Yves Bouthillier, né le à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Inférieure) et mort le à Boulogne-BillancourtÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970., est un haut fonctionnaire et homme politique français conservateur.

Biographie

Jeunesse et études Fils de Louis Bouthillier, négociant-armateur, et de Mathilde Bouju, Yves Bouthillier fait ses études secondaires au collège Fénelon de La Rochelle.. De 1919 à 1921, il est étudiant à l’École centrale de Paris dont il sort diplômé en 1922. En 1925, il obtient sa licence en droit à la faculté de Paris. En 1927, il est reçu au concours d'inspecteur des Finances. Il est le premier centralien à être admis au concours de l'Inspection. Il y est proche de François Piétri et de Louis Germain-Martin.

Le , il épouse Germaine Bouju.

Carrière professionnelle et politique Troisième République vignette|gauche|redresse|Yves Bouthillier, années 1930. Attaché aux cabinets des ministres des Finances et du Budget de 1930 à 1932, Bouthillier devient directeur du contrôle des administrations financières et des dépenses engagées en 1932. De 1933 à 1934, il est chef de cabinet du ministre des Finances ; en 1935, il est directeur du Budget et du contrôle financier, poste dont il est écarté en du fait de son opposition au Front populaireMichel Margairaz, « Yves Bouthillier (1901-1977) », dans le Dictionnaire historique des inspecteurs des finances, Paris, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 2012, p. 197-199. Il est alors relégué de 1936 à 1938 au poste de directeur des finances de la ville de Paris et du département de la Seine.

De 1938 à 1940, il est secrétaire général du ministère des Finances sous l'autorité de Paul Reynaud..

Seconde Guerre mondiale Yves Bouthillier devient ministre des Finances et du Commerce le dans le cabinet Paul Reynaud.. Fervent partisanPierre Thibault, Philippe Masson (dir.), La Seconde Guerre mondiale – Les acteurs, Paris, Larousse, , 1992, 385 , . de la signature de l'armistice., avec le maréchal Pétain, le général Weygand, Paul Baudouin et les amis d'Hélène de Portes, l'influente maîtresse de Reynaud, il fait partie du opposés aux partisans de la conduite de la lutte armée (le clan des « jusqu’au-boutistes »), tels Georges Mandel et le général de Gaulle.. Il lâche ainsi le président du Conseil ; rééd. Perrin, , 2000 et 2004, 374 , .. lors du Conseil des ministres du 16 juin 1940 pour se rallier à Pétain.

Bouthillier ayant fait partie de ceux qui ont aidé Pétain contre Reynaud., le maréchal le choisit comme ministre de l'Économie nationale et des Finances dans son gouvernement. En , il est de ceux, avec Paul Baudouin, qui préconisent de mettre et d'avoir un gouvernement dirigé par de ..

Ministre du régime de Vichy vignette|gauche|Le maréchal Pétain au premier plan, Pierre Laval et Yves Bouthillier à l'arrière-plan.

Bouthillier conserve son portefeuille de ministre des Finances dans les gouvernements Laval, Flandin et Darlan. Il est donc ministre de Pétain du au .

Qualifié par des historiens comme Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka de , il fait partie, dès le début du régime de Vichy, des proches du maréchal Pétain, tels Raphaël Alibert, Pierre Caziot ou Henry du Moulin de Labarthète qui mettent en œuvre les mesures les plus importantes de la Révolution nationale.

Tout en ayant une forte aversion pour Pierre Laval et le considérant comme malhonnête., il appuie sa politique qui consiste à faire, depuis , des avances aux Allemands, dans les domaines géographiques, économiques et militaires afin d'établir une dans le but de réduire les contraintes de l'armistice (ligne de démarcation, réduction des frais d'occupation, libération des prisonniers de guerre, retour du gouvernement à Paris) et d'.. Ainsi, lors d'un déplacement dans la capitale, en septembre, Bouthillier demande aux autorités d'occupation de fournir des contrats de guerre pour l'industrie française, même en zone libre, plutôt que de pratiquer le pillage, afin de favoriser la reprise économique et de résorber le chômage.. Toutes ces démarches ne donnent pratiquement aucun des résultats escomptés.

Bouthillier met en place la politique du circuit du Trésor qui doit permettre à la France de payer les frais d'occupation à l'Allemagne par la création monétaire sans qu'il y ait pour autant d'inflation.

Lors du remaniement ministériel initié par Pétain, en , Bouthillier est satisfait du départ des anciens parlementaires et de leur remplacement par des « techniciens » car il a toujours souhaité un État dirigé par des hauts fonctionnaires.

vignette|Yves Bouthillier, photographie publiée dans le journal L'Ouest-Éclair, . Comme membre du gouvernement, il est au nombre des signataires des lois sur le statut des Juifs d' et de Loi portant statut des Juifs ; Loi sur les ressortissants étrangers de race juive ; Loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs, textes repris du Journal officiel, sur amgot.org..

Adversaire déterminé des groupes de pression, il est l'instigateur des lois contre les trusts du et des lois contre les sociétés anonymes, votées les (cette loi limite le cumul à deux postes à la direction d'entreprises et augmente les responsabilités personnelles des dirigeants sociaux, en particulier en cas de faillite). et , créant la fonction de président-directeur général, ainsi que des trois décrets de dissolution des centrales syndicales et patronales.

La veille de l'entrevue de Montoire du , entre Pétain et Hitler, il déplore le manque de volonté de collaborer du Troisième Reich, compte tenu des difficultés devant lesquelles se trouve le gouvernement vis-à-vis des besoins vitaux de la population.. À la suite de l'entrevue, il accompagne Laval à Paris, le , avec le général Huntziger, pour essayer de négocier des avantages de la politique de collaboration résultant de Montoire, politique qui est annoncée officiellement par Pétain dans son discours. du « Pétain, Philippe : Message du 30 octobre 1940 », Themenportal Europäische Geschichte, sur le site europa.clio-online.de, consulté le 26 mai 2009.. Le lendemain de ce discours, les trois ministres français réussissent néanmoins à faire progresser la négociation dans le sens d'une collaboration renforcée avec l'Allemagne.. Mais les Allemands reviennent aussitôt sur cette politique en pratiquant des mesures d'expulsion de vers la zone libre, plutôt que de libérer des prisonniers de guerre comme le souhaitaient les Français.

Il est contraint par Laval de céder l'or belge aux Allemands.. À la suite de l'exigence de Ribbentrop, le , Laval lui donne l'ordre de faire transférer à Bruxelles, aux autorités d'occupation, d'or de la Banque de France, représentant l'équivalent des quantités confiées par la Belgique en et mises en lieu sûr en AOF..

Craignant de perdre son ministère, il participe à l'éviction de Laval, auquel il est de plus en plus opposé, le ... ; à la suite de quoi, comme tous les officiels de Vichy et la plupart des fonctionnaires, il se voit interdit de se rendre en zone occupée par les Allemands et refoulé en gare de Moulins, alors qu'il se rendait à Paris pour négocier la taxe d'occupation.. Il rétablit le paiement des de francs d'indemnité quotidienne, versés comme frais d'occupation à l'Armée allemande, qu'il avait suspendu le .. En , il déclare à Otto Abetz déplorer ces événements et souhaiter une meilleure coopération avec l'Allemagne... Selon l'historien Robert Paxton, contrairement à ce qui a été prétendu après-guerre, par, entre autres, Yves Bouthillier et Marcel Peyrouton, l'éviction de Laval en n'avait pas pour but de . mais les raisons seraient plutôt à chercher dans la rivalité entre Pétain et Laval , ainsi qu'un certain nombre de conflits de personnes vis-à-vis des ambitions de Laval qui souhaitait s'emparer du ministère de l'Intérieur. vignette|gauche|Yves Bouthillier, photographie publiée dans le journal Le Petit Parisien, . L'arrivée de Darlan à la tête du gouvernement, en , et qui le maintient à son ministère, est conforme aux souhaits de Bouthillier qui pense pouvoir ainsi mieux négocier des questions économiques en « technicien » avec les Allemands.. Mais des entretiens qui se déroulent en entre Darlan, quelques ministres et les autorités allemandes à Paris, ne résultent que de maigres concessions, comme la réduction temporaire des frais d'occupation, baissés à par jour à compter du (mais remontés à 500 millions après l’invasion de la zone sud)., mais payés en devises et en or et avec un contrôle des Allemands installé à la Banque de France..

En tant que ministre, les principales préoccupations de Bouthillier consistent à faire face aux exigences de l'occupant allemand, tout en essayant de limiter le fardeau de celles-ci pour l'économie française. Sous son administration, les secteurs économiques ont connu un sort très différencié : les usines travaillant pour le Reich en guerre étaient abondamment servies ; d’autres étaient frappées par la pénurie. Les marchés des valeurs et de la rente sont redevenus haussiers..

Bouthillier est aussi l'auteur d'une restructuration des administrations financières de grande ampleur et en particulier du ministère dont il a la charge (loi du ). Il est également à l'origine de la mise en chantier du plan comptable, de la création de l'Ordre des experts-comptables (loi du ). et d'une réglementation de la profession bancaire (lois des 13 et , inspirées de l'idéologie corporatiste de Vichy).

Lors du procès de Riom contre les hommes politiques de la Troisième République (), il est de ceux qui sont hostiles à ce que celui-ci se déroule selon la justice ordinaire, prônant que le jugement prononcé par le maréchal Pétain est suffisant.. Son empressement à faire accuser Paul Reynaud de bellicisme et son opposition à ce que ce procès évoque les moyens de préparer la guerre s'explique par le fait que, comme secrétaire général du ministère des Finances du gouvernement Daladier, il est l'auteur d'un rapport, du , qui préconise de faire des économies dans certains domaines de la Défense nationale au détriment d'autres, en particulier en réduisant la durée du travail de par semaine à dans certaines industries, afin de garantir les financements à long terme.. C'est ainsi, qu'à cette époque, il favorise la Marine plutôt que l'Armée de terre par un accord pris sans en référer au ministre, qui n'est autre que Reynaud.

Cessation des fonctions de ministre Le retour de Laval comme chef du gouvernement de Vichy, le , entraine le départ de Bouthillier de son poste ministériel.. Il est nommé procureur général près la Cour des comptes. Le , par un acte constitutionnel, Pétain le fait figurer sur la liste des huit personnalités auxquelles son pouvoir sera remis en cas d'empêchement, avec l'amiral Auphan, le général Weygand, Pierre Caous (procureur général près la Cour de cassation), Alfred Porché (vice-président du Conseil d'État), Gilbert Gidel (recteur de l'université de Paris), Léon Noël (ambassadeur de France)Texte des actes constitutionnels de Vichy – Acte sextiès relatif à la succession du chef de l'État, sur le site de la Faculté de droit et des sciences économiques de l'université de Perpignan, mjp.univ-perp.fr, consulté le 15 juillet 2006.. et François Charles-Roux qui refuse.

Lors de la crise de , Laval ordonne que Bouthillier et Lémery, comme proches conseillers de Pétain, soient éloignés de Vichy.. En , il fait partie de la liste de hauts fonctionnaires et hommes politiques dont les Allemands demandent le départ.. vignette|Yves Bouthillier témoigne au procès de Philippe Pétain en 1945. Yves Bouthillier est arrêté en 1944 par la Gestapo et déporté en Allemagne jusqu'en 1945.

Après guerre Après la Libération et l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir, la Haute Cour condamne Yves Bouthillier en 1947 à trois ans de prison.