Donato « Donnino » di Angelo di Pascuccio dit Bramante, né en 1444 à Monte Asdrualdo (aujourd'hui Fermignano) près de la cité d'Urbino dans l'actuelle région des Marches en Italie et mort le à Rome est un polymathe, comptant parmi les architectes et les peintres les plus importants de la Renaissance. Il est également musicien et auteur d’un traité d’architecture ainsi que d’écrits de nature poétique, satirique et épistolaire.
Formé à Urbino, l’un des principaux pôles de la culture italienne du , il est d’abord actif à Milan, influençant le développement de la Renaissance lombarde, puis à Rome, où il réalise notamment le projet de la basilique Saint-Pierre et les jardins du Vatican.
En tant qu'architecte, il est la personnalité la plus importante dans le passage entre les et dans la maturation du classicisme du , à tel point que son travail est comparé par les contemporains à l'architecture des vestiges romains.
Il est considéré comme l’« inventeur de la bonne lumière et de la vraie architecture »Sebastiano Serlio, Tutte le opere, Venezia, 1639, p. 139..
Très dépensier, Leonard de Vinci et Machiavel le surnomment "ruinante"Zöllner, Léonard de Vinci, Taschen, 2009.
Portrait de Bramante par Vasari .
Formation Selon des études récentes, Bramante est né à Monte Asdrualdo en 1444 (aujourd'hui Fermignano dans l’actuelle province de Pesaro et d'Urbino de la région des Marches italiennes), contrariant l'affirmation de Vasari, qui atteste sa naissance dans Les Vies à Casteldurante (aujourd'hui Urbania, ville voisine d'Urbino), d'une mère urbinate et d'un père toscan.
Il se forme sur le plan artistique dans la région de Montefeltro. Cette période de formation et d'activité initiale de Bramante n'est pas documentée. Jusqu'en 1476, il reste très certainement à Urbino, où, d'abord peintre, il est probablement élève de Fra CarnevaleGiorgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori ed architettori, 1568. et devient peintre « prospectivo » (peintre prospectif), c'est-à-dire spécialisé dans la construction géométrique d'un espace essentiellement architectural comme fond d'une scène peinte. Il est probablement aussi élève et assistant de Piero della Francesca et rencontre Melozzo da Forlì qui influence alors son activité picturale. Vivant à Urbino, il rencontre certainement Luca Signorelli, Perugino, Giovanni Santi, Pinturicchio et Francesco di Giorgio Martini, dont il est probablement devenu un collaborateur et dont il apprend beaucoup de l'art de l'architecture.
À la suite de voyages qui l’amèneront en Lombardie, il découvre les œuvres de Mantegna, dont il fut sans doute l'élève, et de Leon Battista Alberti, ainsi que les productions artistiques des villes de Pérouse, Ferrare, Venise, Mantoue et PadoueV.Pizzigoni, Donato Bramante a Venezia, in "Annali di architettura", n.21, 2009..
Urbino vignette|300x300px|Urbino dans les Marches.|gauche Son activité artistique dans la période de sa jeunesse à Urbino est peu documentée, avec des attributions très problématiques. Il est probable qu'il travaille sur le chantier de construction du palais ducal de Frédéric III de Montefeltro conçu par Luciano Laurana, et peut-être sur l'église San Bernardino degli Zoccolanti, située juste à l'extérieur des murs de la ville, commandée par le duc Frédéric III et destinée à devenir le mausolée des Montefeltro. Abritant les tombes de Frédéric III et de Guidobaldo , l'attribution à Francesco di Giorgio Martini prévaut aujourd'hui, même si une collaboration directe du jeune Bramante est considérée comme grandement probable, du moins dans la phase de construction du mausolée..
Une Flagellation placée dans l'Oratoire des Disciplinati di San Francesco de Pérouse qui lui avait été attribuéeVedi Luciano Bellosi, Una « Flagellazione » del Bramante a Perugia, in « Prospettiva », 1977, 9, p. 61-68., est aujourd'hui à juste titre rendue à Pietro di Galeotto. Une collaboration improbable est également suggérée pour la Chapelle du Pardon, située à l'intérieur du Palais ducal d'Urbino.
Milan et la Lombardie Bramante est documenté en Lombardie en 1477 quand il peint la façade du Palais du Podestat à Bergame avec des figures de philosophes antiques dans un décor architectural dont il reste peu de traces et pour lesquelles des similitudes avec Melozzo da Forlì ont été notées. Selon Vasari, il travaille également à cette époque dans des villes autres que Bergame.
Son premier séjour probable à Milan date de 1478, peut-être envoyé par Frédéric III de Montefeltro pour suivre les travaux de son palais de Porta Ticinese, qu'il a reçu en cadeau de Galéas Marie Sforza, ou peut-être à la suite de Giovanni Antonio Amadeo, connu à Bergame sur le chantier de la chapelle Colleoni.
Ses premières commandes, en tant qu'architecte, datent de 1479, alors qu'il est au service de Ludovic Sforza à Milan où il achève l'église Santa Maria delle Grazie.
Installé en tant que peintre à Milan tout à la fin des années 1470, il y reste jusqu'en 1499, travaillant principalement comme architecte pour Ludovic Sforza, acquérant la maîtrise de la perspective apprise de Piero della Francesca et la connaissance de nombreux éléments de l’architecture classique et de l’œuvre vitruvienne, adhérant au modèle du classicisme Albertien.
Ce bagage culturel lui permet d’exercer une grande influence et une autorité certaine sur la culture lombarde conjointement avec Léonard de Vinci présent à Milan depuis1482, avec lequel les échanges et influences réciproques ne manquent pas. Plus généralement, à la fin du , le duché de Milan est un centre de culture, où l'art local à l'empreinte gothique rencontre, et parfois se heurte, aux architectes et artistes de la Renaissance du centre de l'Italie, dont Bramante est celui qui y laisse l'empreinte la plus durableChristoph L. Frommel, Luisa Giordano, Richard Schofield, Bramante milanese e l'architettura del Rinascimento lombardo, 2002..
Gravures
thumb|Gravure de Prevedari. La gravure dite de Prevedari, datée de 1481Beltrami, Bramante e Leonardo praticarono l'arte del bulino? Un incisore sconosciuto, Bernardo Prevedari, dans Rassegna d'arte, XVI, 1917, p. 194., remonte aux premières années de l'activité milanaise de Bramante : c'est une vision architecturale représentant l'intérieur grandiose d'une architecture classique gravée par Bernardo Prevedari sur un dessin de Donato Bramante, dont le nom est mentionné par une inscription en caractères lapidaires (BRAMANTUS FECIT IN MEDIOLANO). La gravure démontre combien les thèmes chers à Bramante concernant l'architecture, liés au rapport à l'ancien et à la leçon de Léon Battista Alberti, sont déjà mûrs vingt ans avant les œuvres romaines, comme l'utilisation d'arcs sur piliers et non sur colonnes.
Une autre gravure est attribuée à Bramante représentant une rue dans une perspective centrale, avec les caractéristiques d'une cité idéale et qui présente de nombreux motifs architecturaux typiques de l'architecture milanaise de la période dominée par l'influence de sa langue désormais entièrement Renaissance. Dans cette perspective, se trouvent en bas au centre, un arc de triomphe et un dôme de Brunelleschi, tandis que sur les côtés, deux bâtiments présentent des caractéristiques différentes : un avec des colonnes corinthiennes et un entablement au rez-de-chaussée, des pilastres et des fenêtres en arc arrondi au premier étage ; l'autre avec des piliers soutenant des arcs au rez-de-chaussée et des fenêtres à tympan et des oculi au premier étage.
Activité picturale thumb|Démocrite et Héraclite.|gauche|275x275px Entre 1486 et 1487, il peint un cycle de fresques, dont il reste des fragments, pour la Casa Panigarola de Milan (aujourd'hui à la pinacothèque de Brera), maison du poète Gaspare Ambrogio Visconti, son protecteur et mécène. Elles représentent des Hommes d'armes plus grands que nature, debout dans des niches, et les portraits en buste de Démocrite et Héraclite séparés par un globe, traités avec hardiesse, des couleurs vives et une perspective en trompe-l'œil. Les fresques de la façade du Palazzo Fontana Silvestri, complètement dégradées, sont également attribuées à Bramante.
Traditionnellement une peinture sur bois, le Christ à la colonne, dans l'abbaye de Chiaravalle, et la fresque Argo, dans la salle des trésors du Château des Sforza, sont attribuées à BramanteTouring Club Italiano, Guida d'Italia. Milano, San Donato Milanese 1998, p. 456..
Il a pour élève le peintre Bartolomeo Suardi appelé Bramantino. Il a une influence importante sur la culture picturale lombardeL. Arrigoni, E. Daffra, P.C. Marani Pinacoteca di Brera, 1998. et en général, sur celle de tout le nord de l'Italie où se répand le goût de la représentation en perspectiveLuciano Bellosi, La rappresentazione dello spazio in "Storia dell'arte italiana", Einaudi, Torino 1979. Dans la période romaine suivante, Bramante semble cesser son activité picturale. , peut-être en raison de son engagement sur les grands chantiers papaux.
Contacts culturels avec Léonard de Vinci et la cour thumb|Christ à la colonne, attribué à Bramante, pinacothèque de Brera, Milan. En 1487, Bramante participe, comme Leonard de Vinci, Francesco di Giorgio Martini, Giovanni Antonio Amadeo et d'autres, au concours pour la tour-lanterne de la cathédrale de Milan, présentant un projet avec un plan carré et un support direct sur les piliers, pour lequel il crée un modèle en bois et qui est peut-être représenté dans une gravure du traité de Cesare Cesariano qui était son élève. Bramante rédige un rapport sur le sujet, connu sous le nom d'Opinio super Domicilium seu Templum Magnum. C'est la seul document d'architecture théorique de Bramante qui nous soit parvenu, dans lequel, interprétant Vitruve, il désigne comme caractéristiques de l'architecture, la « force », la « conformité avec le reste de l'édifice », la « légèreté » et la « beauté »Marco Rossi, Disegno storico dell'arte lombarda, 2005..
Durant sa période milanaise, Bramante exerce également sa passion littéraire dans le milieu de la cour. À l'époque, il est également salué comme musicien et poète et « était d'une grande faconde en vers », comme l'écrivit Caporali en 1521. Il laisse un petit recueil de 25 sonnetssonnets (Editions Rue d'Ulm, 2019) traitant de la souffrance d’amour, influencé par le Dolce stil novo, que l’on dit d’une richesse, d’une grande finesse de style, et plus accomplis que ceux de Leonard de Vinci, le style de la rédaction des demandes de soutien financier que le poète adresse à son mécène et ami, Gaspare Visconti, témoignant également de son goût pour le burlesqueLuciano Patetta, Bramante e la sua cerchia: a Milano e in Lombardia 1480-1500, 2009..
Église Santa Maria presso San Satiro Bramante construit l'église Santa Maria presso San Satiro qui jouxte la petite église du de San Satiro, et qui semble être sa première réalisation comme architecte.
Du centre de la nef, l'autel parait placé dans un chœur profond surmonté d'une voûte à caissons et flanqué de niches peu profondes entre les piliers. thumb|Baptistère de Santa Maria presso San Satiro.|gaucheAu-dessus de la croisée formée par les larges transepts, s'élève une coupole à caissons.
À première vue cruciforme, cette église a en fait un plan en T : la rue juste derrière le mur est des transepts ne laisse pas de place pour le chœur ; il s'agit d'une perspective illusionniste parfaite vue de la nef, profonde de quelques dizaines de centimètres seulement.
Les niches du mur est des transepts rappellent les formes austères et classiques inspirées par Piero della Francesca : coquille remplissant la partie supérieure arrondie, traitement des corniches, piliers avec application de pilastres soutenant les arcades de la nef et des transepts, traitement des caissons de la coupole et des voûtes.
Une profusion d'ornements, typique de l'art milanais, masque la pureté et la rigueur des formes.