Septime Sévère (Lucius Septimius Severus Pertinax) — né le à Leptis Magna (dans l’ancienne Province d’Afrique proconsulaire) (actuelle Libye) et mort le à Eboracum, en Bretagne (aujourd'hui York, en Angleterre) — est un empereur romain qui règne de 193 à 211.

D'ascendance libyco-punique par son père et italique par sa mère, Sévère réussit à se faire une place dans la société romaine et à mener une carrière politique prospère, au cours de laquelle il devient gouverneur de Pannonie. Après avoir fait exécuter l'empereur Didius Julianus et combattu ses rivaux au cours de l'année des cinq empereurs, il obtient le trône impérial le .

Ses relations avec le Sénat sont mauvaises : il s'attire l'hostilité de ses membres en limitant leur pouvoir, avec le soutien de l'armée. Il ordonne l'exécution de dizaines de sénateurs, accusés de corruption, pour les remplacer par des hommes fidèles à sa cause, et renouvelle en profondeur les effectifs de la garde prétorienne. Durant son règne, quelque 50 000 soldats campent aux abords même de Rome. Bien qu'il ait renforcé le pouvoir impérial au détriment du Sénat, et favorisé l'influence grandissante de l'armée, Septime Sévère jouit d'une certaine popularité car son règne restaure les traditions, ce qui tranche avec la politique de son prédécesseur Commode.

Militairement, son règne se caractérise par le succès de sa campagne contre l'Empire parthe, à la suite de laquelle la Mésopotamie repasse sous contrôle romain. Au cours de cette campagne, ses soldats mettent à sac Ctésiphon et vendent les survivants comme esclaves. À son retour à Rome, un arc de triomphe dit « arc de Sévère » est érigé pour commémorer cette victoire.

Dans les dernières années de son règne, il doit intervenir contre des incursions barbares. Il proclame augusti son fils aîné Caracalla en 198, puis son fils cadet Geta en 209, tous deux nés de sa seconde épouse Julia Domna. En 209, il envahit la Calédonie, mais ses ambitions sont interrompues lorsqu'il tombe gravement malade l'année suivante. Il meurt en 211 à Eboracum et ses fils lui succèdent, fondant ainsi la dynastie des Sévères, qui perdure jusqu'à la crise du troisième siècle.

Biographie Il naît le 11 avril 146 à Leptis Magna, une ville située en Tripolitaine sur la côte de la Libye actuelle. Il est le deuxième fils de Publius Septimius Geta. Il a un frère éponyme, Publius Septimius Geta, qui sera consul en 203. Du côté de sa mère, Fulvia Pia, il descend d'immigrés romains (les Fulvii) mariés probablement à des personnes d'origine libyenneMarcel Le Glay, Yann Le Bohec, Jean-Louis Voisin, Histoire romaine, P.U.F., 1991 (réédition 2008).Claude Briand-Ponsart, L'Afrique romaine : De l'Atlantique à la Tripolitaine, 146 - 533 , Armand Collin 2005, .. Par son père, Publius Septimius Geta, il descend d'une famille d'origine libyco-punique, et de culture puniqueAnne Daguet-Gagey, Septime Sévère, Payot, 2000, .Michael Grant (historien), The Severans, Routlegde, 1996, .« Le punique est né de la rencontre de deux mondes, l'un autochtone, l'autre oriental, il est un métissage ethnique et culturel », Nacéra Benseddik, Thagaste, Souk Ahras, Patrie de saint Augustin, Inas, 2004, ., qui a obtenu la citoyenneté romaine depuis le . Les deux côtés de sa famille se composent de notables. Ainsi, son grand-père paternel est préfet de Leptis avant d'en être le premier duumvir lorsque la cité devient colonie romaine sous Trajan.

L'historien Dion Cassius le décrit comme un homme de petite taille, maigre, très vif et taciturne. Il avait un fort accent qui lui valait d'être taquiné par ses contemporains. De son caractère, il faut retenir son attachement à sa famille et à sa cité d'origine. C'est un personnage qui s'intéresse à la vie religieuse et intellectuelle (il est sans doute initié aux mystères d'Éleusis et un fervent dévot de Sérapis).

Ses origines et son ascension témoignent de la prospérité de l'Afrique du nord romaine, ainsi que de la parfaite intégration de cette province et de ses habitants dans le monde romain.

Carrière (162-192) Grâce au cousin de son père, Publius Septimius Aper, consul suffect en 153, qui a fréquenté la cour impériale, il quitte en 162 Leptis Magna pour Rome, et entame un brillant cursus honorumCursus honorum sénatorial. C'est un juristeSon règne correspond d'ailleurs au triomphe des juristes. qui parle, outre le punique, le latin et le grec. Contrairement à une idée répandueVoir par exemple Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, édition Bury, 1896, , 111-125., ce n'est pas un militaire, mais plutôt un administrateur efficace et énergique Hammond, « Septimius Severus, Roman Bureaucrat », Harvard Studies in Classical Philology, 51 en l'honneur de William Scott Ferguson (1940), 137-173.. Il est en poste sous Commode en Tarraconaise, Sardaigne, Afrique proconsulaire, en Syrie . Vers 179-180, il commande la légion IIII Scythica -où il s'attache à Pertinax (empereur), son supérieur-, en Gaule lyonnaise et en Sicile.s De 183 à 185, à la suite d'un conflit avec , le favori de l'empereur, il vit exilé à Athènes.

En 187, Septime Sévère se marie en secondes noces avec Julia Domna, fille du grand prêtre d'Emèse (Syrie), Julius Bassianus. Elle lui donne deux fils, Caracalla (né à Lugdunum-Lyon, en 188) et Geta (né à Rome en 189).

En 190, il accède au consulat, et l'année suivante, avec le soutien d'Æmilius Lætus, le préfet du prétoire, il obtient le poste de légat d'Auguste propréteur de Pannonie supérieure, ce qui lui confère le commandement de trois légions pour défendre la frontière. A 44 ans, c'est son premier grand commandement militaire.

Guerre civile (193-197) L'intermède Pertinax Le 31 décembre 192, l'empereur Commode est assassiné, à la suite d'un complot fomenté par ses proches. Les conspirateurs, dans l'urgence, persuadent Pertinax, le préfet de la ville, de prendre la pourpre, après l'avoir emmené devant les prétoriens, puis devant le Sénat. Helvius Pertinax, après avoir donné un donativum aux prétoriens, est alors confirmé par le Sénat. Mais il constate rapidement que les caisses impériales sont vides et il décide d'éloigner les prétoriens du pouvoir et de leur imposer une discipline plus sévère.

Le 28 mars 193, à peine trois mois plus tard, lors de la mutinerie d'une partie de la garde prétorienne, il est assassiné à son tour.

Le vainqueur de Didius Julianus vignette|Tête de Septime Sévère découverte sur le site de la villa romaine de Chiragan, conservée au musée Saint-Raymond de Toulouse. Didius Julianus, prétendant au titre d'Auguste, se livre à une véritable mise aux enchères du trône en compétition avec Titus Flavius Claudius Sulpicianus et se fait nommer princeps par les prétoriens. Le Sénat accepte celui qui veut rétablir la tradition commodienne.

En 193 à Carnuntum, en Pannonie supérieure, Septime Sévère apprend les meurtres de Commode et de son ex-supérieur Pertinax. Les légions stationnées sur le Danube dénoncent les abus des prétoriens dont elles sont jalouses. Se considérant comme les seuls vrais citoyens romains, ils acclament leur chef comme empereur. Enregistrant le soutien des légions du Rhin et de Germanie, Septime Sévère décide, au mois de mai, de marcher sur Rome.

Le juin 193, il est à 80 kilomètres au nord de la capitale lorsque le Sénat condamne Didius Julianus à mort. Septime Sévère se présente à Rome avec ses légions le 9 juin 193. Un prétorien assassine Didius Julianus.

Septime Sévère invite la garde prétorienne à un banquet dans son camp. Il fait cerner les lieux par ses soldats, désarme les prétoriens, et fait exécuter les meurtriers de Pertinax. Il licencie les effectifs de la garde prétorienne, qui sont remplacés par des Pannoniens.

Le vainqueur de Pescennius Niger vignette|Buste en albâtre de Septime Sévère, aux musées du Capitole, Rome. Le 9 avril 193, en Orient, Pescennius Niger, le légat de Syrie qui refuse de reconnaitre Septime Sévère, se fait proclamer empereur par son armée. Il est bientôt soutenu par l'Égypte. Pour Septime Sévère, il représente un triple danger : militaire, car il commande à neuf légions, économique grâce à l'appui de l'Égypte, et diplomatique, avec les appuis que lui proposent les souverains parthes.

Dès juillet 193, Septime Sévère réagit avec célérité, quitte Rome et se déplace en Orient où des troupes ont été menées depuis l'Illyrie par Tiberius Claudius Candidus. Il met en place le siège de Byzance enlevée par Pescennius Niger, puis il remporte deux victoires sur son rival à Cyzique, fin 193, puis à Nicée au début de 194. Il obtient alors le ralliement de l'Égypte, de l'Arabie et de la Syrie. La bataille décisive a lieu à Issus au printemps 194. Pescennius Niger se réfugie à Antioche, qui est bientôt investie par les troupes de Septime Sévère, et s'enfuit probablement vers le royaume parthe. Après sa capture, il est exécuté. En 195, après deux ans de siège, Byzance finit par capituler.

Son pouvoir consolidé, Septime Sévère prend le nom de Pertinax et se proclame fils de Marc Aurèle, ce qui l'insère dans une généalogie fictive remontant à Nerva.

Le vainqueur de Clodius Albinus En Bretagne (Grande), une menace plus sérieuse pèse sur la légitimité de Septime. Clodius Albinus, légat de Bretagne, également d'origine africaine, réclame une part du pouvoir. Il dispose de trois légions aguerries par ses combats face aux Calédoniens (nom des Écossais d'alors). Septime se concilie habilement Clodius Albinus en lui accordant le titre de César et le consulat pour l'année 194. Mais en 195, après une campagne contre les Parthes, Septime Sévère fait proclamer Clodius Albinus ennemi public. Celui-ci traverse la Manche en 196 avec ses légions (). La bataille décisive a lieu en février 197 à proximité de Lugdunum (Lyon). Septimius et ses légions sont victorieux. Clodius s'enfuit et se donne la mort. Septime Sévère fait déshabiller la dépouille et la fait piétiner par son cheval ; la tête tranchée est envoyée à Rome, le corps est jeté dans le Rhône. La famille de Clodius n'est d'abord pas inquiétée, mais sa veuve et ses fils sont ultérieurement assassinés. Vingt-neuf sénateurs qui ont soutenu Clodius Albinus sont également éliminés. Environ sont ensuite assassinées en dehors de Lyon.

La ville de Lyon est ensuite prise et laissée au pillage des troupes. qui massacrent les habitants, confisquent leurs biens et opèrent de nombreuses destructions. Cet épisode aurait inspiré la légende du martyre de saint Irénée et de , dont le sang aurait coulé à flots le long de l'actuelle montée du Gourguillon qui en tirerait son nom.

On ne sait pas si l'abandon de la colline de Fourvière est la conséquence immédiate ou lointaine de ces événements dramatiques. En tous cas, cet abandon marque le déclin de l'importance de la cité.

La monarchie sévérienne

Une monarchie héréditaire

Septime Sévère tient à assurer immédiatement sa légitimité : il procède à un rattachement posthume et fictif à la dynastie antonine : en 195, il se proclame fils de Marc Aurèle et frère de Commode et exalte la mémoire de Pertinax dont il se prétend le vengeur (ses portraits ressemblent à ceux de ses « ancêtres » et les inscriptions retrouvées en Afrique font remonter sa généalogie jusqu'à Nerva) ; il affirme le caractère dynastique du pouvoir impérial en associant au pouvoir ses deux fils qui se haïssent, Caracalla en 196 et Géta en 198, et sa seconde épouse Julia Domna dès 193 : les images et les noms de la famille impériale s'étalent partout, sur les monnaies et sur les monuments de Rome comme l'arc du Forum Boarium ou en Afrique, notamment avec l'arc tétrapyle de Leptis Magna.

Le système dynastique mis en place par Septime Sévère semble fonctionner : quand la branche africaine s'éteint au profit de Macrin, la dynastie surmonte rapidement sa mise à l'écart en proposant la branche syrienne avec successivement Élagabal et Sévère Alexandre.

Une monarchie sacralisée