marie-Henriette et les siens sont contraints de quitter la Hongrie pour s'installer au palais Augarten à Vienne où se produisent Richard Wagner et Franz Liszt lors des nombreux bals qui y sont donnés. De temps à autre, sa mère Dorothée et ses enfants reviennent en Hongrie. Selon ses proches, Marie-Henriette a davantage été . À la cour autrichienne, ses cousins prétendent .
À seize ans, sa vie prend une nouvelle direction : en , au cours d'un bal donné à la Hofburg, à Vienne, elle est présentée à Léopold , roi des Belges, et à son fils Léopold, duc de Brabant, qui vient de fêter ses dix-huit ans. Ce dernier, souffrant d'un rhume, n'est guère à son avantage. Un mariage entre les deux jeunes gens est fixé immédiatement. Les protestations et les pleurs de la fiancée n'infléchissent pas la décision des cours belge et autrichienne. Le fiancé, qui n'a pas été averti du but de son voyage, n'est pas enthousiaste non plus et écrit pragmatiquement :
Un mariage politique Renforcer la dynastie belge
Après avoir renoncé par serment à ses droits héréditaires ou éventuels à la couronne impériale, Marie-Henriette parvient à dominer son anxiété, grâce aux encouragements de sa mère, et quitte Vienne le . Le contrat de mariage, rédigé sous la forme d'un traité international en seize articles, est signé à Vienne le . Un premier mariage par procuration, comme le veut le protocole des Habsbourg, est conclu au château de Schönbrunn, le . Marie-Henriette se marie en personne, douze jours plus tard, à Bruxelles, avec Léopold, héritier du trône de Belgique. La cérémonie en Belgique avait été quelque peu retardée, en raison de la scarlatine dont souffrait Léopold. La jeune monarchie belge, née d'une révolution qui avait placé sur le trône un roi luthérien, espérait pour son second roi une épouse issue d'une dynastie prestigieuse et catholique, lui permettant d'entrer légitimement dans le cercle fermé des têtes couronnées et d'assurer une continuité dynastique et historique entre les anciens Pays-Bas autrichiens et la Belgique indépendante, car l'empereur du Saint-Empire Léopold II, et grand-père de Marie-Henriette, était le parrain du roi Léopold ..
Le duc de Brabant rappelle à François-Joseph leurs liens historiques : . Après les révolutions de 1848 qui avaient ébranlé les monarchies européennes, la maison de Habsbourg-Lorraine est toute désignée pour rehausser le prestige de Léopold , dont le beau-père Louis-Philippe avait été chassé du trône français au profit d'un régime républicain. De même, quatre ans plus tard, Charlotte, la sœur du prince héritier, épouse l'archiduc Maximilien, frère de l'empereur d'Autriche. Le fin diplomate qu'était Léopold pensait que ces alliances autrichiennes constituaient à la fois un honneur, une sauvegarde et un affermissement pour la dynastie belge. Léopold avait secrètement négocié le mariage de son fils par l'intermédiaire de son ami personnel, l'archiduc Jean, co-tuteur de Marie-Henriette. Ce mariage pour raisons diplomatiques est mal accueilli en France par Napoléon III, qui voit d'un mauvais œil le succès de la famille royale belge. Cette alliance constitue pour le roi un coup politique magistral.
Des personnalités antagonistes vignette|left|redresse|alt=À gauche Marie-Henriette, les cheveux foncés divisés par une raie et portant une robe à crinolines et à passants horizontaux, marquant la taille, tient le bras droit de Léopold, revêtu d'une longue redingote sombre, portant une cravate sombre enserrant un col clair, son visage est recouvert de longs favoris foncés |Léopold et Marie-Henriette vers 1857. Après les cérémonies nuptiales, le jeune couple entreprend la tournée des villes belges avant de s'embarquer en pour un long séjour au Royaume-Uni, auprès de la reine Victoria, qui après les avoir observés, écrit en au roi Léopold : La différence de personnalités entre les jeunes époux se fait jour lors d'un séjour aux Tuileries en 1855, comme le note Priscilla de Westmorland : Dans leur entourage, on se gausse de ce , la « religieuse » étant le timide et renfermé Léopold qui avoue s'être résigné au choix de son père pour lui.
Duchesse de Brabant vignette|redresse|gauche|alt=Au premier plan, Marie-Henriette, coiffée d'une couronne de fleurs, le cou entouré d'un fin ruban sombre, porte une robe à crinolines et croise les mains, son bras gauche étant accoudé sur une balustrade à colonnes recouverte d'un manteau militaire et derrière laquelle se tient Léopold revêtu d'un uniforme militaire à épaulettes et tenant un képi de la main droite|Léopold et Marie-Henriette, duc et duchesse de Brabant, par Louis-Joseph Ghémar en 1864.
En dépit des conseils prodigués par la reine Victoria, l'harmonie ne s'installe pas entre les époux, mal assortis, qui vivent à partir d' au château de Laeken auprès du roi Léopold et de ses enfants Philippe et Charlotte. Marie-Henriette, élevée assez librement, s'adonne à l'équitation, et s'essaye à l'élevage de divers animaux : un singe, mais surtout des chiens de la race des griffons bruxellois et des schipperke, dont elle décrit volontiers les caractéristiques dans sa correspondance. Fidèle à sa passion équine, elle possède une cinquantaine de juments, poneys et étalons, auxquels elle donne des noms évoquant leur origine : Démer, Meuse, Ourthe, Sambre, Danube, Sigurd ou encore Trieste. Aimant particulièrement dompter les montures rétives, elle est parfois victime de chutes. La reine a également des perroquets et des poissons qui font l'objet de ses soins les plus attentifs, et de ceux de leur vétérinaire attitré.