Les catacombes de Paris, terme utilisé pour nommer lossuaire municipal, sont à l'origine une partie des anciennes carrières souterraines situées dans le de Paris, reliées entre elles par des galeries d'inspection. Elles sont transformées en ossuaire municipal à la fin du avec le transfert des restes d'environ six millions d'individus, évacués des divers cimetières parisiens jusqu'en 1861 pour des raisons de salubrité publique. Elles prennent alors le nom abusif de « catacombes », par analogie avec les nécropoles souterraines de la Rome antique, bien qu'elles n'aient jamais officiellement servi de lieu de sépulture.
D'environ de long visitable, situées à vingt mètres sous la surface, elles sont officiellement visitées par environ par an (chiffres de 2015) à partir de la place Denfert-Rochereau et constituent un musée de la ville de Paris. Cette partie ouverte au public ne représente qu'une infime fraction (environ 0,5 %) des vastes carrières souterraines de Paris, qui s'étendent sous plusieurs arrondissements de la capitale. Il existe aussi d'autres ossuaires souterrains à Paris, inaccessibles au public.
Histoire 150px|thumb|gauche|Panneau Histoire de Paris.|alt=
Contexte : carrières souterraines de Paris thumb|upright=0.6|alt=Le passage dit des doubles carrières précède l'ossuaire.|Le passage dit des doubles carrières précède l'ossuaire.
Près de trois cents kilomètres de galeries s'étalent sous Paris intra-muros, sur parfois trois niveaux de carrières. La profondeur moyenne est d'environ vingt mètres sous le niveau du sol naturel. Lorsque ces carrières étaient actives, on en extrayait de la pierre à bâtir, qui a permis pendant plusieurs siècles de construire les bâtiments de Paris sans importer d'autres matériaux de construction.
Mais il existait aussi des vides souterrains constitués par les anciennes carrières de gypse (au pied du Sacré-Cœur, par exemple). Ces vides sont quasiment tous comblés ou foudroyés (carrière volontairement effondrée par explosion des piliers). Seule subsiste la grotte des Buttes-Chaumont qui est, en réalité, une partie d'une ancienne carrière souterraine. On assimile abusivement les catacombes à l'ensemble des carrières de la capitale, bien qu'elles n'en représentent en réalité qu'une infime fraction.
À la fin du , pour faire face à la saturation des cimetières parisiens et aux problèmes croissants d'insalubrité, la décision est prise de déplacer les ossements dans une partie des carrières situées hors de la barrière d'Enfer du mur des Fermiers généraux, sous la plaine de Montsouris, appartenant alors au territoire de Montrouge.
Problème des cimetières
thumb|alt=Le cimetière des Saints-Innocents, au cœur de Paris.|Le cimetière des Saints-Innocents, au cœur de Paris.
Le cimetière des Saints-Innocents apparaît au autour de l'église Notre-Dame-des-Bois, lieu de culte mérovingien installé à cet endroit. Probablement détruite durant les invasions normandes de 885-886, elle est remplacée au par l'église Sainte-Opportune, qui reçoit dès lors dans son enclos les morts de plusieurs paroisses de la rive droite. Ce cimetière prend en 1130 le nom de Saints-Innocents en référence aux « saints Innocents », enfants de Judée massacrés sur l'ordre du roi Hérode ; mais ce nom semble également source de confusion dès cette époque avec celui de Saint-Innocent, à la suite de l'inhumation d'un enfant prétendument crucifié par des Juifs à Pontoise vers 1179, et à l'origine de miracles après son inhumation en ce lieu sous le règne de Philippe-AugusteMichel Fleury et Guy-Michel Leproux, Les Saints-Innocents, Délégation à l'action artistique de la ville de Paris, coll. « Paris son patrimoine », 1997, , 38..
Situé entre la rue Saint-Denis, la rue de la Ferronnerie, la rue de la Lingerie et la rue Berger, il reçoit pendant treize siècles des dizaines de générations de Parisiens décédés dans les vingt-deux paroisses de la ville, ainsi que les cadavres évacués de l'Hôtel-Dieu et de la morgue. D'un petit cimetière de campagne, il devient le plus grand cimetière de Paris, et est progressivement entouré de constructions, jusqu'à devenir partie intégrante d'un des quartiers les plus animés de la ville. Les guerres, les épidémies ou les famines apportent leur lot de milliers de cadavres à inhumer dans cet espace restreint, ce qui rend leur décomposition de plus en plus difficile. Les fosses communes atteignent alors plus de dix mètres de profondeur. À la fin du , le sol du cimetière se situe en conséquence à plus de deux mètres au-dessus du niveau de la rue, entraînant des problèmes d'insalubrité, dénoncés de longue datePatrick Saletta, À la découverte des souterrains de Paris, 96..
La décomposition sans cesse renouvelée de milliers de cadavres favorise la propagation de maladies. Dès 1554, des médecins de la faculté de Paris s'indignent en vain contre les risques d'épidémies que fait peser l'existence du cimetière. En 1737, des médecins de l'Académie royale de sciences confirment cette analyse et les plaintes des riverains ne font que s'accumuler au fil des ans. Si les inhumations individuelles ne dépassent pas deux cents par an, les fosses communes, en revanche, accueillent jusqu'à mille cinq cents cadavres. Elles sont périodiquement vidées afin de faire de la place lors de la création de nouvelles fosses, et les ossements placés dans d'immenses charniers entourant le cimetière. Le dernier fossoyeur, François Pourrain, estime avoir enterré aux Innocents environ quatre-vingt-dix mille cadavres en moins de trente ansCollectif, Atlas du Paris souterrain, 110..
Un chroniqueur du note que dans le quartier, le vin tourne au vinaigre en moins d'une semaine et que la nourriture se gâte en quelques jours. L'eau des puits est elle aussi contaminée par des matières putrides, la rendant de plus en plus impropre à la consommation. La situation amène même Voltaire à critiquer les autorités religieuses, qui persistent à enterrer des morts de façon aussi inconséquente pour la santé du peuple. En 1765, un arrêté du Parlement de Paris interdit toute inhumation dans les limites de la ville. Huit cimetières sont alors créés hors des murs de la capitale, renouant avec les traditions romaines. Mais la tradition, la résistance des autorités religieuses et la piété populaire empêchent de venir rapidement à bout de ces pratiques.
Fermeture du cimetière des Innocents vignette|alt=Le cimetière des Innocents vu du côté de la rue aux Fers, actuelle rue Berger, en 1786.|Le cimetière des Innocents vu du côté de la rue aux Fers, actuelle rue Berger, en 1786 (gravure de Charles-Louis Bernier).
Début 1780, de curieux phénomènes sont signalés dans les caves environnantes du cimetière des Innocents : les exhalaisons provenant de la décomposition des cadavres sont si importantes qu'elles filtrent à travers les murs et éteignent les chandelles de suif. Il est alors décidé d'enduire de chaux les murs des caves du quartier. Mais le de la même année, un incident spectaculaire marque la gravité du problème et entraîne enfin une prise de décision : le mur d'une cave de la rue de la Lingerie, contiguë au cimetière, cède sous la pression des milliers de cadavres contenus dans une fosse communePatrick Saletta, À la découverte des souterrains de Paris, 97.. Par ailleurs, une raison économique contribue à accélérer le choix de la fermeture : la ville manque de marchés, celui des Halles manque de place et vient buter contre le mur du cimetière. C'est donc l'occasion de réaménager le cœur économique de la capitale et d'améliorer la circulation dans un quartier très encombré de jour comme de nuit.
Antoine-Alexis Cadet de Vaux, inspecteur de la salubrité de la ville de Paris, fait aussitôt emplir de chaux vive puis murer la cave et ordonne la fermeture définitive du cimetière. Alors fermé et interdit au public durant cinq ans, le cimetière est laissé à l'abandon et tombe dans un relatif oubli, ce qui facilite son déménagement quelques années plus tard en limitant les oppositions. Si les inhumations sont à nouveau interdites dans Paris intra-muros, aucune solution n'est en revanche trouvée concernant les émanations issues des cimetières désaffectés.
En 1782, un projet anonyme publié à LondresAnonyme. Projet de catacombes pour la ville de Paris, en adaptant à cet usage les carrières qui se trouvent tant dans son enceinte que dans ses environs. À Londres, et se trouve à Paris chez les magasins de nouveautés. M.DCC.LXXXII. et présenté aux autorités de la ville de Paris ainsi qu'aux ecclésiastiques propose une solution originale au problème : s'inspirant des nécropoles souterraines antiques, cet opuscule anonyme en vente dans les magasins de nouveautés suggère de profiter des consolidations réalisées depuis plusieurs années par l'Inspection générale des carrières pour installer un ossuaire dans une ancienne carrière souterraine. L'auteur détaille même son idée : il imagine d'enduire les corps d'une sorte de résine pour ralentir la putréfaction et d'installer en sous-sol un atelier d'embaumement ou un séchoir à cadavres. La température constante en sous-sol serait judicieusement exploitée pour la conservation des corps éventuellement embaumés, technique utilisée avec succès dans les catacombes capucines de Palerme. Au-delà du seul transfert des ossements, l'auteur imagine dans un but philanthropique d'entreposer directement sous terre les corps après traitement, ce qui économiserait ainsi aux familles les dispendieux frais de cercueil et de pierre tombale. Enfin, la santé des employés d'un tel lieu est également prise en compte : il propose de recouvrir les cadavres d'une épaisse couche de glaise ou de bitume, afin d'éviter une atmosphère trop méphitiquePatrick Saletta, À la découverte des souterrains de Paris, 98.. C'est donc en 1782 qu'on donne le nom impropre de catacombes à ce lieu, car il ne s'agit pas vraiment de cimetière souterrain avec tombes et monuments funéraires comme dans les catacombes de Rome. Par extension, le nom de catacombes a fini par désigner, à tort, les galeries creusées par le service d'inspection des carrières pour relier toutes les carrières entre elles alors que leur vrai nom est aujourd'hui ..
Après de multiples débats, le projet est finalement approuvé. Le lieutenant de police Lenoir envisage alors le transfert à l'extérieur de Paris des ossements contenus dans le cimetière des Innocents. L'aménagement à cette fin des carrières souterraines de la Tombe-Issoire, situées sous la plaine de Montrouge au-delà de la barrière d'Enfer au sud de la capitale, lui semble parfaitement convenir. La municipalité et les autorités religieuses décident de réaliser dès 1785 les premiers aménagements. Afin de ne pas froisser la susceptibilité de grandes familles qui possèdent des sépultures aux Innocents, un espace réservé et clos de murs, dit clos de la Tombe-Issoire, est aménagé afin d'exposer les pierres tombales ouvragées ainsi que les plus beaux monuments funéraires présents sur la rive droite. Le terrain en surface au-dessus du futur ossuaire appartient depuis le Moyen Âge à la communauté de Saint-Jean-de-Latran, qui possède déjà de longue date dans son sous-sol un caveau destiné à recevoir les corps des chevaliers templiersPatrick Saletta, À la découverte des souterrains de Paris, 99..
Un arrêt du Conseil du Roi du décide la suppression du cimetière des Innocents avec évacuation des ossements, puis son réaménagement en marché public. La ville de Paris achète alors une ancienne maison de la Commanderie de Saint-Jean-de-Latran, dans l'actuelle rue Dareau alors située sur la commune de Montrouge, sous laquelle fut constitué un enclos souterrain de avec des méandres qui s'étendent sur près de sous l'espace compris entre les actuelles rues Dareau, d'Alembert, Hallé et du parc Montsouris.