Pierre-André Coffinhal-Dubail, dit Jean-Baptiste Coffinhal, est un juriste et révolutionnaire français, né le à Vic-sur-Cère (Auvergne) et mort guillotiné le à Paris.
Il a notamment été membre du conseil général de la Commune de Paris et du Tribunal révolutionnaire.
Jeunesse Pierre-André Coffinhal-Dubail de son vrai nom, est le plus jeune des six fils d'Annet-Joseph Coffinhal (né à Pailherols le , mort à Vic-sur-Cère le ), avocat au bailliage de Vic-en-Carladez, et de Françoise Dunoyer, avec laquelle il s'est marié à Aurillac le .. Il est issu du milieu des anciennes familles bourgeoises de robe, jouissant d'un patrimoine et d'un pouvoir déjà plus important que la noblesse locale à laquelle ils sont en passe d'être agrégés.
Deux de ses frères aînés, Jean-Baptiste et Joseph (né le à Aurillac, mort vers 1832), étudient la jurisprudence. Jean-Baptiste succède à son père comme avocat au bailliage et rachète d'importants biens nationaux vendus au tribunal criminel, où siège son frère Joseph pendant la Révolution. Ce dernier, qui est un ami de Pierre Hébrard, devient ensuite conseiller à la Cour de cassation, puis baron de l'Empire, sous le nom de baron Dunoyer et conseiller d'État. En effet, ils ont tous deux obtenu, la permission de changer de nom pour prendre celui de leur mère« Coffinhal Dunoyer (Joseph) », Biographie universelle, ancienne et moderne, vols 5-6, 1847, p. 96..
Coffinhal commence par entreprendre des études de médecine, comme son autre frère aîné Pierre Coffinhal (1747), mais abandonne très vite. Il se rend à Paris, où il trouve une place de clerc de procureur..
Juge au tribunal révolutionnaire thumb|upright=0.8| de la rue Le Regrattier : maison où habita Coffinhal en 1793 (plaque).
Il s'enthousiasme pour la Révolution, prend une part active à l'agitation politique qui secoue la capitale, mais sans succès. Électeur de la section de l'Île-Saint-Louis en 1791 et en 1792, il est nommé ensuite commissaire de police de la section de la Fraternité. Membre du Club des jacobins, il participe à la journée du 10 août 1792 et devient juge du tribunal criminel extraordinaire créé le suivant.
Pierre-André Coffinhal est nommé juge du Tribunal révolutionnaire, lors de sa création, le . Ami de Fouquier-TinvilleL'Intermédiaire des chercheurs et curieux narre un incident. Suivant cet article, de temps en temps, on peut l'apercevoir, dans le quartier du Palais-Royal à des heures tardives. Un jour, il est arrêté et mené au poste avec Fouquier-Tinville, le fils de ce dernier, et un des jurés du tribunal. Ils refusent de montrer leurs cartes civiques à une patrouille.Dans un état d'ivresse très avancée, il est, selon les témoignages, dans un état d'excitation extrême. Toujours selon les témoignages de ses contemporains, Jean-Baptiste Coffinhal apprécie les bons vins, sa cave, si l'on se réfère à l'inventaire dressé après son exécution, est bien approvisionnée (237 bouteilles pleines, 300 vides, plus une feuillette pleine, soit 225 litres de vin en fût)., lié politiquement à Maximilien de Robespierre, il fait montre dans son action d'un zèle et d'une intransigeance qui contribuent autant à la hargne de ses adversaires que ses qu'on lui prêteErnest Desplaces, Joseph-François Michaud, Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, Madame C. Desplaces, 1854, vol. 8, p. 529-530..
Sa carrière de juge révolutionnaire prend de l'importance lors du procès de Jacques-René Hébert et des hébertistes, lors duquel il est chargé avec d'autres juges de l'instruction du procès et de rédiger un journal du procès. Écrit en collaboration avec trois collègues, son travail ne reflète guère la réalité des débats. En 1795, sous la Convention thermidorienne, la découverte des documents concernant les divers procès qu'il avait charge d’instruire révèle maintes suppressions et des faites par Jean-Baptiste Coffinhal, selon la déposition du juge Féral à la date du .
Remplaçant René-François Dumas, il préside les audiences du procès des fermiers généraux, parmi lesquels se trouve Antoine Lavoisier, à propos duquel aurait été prononcée la célèbre phrase — discutée, mais pas nécessairement "apocryphe" — rapportée pour la première fois, dès le 24 frimaire an III (), par Henri Grégoire sous la forme : “Nous n'avons plus besoin de chimistes”, attribuée par Grégoire à Dumas, devenue par la suite “La République n'a pas besoin de chimistes (variante : de savants)”, et alors prêtée tantôt à Coffinhal, tantôt (plus tardivement) à Fouquier-TinvilleHenri Grégoire, Troisième rapport sur le vandalisme fait à la Convention nationale ... dans la séance du 24 frimaire l'an troisième de la République française..., éd. Charles Renard, Caen & Paris, 1867, p. 76. L'histoire de cette phrase aux multiples avatars a été l'objet d'une première recherche, utile mais lacunaire et partiale, présentée par James Guillaume dans son article (plus passionné qu'exact, et à la conclusion arbitraire), intitulé Un mot légendaire : “La République n'a pas besoin de savants”, dans La Révolution française, tome 38, 1900, p. 385-399 ; repris dans Études révolutionnaires. Première partie. Paris, Stock, 1908, p. 136-155. Jean-Clément Martin, Violence et Révolution: essai sur la naissance d'un mythe national, Le Seuil, 2006, 250 parle de . En fait, selon le , c'est Fourcroy qui a prononcé le premier, sous sa forme longue, la phrase si souvent citée depuis, dans un discours au lycée des Arts, le , où il reprend, en l'adaptant, le mot cité dans le rapport sur le vandalisme de Grégoire mentionné au début de la présente note (voir ). De même, , estime "probable que Coffinhal a prononcé les paroles qui lui sont attribuées" (p. 376), mais ne croit guère à la demande de délai de Lavoisier, dont Jérôme Lalande ne fait pas état dans sa Notice sur la vie et les ouvrages de Lavoisier (1795) et dont Fourcroy non plus ne dit mot ; mais Grimaux, écrivant en 1888, ne sait pas que cette demande est déjà mentionnée en décembre 1794 par Henri Grégoire, ce que Guillaume révélera au monde savant dans sa communication de 1900.. Le , lors de la réorganisation du tribunal révolutionnaire, Coffinhal est nommé premier des trois vice-présidents.
Le 9 thermidor et la fuite
Lors de la chute de Robespierre, Jean-Baptiste Coffinhal a une attitude hésitante. Le , il se réfugie à l'Hôtel de Ville, y entraînant Robespierre et ses partisans. Étant parvenu à prendre la fuite lors de l'invasion du bâtiment par les troupes de la Convention, il longe les berges de la Seine et gagne l'île des Cygnes, non loin du quai de Grenelle, où des bateliers cantaliens le cachent. Forcé par la faim, il quitte son refuge le , hésite à regagner son domicile et va frapper à la porte de sa maîtresse, Nègre, qui habite rue Montorgueil, mais celle-ci refuse de l'héberger. Il fait la rencontre d'une personne qui lui doit encore de l'argent. L'homme accepte de le cacher, puis se précipite à la police pour le dénoncer.
Jean-Baptiste Coffinhal est incarcéré à la Conciergerie vers deux heures du matin. Son voisin de cellule, Fouquier-Tinville, l'entend hurler jusqu'au petit matin, accablant de reproches François Hanriot et les autres Robespierristes. Il est condamné à mort le sur simple vérification de son identité par le tribunal criminel du départementLe Tribunal révolutionnaire où avait siégé Jean-Baptiste Coffinhal était provisoirement suspendu.. Condamné du Tribunal révolutionnaire, il est le dernier de la liste officielle, avant la réorganisation du sous la présidence du citoyen d'Obsent, avec parmi les vice-présidents, "Dajoux, citoyen d'Aurillac". Le jour même de sa condamnation, la charrette le transporte seul de la Conciergerie à la place de Grève, où il est guillotiné. Sur le chemin de l'échafaud, le peuple lui criait : « Coffinhal ! Coffinhal ! Tu n'as pas la parole ! ».. Il est la cent-cinquième victime des purges de Thermidor.
Hommage Une rue porte son nom à Aurillac.
Voir aussi Bibliographie .
Articles connexes Fermiers généraux pendant la Terreur André Dupin de Beaumont Antoine Fouquier-Tinville
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Notes
Références
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