La Belle et la Bête est un film fantastique français, réalisé par Jean Cocteau, sorti en .
Il s'inspire de la version du conte La Belle et la Bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, publié en .
Le film suit Belle qui est jalousée et offensée par Adélaïde et Félicie, ses deux sœurs ridicules. Leur père part en voyage, espérant faire fortune. Mais lors de son retour, il se perd dans la nuit et trouve refuge dans un étrange château. Le matin, sa fille Belle lui ayant demandé une rose, il cueille la fleur promise dans le jardin de la Bête. Courroucée par cet acte, la Bête accepte de lui laisser la vie sauve à la condition qu'une de ses filles vienne vivre au château. Afin de sauver son père, la Belle accepte de rejoindre la Bête qui finira par s'amadouer.
Synopsis vignette|gauche|redresse|Jean Marais dans le rôle d'Avenant. Il était une fois : avec cette merveilleuse formule, on entre dans un autre univers imaginaire et universel où les animaux parlent et les fées agissent… un marchand, au bord de la faillite, qui vivait à la campagne avec ses quatre enfants : un fils, Ludovic et trois filles, Félicie, Adélaïde et Belle, cette dernière étant courtisée par Avenant, un ami de son frère, amoureux de Belle jusqu’à vouloir l’épouser. Deux de ces filles, les orgueilleuses, étaient ignobles, égoïstes et avaient un mauvais caractère ; elles traitaient leur sœur, Belle comme une domestique.
Un jour, le père part en voyage d'affaires et avant de s'en aller, promet à ses filles de leur rapporter des cadeaux. Pour Félicie et Adélaïde, un perroquet, un singe, ainsi qu'une tonne d'artifices et de bijoux, et pour Belle une jolie rose. En route, il s'égare dans une forêt où il trouve refuge dans un château étrange et majestueux ; après y avoir passé la nuit et y avoir soupé, il remarque une rose qu'il décide de prendre pour Belle. C'est au moment où il la cueille qu'apparaît le propriétaire du château, dont l'apparence est celle d'un grand seigneur et dont le visage et les mains sont d'un fauve. Doté de pouvoirs magiques, le châtelain condamne le marchand à mort, à moins que ce dernier ne lui donne une de ses filles. Le marchand peut alors rentrer chez lui sur un cheval blanc nommé , auquel il suffit de dire à l'oreille : Pour sauver son père, Belle accepte de se sacrifier et s'en va vers le château.
Son voyage est filmé dans un mouvement lent qui lui donne un caractère onirique.
Quand elle voit la Bête, un monstre, Belle, désirant s’enfuir, commence par s'évanouir. La Bête, qui souffre de sa laideur, l'entoure de luxe et de prévenance. D'abord apeurée, les sentiments de Belle se transforment, au fil du temps passé avec lui, en pitié, en compassion. Puis passant outre aux apparences, Belle découvre l'homme derrière la Bête, devine l'âme pure qui se cache derrière sa laideur et la sincérité de son amour fait que Belle en vient à l'aimer.
Mais le marchand est malade. La Bête finit par laisser Belle se rendre à son chevet sous promesse de revenir. Chez son père, Belle, en montrant ses parures, excite la jalousie de Félicie et d'Adélaïde qui poussent Ludovic et Avenant à aller au domaine de la Bête pour s'emparer de ses richesses. Pendant ce temps, Belle, après avoir pensé rester auprès de son père, retourne au château pour trouver la Bête mourante, ne supportant plus l’absence de son amour.
L’arrogant et cupide Avenant, s’introduisant dans le pavillon au trésor, après avoir brisé le dôme de verre qui le surplombe, reçoit dans son dos une flèche mortelle décochée par la statue vivante de Diane déesse de la chasse, elle aussi située à la lisière de deux mondes, pouvant passer de l’un à l’autre. En mourant, la figure et les mains du bel Avenant se couvrent de poils, tandis que la Bête sous le regard d'amour de Belle, en ressuscitant, se transforme en un prince charmant aux cheveux d’ange et au visage… possédant étrangement les traits d'Avenant. Le Prince enlève Belle et l’emporte dans son royaume magique, tout là-haut dans les cieux.
Remarque : dans ce film, il y a deux mondes différents : d'une part la maison bourgeoise et ordinaire du marchand, et d'autre part le château enchanté de la Bête où tout est possible. C'est la forêt mystérieuse qui relie ces deux mondes. À l'intérieur du château et autour de lui, les chandeliers, les jardins et les cariatides sont vivants. Pendant le film, la bête dévoile cinq fils conducteurs qui sont des objets magiques dont certains ont été empruntés au conte de fées de Madame Leprince de Beaumont : la rose, une clé en or, un gant, le miroir et vient enfin le cheval blanc, . À la fin, ces deux mondes finissent par se réunir. La chambre de Belle se trouve dans la chambre de son père La belle est sauvée lorsque Avenant meurt sous la forme de la bête, et que les deux personnages se fondent en un seul.
Cocteau a modifié la fin du conte de fées où une fée bienfaisante intervenait dans le rêve de Belle, pour récompenser les bons et punir les méchants. Il a omis la fée et terminé le film sur ces répliques :
Dans le film, la transformation initiale du Prince en Bête est expliquée par le fait que ses parents ne croyaient pas aux fées, lesquelles ont puni les parents en transformant leur fils.
Fiche technique
Titre français et québécois : La Belle et la Bête. Réalisation : Jean Cocteau et René Clément Scénario : Jean Cocteau, sur une idée de Jean Cocteau, adapté du conte La Belle et la Bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, publié en 1756 Musique : Georges Auric Décors : Christian Bérard, Lucien Carré et René Moulaert. Costumes : Antonio Castillo, Marcel Escoffier et Christian Bérard Photographie : Henri Alekan Maquillage : Hagop Arakelian Son : Jacques Lebreton, Héctor Castillo Montage : Claude Ibéria Production déléguée : André Paulvé Sociétés de production . : Les Films André Paulvé Distribution : France : DisCina (Société Parisienne de Distribution Cinématographique) Belgique : Les Films Minerva Budget : n/a Pays de production : Langue originale : français Format . : Noir et blanc - 35 mm - 1,37:1 (Format académique) - son Mono Genre : fantastique, drame, romance Durée : Dates de sortie . : France : (Festival de Cannes) ; (sortie nationale) ; (réédition) Classification . : France : tous publics. Belgique : tous publics () Québec : tous publics ()
Distribution
Production Développement Juste après la Seconde Guerre mondiale, Jean Marais proposa à Jean Cocteau de faire un film à partir de deux œuvres du et . Cocteau s'inspira de deux sources. La première source est un conte de fées de Madame Leprince de Beaumont, publié pour la première fois dans l'anthologie Le Magasin des enfants, ou Dialogues entre une sage gouvernante et ses élèves à Londres en 1757 et que Cocteau avait déjà pensé à adapter pour le théâtre ou pour une pantomime. Mais, si Cocteau avait respecté scrupuleusement les pages de Madame de Beaumont, il n'aurait pu en tirer qu'un court métrage. Aussi a-t-il ajouté divers épisodes en inventant, par exemple, en plus de la Bête et du prince Charmant, le personnage d'Avenant qui aime la Belle et que celle-ci, bien qu'elle en soit amoureuse, refuse d'épouser pour ne pas abandonner son père, car déclara-t-il : « Mon but était de rendre la Bête si humaine, si sympathique, si supérieure aux hommes que sa transformation en prince Charmant soit pour la Belle une déception terrible et l'oblige en quelque sorte au mariage de raison et à un avenir que résume la dernière phrase des contes de fées : "Et ils eurent beaucoup d'enfants."»Bertrand Meyer-Stabley, Cocteau-Marais, les amants terribles, Paris, Éditions Pygmalion, 2009, page 145 .. La seconde source narrative est un autre conte de fées : La Chatte blanche de Marie-Catherine d'Aulnoy, publié quelque soixante ans auparavant dans une des premières anthologies du genre des Kunstmärchen (contes littéraires) imprimées en France : Les Contes des fées, Paris, 1697-1698.
Cocteau trouva l'idée excellente car non seulement elle coïncidait avec les rêves qu'il avait eus dans son enfance, mais elle lui offrait une nouvelle possibilité cinématographique : mettre en scène des contes de fées. Dans son esprit, le film devait rester fidèle à ces deux contes, mais la mise en image devait être la sienne. Il ouvrit une voie qu'emprunteront après lui des metteurs en scène comme Ingmar Bergman, François Truffaut et Vincente Minnelli. L'œuvre d'Alexandre Arnoux, La Belle et la Bête, pièce de théâtre publiée en 1913 en Belgique, aurait aussi inspiré Cocteau..
Après un an de préparation, le rêve de Cocteau allait prendre corps, le tournage devant avoir lieu en , mais les obstacles arrivèrent. Initialement il s'était associé à la Gaumont, qui devait produire le film mais qui se désengagea en avril, redoutant un échec commercial. Le producteur André Paulvé organisa un premier essai. C'était gagné. Le tournage fut repoussé au mois d'aoûtFrédéric Lecomte-Dieu, Marais & Cocteau, L’abécédaire, Éditions Jourdan, collection Les Mythiques, 2013, page 41 . Cocteau devait cosigner le film avec Marcel PagnolCarole Weisweiller et Patrick Renaudot, Jean Marais, le bien-aimé, Éditions de La Maule, 2013, page 102, lequel dut rompre son contrat car il venait de quitter sa compagne Josette Day, l’interprète de Belle, pour l'actrice Jacqueline BouvierJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, page 174 .
Puis les contraintes techniques commencèrent.
Le maquillage de la Bête Au départ, Jean Marais avait pensé à une tête de cerf, pour la beauté des bois. Il semble qu'en faisant cette proposition il se souvenait d'un détail dans La Chatte blanche, où le heurtoir à la porte du château magique était en forme d'un pied de biche ou de chevrette. Cette proposition suivait les lignes narratives de ce conte de fées, et aurait évoqué de loin le mythe de Cernunnos, dieu celtique des bois à tête de cerf. Mais Jean Cocteau pensait que les spectateurs trouveraient une telle tête ridicule pour une bête féroce, dangereuse, et, pour Christian BérardBernard Spindler, Cocteau-Marais, un si joli mensonge, Éditions du Rocher, 2011, page 192 , il fallait que la Bête ne soit pas un herbivore mais un carnassier effrayantCarole Weisweiller et Patrick Renaudot, Jean Marais, le bien-aimé, Éditions de La Maule, 2013, pages 103-104. Le pelage de MouloukMoulouk, dérivé de Malek qui signifie « roi » en arabe, chien que Marais avait trouvé attaché à un arbre en forêt de Compiègne en 1940 et adopté, et que l'on voit dans le film L'Éternel Retour, l'Alaskan Husky de Jean Marais, servit de modèle pour le visage de la Bête.
Il fallait environ trois heures pour fixer le masque de la Bête, qui s’étendait des yeux jusqu’à la bouche et de la bouche au poitrail de l'acteur, et une heure pour chaque mainIl fallait près de cinq heures au maquilleur Hagop Arakelian pour réaliser le masque de la Bête : Henri-Jean Servat, Jean Marais, l'enfant terrible, Éditions Albin Michel, 1999, page 89 . Le masque était conçu comme une perruque, chaque poil monté sur tulle, en trois parties collées. Plusieurs dents de Jean Marais étaient recouvertes de vernis noir pour paraître pointues ; ses canines étaient munies de crocs tenus par de petits crochets , ce qui n'était pas très pratique pour manger. La « Bête carnivore » se nourrissait donc essentiellement de purée et de compoteJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, page 176.
Dans Le Siècle du cinémaVincent Pinel, Le Siècle du cinéma, Editions Bordas, 1994, page 207, Vincent Pinel indique comment est réalisé le gros plan de la Bête qui flaire un cerf : « Clément [l'assistant de Cocteau], caché derrière la collerette de la Bête, anime ses oreilles avec une fourche de branche. Elles se dressent. L’effet est saisissant. »
Équipe technique Georges Auric était le responsable de la musique, et Henri Alekan directeur de la photographie. Le décorateur Christian Bérard et Lucien Carré assuraient la direction artistique.
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