Jean-Baptiste de Lamarck, ou Jean-Baptiste Pierre Antoine de Monet, chevalier de La Marck, est un naturaliste français, né le à Bazentin, France, et mort le à Paris. D'abord botaniste, il se consacre ensuite à la zoologie des insectes et des vers. Au début du , il réalise la classification des invertébrés, qui regroupent environ 80 % des animaux. Il est le premier qui utilise le terme de « biologie » pour désigner la science qui étudie les êtres vivants.
Il est aussi le premier à proposer une théorie naturaliste dite aussi matérialiste et mécaniste, de l'origine des êtres vivants à partir de laquelle il élabore une théorie de leur apparition par évolution naturelle. Sa théorie transformiste est fondée sur deux principes : la complexification croissante de l'organisation des êtres vivants sous l'effet de la dynamique interne propre à leur métabolisme ; leur diversification, ou spécialisation, en espèces, à la suite d'une adaptation de leur comportement ou de leurs organes à leur milieu.
Lamarck est ainsi un des premiers naturalistes à avoir supposé la nécessité théorique de l'évolution des êtres vivants.. Il s'est également intéressé à la météorologie avec la publication d'un annuaire météorologique et une proposition de classification des nuages.
Biographie Jeunesse Il est né au château de Bazentin (Picardie), non loin d'Albert et de Péronne, d'une vieille famille noble comptant de nombreux militairesSzyfman (1982), p. 4. dont son père, Philippe de Monet, chevalier de Saint-Louis, commandant du château de Dinan, seigneur de Bazentin et de Lamarque (également écrit de la Mark ou de Lamarck) et son frère, Philippe François de Monet de Lamarck qui combattit pendant la Guerre d'indépendance américaine.
Il poursuit des études chez les jésuites d'Amiens, de 1755 à 1759, avant d'entamer une carrière militaire en 1761, sous le nom de Chevalier de Saint-Martin. Il devient officier sur le champ de bataille de Villinghausen, le de la même annéeD'après la notice du Dr Jourdan dans , vol. 23..
Obligé de quitter l'armée, en 1765, à la suite d'un accident, il travaille pendant quelque temps pour un comptable, puis se consacre à des études de médecine et se passionne pour la botanique.
Vie scientifique vignette|Portrait de Jean-Baptiste Lamarck, dans la Galerie des naturalistes de Jules Pizzetta, 1893. En 1778, l'Imprimerie royale publie sa Flore française, où il donne des clefs dichotomiques permettant à chacun d'identifier les plantes. Cet ouvrage lui apporte une notoriété immédiate, et lui vaut d'être élu à l'Académie des sciences l'année suivante, avec l'appui de Buffon. D'abord membre adjoint, il devient titulaire en 1783 puis, enfin, pensionnaire, en 1790, année où, spécialiste de botanique, il n'hésite pas, à cinquante ans, à se reconvertir avec succès, étant nommé au Jardin du Roi.
Il participe, en 1793, à la transformation du Jardin du Roi en Muséum national d'histoire naturelle, sous l'impulsion de Joseph Lakanal. Il y devient professeur de zoologie, chargé d'enseigner la zoologie des invertébrés. Il passe plusieurs années à établir une classification raisonnée des animaux invertébrés, qui représentent environ 80 % du règne animal. Il fonde également la paléontologie des invertébrés. Il travaille sur les coquilles de fossiles du bassin parisien.
Il invente le mot « biologie » pour désigner « la science qui étudie les caractères communs aux animaux et aux plantes ».
Deux ouvrages lui valent d'être considéré comme le fondateur du transformisme : la Philosophie zoologique (1809) et l'introduction de son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1815–1822).
Vie privée Lamarck épouse en premières noces Rosalie de La Porte (décédée le ), avec qui il a six enfants : Rosalie (1778-1837), André (1781-1817), polytechnicien, lieutenant de vaisseau Antoine (1786-1860), Charles René (né en 1787 et décédé vers 1805), Auguste (1791-1880), polytechnicien, ingénieur en chef des ponts et chaussées Cornélie (née en 1792), employée au Museum de Paris
Veuf, il épouse le en deuxièmes noces Charlotte Victoire Reverdy (née en 1774), avec qui il a deux enfants : Aristide (né en 1794), Eugénie (1797-1822).
À nouveau veuf, il épouse le en troisièmes noces Julie Mallet (née vers 1768 et décédée le ).
Fin de vie vignette|Lamarck, dans Le progrès médical, Paris, 1929. Aveugle à la fin de sa vie, Lamarck est aidé par sa fille aînée Rosalie, qui écrit sous sa dictée une partie du tome 6 et le tome 7 de l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres.
Lamarck meurt le , à l'âge de , dans sa maison au Muséum. Ses restes sont inhumés dans la fosse commune du cimetière du Montparnasse. Pour Goulven Laurent, il faut mettre cela « sur le manque de piété filiale » de son fils Auguste. Mais, pour d'autres auteurs, c'est un signe de misère : ainsi Henri Jean Humbert écrit que Lamarck, « dénué de ressources », doit céder son herbier au botaniste allemand (1801–1885) ; plus récemment, Jaussaud et BrygooJaussaud et Brygoo (2004) : 324. affirment que « [Lamarck est] mort pauvre dans son logis du Muséum ». Or l'étude de Michel GuédèsCité par . sur les revenus de Lamarck montre que celui-ci cumulait divers revenus (comme son traitement de professeur du Muséum, ses revenus de l'Académie des sciences, de la vente de ses ouvrages, etc.) atteignant la somme respectable de de l'époque, plus de neuf fois le salaire d'un ouvrierLe salaire moyen de l'ouvrier était de ; voir . mais moins d'un quart des revenus opulents de Georges Cuvier (). Lamarck vécut donc la fin de sa vie de façon tout à fait correcte. Mais il est vrai qu'il était aveugle pendant les dix dernières années de sa vie, peut-être en raison de l'abus du travail à la loupe et au microscopeJean-Baptiste de Lamarck dans Encyclopædia Universalis..
C'est sur le plan scientifique que son œuvre fut méconnue du public, mal comprise par ses contemporains, dénigrée et déformée par ses adversaires. Cette incompréhension est illustrée par une rencontre entre et Lamarck, qui lui présente un de ses livresProbablement un des Annuaires météorologiques. ; François Arago la relate ainsi :
Cuvier composa un éloge funèbre où il ne se priva pas de tourner en ridicule et de déformer les idées transformistes de Lamarck, auxquelles il était violemment opposé. Cet éloge, qualifié « d'éreintement académique » ne fut lu à l'Académie des sciences que le . Il fut également traduit en anglais et constitue fort probablement l'origine de l'idée erronée selon laquelle Lamarck attribuerait la transformation des animaux à leur « volonté » et au « désir ».
Opinions religieuses Dans son livre Philosophie zoologique, Lamarck qualifie Dieu d'« auteur sublime de la nature ». Les opinions religieuses de Lamarck sont examinées dans le livre Lamarck, le fondateur de l'évolution (1901) par . Selon Packard, d'après les écrits de Lamarck, il peut être considéré comme un déiste.
Le philosophe de la biologie Michael Ruse a décrit Lamarck, « comme croyant en Dieu comme un moteur impassible, créateur du monde et de ses lois, qui refuse d'intervenir miraculeusement dans sa création »..
L'historien des sciences Jacques Roger écrit : « Lamarck était un matérialiste dans la mesure où il n'estimait pas nécessaire de recourir à aucun principe spirituel... son déisme restait vague, et son idée de la création ne l'empêchait pas de croire que tout, dans la nature, y compris les formes de vie les plus élevées, n'était que le résultat de processus naturels »..
Contributions Flore française (1778) Dans la troisième édition (1805) de cet ouvrage (pour laquelle Augustin Pyrame de Candolle apporte des échantillons de Suisse), il porte à la connaissance des plantes nouvelles. Son but est d'ordonner les végétaux selon leurs structures réelles et en même temps fournir au public une manière commode et sûre d'identifier les plantes.
Lamarck adopte la classification binaire par genre et espèce, et surtout, il invente la méthode dichotomique qui consiste à mettre celui qui cherche à déterminer une plante successivement en présence de deux termes contraires entre lesquels il doit se décider avant de passer à un autre alinéa, où il retrouve une alternative plus restreinte jusqu'à ce qu'au terme de l'opération on trouve le nom de la plante, publiant ainsi la première clé de détermination.
Ce procédé s'adresse au non-spécialiste et est encore utilisé de nos jours dans les ouvrages de botanique. Lamarck ordonne les végétaux en une série qui comporte six degrés : polypétalés, monopétalés, composés, incomplets, unilobés et cryptogames.
La météorologie Comme la plupart des scientifiques de cette époque, Lamarck s'est intéressé à la météorologie. Il publie de 1799 à 1810 un Annuaire météorologique, à la fois recueil d’articles scientifiques ou historiques, et calendrier des prévisions météorologiques pour l'année à venir. Napoléon lui intimera ensuite l'ordre de cesser cette publication.. Parmi les sujets les plus souvent abordés, on retrouve l'influence de la lune sur les conditions météorologiques, les nuages ou la nécessité d'un réseau météorologique.
Lamarck a également proposé une classification des nuages dans ses Annuaire météorologique de 1802 et 1805, ainsi que dans son Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle paru en 1818.. Mais c'est celle que Luke Howard présenta en 1802 qui sera finalement retenue.
Lamarck, avec cet Annuaire météorologique, contribuera à la constitution d'un réseau d'observations météorologiques sur la France dont les données devaient être analysées tous les ans par le Bureau de Statistique créé pendant le consulat placé sous les ordres du ministre de l'intérieur Jean-Antoine Chaptal. Il décrit précisément ce réseau dans son Annuaire météorologique de 1807 :
Cette passion pour la météorologie ne lui vaut pas que des honneurs. Voir la citation d'Arago donnée plus haut.
Physique générale Les idées de Lamarck en physique sont exposées pour l'essentiel dans l'essai Recherches sur les causes des principaux faits physiques (1794, 2 vol.) et dans un recueil d'articles, Mémoires de physique et d’histoire naturelle (1797). Lamarck expose que la matière se compose de principes essentiellement hétérogènes, qui, dans toutes leurs associations ou combinaisons, sont en déséquilibre ; il reprend une idée d'Aristote, selon laquelle une substance ne peut s’éloigner spontanément de son état naturel, d'où il déduit que la Nature, loin de produire les combinaisons, tend sans cesse au contraire à les détruire.
Il attribue les phénomènes du son, non à la vibration de l’air et des corps sonores, mais à celle du calorique, fluide très-subtil et impondérable.
Dans sa Réfutation de la théorie pneumatique et de la nouvelle doctrine des chimistes modernes, il déclare n’être disposé à croire aux résultats des analyses chimiques que lorsqu’on n’aura employé pour les faire, ni feu, ni sels, ni réactifs d’aucun genre, mais seulement des moyens mécaniques. Ses objections ont été insérées par Fourcroy dans sa Philosophie chimique.
Biologie et transformisme vignette|200px|Monument à Jean-Baptiste de Lamarck par Léon Fagel, érigé en 1909 par souscription universelle au jardin des plantes de Paris.
On fait souvent de Lamarck un précurseur malheureux de Charles Darwin, parce que, bien qu'ayant exposé une théorie de l'évolution, il n'a pas découvert le mécanisme de la sélection naturelle. C'est là une vue rétrospective erronée. Les projets et réalisations scientifiques de Lamarck et de Darwin sont en fait profondément différents.