Vasco de Gama () né vers 1460 ou 1469 à Sines (Portugal) et mort le à Cochin aux Indes orientales, est un grand navigateur portugais, considéré comme le premier Européen à atteindre les Indes orientales par la route des Indes maritime, vers l'océan Indien, en contournant en 1498 le cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, découvert en 1488 par Bartolomeu Dias, pendant la période des grandes découvertes.

Contexte L'exploration de la côte d'Afrique par les Portugais (1434-1487) vignette|gauche| voyage de Vasco de Gama Lorsque Vasco de Gama embarque à Lisbonne en 1497, avec son navire amiral São Gabriel à la tête d'une flotte de quatre naviresBailey Wallys Diffie et George Davison Winius, Foundations of the Portuguese Empire, 1415-1580, University of Minnesota Press, 1977, p. 177-178 , cela fait huit décennies que les Portugais, d'abord sous la direction du prince Henri le Navigateur, explorent méthodiquement les côtes africaines de l'ouest et leurs richesses (or, esclaves, ivoire, gomme, maniguette).

Après la mort d'Henri le Navigateur en 1460, le roi Alphonse V de Portugal montre moins d'intérêt pour la poursuite de ces expéditions et en 1469 afferme le trafic avec l'Afrique à un groupe de commerçants mené par Fernão Gomes. Lorsque la charte pour le renouvellement de cette concession avec Gomes prend fin en 1474, l'infant Jean demande à son père de récupérer cette concession.

L'exploration se poursuit sous le règne de Jean II : les navigateurs portugais atteignent le fleuve Congo, puis la Namibie (Diogo Cão), puis en 1487, le cap de Bonne-Espérance (Bartolomeu Dias).

Le projet d'atteindre les Indes sous le règne de Jean II (1481-1495) L'étape suivante consiste à atteindre les Indes orientales (Inde, Chine, Japon, etc.), alors centre économique et commercial de l'ancien monde (épices, pierres précieuses, textile et riz), par la voie maritime pour briser le monopole de la république de Venise.

Jean II envoie Pêro da Covilhã vers les Indes. Il a pour mission de reconnaître les lieux, confirmer la provenance de marchandises, documenter les routes suivies par les musulmans. Il prépare ainsi les expéditions à venir vers l'Inde par voie maritime.

Manuel et le royaume du prêtre Jean Avec l'accession au trône de Manuel de Portugal, les milieux joachimites millénaristes favorisés par leur diplomate Duarte Galvão et leur navigateur Afonso de Albuquerque, espèrent trouver le royaume du prêtre Jean et conclure avec lui une alliance de revers contre les OttomansSanjay Subrahmanyam, Empire portugais d'Asie (1500-1700) : histoire politique et économique, Maisonneuve & Larose, 1999, 385 p. .

Biographie Origines familiales et formation Vasco de Gama naît vers 1460Vasco da Gama, sur Encyclopædia Britannica, consulté le 4 juin 2023. ou 1469Vasco de Gama sur larousse.frVasco de Gama sur universalis.fr à Sines, sur la côte sud-ouest du Portugal, probablement dans une maison près de l'église de Nossa Senhora das Salas. Sines, port de la province d'Alentejo, est alors un village de pêcheurs, avec des maisons peintes à la chaux et des toitures de tuiles rouges.

Il est le fils d'Estêvão de Gama, portugais issu de la petite noblesse, alcaide-mór (gouverneur) de Sines et Silves, et maître de l'ordre de Santiago, et d'Isabel Sodré, fille de João Sodréégalement connu sous le nom de João de Resende, qui est d'origine anglaiseSon père et ses frères, Vicente Sodré et Brás Sodré, ont des liens familiaux avec l', duc de Viseu et sont des membres importants de l'Ordre du Christ.. Estêvão de Gama et Isabel Sodré ont eu cinq fils, successivement : Paulo da Gama, João Sodré, Vasco de Gama, Pedro da Gama et Buenos da Gama) et une fille, Teresa da Gama (qui a épousé Lopo Mendes de Vasconcelos).

Son enfance est bercée par les légendes des croisades et de la Reconquista : est le jeu préféré de l'enfant..

On sait peu de choses sur la jeunesse de Vasco de Gama. L'historien portugais Augusto Carlos Teixeira de Aragão suggère qu'il a étudié les mathématiques et la navigation dans la ville d'Évora, recevant peut-être des leçons de l'astronome Abraham Zacuto.

Débuts (1480-1497)

Vers 1480, Vasco de Gama suit son père qui rejoint l'ordre de Sant'Iago de l'Épée. Le maître de Santiago est alors le prince Jean qui devient roi en 1481 sous le nom de Jean . Jean a une dévotion pour cet ordre, ce qui favorise les ambitions des Gama.

En 1492, Jean envoie Vasco de Gama en mission dans le port de Setúbal et la région de l'Algarve pour saisir les navires français en représailles des dommages commis par les Français en temps de paix contre les navires portugais Subrahmanyam, op. cité, .

Le premier voyage à Calicut (1497-1498)

vignette|redresse|Statue du palais d'Antoniadis d'Alexandrie en Égypte. En 1497, Manuel fait appel à Vasco de Gama pour chercher le royaume du Prêtre Jean.

De Lisbonne à Calicut vignette|gauche|Départ de Vasco de Gama de Lisbonne en 1497, Université du Witwatersrand de Johannesbourg en Afrique du Sud. vignette|gauche|Départ de Lisbonne en 1497 (Bibliothèque nationale du Portugal de Lisbonne) Vasco de Gama quitte l'estuaire du Tage le avec 200 hommes d'équipage à bord de son navire amiral São Gabriel, avec comme capitaine, à la tête d'une flotte de quatre navires, avec les caraques São Rafael (dirigée par son frère Paulo da Gama), et São Miguel (ou Bérrio, dirigée par Nicolau Coelho) (aux couleurs de l'ordre du Christ du Portugal, nommés d'après les archanges de la Bible Gabriel, Raphaël et Michel) accompagnés d'un navire caravelle logistique pour le transport de vivres, le São Maria (dirigé par Gonzalo Nunez) de 200 tonneaux, lequel navire fut démantelé près de la baie de São Bràs sur la côte est de l'Afrique).

Il progresse, malgré les ravages causés par les tempêtes, les mutineries, la dysenterie et le scorbut., fait une grande « volte » au large du Brésil, évitant ainsi les vents et les courants contraires des côtes africaines avant de bifurquer vers l'est au large du cap de Bonne-Espérance, faisant ensuite étape dans les différents comptoirs jalonnant la route maritime de Bartolomeu Dias.

vignette|redresse|Navigation des São Gabriel, São Rafaele, et São Miguel. Tableau d'Ernesto Casanova, vers 1880.

Il double le cap de Bonne-Espérance le , emmenant avec lui des guides indiens ou musulmans, prêtés ou arrachés de force aux petits souverains des côtes d'Afrique de l'Est car ils connaissent bien les courants de l'océan Indien. Le , il atteint le port indien de Pantalayini, situé à une vingtaine de kilomètres de Calicut, puis il débarque sur la plage de le , son équipage en guenilles étant exténué.

Séjour à Calicut et retour

Le voyage est un échec : le Zamorin de Calicut, déçu par les marchandises qu'il lui propose lui refuse les avantages commerciaux qu'il demande et l'Inde compte moins de chrétiens qu'il n'escomptait.

Méprisés et incapables d'établir des échanges commerciaux, les Portugais doivent repartir trois mois plus tard, prenant en otage des notables pour assurer leurs arrières. Le voyage est difficile. La navigation est risquée et prend un autre trois mois avant d'arriver à Malindi où l'équipage décimé par le scorbut est enfin secouru. Les navires repartent sans le São Rafael, brûlé faute d'équipage suffisant à son bord. Le cap de Bonne-Espérance est doublé en . Paulo de Gama succombe à la maladie et est enterré aux Açores. Le voyage s'achève enfin en septembre avec 54 survivants.

Les honneurs après le retour Malgré son échec commercial, Vasco de Gama est couvert d'honneurs à son retour, nommé « amiral des Indes » et à ce titre contrôle une partie du commerce avec l'Inde.

D'après l'historien indien, Sanjay Subrahmanyam, Vasco De Gama a découvert une voie maritime permettant de contourner la voie terrestre du Moyen-Orient. Cela permet aux Portugais d'éviter les impôts et taxes prélevées par le sultan d'Égypte, à l'inverse d'autres commerçants venant d'ailleurs (Vénitiens, Juifs de Méditerranée et autres) Sanjay Subrahmanyam, La Fabrique de l'histoire sur France Culture, 8 juin 2012.

La cour de Manuel , qui se proclame , s'entiche de Gaspar, un juif converti par Vasco de Gama sur le chemin de retour, qui raconte aux courtisans ce qu'ils ont envie d'entendre, à savoir qu'il y a en Inde de nombreux chrétiens (ils pensent encore que le royaume du prêtre Jean se situe en Inde et que les hindous sont des chrétiens).

Le deuxième voyage (1502-1503) vignette|upright|Vasco da Gama, Galerie des vice-rois portugais des Indes, Goa, . vignette|gauche|Planisphère de Cantino de 1502 Avec une flotte de vingt navires et des marchandises intéressant enfin les Indiens (de l'or et de l'argent, rapportés des grandes découvertes des Amériques), cette deuxième expédition est parfois violente en étant marquée notamment par le bombardement du port de Calicut en représailles aux massacres contre l'équipage de Pedro Álvares Cabral ou encore l'assaut, le , contre le navire marchand Miri qui ramène des pèlerins de La Mecque. Vasco de Gama préfère brûler et couler le navire et laisser se noyer hommes, femmes et enfants plutôt que d'accepter la rançon que les riches marchands musulmans lui proposent, selon le témoignage de de la .

Bien que cette deuxième expédition marque les débuts de l'empire colonial portugais et rapporte à la couronne un butin substantiel ainsi que des privilèges commerciaux importants grâce aux comptoirs fondés sur les côtes africaines, le zamorin de Calicut n'est pas soumis, et l'espoir de trouver le royaume du prêtre Jean est déçu. Vasco de Gama tombe en disgrâce. Le roi Manuel sanctionne ainsi le clan des nobles qui privilégie le mercantilisme au détriment de la mission d'évangélisation.

Disgrâce et semi-retraite (1503-1519)

vignette|upright|Portrait de Vasco de Gama par Gregório Lopes, 1525-50, musée national d'Art ancien de Lisbonne

S'installant à Évora avec sa famille, il est laissé dans une semi-retraite pendant vingt ans tandis que Francisco de Almeida est nommé vice-roi des Indes en 1505.

Retour en grâce, troisième voyage et décès (1519-1524) Finalement, le roi Manuel lui donne le titre de comte de Vidigueira en 1519 et son successeur Jean III, souhaitant lutter contre la corruption qui se développe dans les comptoirs, le nomme vice-roi des Indes en 1524.

Vasco de Gama entreprend un troisième voyage mais meurt de la malaria peu de temps après son arrivée.

Enterrés dans l'église Saint-François de Cochin, ses restes sont ramenés au Portugal par un de ses fils en 1539 et transférés dans un couvent de Carmélites, aujourd'hui propriété privée connue sous le nom de Quinta do Carmo, près du village de VidigueiraSanjay Subrahmanyam, « Vasco de Gama et l'expansion portugaise », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 24 mai 2012.

Historiographie

À la différence de Christophe Colomb, Vasco de Gama n'a pas laissé de récit de voyage. Cependant, un de ses hommes resté anonyme a tenu un journal, qui donne un bon aperçu des problèmes qu'il leur fallut surmonter.

Suites des voyages de Vasco de Gama vignette|redresse|Portrait de Vasco da Gama, peint entre 1901 et 1925 par Oskar Freiwirth-Lützow. Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. vignette|gauche|50 escudos célébrant le de la naissance de Vasco da Gama, 1969. Ces voyages ouvrent une nouvelle voie maritime pour le commerce des épices au profit du royaume de Portugal, alors que l'Espagne (les royaumes de Castille et Aragon réunis par le mariage des Rois catholiques) aborde le continent américain à la suite des voyages de Christophe Colomb (le premier en 1492), qui croit d'abord avoir atteint les Indes.