thumb|250px|Obligation de 500 F à 5 % au porteur, 1901, gravée par Luigi Loir. Une obligation est une valeur mobilière qui constitue une créance sur son émetteur, elle est donc représentative d'une dette financière à moyen, long terme, parfois même à perpétuité. Cette dette est émise dans une devise spécifiée, pour une durée définie et donne droit au paiement d'un intérêt fixe ou variable, appelé coupon qui est parfois capitalisé jusqu'à sa . Les certificats de dépôts, ou le papier commercial, comme des instruments financiers à court terme, et sont donc distincts des obligations. Les obligations sont évaluées (on dit «notées») en fonction du profil de risque de leurs émetteurs par des agences de notation.
L'émetteur d'une obligation est l'emprunteur ; le souscripteur ou le porteur d'une obligation est le créancier. Une obligation est fréquemment négociable et peut faire l'objet d'une cotation sur une bourse des valeurs. Dans la pratique, les titres se négocient principalement de gré à gré. En droit français, en cas de liquidation de l'emprunteur, les créanciers qui sont prêteurs de deniers ont un droit de priorité sur les actionnaires qui se répartissent un bonus de liquidation après désintéressement de l'ensemble des créanciers.
Histoire
L'émission d'obligation est un phénomène très ancien, qui remonte à la Renaissance et vise à abaisser le coût de la dette royale, le marché obligataire étant une composante de la bourse. Parmi les premières opérations, celles lancées par Henri II à Lyon en 1555, le Grand Parti de Lyon, un emprunt de deux millions d'écus sur 11 ans, à intérêt de 16 %, « taux très supérieur aux précédents », de 12 % en moyenne. Les trois-quarts de l'emprunt sont d'anciens crédits, rassemblés et refondus. Jusque-là, le déficit royal était comblé par des emprunts à trois mois, renouvelés à l'échéance.
Les obligations d'État ont dès l'origine constitué la grande majorité des obligations, les commerçants préférant s'endetter à court terme par le biais d'effets de commerce. L'État étant un emprunteur qui fait très rarement faillite depuis le , le taux des obligations est très lié à l'inflation, en particulier en France depuis une quarantaine d'années :
AnnéeLes taux de référence des bons du Trésor et OAT, site de la Banque de France 1981198219831984198519861987198819891990Années 1980Taux 10 ans (fr)17,4 %14,8 %14,4 %13,4 %11,9 %9,2 %9,9 %8,6 %9,3 %10,0 %11,9 %Indice prixSite de l'INSEE13,4 %11,8 %9,6 %7,4 %5,8 %2,7 %3,1 %2,7 %3,6 %3,4 %6,6 %Taux 10 ans réel4,0 %3,0 %4,8 %6,0 %6,1 %6,5 %6,8 %5,9 %5,7 %6,6 %5,5 %
Année1991199219931994199519961997199819992000Années 1990Taux 10 ans (fr)8,6 %8,1 %5,6 %8,3 %6,6 %5,8 %5,3 %3,9 %5,5 %5 %6,3 %Indice prix3,2 %2,4 %2,1 %1,6 %1,8 %2,0 %1,2 %0,7 %0,5 %1,7 %1,7 %Taux 10 ans réel5,4 %6,1 %3,5 %6,7 %4,8 %3,8 %4,1 %3,2 %5 %3,3 %4,6 %
Année2001200220032004200520062007200820092010Années 2000Taux 10 ans (fr)5 %4,3 %4,3 %3,7 %3,3 %4 %4,4 %3,4 %3,6 %3,4 %3,9 %Indice prix1,7 %2,1 %1,9 %2,1 %1,8 %1,6 %1,5 %2,8 %0,1 %1,5 %1,7 %Taux 10 ans réel3,3 %2,2 %2,4 %1,6 %1,5 %2,4 %2,9 %0,6 %3,5 %1,9 %2,2 % Année201120122013Années 2010Taux 10 ans2,5 %3,2 %2,2 %2,6 %Indice prix1,7 %2,1 %1,3 %Insee1,7 %Taux 10 ans réel0,8 %1,1 %0,9 %0,9 %
Caractéristiques principales
Ce titre est un contrat entre l'émetteur et les détenteurs successifs du titre, dont les deux éléments principaux sont l’échéancier des flux financiers et leur mode de calcul. Tout est fixé lors de l'émission obligataire à la création de l'obligation.
Les émetteurs sont aussi bien des organismes privés que des collectivités publiques (en particulier les trésors publics).
Une obligation rapporte à celui qui l'achète un taux d'intérêt fixe, le même chaque année, appelé coupon obligataire et versé par l'emprunteur qui a réalisé l'émission obligataire. Grâce à ce revenu fixe, elle est considérée comme moins risquée qu'une action, dont les revenus sont variables et souvent difficiles à prévoir.
Émetteurs thumb|250px|Obligation de la ville de Cracovie (Pologne), 1929. Une obligation peut être émise par : un État dans sa propre devise — on parle alors d'emprunt d'État ; un État dans une autre devise que la sienne — on parle alors d'obligation souveraine ; une entreprise du secteur public, un organisme public, une collectivité locale — on parle alors d'obligation du secteur public ; une entreprise privée, une association, ou tout autre personne morale, dont les fonds commun de créances, et on parle alors d'obligation corporative ou d’obligation d'entreprise.
Transactions et détention La détention des obligations par les particuliers est devenue essentiellement indirecte : elle s'effectue très largement via les OPCVM et les contrats d'assurance-vie.
Néanmoins, les obligations peuvent toujours théoriquement être détenues directement par les particuliers et font donc réglementairement l'objet d'une cotation officielle — quoique souvent sans transactions, donc fictive, ou théorique — sur une bourse. Elles peuvent donc faire l'objet de spéculation.
La quasi-totalité, en volume, des transactions s'effectuent de gré à gré, hors bourse, entre institutions financières : banques d'investissement, assureurs, gestionnaires d'OPCVM, banques de dépôt, etc.
Les volumes échangés sont considérables, plusieurs milliers de milliards d'euros chaque jour, particulièrement en emprunts d'État et produits dérivés de ceux-ci, qui constituent le marché directeur des taux d'intérêt à moyen et long terme.
Les titres de créance négociables sont des instruments très proches des obligations mais qui, eux, ne sont pas destinés à être détenus en direct par des particuliers, seulement par des gestionnaires d’OPCVM et autres professionnels des marchés financiers. Leur règlementation est donc légèrement différente.
Valeur actuelle
Une obligation est un ensemble de flux décalés dans le temps. Ces flux ne sont donc pas directement comparables entre eux. Un euro à une date n'a pas la même valeur que le même euro à une date , ne serait-ce qu'à cause de l'inflation.
L’évaluation d'une obligation revient à trouver ce qu'elle devrait valoir en principe dans les conditions actuelles du marché par une opération mathématique dite d'actualisation, en déterminant la valeur actuelle théorique de l'ensemble des flux qui la composent. Les taux d'actualisation choisis pour cette opération sont déterminés par l'observation de ceux déjà appliqués sur le marché à des obligations comparables par la durée, la liquidité et le risque de crédit présenté. La valeur théorique d'une obligation, de même que son prix sur le marché, changent en permanence sous l'effet de l'évolution du marché des taux d'intérêt et de l'écoulement du temps.
Notons avec l'ensemble des flux tombant aux dates et constituant l'obligation. Pour ramener ces flux à une base commune, à leur équivalent à une date unique , on les multiplie chacun par leur coefficient d'actualisation . Ce coefficient d'actualisation est obtenu par calcul à partir du taux d'intérêt qu'on choisit d'appliquer à cette obligation particulière pour actualiser entre les dates et .
La valeur actuelle (le terme correct est plutôt valeur actualisée mais valeur actuelle est l'expression usuelle) de l'obligation est donc la somme des valeurs actuelles de chacun des flux :
Il existe une formule simplifiée de l'actualisation, avec un seul taux, le taux actuariel, qui bien qu'imprécise, est très utilisée et sert dans une première approximation.
Un outil d’évaluation : le rendement à l’échéance Le rendement à l'échéance, ou taux actuariel, est le taux qui rend équivalents le prix actuel d'une obligation et la valeur actualisée de l'ensemble de ses revenus futurs (coupons et remboursement du capital), à distinguer du taux d'intérêt nominal dès lors que le prix de l'obligation s'écarte du pair.
Par exemple, une obligation sur 3 ans de € versant un intérêt de 10 % et cotée à 98 % verse € d'intérêts les deux premières années puis € (intérêts et remboursement du capital) la troisième. Son rendement à l'échéance, le taux t qui vérifie l'équation suivante, s'établit alors à 10,82 % :
Le taux actuariel peut aussi s'estimer par approximation, en répartissant sur la durée de vie restante de l'obligation l'écart entre son cours et son prix de remboursement :
Taux actuariel =
Ainsi, une obligation de taux nominal 6 %, remboursable à 100 %, cotant 103 % à 4 ans de son échéance, a un taux actuariel approximatif de 5,25 % . Plus l'échéance est lointaine, plus cet écart entre cours et prix de remboursement est réparti sur un grand nombre d'années, et plus son effet sur le taux actuariel est faible.
Modalités juridiques
Les modalités juridiques d'une obligation peuvent être très diverses. Dans le cas d'un placement privé (obligations non cotées), les modalités des titres sont définies dans un contrat d'émission (ou contrat de souscription). Dans le cas d'une émission effectuée par appel public à l'épargne ou lorsque l'admission des obligations à la négociation sur un marché réglementé a été demandée (obligations cotées), les modalités des titres sont généralement définies dans un prospectus contrôlé par l'autorité de contrôle du marché (pour une cotation sur Euronext Paris, l'Autorité des marchés financiers, pour une cotation sur la Bourse de Luxembourg, la Commission de surveillance du secteur financier).
Principaux paramètres Les flux d'une obligation sont définis par : la devise dans laquelle elle est émise ; la valeur nominale de l'obligation, appelée le pair ; sa date d’échéance (aussi appelée maturité) ; le mode de remboursement (on dit aussi «d'amortissement ») : en une seule fois à l'échéance (in fine) ou par tranches, ou encore jamais (obligation perpétuelle) ; le prix de remboursement, c'est-à-dire le montant, en pourcentage du pair, qui sera remboursé à l'échéance ; le taux d'intérêt de l'obligation et le mode de calcul de celui-ci ; la périodicité (souvent annuelle) des versements d'intérêt, appelés coupons.
Taux fixe ou flottant Le taux d'intérêt peut être : fixe ; flottant : variable ou révisable. Dans le cas où le taux fixe est nul, l'obligation ne verse pas de coupon. Ce type d'obligation est appelé obligation zéro-coupon.
Options éventuelles De plus, certaines obligations sont dotées d’options, comme le remboursement anticipé à certaines dates au gré de l'émetteur (en anglais : callable bonds) ou au contraire de prorogation à l'échéance, ou encore d'échange contre un autre titre, avec ou sans bon de souscription séparé.
Certaines sont dotées d'une option d’échange contre des actions : Obligation convertible Obligation remboursable en actions à parité ajustable (ORAPA)La parité entre l'obligation et l'action évolue en fonction de la variation du cours de l'action. Une obligation remboursable en actions ne laisse pas le choix à son détenteur. Elle sera obligatoirement remboursée en actions. Ce n'est pas comme dans le cadre de l'obligation convertible en actions qui elle est optionnelle au sens courant du terme.
Cas général
La plupart des obligations sont des obligations annuelles classiques (appelées en anglais plain vanilla bonds : obligations classiques ou conventionnelles), c'est-à-dire : remboursées in fine (en anglais, on parle de bullet bonds) au pair payant un taux fixe, dit « taux nominal » via un coupon annuel.
Exemple : l'obligation assimilable du Trésor 4,75 % 25/4/2035, déjà prise pour exemple ci-dessus en introduction, est une obligation classique à taux fixe d'échéance 25/4/2035 et de taux nominal 4,75 %.
Cours et coupon couru thumb|right|400px|Simulation du prix d'une obligation de taux nominal 5 % et de durée 10 ans tout au long de sa durée de vie.
Il est d'usage de séparer arbitrairement la valeur actuelle d'une obligation en : cours, dit également cours pied de coupon, exprimé en pourcentage du nominal;