Le tapis du Fars est un type de tapis persan tissé par les tribus nomades du Fars. ont été inscrits en 2010 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l'UNESCOLes savoir-faire traditionnels du tissage des tapis du Fars, patrimoine culturel immatériel.
Description
Les décors sont véritablement des décors exécutés par les nomades ; le dessin est simple et géométrique, réalisé selon un tracé linéaire et dans des couleurs très vives. Le motif principal est le losange, qu'on trouve seul ou reproduit trois fois ou plus dans le sens de la longueur.
La bordure est à bandes multiples, étroites, encadrant une bande plus large ornée de motifs évoquant la feuille de palmier et le pin.
Tapis du Fars Le tapis du Fars est un type de tapis persan traditionnellement tissé dans la province de Fars, au sud-ouest de l’Iran, dont Chiraz est le centre historique. Cette région possède une riche tradition de tissage de tapis, antérieure à l'installation des tribus Qashqai et marquée par une grande diversité culturelle et technique. Bien que les tapis Qashqai soient les plus connus, ils ne représentent qu'une partie de l’ensemble des tapis de FarsAmiri, R. (2012). Parseh (Histoire du Fars, ses villes et villages). Shiraz : Navid Shiraz..
Histoire et origine Les racines de l’art du tapis dans la région du Fars remontent à des temps anciens, bien avant l’arrivée des tribus nomades. Les anciens habitants du plateau persan, appelés les Parsis, tissaient déjà des tapis, comme l’attestent les découvertes archéologiques et les vestiges architecturaux de la région. Cette tradition a été enrichie au fil des siècles, notamment par les femmes des tribus Qashqai, qui ont su allier la finesse de leur tissage à des motifs hérités de leurs migrations et échanges avec d’autres peuplesBassam, S. J., Farjou, M.-H., & Z. S. A. (2004). Le rêve du paradis : L’art du tissage de tapis en Iran (Vols. 1 & 2). Téhéran : Ta..
Les plus anciens spécimens de tapis du Fars aujourd’hui conservés datent de moins de trois siècles. Toutefois, les sources historiques écrites attestent que cette région possédait déjà une tradition de tissage bien établie il y a plus de douze siècles. Le document le plus ancien mentionnant les tapis du Fars figure dans l’inventaire du trésor du calife abbasside Haroun al-Rachid, dressé après sa mort en 809 (193 de l’Hégire). Ce document répertorie notamment Stone, P. (2012). Encyclopédie du tapis d’Orient (trad. B. Arbabî). Téhéran : Jamâl-e Honar.:
mille tapis arméniens noués, trois cents tapis de la plaine de Mishan, cinq cents tapis de Tabaristan, et mille tapis de Darabgerd, une ville du Fars.
À la fin du Xe siècle, l’ouvrage en persan Hudud al-‘Alam ("Les frontières du monde", 982 ap. J.-C.) mentionne également les divers types de tapis produits au Fars, en distinguant bien les tapis noués (basât) des tissages plats tels que les zilu ou les gileem. Cela suggère une différenciation technique et qualitative des produits textiles de la région dès cette époqueEshanbrener, E. (1995). Tapis urbains et ruraux d’Iran (trad. M. Toulâ’î & M.R. Nasirî). Téhéran : Farhangsarâ..
Commerce et exportation Aux XVIIIe et XIXe siècles (notamment dans les années 1780-1790), des rapports réguliers des marchands de la Compagnie des Indes orientales en poste à Boushehr — principal port d’exportation des tapis du Fars pendant près de deux siècles — témoignent de l’essor du commerce international de ces tapisParham, S. (1985). Tissus et tapis tribaux et ruraux du Fars (Vol. 1). Téhéran : Amirkabir..
Technique et unité de mesure Parmi les populations nomades du Fars, notamment chez les Qashqā’ī, le tissage reste une activité artisanale majeure. Ces tribus utilisent une unité de mesure traditionnelle appelée "qal" (قل), qui correspond à la distance entre le bout des doigts et le coude d’un tisseur, soit environ 50 centimètres. Ainsi, un tapis de "six qal" mesure approximativement 1,5 × 3 mètres, un format typiquement destiné à la vente, notamment dans les zones chaudes du sud de l’IranParham, S. (1996). Chefs-d’œuvre du tissage de tapis du Fars. Téhéran : Soroush..
Reconnaissance internationale Le savoir-faire lié au tissage des tapis dans la province du Fars a été reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, renforçant encore la position de cet art dans la mémoire collective iranienne et internationalePope, A. U. (2008). Panorama de l’art iranien (Vol. 6). Téhéran : ‘Elmî va Farhangî..
Caractéristiques techniques Les tapis du Fars sont généralement tissés à la main sur des métiers horizontaux, adaptés au mode de vie nomade. Deux types de nœuds sont utilisés : le nœud persan (asymétrique), plus courant dans la région, et le nœud turc (symétrique). Les outils traditionnels comprennent le dafe (batte), les ciseaux et le couteau, utilisé en remplacement du crochet habituel dans les métiers verticauxParham, C. (1992). Tissages tribaux et villageois du Fars (Vols. 1 & 2). Téhéran : Amirkabir..
Motifs et styles Les tapis du Fars présentent une variété de motifs géométriques, souvent sans médaillons ni écoinçons, et une structure de composition fondée sur des motifs répétés ou centrés. On observe fréquemment des compositions à trois ou six médaillons alignés, avec des bordures à trois ou sept bandes. Les couleurs sont généralement vives, bien que leur usage varie selon les groupes ethniques et les villages. Contrairement à une idée reçue, les tapis de Fars ne se réduisent pas aux gabbé — ces tapis à motifs simplifiés et à grandes plages colorées. Bien que le gabbé soit devenu un produit emblématique, notamment à des fins commerciales, il ne représente qu’une facette de l’art textile localZholeh, T. (2002). Études sur le tapis d’Iran. Téhéran : Yassavoli..
Diversité tribale et géographique Outre les Qashqai, d’autres tribus comme les Khamseh, les Luri, les Afshar et divers tisseurs ruraux participent à cette tradition. Cette diversité rend parfois difficile l’attribution géographique précise des tapis. Cependant, tous partagent des traits stylistiques communs, témoins d’une tradition vivante, transmise oralement ou de maître à élèveNasiri, M.-J. (2010). La légende éternelle du tapis d’Iran (1re éd.). Mashhad : Farhangsara-ye Mirdashti..
Transmissions et usages Les dessins ne sont souvent pas consignés par écrit mais transmis oralement ou visuellement. Contrairement à certaines idées reçues, la simplicité apparente des outils utilisés ne signifie pas une absence de planification ; les tisserands emploient des modèles mémorisés ou des instructions verbales précises pour créer leurs compositionsNiknafas, Sh. (2013). Guide méthodologique de l’histoire orale. Téhéran : Organisation des archives et de la bibliothèque nationale de la République islamique d’Iran, Direction des archives..
Le cas du gabbé Le gabbé, tissage caractérisé par sa simplicité, sa densité moindre et ses grands aplats colorés, est l’une des expressions les plus répandues du tissage tribal du Fars. Son essor commercial, notamment à l’international, a renforcé son statut dans l’imaginaire collectif, au point que certains confondent à tort tapis du Fars et gabbé. Il est pourtant historiquement considéré comme un tissage plus modeste, bien que son esthétique minimaliste lui ait valu un regain d’intérêt au XXe siècleHajivand, B. (2003). Les raisons de la persistance des motifs anciens dans les tapis tribaux d’Iran. Actes du premier séminaire national sur la recherche sur le tapis fait main, Centre de recherche sur le tapis fait main d’Iran, Téhéran..
Tapis qashqâïs du Fars Les tapis qashqâïs sont l’un des exemples les plus emblématiques de l’art du tissage nomade en Iran, notamment dans la région du Fars. Cette province, située au sud-ouest du pays, est marquée par des reliefs montagneux au nord et à l’ouest, et par des plaines au sud. Ce contraste topographique offre un climat tempéré favorable à la vie nomade et aux transhumances saisonnières. Plus des deux tiers des terres du Fars sont occupés par des tribus, dont la plus importante est la tribu qashqâïPope, A. U. (2011). Panorama de l’art iranien (Vol. 15). Téhéran : ‘Elmî va Farhangî..
Les Qashqâïs forment une confédération de plusieurs clans, notamment les Kashkoulis, les Darreh Shouris, les Cheshm-e Bolouki, les Safi Khanis, les Igedar Rahimis, les Gallehzans, les Farsi Madans et les Gholichs. Bien que tous ne pratiquent pas le tissage, les Kashkoulis et les Cheshm-e Boloukis sont réputés pour leur grande maîtrise artisanale. Leurs tapis sont généralement confectionnés avec une chaîne en laine, parfois en poil de chèvre, et sont noués selon des techniques variéesJavadîân, A. (1992). Sélection de tapis précieux du musée Dafiné. Téhéran : Ministère de la Culture et de l’Orientation islamique..
La majorité des tapis qashqâïs sont à double trame et noués au nœud asymétrique (persan) ou symétrique (turc). Les trames sont souvent teintées en rouge ou en bleu. Contrairement à d’autres tribus comme les Khamseh, où le tissage est davantage commercialisé, les femmes qashqâïes abordent le tissage comme une tradition domestique et culturelle. Elles s’occupent elles-mêmes du lavage, du filage et de la teinture de la laine, sélectionnant soigneusement des couleurs vives et expressives comme le jaune doré, le rouge carmin, le vert ou le bleuHâfeznîâ, M.R. (2000). Introduction à la méthodologie de la recherche en sciences humaines. Téhéran : SAMT..
Les Qashqâïs utilisent des métiers à tisser horizontaux transportables, qu’ils démontent et réinstallent à chaque déplacement. Le premier tapis tissé, appelé dastour, sert souvent de modèle pour les tapis suivants, bien que certains modèles soient tissés de mémoire. Contrairement aux tapis villageois du Fars qui ont connu des transformations stylistiques, les tapis qashqâïs conservent des méthodes de tissage traditionnelles et des motifs tribaux originaux. Parmi leurs productions figure le gabbeh, un tapis à poil long, tissé avec une laine plus douce et un nombre de trames plus élevé (parfois jusqu’à 8 à 10), ce qui lui confère une texture plus moelleuseHosourî, A. (2002). Fondements du dessin traditionnel iranien. Téhéran : Nashr-e Cheshmeh..
Les motifs utilisés sont en grande majorité géométriques et stylisés. Certains chercheurs divisent les motifs qashqâïs en deux grandes catégories : les motifs traditionnels spontanés et les motifs organisésDâneshgar, A. (1997). Dictionnaire encyclopédique du tapis (Encyclopédie de l’Iran). Téhéran : Yâdvâre-ye Asadî..
Les motifs traditionnels spontanés sont tissés de manière intuitive, sans symétrie, et sont souvent réalisés par des tisserandes des clans Cheshm-e Bolouki, Heybat Lor, Arab Charpanlou, Rahimlou, Shakerlou, Khongosht ou Safi Khani. Les motifs organisés regroupent des compositions comme le motif régulier, le motif "moharramat" (rayures parallèles), le motif "afshan" (fleurs dispersées), le motif "mahi darham" (poisson enchevêtré), ainsi que des motifs boteh et floraux.
Les compositions des tapis qashqâïs présentent souvent un ou trois médaillons centraux (termedj) avec un médaillon supplémentaire dans chaque coin, ou bien une série de losanges ou de carrés inspirés des modèles bakhtiaris. On y trouve aussi fréquemment des alignements de boteh (motifs en forme de goutte) ou des figures géométriques répétéesZholeh, T. (2002). Études sur les tapis d’Iran. Téhéran : Yassâvalî..
Les tapis qashqâïs se distinguent par une grande diversité de symboles et d’éléments décoratifs. On y retrouve notamment des motifs octogonaux, des fleurs à huit pétales, des formes géométriques variées, des représentations stylisées de paons, de chèvres, de gazelles, d’abeilles et d’oiseaux fantastiques. Ces éléments sont souvent intégrés de façon répétitive dans la compositionSha’bân Yekhatîb, S. (2008). Dictionnaire illustré des motifs et ornements des tapis iraniens. Téhéran : Sepehr Andîsheh..