Les maisons d'éducation de la Légion d'honneur (MELH) sont, en France, des établissements scolaires secondaires dont l'admission est réservée aux jeunes filles dont les parents, grands-parents ou arrière-grands-parents, français ou étrangers, sont décorés de l'ordre national de la Légion d'honneur, de l'ordre national du Mérite ou de la médaille militaire.
C'est à l'origine une œuvre sociale créée par destinée à prendre en charge l'éducation de jeunes filles pauvres ou orphelines de guerre.
Les deux maisons d'éducation en service actuellement occupent l'ancien couvent des Loges dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, et l'ancien cloître de la basilique Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. D'autres ont existé par le passé, notamment au château d'Écouen, la première à avoir été ouverte.
Historique vignette|gauche|Maison d'éducation de la Légion d'honneur de Saint-Denis, avec la basilique en arrière-plan.
On ne peut éviter de faire un rapprochement entre les maisons d'éducation de la Légion d'honneur et la Maison royale de Saint-Louis créée par Madame de Maintenon à Saint-Cyr, dans les bâtiments construits par Mansart et que Napoléon affecta en à l'école des officiers de l'armée française. Il y a beaucoup de points communs entre cette nouvelle institution et l'ancienne, que le jeune Bonaparte avait connue puisque sa sœur Élisa y était élève et qu'il était venu l'y chercher en : être relié à l'ordre de la Légion d'honneur qui est lui-même dans la continuité de l'ordre de Saint-Louis, être destiné à des filles d'officiers pauvres ou orphelines, être divisé en classes ayant chacune leur couleur marquée par des rubans dans le costume, vouloir donner une éducation complète et moderne Cependant on sait que l'Empereur voulait se démarquer de Saint-Cyr, dont il n'avait pas une bonne opinion. Ainsi, dans sa lettre du il précisait :
À cette époque il existait de nombreux lycées militaires pour éduquer les garçons et en faire de futurs soldats, mais les filles étaient délaissées à cause de la dispersion par la Convention de toutes les congrégations d'enseignement. Napoléon créa ces maisons pour subvenir à l'éducation et aux besoins des filles, très souvent orphelines, de ses soldats les plus méritants. Son premier souhait avait été de prendre en charge les fils et les filles des officiers et des soldats morts à Austerlitz ; mais ce projet, présenté le , fut finalement abandonné.
Le décret de création des maisons d'éducation de la Légion d'honneur fut signé par Napoléon à Schönbrunn le . Ce décret prévoyait la création de trois maisons, où les filles de récipiendaires de la Légion d'honneur seraient admises entre , l'âge de sortie étant fixé à .
vignette|redresse|Portrait de Madame Campan et son élève Pholoé, peint en à la maison d'éducation d'Écouen par Marie-Éléonore Godefroid, où celle-ci enseignait le dessin. La direction de la première maison d'éducation fut confiée à Madame Campan, ancienne lectrice des filles de puis première femme de chambre de la reine Marie-Antoinette.. Depuis , Madame Campan tenait elle-même un pensionnat de jeunes filles à Saint-Germain-en-Laye, qui comptait parmi ses élèves Hortense et Stéphanie de Beauharnais, ainsi que Pauline et Caroline Bonaparte. Madame Campan voulait que la première maison d'éducation soit installée dans son pensionnat de Saint-Germain, mais Napoléon choisit le château d'Écouen, propriété de la Légion d'honneur depuis le .
L'Empereur, dans une lettre du , donna lui-même les grandes lignes de l'éducation qu'il voulait procurer aux jeunes filles : Il préconisait des études simples, visant à et à faire en sorte que les élèves deviennent des mères de famille modestes.
Le , Napoléon signa le décret de création d'une deuxième maison dans le cloître de l'ancienne abbaye royale de Saint-Denis, qui était propriété de l'État depuis . Saint-Denis fut inauguré le , et Napoléon l'inspecta le , mais l'emménagement des premières élèves n'eut lieu qu'en .
vignette|gauche|redresse|Dames éducatrices et élèves de la Maison d'éducation de la Légion d'honneur, Saint-Denis, vers . Musée de la Légion d'honneur, Paris. Le , Napoléon créa par décret les « Maisons d'orphelines de la Légion d'honneur », destinées aux orphelines de récipiendaires de la Légion d'honneur quel que soit leur grade. Ces maisons étaient tenues par des religieuses, la congrégation de la Mère de Dieu. Trois maisons d'orphelines furent créées : l'hôtel de Corberon à Paris (ouvert en hiver ), l'ancien couvent des Loges à Saint-Germain-en-Laye (ouvert au printemps ), et l'abbaye de Barbeau à Fontainebleau (ouverte en ). L'empereur en projette également une sur le mont Valérien, à l'emplacement de l'ancien calvaire : des travaux sont initiés et Napoléon vient même visiter les lieux mais comprend soudainement leur intérêt stratégique et fait finalement convertir les bâtiments en caserne..
Dissoutes par ordonnance royale de le , les maisons d'orphelines furent rétablies le grâce à l'intervention de veuves d'officiers auprès du roi. Seule l'abbaye de Barbeaux ne rouvrit pas. En , l'organisation des maisons d'éducation fut repensée : Saint-Denis fut réservée aux filles d'officiers supérieurs, et les autres maisons, considérées désormais comme des « succursales », aux filles d'officiers et de soldats de rang inférieur.
vignette|Ancienne abbaye de Saint-Denis reconvertie en maison d'éducation de la Légion d'honneur, photographiée en par Eugène Atget. En , les maisons religieuses furent laïcisées par les réformes de l'enseignement de Jules Ferry. En , les maisons dispensèrent des enseignements distincts : les Loges donnaient une éducation manuelle et professionnelle, Écouen préparait au commerce et à l'enseignement, tandis que Saint-Denis préparait au brevet supérieur..
En , les maisons d'éducation de la Légion d'honneur adoptèrent le même programme que les lycées ; les élèves les plus jeunes étudiaient aux Loges, les moyennes à Écouen et les plus grandes à Saint-Denis. De nos jours, c'est encore le cas : les Loges suivent le programme du collège et Saint-Denis celui du lycée.
Écouen vignette|gauche|Le château d'Écouen. Le château d'Écouen est l'endroit où fut installée la première maison d'éducation. La première rentrée y eut lieu le sous la direction de Madame Campan, nommée le . Cependant, le premier règlement ne fut réellement établi qu'en .
En , rendit le château aux Condé, qui le laissèrent plus ou moins à l'abandon à partir de ; le château redevint propriété de la Légion d'honneur à partir de .
En , le grand chancelier de la Légion d'honneur mit le château à la disposition du ministère des Affaires culturelles, afin qu'il accueille le musée national de la Renaissance.
Paris La maison d'éducation occupant l'hôtel Bourrée de Corberon, rue Barbette à Paris, fut initialement une « maison d'orphelines de la Légion d'honneur » fondée en , et devint succursale de la maison d'éducation de Saint-Denis lors de leur réorganisation en . Horace Lecoq de Boisbaudran y donna des cours de dessin à partir de . Elle fut transférée à Écouen par en .
Saint-Denis vignette|Carte postale du début du montrant la maison de Saint-Denis avec la basilique en arrière-plan. vignette|redresse|Portrait d'une élève à Saint-Denis vers , elle porte la médaille d'honneur. Musée de la Légion d'honneur, Paris.
La maison d'éducation de Saint-Denis occupe le cloître de l'ancienne abbaye royale de saint-Denis, jouxtant l'église abbatiale, devenue aujourd'hui la basilique Saint-Denis.
Inaugurée le , elle est placée sous la direction de Madame du Bouzet, veuve d'un colonel mort à Jemmapes. L'emménagement des élèves a eu lieu en .
Elle est ensuite dirigée par : : comtesse du Quengo : Marie-Benoîte-Joséphine Prévost de La Croix, baronne de Bourgoing : Julie-Madeleine-Sophie Forget, baronne Dannery : Léonie Garat, veuve Daumesnil : Pauline de Roussy, veuve Le Ray : Amélie RyckebuschDécret du , JORF, 353, , 5754. : Louise-Justine-Thérèse HuetDécret du , JORF, 193, , 379. : Marie-Catherine-Hortense-Antoinette MaratuechDécret du , JORF, 226, , 8994. : Marie-Louise PorteDécret du , JORF, 172, , 6951. : Adèle-Marie-Jeanne RogezDécret du , JORF, 162, , 7003. : Alice-Charlottte LagneauDécret du , JORF, 173, , 8867–8868. : Léonie-Esther-Berthe-Joséphine MeunierArrêté du , JOEF, 236, , 3586. : Claude d'AlvernyDécret du , JORF, 89, , 3441. : Hermine du Couedic de Kergoaler : Jeanne-Marie Faucheux : Aliette Vandevoorde : Huguette PeirsDécret du , JORF, 154, , 10129, NOR PREX0004205D. : Marie-France LorenteDécret du , JORF, 139, , texte 41, NOR JUSA1221048D. : Sophie MarauxDécret du , JORF, 96, , texte 33, NOR GCLH2110580D. Depuis : Gaëlle BarfetyDécret du , JORF, , , texte , NOR GCLH2513101D.
En , l'Institution fait l'acquisition de Madame Roland, sculpture du statuaire Joseph Carlier, ainsi qu'une statue de Blanche de Castille, et d'autres femmes célèbres. Disposées en face d'un drapeau français, ces statues doivent inspirer les élèves.
Le , durant la Première Guerre mondiale, une bombe lancée d'un avion allemand explose sur la Maison d'éducation de la Légion d'honneur..
La Maison de la Légion d'honneur, aujourd'hui située rue de la Légion-d'Honneur, et son parc sont classés au titre des monuments historiques le ..
Le , Saint-Denis a ouvert une classe préparatoire de Lettres supérieures (hypokhâgne), et le , une classe de Première supérieure (khâgne). Le s'est ouverte une classe de BTS de commerce international, avec option de préparation au concours d'entrée dans les écoles supérieures de commerceHistorique des maisons d'éducation sur le site de la grande chancellerie de la Légion d'honneur..
La maison accueille aujourd'hui de lycée de la à la terminale ainsi que les classes d'hypokhâgne, de khâgne, et de BTS de commerce international.
Depuis le bicentenaire des maisons, chaque promotion du lycée à partir de la seconde porte un nom choisi par les terminales de leur première année de lycée. Ce nom est celui d'un personnage ou d'un événement historique important, souvent lié à Napoléon (tels que Napoléon, Walewska, Campan, Bayard, dont une statue orne le parc, Arcole, Beauharnais, Marengo, Aiglon, Masséna, Wagram, Valmy, Iéna, Caulaincourt, Moskowa, Orsay, Austerlitz, Marescot, Vendôme, Quérangal, Rochambeau, Bazancourt et Galard), et chaque promotion doit le porter avec fierté. Les promotions de classes préparatoires portent aussi chacune un nom depuis . La première fut baptisée Joachim du Bellay, puis la tradition se porta sur des noms de femmes de lettres : Juliette Récamier, Anna de Noailles, Christine de Pizan, Olympe de Gouges, Marguerite de Navarre, Simone de Beauvoir, George Sand, Louise Labé, Madame de La Fayette, Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar, Madame de Sévigné, Colette, Comtesse de Ségur, Ariane Mnouchkine, Hélène Carrère d'Encausse, et Mademoiselle de Scudéry.
Fermé au public, le site se visite exceptionnellement dans le cadre des journées du Patrimoine. Le cadre sert aussi parfois pour des tournages de films. Ainsi le film Zombi Child de Bertrand Bonello en , qui raconte l'histoire de pensionnaires de la maison de Saint-Denis, y est partiellement tourné. La maison a également été utilisée pour figurer l'« Institut des aveugles de Duroc » dans le film Les Femmes de l'ombre de Jean-Paul Salomé en . En et , y sont également tournées certaines séquences des films de Martin Bourboulon, Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan et Les Trois Mousquetaires : Milady. En , c'est Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte qui met à l'honneur les murs de cette école. La maison de Saint-Denis accueille également certains concerts du Festival de musique de Saint-Denis..