Monique Tchemerzine, dite Ludmila Tcherina, est une danseuse, tragédienne, écrivaine, peintre et sculptrice française née le à Paris où elle est morte le Relevé des fichiers de l'Insee.

Biographie Monique Tchemerzine naît à Paris le . Son père, Avenir Tchemerzine, est un prince tcherkesse qui a fui Saint-Pétersbourg et s'est exilé à Paris. Il est mathématicien et inventeur de la fusée éclairante. Sa mère, Stéphane FinetteThe International Who's Who, 2004., française, est ancienne élève de l'École des chartes. Avec son mari, elle travaille à une bibliographie des éditions originales de la poésie française du Moyen Âge au , reconnue comme un ouvrage de référence sous le nom de « Tchemerzine ».

Monika, comme elle se fait appeler, commence à danser dès l'âge de Mini-biographie sur IMDb.. Elle prend des cours de danse russe auprès d'Olga Preobrajenska, puis de danse italienne auprès de Mme d'Alessandri et, enfin, Tverskoi l'initie au « mime dansé des émotions intérieures ». Elle aura encore pour professeur Georges Ricaux qui est aussi le maître à danser de Jean Babilée et de Roland Petit. Elle complète sa formation en intégrant l'École de danse de l'Opéra de Paris.

, elle monte sur scène pour la première fois à l'âge de dix ans dans le rôle d'un lutin du Songe d'une nuit d'été de Felix Mendelssohn. Concernant sa vocation pour la danse, Tcherina se rappelle :

Elle a 13 ans quand elle danse Les Sylphides. En 1939, à l'âge de 15 ans, elle est nommée danseuse étoile des Ballets de Monte-Carlo dirigés par Serge Lifar devenant

Après la Seconde Guerre mondiale, elle devient une artiste indépendante. Elle est étoile des Ballets de Paris de Roland Petit (1947) et du Metropolitan Opera à New York (1950) mais joue aussi dans l'opérette Le Chevalier Bayard (1948) aux côtés de deux artistes débutants : Yves Montand et Henri Salvador, et au cinéma dans Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger, sur une chorégraphie de Léonide Massine.

En 1946, Tcherina épouse Edmond Audran, petit-fils d'Edmond Audran, danseur comme elle. Il devient son chorégraphe et partenaire avant de mourir brutalement dans un accident de car en lemonde.fr, 1951., à l'âge de 33 ans, peu après la fin du tournage des Contes d'Hoffmann (The Tales of Hoffmann) de Powell et Pressburger, dans lequel ils sont partenaires. Désemparée, Tcherina souhaite abandonner la danse mais le film est un succès mondial. Elle tournera une quinzaine de films avant de se consacrer à la peinture (elle expose dès les années 1960) et à la sculpture.

Le , elle épouse Raymond Roi qui l'encourage à remettre ses chaussons de danse. Ensemble, ils fonderont une troupe de ballet d'avant-garde dans laquelle la ballerine réalise son rêve de « théâtre total » et qu'ils dirigeront jusqu'au décès de Raymond Roi en .

Au terme d'une , Ludmila Tcherina meurt le à Paris. Elle laisse d'elle-même l'image d'.

Elle est inhumée au cimetière de Montmartre (division 21).

Ludmila Tcherina a publié deux romans sous son nom de scène aux Éditions Albin Michel : L'Amour au miroir (1983), évoquant le monde de la danse, qui fut un best-seller, et La Femme à l'envers (1986), sorte d’opéra barbare.

Résumant son personnage, un critique, confondu par l'aisance avec laquelle elle s'était élancée à l'âge de cinq ans dans l'allée centrale de Notre-Dame de Paris pour danser devant l'autel, déclare :

Carrière La danseuse étoile

Au cours de sa carrière, Ludmila Tcherina a interprété les plus grands rôles du répertoire classique sur les plus grandes scènes lyriques du monde : l'Opéra de Paris, la Scala de Milan (Giselle en 1954 sous la direction d'Arturo Toscanini) ou le Metropolitan Opera de New York. Elle est la première danseuse occidentale à se produire au théâtre Bolchoï (Giselle en 1959) et au Kirov de Saint-Pétersbourg.

Elle personnifie la Lumière du ballet Excelsior au Théâtre communal de Florence lors du Maggio Musicale Fiorentino de 1967.

Elle interprète les principaux ballets russes de Serge Diaghilev, notamment les personnages créés par Anna Pavlova (Le Spectre de la rose) et Tamara Karsavina (Shéhérazade).

Elle crée parallèlement de nombreux ballets contemporains pour Serge Lifar, George Balanchine, Roland Petit, Maurice Béjart, mais danse aussi au sein de la compagnie qu'elle a créée.

Parmi ses grands rôles : Juliette et Roméo (1942), dans lequel elle interprète le rôle de Juliette dans une chorégraphie de Serge Lifar avec lequel elle danse souvent ; Bonaparte (1945-1951) ; L'Atlantide (musique d'Henri Tomasi) au Casino d'Enghien-Les-Bains (1955) où elle reprend le rôle d'Antinéa créé par Ethéry Pagava ; Le Martyre de Saint-Sébastien de Gabriele D'Annunzio et Claude Debussy (1957) à l'Opéra de Paris où « elle donna toute sa mesure comme danseuse, mais aussi comme mime et tragédienne »Oraison funèbre du ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon ; Feu aux poudres (1959), l'unique ballet que Jean Renoir, écrit et mis en scène spécialement pour elle sur une chorégraphie de Paul Goubé. Le ballet est créé le avec l'Orchestre Lamoureux. Les décors et les costumes sont de Tcherina elle-même. La musique est signée Míkis Theodorákis sur la base du Ellinikis Apokrias (Carnaval) ; Les Amants de Teruel (1959), ballet-drame de Raymond Rouleau qu'elle portera par la suite à l'écran. La musique est de Míkis Theodorákis. Ce film fait partie de la sélection officielle de la France au Festival de Cannes 1962. Il y obtiendra le Prix spécial de la Commission supérieure technique ; Gala de Salvador Dalí et Roland Petit (1962) ; Jeanne d'Arc au bûcher (1970) de Paul Claudel et Arthur Honegger au Théâtre des Champs-Élysées ; La Muette de Portici (1972) à l'opéra de Palerme ; Salomé (1972) avec Maurice Béjart qui ne tarit pas d'éloges : « une force intérieure cachée qui ne laisse entrevoir que la souplesse de la chair dans ce qu'elle a de plus félin, de plus pervers aussi et qui, pourtant, au centre même du mouvement, devient d'une passivité de marbre... Une danseuse... véritable ! Ce soir, pendant quelques instants, je sais qui est Tcherina » (Maurice Béjart, Répétition de Salomé, 1972).

La peintre et la sculptrice Peintre et sculptrice depuis sa jeunesse, elle expose dès les années 1960 dans toutes les grandes capitales.

À Paris, son exposition à l’hôtel de Sully, parrainée par André Malraux, et l’exposition autour de son Dynamogramme où elle allie peinture et danse au centre Georges-Pompidou, ont fait découvrir sa théorie de l'« art total » dont tous les aspects naissent du souffle et du mouvement.

En 1973, elle exécute un fusain préparatoire à un bronze, L'Envol, puis Élan déployé au sujet duquel elle dit : . En 1978, Fusain et Salomé (huile sur toile), Cri Bleu et Dionysie, deux autres huiles sur toiles, et L'Âme et la danse (huile) ainsi que de nombreux dessins et gouaches.

En 1991, Ludmila Tcherina conçoit et réalise Europe à cœur, une sculpture monumentale de de haut, officiellement choisie par la Communauté européenne pour symboliser l’Europe unie (placée sous le parrainage de la Fondation européenne des arts, des sciences et de la culture). Elle est dévoilée au musée d'Art moderne de la ville de Paris en . Une version en résine blanche se trouve devant le pavillon européen de l’Exposition universelle de Séville. La version en bronze est installée devant le Parlement européen de Strasbourg au printemps 1994. Cette sculpture a été déplacée sur le parvis du nouveau parlement, place Louise-Weiss, elle a été officiellement dévoilée le par Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen. En 1997 une médaille commémorative utilisant le visuel de la sculpture Europe à cœur a été éditée par la Fondation de l'Europe des sciences et des cultures.

En 1994, elle conçoit et réalise Europa operanda, avec le parrainage de la Fondation de l'Europe des sciences et des cultures, une sculpture monumentale en bronze pour le terminal français d'Eurotunnel à Calais. Cette sculpture a été présentée officiellement, à Calais-Coquelle, à la reine d'Angleterre et au président de la République française, le lors de l'inauguration du Tunnel sous la Manche. Le prototype en résine est exposé à la partie haute de la Gare de Paris-Nord depuis . Europa operanda symbolise l’esprit de création et la construction de l'Europe.

Les dernières recherches plastiques de Ludmila Tcherina s'attachent à prolonger cette conception d'un « art total » qui constitue son destin artistique depuis ses débuts : .

Filmographie 1946 : Un revenant de Christian-Jaque : Karina 1948 : Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger : Irina Boronskaja 1949 : La Belle que voilà de Jean-Paul Le Chanois : Mireille 1949 : La nuit s'achève de Pierre Méré 1949 : Fandango d'Emil-Edwin Reinert : Angelica 1951 : Parsifal de Carlos Serrano de Osma et 1951 : Les Contes d'Hoffmann de Michael Powell et Emeric Pressburger : Giulietta 1951 : Clara de Montargis d'Henri Decoin : Clara 1951 : À la mémoire d'un héros de Ray Ventura (court métrage) 1951 : Méphisto valse de Ray Ventura (court métrage) 1952 : Spartacus de Riccardo Freda : Amitys 1954 : Grand Gala de François Campaux 1954 : Le Signe du païen de Douglas Sirk : princesse Pulcheria 1954 : La Fille de Mata Hari de Carmine Gallone et Renzo Merusi 1955 : Oh ! Rosalinda ! de Michael Powell et Emeric Pressburger : Rosalinda 1958 : Musée Grévin de Jacques Demy (court métrage) 1959 : Lune de miel de Michael Powell : Anna 1961 : Les Amants de Teruel de Raymond Rouleau : Isa 1963 : Hommage à Debussy de Marcel L'Herbier (court métrage) 1969 : Salomé, téléfilm de Pierre Koralnik : Salomé 1971 : La Possédée, téléfilm de Éric Le Hung : Mère des Anges 1972 : L'Atlantide, téléfilm de Jean Kerchbron : Antinéa 1974 : La Dame aux Camélias, téléfilm de Robert Maurice : Marguerite Gauthier 1975 : La Passion d'Anna Karénine, téléfilm d'Yves-André Hubert : Anna Karénine 1975 : La Reine de Saba, téléfilm de Pierre Koralnik

Distinctions Décorations

1962 : par André Malraux, ministre des Affaires culturelles 1970 : par Edmond Michelet, ministre des Affaires culturelles 1979 : par Christian Beullac, ministre de l'Éducation nationale 1980 : par Jean-Philippe Lecat, ministre de la Culture.

Récompenses 1950 : Festival du Cinéma de Vichy, prix de la meilleure interprétation féminine pour La nuit s'achève. 1950 : Festival des Films de Danse, meilleure interprétation pour le ballet À la mémoire d'un héros (Bonaparte). 1950 : grand prix de la Danse (Amérique du Sud) pour Mephisto-Valse 1950 : grand prix d'interprétation féminine (États-Unis) pour Les Contes d'Hoffmann 1956 : médaille d'argent de la Ville de Paris 1957 : chevalier dans l'ordre de la Courtoisie française 1959 : médaille d'argent du souvenir 1959 : oscar de la popularité pour la danse (Italie) 1962 : cinq étoiles de la critique (plus haute récompense décernée par la presse pour le meilleur film étranger de l'année aux États-Unis) pour Les Amants de Teruel

1970 : médaille de vermeil de la Société d'encouragement au progrès 1971 : médaille d'or du prix Leonardo da Vinci 1973 : prix d'honneur du GEMAIL, âme de la Lumière 1975 : Festival de Monte-Carlo : meilleure interprète féminine pour La Reine de Saba 1978 : médaille de vermeil de la Ville de Paris, remise par Jacques Chirac, maire de Paris

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Roger Garaudy, Ludmila Tcherina, érotisme et mystique, Robert Laffont et Azoulay, 1975 . Maurice Béjart, Ludmila Tcherina, tragédienne de la danse. Commentaires d'Irène Lidova, Paris, Vilo, 1967. Fondation de l'Europe des sciences et des cultures, Europa operanda, sculpture monumentale de Ludmila Tchérina, Compagnie européenne d'éd. et de publications périodiques, . Nicole Hirsch, Ludmila Tchérina, P. Del Duca, 1958. « Ludmilla Tcherina », Musica, (), () et (). Ludmila Tcherina, gouaches et dessins, exposition à la Galerie de Paris du au .

Liens externes

Ludmila Tcherina