vignette|redresse=1.3|Le Baptême du Christ, atelier de Jan van Scorel (1527).
Le baptême est un rite partagé par la quasi-totalité des Églises chrétiennes, étant donné son importance dans les textes bibliques. L'eau du baptême symbolise à la fois la mort par immersion de l'ancienne vie du croyant, livrée au péché, et sa naissance dans une dimension divine et éternelle.
Pour le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme traditionnel, le baptême est le sacrement de la foi en Jésus-Christ par lequel le chrétien est sauvé, purifié du péché, en devenant enfant de Dieu. Dans le protestantisme, ce sacrement est un signe, celui de la main que Dieu tend à l'humanité marquée par le péché originel que seul le sang de Jésus-Christ peut laver.. Tout en souscrivant à cette compréhension, le christianisme évangélique réserve en général le baptême aux adultes. Certaines Églises protestantes pratiquent le baptême par immersion.
Dans certains pays, dont l'Espagne, la France et le Royaume-Uni, la naissance d'un enfant est parfois célébrée en dehors de toute référence religieuse et tout cadre légal par un baptême civil ou « baptême républicain ».
Histoire Étymologie Le substantif masculin français « baptême » est un emprunt () [consulté le 2017]. [consulté le 2017]., par l'intermédiaire du latin ecclésiastique Entrée () des Dictionnaires de français [en ligne], sur le site des Éditions Larousse [consulté le 2017]., au grecEntrée (), dans () [consulté le 2017]., dérivé de , fréquentatif du verbe (« plonger dans un liquide », « immerger »).
Le verbe baptízein, dans son sens général, est documenté dans la littérature grecque depuis Platon mais la Septante, traduction grecque de la Bible hébraïque, ne l'emploie que quatre fois. Ce n'est que dans le Deuxième Livre des Rois (5:14) qu'il se réfère à une purification rituelle.
Flavius Josèphe utilise le terme βαπτισμός(baptismós) lorsqu'il évoque Jean le BaptisteAntiquités judaïques, XVIII..
Origine vignette|redresse=1.2|Un mikvé (gravure du ). Dans le judaïsme, le mikvé est un bain rituel utilisé pour l'ablution nécessaire aux rites de pureté. L'immersion totale du corps fait partie du processus de conversion au judaïsme. Ce bain est généralement perçu comme l'ancêtre du baptême chrétien. Dans l'esprit de la Torah comme dans les rites d'immersion demandés à Moïse par YHWH, l'immersion représente l'engloutissement dans l'eau d'un corps qui a été touché par l'impur« Mikveh », sur jwa.org..
Ce rituel s'appuie sur une symbolique que Carl Gustav Jung et d'autres psychanalystes rapprochent de la vie intra-utérine, l'immersion évoquant tout à la fois la purification, la mort et la (re-)naissancePsychanalyse du rite baptismal..
Racines bibliques
Dans l'Ancien Testament, plusieurs passages montrent que l'eau a une valeur symbolique et rituelle dans la culture juive : prescription d'un bain dans un rituel de purification ; Aaron, après avoir chargé le bouc émissaire, doit « laver son corps avec de l'eau dans un lieu saint » avant d'offrir des holocaustes pour l'expiation ; eau de purification, appelée par la suite « eau expiatoire ».
Le Nouveau Testament fait allusion à trois types de baptême : par l'eau : baptême de conversion, ou repentance, de Jean-Baptiste (Matthieu 3, 1-12 ; Marc 1, 3-8 ; Luc 3, 3-16 ; Jean 1, 24-28) ; par l'Esprit : baptême institué par Jésus par l'envoi de son Esprit (Jean 3, 5 - 7 ; Jean 14, 16-17 ; Jean 14, 26 ; Jean 15, 26-27 ; Jean 16, 7 ; Jean 16, 13) ; il y a aussi dans les Actes (Actes 1, 4-5 ; Actes 2, 1-4) par le feuA. HAMMAN, Le baptême par le feu (article de 1951), dans Études patristiques, 1991, 79-84 : cette expression est à rattacher à la tradition judéo-chrétienne qui est témoin de l'effusion d'une lumière au moment du baptême de JésusVoir le dossier par exemple dans D. Vigne, Christ au Jourdain. Le baptême de Jésus dans la tradition judéo-chrétienne, [Ét. bibl. 16], Paris, 1992 ; v. aussi G. Winkler, Die Licht-Erscheinung bei der Taufe Jesu und der Ursprung des Epiphaniefestes…, Oriens Christianus, 1994, 177-229.
Institution du baptême chrétien
Le baptême conféré par Jean-Baptiste Luc relate en 3, 1-18 le baptême que Jean Baptiste réalisa sur les bords du Jourdain. C'était un baptême de repentir en vue de la rémission des péchés, baptême qu'il prêchait à Israël, et qui attirait des foules peu intéressées par la politique, mais se repentant de leurs péchés et désirant se convertir . Jean dissuada la foule d'être lui-même le Messie attendu, mais annonça la venue prochaine de quelqu'un de bien plus grand que lui qui baptiserait non plus dans l'eau, mais dans l'Esprit. La pratique baptismale de Jésus consistant à plonger dans l'eau courante du Jourdain celui qui désirait se convertir, eau qui renvoyait à l'eau claire que Dieu chez Ezéchiel avait promis de verser sur les convertis de son peuple.
Baptême de Jésus conféré par Jean-Baptiste Pour tout chrétien, la référence pour le baptême est celui de Jésus par Jean le Baptiste dans le Jourdain, décrit dans l'évangile selon Matthieu : "Jésus arrivant de Galilée paraît sur les bords du Jourdain, et vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean veut l'en empêcher et dit : , mais Jésus lui répond : . Alors Jean le laisse faire. Matthieu, chap. 3 versets 13 à 17.. Le titre de bien-aimé a une signification juive sacrificielle, Isaac étant ainsi qualifié en Genèse 22, 2, ce qui suggère que la complaisance du Père pour son Fils est en lien avec l'accomplissement d'un sacrifice, ce qui peut être un indice de ce que le baptême de Jésus prophétiserait la croix.
L'embouchure du Jourdain, à proximité du lieu où Jésus fut baptisé est le lieu le plus bas du monde, à trois cents mètres au-dessous du niveau de la mer ; en sorte que cet évènement marque symboliquement la descente de Jésus jusqu'au plus profond de la condition humaine, et sa descente dans les eaux du Jourdain est une anticipation de l'ensevelissement du péché librement assumé par Jésus.
Baptême par Jésus Le dictionnaire Jésus rapporte que l'évangéliste Jean a affirmé que Jésus baptisait (Jean 3, 22-24), tout en précisant que "Jésus lui-même ne baptisait, mais ses disciples" (Jean 4, 1-2). Par ailleurs Matthieu relate que Jésus refusa de baptiser Jean Baptiste (Matthieu 3, 14-15). Or, le baptême par Jésus, dont il est ici question, alors qu'il n'a pas encore institué le nouveau baptême par sa propre Pâque (mort et résurrection), inaugure cet autre baptême qu'il reviendra à ses apôtres de conférer en se conformant à son ordre relaté en Matthieu 28, 19. En effet, Jésus parle dans son enseignement d'être baptisé d'un baptême "dont ses disciples seront baptisés" (Marc I0, 38-39) et confie à ses apôtres : "Je dois être baptisé d'un baptême, et quelle n'est pas mon angoisse, jusqu'à ce qu'il soit consommé" (Luc 12, 49-50) et Marc 10, 38-39).
Enseignement de Paul sur le baptême Paul rappelle aux Romains : "Baptisés dans le Christ, Jésus, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts (...) nous vivions nous aussi d'une vie nouvelle." (Romains 6, 3-4) ; une notion qu'il reprend en Colossiens 2, 12-13.
Début du christianisme La didachè cite le passage de Matthieu 28, 19 : "Baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" en y ajoutant "dans l'eau vive", et précise que dans les situations où l'on manquerait d'eau, on les baptise par une triple infusion au nom des trois Personnes. Ignace d'Antioche (vers 35 - 110) enseigne dans sa lettre aux Smyrniotes (8, 2) qu'il n'est pas permis de baptiser en dehors de l'évêque. Justin (né vers 100, mort martyr en 165) rapporte dans sa Grande Apologie (61) à propos du baptême, que ceux qui croient à l'enseignement chrétien, on leur apprend à prier et à demander à Dieu dans le jeûne la rémission de leurs péchés, puis " ils sont régénérés dans l'eau au nom de Dieu le Père et le maître de toutes choses, et de Jésus-Christ notre sauveur, et du saint Esprit." Justin ajoute que cette ablution qui lave est appelée illumination parce que ceux qui reçoivent ainsi cette doctrine ont l'esprit rempli de lumière. Irénée de Lyon (130-200) accorde une place importante au baptême conféré pour la rémission des péchés au nom de Dieu le Père, au nom de Jésus-Christ le Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité et dans l'Esprit Saint de Dieu, dont il précise qu'il est associé à une profession de foi trinitaire. Tertullien (150-220), dans le De Baptismo fournit le premier traité complet sur le baptême et la catéchèse baptismale qui l'accompagne.
Le rite du baptême a rapidement provoqué la disparition de la circoncision rituelle, sans totalement le faire disparaître cette notion, étant alors spiritualiséeArnaud Join-Lambert, Circoncision et baptême, un recto verso qui s’ignore, in : Régis BURNET, Didier LUCIANI (dir.), La circoncision aujourd’hui, Paris, Éd. Feuilles, 2014 (coll. Questions de religion), ..
Dans le christianisme primitif, le baptême est le sacrement de la foi qui suit la conversion car, selon Tertullien, « On ne naît pas chrétien, on le devient », affirmait-il dans son Apologie du christianisme, chapitre 18. Les travaux de Joachim Jeremias, qui réunissent des preuves positives de la présence du baptême de nourrissons dans les quatre premiers siècles, permettent de nuancer ce point de vue. : si le baptême demeure le sacrement de la conversion au Christ, l'Église ne refuse pas le baptême des enfants de parents « convertis » ou « croyants depuis leur jeune âge ». Alors que la pratique du pédobaptisme devient de plus en plus courante, le baptême d'adultes continue à être célébré au Moyen Âge.
Le baptême trinitaire de la Grande Mission (Mt 28:16-20) La Grande Mission, ou Mission universelle, est une instruction que donne Jésus de Nazareth à onze de ses Douze Apôtres après sa Résurrection. Dans cet épisode, relaté par les cinq derniers versets de l'Évangile selon Matthieu, Jésus apparaît à ses disciples sur une montagne de Galilée et leur demande de faire des disciples dans toutes les nations, de les baptiser « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » et de leur transmettre ses enseignements (Mt 28:16-20) :
Cependant, en Actes 8:14-16, on lit :
Hans Conzelmann considère que, s'agissant du baptême pratiqué au seul « nom de Seigneur » dans Actes 8:16, il s'agit , de même que pour Actes 2:38 avec le baptême opéré à l'unique « nom de Jésus-Christ ».
D'autres spécialistes estiment que la formule enjoignant de procéder à un baptême trinitaire dans Mt 28:19 pourrait être une interpolation insérée ultérieurement, considérant que les Actes des Apôtres .
Dans leurs travaux sur l'Évangile selon Mathieu, relevant l'ordre des occurrences des formules baptismales dans les Actes, Matthieu et la Didaché, W. D. Davies et identifient tout d'abord le baptême au seul et unique « nom de Jésus-Christ » (Actes 2:38 et 10:48), « au nom du Seigneur » (Actes 8:16), « au nom du Seigneur Jésus » (Actes 19:5), puis un baptême non trinitaire chez Paul dans l'Épître aux Romains (6:3) et l'Épître aux Galates (3:27). Les deux auteurs identifient ensuite une formule de baptême non trinitaire (« au nom du Seigneur ») dans la Didachè (9:5), et enfin deux formules trinitaires « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » en Matthieu 28:19 et en Didachè 7:1.