Le gouvernement Laurent Fabius est le 18 gouvernement de la République française.

Cet article présente la composition du gouvernement français sous le Premier ministre Laurent Fabius du au , pendant la présidence de François Mitterrand (1981-1995)..

Contexte de formation

Contexte politique et économique Le gouvernement Mauroy est tombé du fait de la "guerre scolaire" autour du projet de loi Savary, dans un contexte de montée du chômage et de chute de confiance envers les socialistes. Le Président souhaite charger le nouveau Premier ministre de poursuivre la modernisation du pays, de rétablir les grands équilibres, et de préparer les élections législatives de 1986 pour qu'elles soient perdues le moins mal possible.

Choix des ministres Le choix de François Mitterrand pour son deuxième Premier ministre se porte sur Laurent Fabius, pour ses qualités intellectuelles et personnelles, pour sa communauté de vues avec lui, et pour son âge, devenant à l'époque le plus jeune Premier ministre de l'histoire de France, à 37 ans et 10 mois. Fabius détient ce record pendant 39 ans jusqu'à la nomination de Gabriel Attal le 9 janvier 2024 à 34 ans et 9 mois. Mitterrand espère ainsi donner un "coup de vieux" aux dirigeants de l'opposition et relancer la dynamique socialiste.

Étaient également en lice pour ce poste Pierre Bérégovoy, qui deviendra le dernier Premier ministre socialiste du Président avant que ne débute la deuxième cohabitation, Michel Rocard, qui sera son premier chef de gouvernement après sa réélection, et Jacques Delors, qui espère être choisi. Le choix de Fabius n'est soutenu que par Gaston Defferre et Robert Badinter. Delors développe alors l'ambition de servir autrement, en étant élu Président de la Commission européenne.

Laurent Fabius joint le maire de Figeac, Martin Malvy, qui se trouve dans un petit village corse pour ses vacances, et lui propose le poste de Secrétaire d’État auprès du ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur, chargé de l’Énergie, qu'il accepte immédiatement. Il appelle Alain Calmat, ancien champion du monde de patinage artistique devenu chirurgien, à qui il propose la Jeunesse et les sports. Calmat effectue une intervention chirurgicale pour se donner le temps de réfléchir, et accepte.

Lors de son dernier entretien avec François Mitterrand avant de démissionner, Pierre Mauroy recommande au Président de conserver son directeur de cabinet, Michel Delebarre, comme ministre. Mauroy le propose aux PTT. Fabius n'en tient pas compte et lui propose le portefeuille de l'Emploi, qu'il refuse, préférant devenir préfet de région. Seulement, Jean-Louis Bianco l'annonce comme ministre du gouvernement au même moment où Delebarre téléphone au Premier ministre pour lui signifier son refus. Il devient ainsi Ministre du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle.

François Mitterrand intègre Jean-Pierre Chevènement au gouvernement en tant que ministre de l'Éducation nationale, créant la surprise car il ne faisait pas partie du dernier gouvernement de Pierre Mauroy. Il est chargé de régler dans les deux mois qui suivent la guerre scolaire. Cette nomination permet à Mitterrand de s'éviter les critiques d'un virage à droite, car Chevènement représente une branche contestataire du Parti socialiste. En le nommant à ce poste, Mitterrand écarte Michel Rocard, que Fabius pensait nommer.

Pour compenser la perte de l'Education nationale, Fabius propose à Rocard un grand ministère technique, une sorte de MITI à la française autour du Plan, qu'il refuse. Il lui offre alors le Ministère de l'Agriculture, qu'il accepte.

Pierre Bérégovoy, qui visait Matignon, se retrouve déçu en n'obtenant "que" les Finances. Gaston Defferre, qui voulait rester à l'Intérieur, est nommé au Plan et à l'Aménagement du territoire, car Mitterrand entendait placer à l'Intérieur un ministre plus jeune, chargé de moderniser la police et la reprendre en main. Pierre Joxe, qui conduit avec beaucoup de fermeté depuis 1981 les 285 députés du groupe socialiste, obtient le ministère.

Comme ce fut le cas pour quelques ministres durant les septennats de François Mitterrand, certains titulaires de poste restent à leur place. Claude Cheysson conserve les Affaires étrangères, Charles Hernu, la Défense, Robert Badinter, la Justice, et Jack Lang, la Culture.

Le départ des communistes fait que trois socialistes remplacent les quatre communistes : Paul Quilès à Charles Fiterman aux Transports, Michel Delebarre cumule les portefeuilles de Jack Ralite à l'Emploi et de Marcel Rigout à la Formation professionnelle, et Jean Le Garrec obtient le poste d'Anicet Le Pors à la Fonction publique.

Le gouvernement est complété le lundi 23 juillet par la nomination de ministres-délégués et de secrétaires d’État, construisant un gouvernement de quarante-quatre membres.

Féminisation du gouvernement Le gouvernement compte six femmes ministres et secrétaires d'État : Édith Cresson, Georgina Dufoix, Huguette Bouchardeau, Yvette Roudy, Edwige Avice et Catherine Lalumière. Georgina Dufoix et Huguette Bouchardeau sont promues, l'une succédant à Pierre Bérégovoy au grand ministère des Affaires sociales, et l'autre devenant ministre de l'Environnement.

Profil sociologique Ce gouvernement est, comme tous les gouvernements socialistes sous François Mitterrand (cf. République des professeurs), marqué par l'importance numérique des anciens enseignants : 24,4 % des ministres ont été enseignants du supérieur, 9,5 % enseignants du secondaire, et 11,5 % sont issus des professions intellectuelles (contre 19,4 %, 7,5 % et 10,4 % en moyenne sur la période 1981-1986).

Les hauts-fonctionnaires des Grands corps de l'État sont moins présents que la moyenne du premier septennat (7,1 % en l'occurrence, contre 10,4 %), et presque moitié moins présents qu'entre 1959 et 1981 (13,7 %). Les hauts-fonctionnaires hors Grands corps (préfectorale, diplomatie, etc.) sont plus représentés que la moyenne 1981-1986 (16,7 % contre 13,4 %) et que la moyenne 1959-1981 (13,2 %).

11,9 % des ministres sont issus des professions libérales, et 16,7 % des cadres supérieurs du privé, contre 12 % et 14,9 % en moyenne entre 1981 et 1986, et 13,7 % et 19,8 % en moyenne entre 1959 et 1981.

Coalition Le 17 juillet, alors que le nom du nouveau Premier ministre va être annoncé, François Mitterrand négocie avec Charles Fiterman, ministre des Transports et chef de file des ministres communistes au gouvernement pour que ceux-ci participent au gouvernement Fabius. Il tente de les persuader de l'intérêt de rester en avançant qu'ils pourront recueillir, dans les prochains mois, les fruits de la politique de rigueur. Fiterman refuse, expliquant au chef de l'Etat que la situation est devenue intenable pour les communistes du fait de la politique économique menée par Mitterrand.

Laurent Fabius tente à son tour de convaincre Georges Marchais, André Lajoinie et Fiterman, en leur proposant quatre ministères sur quarante, dont deux ministères économiques, l’Énergie et le Plan. Après une réunion en Comité, les communistes votent contre leur participation au nouveau gouvernement, contre l'avis des ministres qui avaient participé au troisième gouvernement Pierre Mauroy.

Composition initiale Laurent Fabius est nommé le Décret du 17 juillet 1984 portant nomination du Premier ministre, les ministres le Décret du 19 juillet 1984 portant nomination de membres du gouvernement. et les ministres délégués et secrétaires d'État le Décret du 23 juillet 1984 relatif à la composition du gouvernement (source Légifrance) et .

Le « tournant de la rigueur » opéré par le président François Mitterrand après la défaite de la gauche aux municipales provoque le départ des communistes de la majorité présidentielle, qui ne compte plus que 289 députés (58,9 % des sièges) à l'Assemblée nationale.

Ministres Image Fonction Nom Parti 80pxPremier ministreLaurent FabiusPS 80pxMinistre d’État chargé du Plan et de l'Aménagement du territoireGaston DefferrePS 80px Ministre de l'Économie et des Finances Pierre BérégovoyPS 80pxGarde des Sceaux, ministre de la JusticeRobert BadinterPS 80pxMinistre des Relations extérieuresClaude CheyssonPS 80pxMinistre de la DéfenseCharles HernuPS 80pxMinistre de l'Intérieur et de la DécentralisationPierre JoxePS 80pxMinistre de l'AgricultureMichel RocardPS 80pxMinistre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieurÉdith CressonPS 80px Ministre de l'Éducation nationaleJean-Pierre ChevènementPS 80pxMinistre des Affaires sociales et de la Solidarité nationaleGeorgina DufoixPS 80px Ministre de l’Urbanisme, du Logement et des TransportsPaul QuilèsPS 80pxMinistre du Commerce, de l’Artisanat et du TourismeMichel CrépeauMRG 80px Ministre des Affaires européennes et Porte-parole du gouvernementRoland DumasPS 80px Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelleMichel DelebarrePS 80pxMinistre de l’EnvironnementHuguette BouchardeauPSU 80pxMinistre de la Recherche et de la TechnologieHubert CurienDVG 80pxMinistre délégué à la CultureJack Lang PS 80pxMinistre déléguée chargée des Droits de la femmeYvette RoudyPS 80px Ministre délégué chargée de la Jeunesse et des SportsAlain CalmatPS 80pxMinistre délégué chargé des Relations avec le ParlementAndré LabarrèrePS 80px Ministre délégué chargé de la Coopération et du DéveloppementChristian NucciPS 80pxMinistre délégué chargé des P.T.T.Louis MexandeauPS

Secrétaires d'État Image Fonction Nom Parti 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense Edwige Avice PS 80px Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé de la Fonction publique et des Simplifications administratives Jean Le Garrec PS 80px Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé des Techniques de la communication Georges Fillioud PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, chargé du Budget Henri EmmanuelliPS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, chargé de la ConsommationCatherine LalumièrePS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, chargé des Retraités et des Personnes âgéesJoseph FranceschiPS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, chargé des Départements et des Territoires d’outre-mer Georges Lemoine PS 80px|Jean Auroux Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Urbanisme, du Logement et des Transports, chargé des Transports Jean Auroux PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargé des Universités Roger-Gérard Schwartzenberg MRG 80px Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de l'économie sociale Jean Gatel PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants et Victimes de guerre Jean Laurain PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur, chargé de l’Énergie Martin Malvy PS 80px|Edmond Hervé Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, chargé de la Santé Edmond Hervé PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre des Relations extérieures Jean-Michel Baylet MRG 80px Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, chargé des Rapatriés Raymond Courrière PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture, chargé de l’Agriculture et de la Forêt René Souchon PS 80px Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé de la Prévention des risques naturels et technologiques majeurs Haroun Tazieff SE 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargé de l’Enseignement technique et technologique Roland Carraz PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Urbanisme, du Logement et des Transports, chargé de la Mer Guy Lengagne PS 80px Secrétaire d’État auprès du ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme Jean-Marie Bockel PS

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