Franz Liszt (Liszt Ferenc en hongrois) est un compositeur, transcripteur et pianiste virtuose hongrois, né le à DoborjánAujourd'hui Raiding en Autriche. en Hongrie (empire d'Autriche) et mort le à Bayreuth en Bavière (Empire allemand).
Liszt est le père de la technique pianistique moderne et du récital. Avec lui naissent l'impressionnisme au piano, le piano orchestral — Mazeppa, la quatrième Étude d'exécution transcendante — et le piano littéraire — les Années de pèlerinage. Innovateur et promoteur de l' « œuvre d'art de l'avenir » (la « musique de l'avenir » étant une invention des journalistes de l'époque), Liszt influence et soutient plusieurs figures majeures du musical : Frédéric Chopin, Hector Berlioz, Richard Wagner, César Franck, Camille Saint-Saëns, Bedřich Smetana, Edvard Grieg et Alexandre Borodine. Aussi féconde que diverse, a inspiré plusieurs courants majeurs de la musique moderne, qu'il s'agisse de l'impressionnisme, de la renaissance du folklore, de la musique de film ou du dodécaphonisme sériel.
Biographie Enfance
vignette|upright|Jean Vignaud, Portrait de Franz Liszt enfant, vers 1826 (musée des Beaux-Arts de Nîmes).
Franz Liszt grandit dans un milieu familial plutôt mélomane. De 1804 à 1809, son père, Adam Liszt, sert comme deuxième violoncelle dans l'orchestre Esterházy. Chargé à partir de 1809 de l'administration du cheptel ovin de Raiding, Adam Liszt organise des soirées musicales avec quelques interprètes locaux.
De santé fragile, Franz Liszt manque à plusieurs reprises de succomber à des fièvres. À six ans, il chante de mémoire le thème du Concerto en ut dièse mineur de Ries que son père a joué quelques heures plus tôt. Adam Liszt décide de lui enseigner le piano. En moins de deux ans, Liszt aborde l'essentiel de l'œuvre de Johann Sebastian Bach, Wolfgang Amadeus Mozart et Ludwig van Beethoven. Conscient de ces progrès, Adam Liszt souhaite faire de son fils un enfant prodige, sur le modèle du jeune Mozart. Grâce au soutien financier de quelques nobles hongrois, la famille Liszt s'installe à Vienne en 1822. Franz Liszt suit les cours de piano de Carl Czerny et les cours de composition d'Antonio Salieri. Ainsi préparé, il donne son premier concert public à la Landständischer Saal le . Organisé quelques mois plus tard, le concert de la Redoutensaal a inspiré une légende biographique populaire : Beethoven serait venu l'embrasser sur scène. En réalité, Beethoven n'a pas assisté à ce concert. Il semblerait néanmoins qu'il ait écouté Liszt chez Czerny et l'ait chaleureusement félicité pour la qualité de son jeu.
Devenu un pianiste reconnu, Liszt entreprend une tournée européenne en 1823. Elle est interrompue par un long séjour à Paris. Échouant à intégrer lÉcole royale de musique et de déclamation du fait de son statut d'étranger, Liszt multiplie les concerts privés et publics. Le , il joue au Théâtre-Italien. Son interprétation séduit la presse parisienne. Il est désormais couramment connu sous le sobriquet de petit Litz. Liszt étudie parallèlement la composition avec Antoine Reicha et Ferdinando Paër. Il écrit un opéra, Don Sanche ou le château d’amour, qui ne connaît qu'un succès mitigé. Il conçoit également une série de douze études, première esquisse des futures Études d'exécution transcendante.
De 1824 à 1827, Liszt effectue de nombreuses et fructueuses tournées en Angleterre et en France. Ainsi vers 1827, grâce au talent de son fils, Adam Liszt dispose-t-il d'un capital de francs.
Au cours de l'été 1827, Liszt tombe malade et séjourne à Boulogne-sur-Mer une des villes pionnières de ce qui deviendra la thalassothérapie ; il s'y rétablit.
Au décès de son père disparait la réduction au modèle Mozart.
Voyages en Europe thumb|upright|Liszt à par Achille Devéria.
À Paris, il rencontre Hector Berlioz, George Sand, Alfred de Musset, Frédéric Chopin, Honoré de Balzac, devient l'ami d'Eugène Delacroix et fait la connaissance de Niccolò Paganini, qui aura une grande influence sur le développement de son art.
En 1833 commence sa liaison avec la comtesse Marie d'Agoult (connue sous son nom de plume Daniel Stern, dans son roman Nélida notamment) qui lui donne trois enfants : BlandineBlandine Ollivier, née Blandine-Rachel Liszt le à Genève et morte le à Saint-Tropez, est la fille aînée de Franz Liszt et de Marie d'Agoult. Elle est la première femme de l'homme politique français Émile Ollivier (1825-1913), qu'elle épouse le à Florence. Elle meurt à vingt-six ans des suites de l'accouchement de son fils Daniel, deux mois après lui avoir donné naissance. (1835-1862), qui épousera en 1857 Émile Ollivier, avocat et homme politique français. Ils auront un fils, Daniel ; CosimaCosima Wagner, née Cosima Francesca Gaëtana Liszt le à Côme, est la deuxième fille de Franz Liszt. Elle épouse Hans von Bülow le ; elle divorce le pour devenir l'épouse de Richard Wagner le . Elle meurt le à Bayreuth, à . (1837-1930), née à Bellagio qui épousera le chef d'orchestre Hans von Bülow, puis le compositeur Richard Wagner ; DanielDaniel Heinrich Liszt naît le . Élève du lycée Bonaparte, il obtient en 1856 le grand prix d'honneur de toutes les écoles de paris. Il commence ses études de droit en 1857 à l'université de Vienne. Phtisique, il meurt à vingt ans, le . (1839-1859).
En 1836, Liszt entreprend une tournée à travers l'Europe (Suisse, Italie, Russie, etc.) et donne des concerts dans toutes les grandes villes. Outre ses propres œuvres — ses Rhapsodies datent de cette époque — il joue des œuvres de Chopin et de la musique allemande. Il est adulé : on lui demande la permission de baiser ses doigts à la fin de ses concerts, on récolte le fond de ses tasses dans des fioles. Ce phénomène restera célèbre sous le nom de « lisztomanie ».
Vie de compositeur thumb|upright|left|Portrait de Liszt par Miklós Barabás (1847). Comme en témoignent notamment ses correspondances, Liszt est un grand séducteur et connaît de nombreuses et célèbres femmes avant d'embrasser la carrière religieuse.
Après s'être séparé de Marie d'Agoult en 1844, il rencontre à Kiev en 1847 la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein qui lui conseille d'interrompre ses tournées de concert pour se consacrer à la composition. C'est en 1848 qu'il s'installe à Weimar en tant que maître de chapelle où le grand-duc Charles-Alexandre l'avait nommé en 1842. C'est en 1850 que paraissent les deux ouvrages très personnels du compositeur aux éditions Leipzig, le compositeur s'adonnant par ailleurs à l'écriture, pour rendre hommage à son très regretté ami Frédéric Chopin ainsi qu'à la musique tzigane. Sa relation sentimentale avec la princesse, en qualité de correctrice sur certains détails de forme, fournit deux témoignages de très bonne facture sur son époque et ses inspirations d'artiste. Débute alors une nouvelle période pendant laquelle il compose ses poèmes symphoniques, avec l'aide de son secrétaire particulier Joseph Joachim Raff et d'un matériel unique : le piano-melodium. Il se consacre également à la direction des œuvres de ses contemporains. Autour de lui se rassemblent de nombreux élèves auxquels il fait découvrir Berlioz, Wagner, Saint-Saëns. Toutefois, son talent et ses idées novatrices n'étant pas du goût de tout le monde, les conservateurs ne manquent pas de lui mener la vie dure, ce qui le conduit à démissionner de son poste le La vie des hommes illustres , La vie de Franz Liszt, 1929, , ligne 20.. Jusqu'à cette date, Weimar est grâce à lui un centre exceptionnel de création et d'innovation.
Après avoir tenté sans succès d'obtenir auprès du pape la nullité de son mariage religieux, Carolyne se sépare de Liszt, qui reçoit les ordres mineurs en 1865. Il profite de son séjour à Rome pour découvrir la musique religieuse de la Renaissance.
Dernières années vignette|redresse|gauche|L'abbé Liszt en soutane à Pest (août 1865). Liszt se retire à Rome en 1861, et après avoir déjà rejoint le Tiers-Ordre franciscainCertains contestent cette appartenance et en font un simple confrater : en , il reçoit en 1865 la tonsure et les quatre ordres mineurs de l'Église catholique, lui donnant en France le qualificatif d'abbé. Il retourne à Pest où il doit diriger la création de son premier oratorio, Die Legende von der heiligen Elisabeth. Il se fait confectionner au couvent de Pest un habit franciscain dont il souhaite être revêtu au tombeau.. Sa mère, Anna, meurt le .
À partir de 1869 et jusqu'à sa mort, l'abbé Liszt partage son temps entre trois capitales : Budapest, Rome et Weimar . À Budapest, pendant trois mois en hiver (source : Musée et Académie Ferenc Liszt, Budapest), il continue à recevoir des élèves gratuitement, y compris Alexander Siloti. Il met alors de côté son activité de virtuose pour se consacrer essentiellement à la composition et à l'enseignement, notamment à l'Académie royale de musique de Budapest dont il est l'un des fondateurs en 1875 (et qui sera d'ailleurs rebaptisée plus tard ).
Mort thumb|Tombe de Franz Liszt à Bayreuth. Le dimanche , Liszt, à bout de forces, assiste à la représentation d'un opéra de son gendre Richard Wagner : Tristan und Isolde. Le lendemain, il est au plus mal et se voit privé par les médecins de son cognac quotidien. Le vendredi, les tremblements et le délire le frappent : il a pour ce jour la superstition des Italiens, or l'année 1886 commence un vendredi et son anniversaire tombe cette année-là un vendredi. Le samedi, vers deux heures du matin, après un sommeil anormalement agité, le compositeur hongrois se lève en hurlant, renverse son domestique accourant pour le recoucher, puis s'effondre. Malgré les soins apportés par les docteurs Fleischer et Landgraf, qui restent à son chevet jusqu'au soir, Liszt passe la journée du 31 dans une quasi-inconscience et s'éteint à des suites d'une pneumonie Alan Walker, Franz Liszt : The Final Years (1861-1886), ..
Il est enterré le à Bayreuth. Par de nombreuses tractations, Cosima Wagner parvient à s'assurer que la dépouille de son père, avant tout considéré comme le beau-père de Wagner, soit inhumée à Bayreuth dans l'ombre de ce dernier.. Le choix de ce lieu d'inhumation donna lieu à de nombreuses contestations et demandes de rapatriement, notamment à Weimar et Budapest Alan Walker, Franz Liszt : The Final Years (1861-1886), ..
Un personnage complexe Vie sentimentale Caroline de Saint-Cricq