Le barrage de Génissiat est le deuxième barrage hydroélectrique français construit sur le Rhône après la centrale hydroélectrique de Cusset qui est en service depuis 1899. Au moment de son inauguration en 1948, il est le plus important ouvrage d'Europe occidentale et contribue au redressement de la France d'après-guerre ; son électricité alimente Paris. Il se situe à cheval sur les communes d'Injoux-Génissiat (Ain) et de Franclens (Haute-Savoie). Génissiat est situé à l'aval du Barrage centrale de Chancy-Pougny qui est un barrage franco-suisse mis en service en 1924.
Histoire L'aménagement du haut Rhône est initialement envisagé dans le but de rendre navigable les gorges entre Seyssel et le Léman. Entre 1635 et 1843, une dizaine de projets sont étudiés sans résultat. Louis Dumont envisage en la construction d'une centrale en dessous d'Arlod. Le début du voit cinq projets inaboutis de barrages hydroélectrique entre l'étroit du Malpertuis et le pont de Grésin (en amont de Bellegarde-sur-Valserine).
Le site de Génissiat est pour la première fois évoqué par le projet de 1906 des ingénieurs Blondel, Harlé et Mähl. Il n'est engagé véritablement qu'en 1933 sous l'impulsion de deux hommes : le sénateur Léon Perrier et Édouard Herriot, ancien président du Conseil et maire de Lyon.
Créée en par Perrier et Herriot, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) reçoit l'année suivante de l'État la concession du Rhône pour une période de 75 ans L'histoire de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR).. Le cahier des charges impose à la CNR, outre la production d'électricité, de se consacrer aux autres usages du fleuve (navigation, irrigation). Génissiat va être sa première construction de barrage sur le Rhône car il promet d'être rapidement rentable ce qui permettra à la CNR de financer les autres grand travaux prévus.
Choix du site La localisation du barrage a été longtemps indécise et a vu, lors du projet de 1906, des géologues de renom (messieurs Wilfrid Kilian, Édouard-Alfred Martel et Maurice Lugeon) avoir des échanges assez vifs. Édouard-Alfred Martel estimant que les sites de la perte du Rhône (en amont de Bellegarde-sur-Valserine) et de Malpertuis (en amont d'Injoux-Génissiat) révélaient l'existence de profondes fissures rendant la construction de grands barrages impossible et considérait que tous les massifs calcaires étaient minés par les infiltrations d'eau. Il terminait en 1911 une présentation devant la Société d'Agriculture, Science et Industrie de Lyon par : « …je me refuserais à discuter avec les géologues qui persisteraient à nier ces évidences définitivement acquises ». Maurice Lugeon réagit en traitant Martel d'amateur et en affirmant que le barrage de Génissiat, sans être entretenu, durerait . Il faut dire qu'il avait procédé à plusieurs sondages et creusements de galeries sur le site qui lui avaient permis de vérifier l’homogénéité de la roche. Il était également d'avis qu'un barrage en amont des pertes du Rhône était irréalisable à cause de l'érosion rapide du site vers l'amont (70 m par siècle).
Le site des pertes sera définitivement éliminé après le percement en 1935 de trois galeries de reconnaissance sur la rive gauche qui révéleront que le sous-sol est totalement bouleversé par d'anciennes mines de phosphate.
La version avec deux barrages plus petits ayant été éliminée pour sa complexité et son coût le choix se réduit à l'étroit de Malpertuis et au verrou de Génissiat.
Malpertuis Les handicaps de Malpertuis étaient la présence d'une grosse fissure et de deux diaclases dans la falaise, la difficulté d’accès au fond de la gorge. La configuration de la gorge, avec des falaises nettement plus hautes que le niveau prévu de la retenue, compliquait les travaux et rendait également impossible d'envisager le passage de la navigation.
Génissiat Au contraire, le site de Génissiat profitait d'un raccordement facile à la voie ferrée Lyon-Genève et de l'existence d'un plateau accessible en bordure de la future retenue. Une fois éliminés par des séries de sondages préparatoires, les risques de tomber sur des calcaires fractionnés tant redoutés par M. Martel, le choix devenait évident. Le passage de la navigation était prévu à travers le plateau de la rive droite mais n'a jamais été réalisé.
Programmé en 1933, le chantier débute en 1937. Dans ses périodes les plus actives, le chantier emploiera plus de ouvriers, techniciens et ingénieurs sur le site.
Construction
Travaux préparatoires Les travaux préparatoires comprennent le creusement de deux tunnels de dérivation provisoire et de deux coupures du fleuve en amont et en aval du site, puis le dégagement de d'alluvions sur l'emplacement du futur barrage. Compte tenu de la puissance du fleuve et de sa régularité (le débit ne passe que rarement en dessous de ) le choix est fait de réaliser ces coupures par lâcher de pierres dans le courant. Pour ce faire, deux ponts de service en béton armé sont édifiés, d'abord pour faire circuler des trains de wagonnets chargés de déverser l'enrochement et, ensuite, pour servir d'appui aux rideaux de palplanches foncés dans les coupures pour en améliorer l’étanchéité. Des injections d'argile liquide viennent encore renforcer cette étanchéité. Le tunnel de dérivation rive droite mesure 550 m et celui de la rive gauche 610 m. Leur section maximum est de 11.40 m de large et 8.50 m de haut. Ils sont bétonnés intérieurement par projection pour résister au frottement des alluvions charriées par le fleuve.
La constitution de la coupure aval est privilégiée pour que la montée des eaux réduise la vitesse de l'eau au-dessus de la coupure amont. Cette réduction de la vitesse de l'eau réduit l'entrainement des pierres et alluvions. Sans cette précaution, le massif amont aurait débordé sur l'espace prévu pour le chantier.
La coupure aval ne pouvant pas non plus s’étirer trop loin sans boucher les exutoires des deux tunnels, des tétraèdres de deux mètres de haut construits en cornières de 70 mm d'aile sont immergés sur le parement aval. Retenus en place par des câbles reliés à des corps morts immergés sur la face amont du massif, il permettront d'obtenir une pente aval du massif plus abrupte le raccourcissant et diminuant son volume.
Pendant ce temps, sont également réalisés :
Une passerelle provisoire au fond de la vallée utilisant comme pile centrale un caisson immergé auparavant pour des sondages du fond ; L'embranchement sur la voie ferrée Lyon-Genève ; La mise en place d'un poste transformateur (à la cote 360) pour alimenter le chantier en électricité ; La construction des silos pour stocker les agrégats et le ciment ; Deux téléphériques amenant sur le chantier les matériaux dragués dans le fleuve à Pyrimont en aval du chantier ; Des bétonnières ; Les blondins qui assureront l'évacuation des déblais et la mise en place du béton. Huit blondins sont utilisés en quatre groupes de deux supportant des poutres de répartition du béton. Deux poutres sont affectées au barrage et deux à l'usine. Pour les bétonnages importants il était possible de disposer les poutres en cascade pour concentrer les moyens à l'endroit voulu. Dix blondins supplémentaires supportent des godets ravitaillant les poutres en béton ou évacuant les déblais ; Des logements pour le personnel ; Une passerelle provisoire suspendue placée sensiblement au-dessus du massif de coupure aval au niveau du plateau.
La montée du niveau du fleuve en amont du chantier permet la mise en service du tunnel de dérivation provisoire de la rive droite le , pendant que les travaux se poursuivent dans le tunnel de la rive gauche. Une crue subite intervenant à cette période met le chantier en danger, provoquant l'évacuation urgente du tunnel rive gauche, mais les autorités suisses ayant accepté de réduire temporairement le volume d'eau sortant du Léman au pont de la Machine, le tunnel rive gauche est terminé sans encombre le . Durant la crue, le tunnel rive droite seul en fonction a évacué pour une capacité maximum théorique de .
La guerre vignette|Les aménagements du plateau pendant la construction du barrage|alt=Photo en noir et blanc prise depuis le versant côté Haute-Savoie et montrant les aménagements techniques sur le plateau de l'Ain Le , l'entreprise Chagnaud a terminé les travaux préparatoires : la coupure complète est réalisée et le décapage des alluvions à l'emplacement du barrage est bien avancé. Comme prévu, le , le chantier passe sous la responsabilité d'un consortium - (ECBG) barrage de Génissiat - composé de neuf entreprises de travaux publics. Les travaux continuent avec le matériel de l'entreprise 'Chagnaud", devenu propriété de la CNR comme prévu dans le contrat et une partie de ses ouvriers qui changent juste d’employeur (environ la moitié d'entre eux sont cependant déjà sous les drapeaux).
La guerre met un frein au chantier, l'armée française exige la fermeture des vannes des deux tunnels de dérivation. Le niveau de la retenue monte au-dessus de la coupure amont et l'eau déferlant par-dessus, inonde le chantier en renversant des locomotives pesant , des pelles mécaniques en pesant 60 et en enfouissant les parties déjà décapées sous d'alluvions arrachés au massif de coupure. Le pont de service aval est détruit de même que la coupure aval. Ces dégâts sont d'autant plus regrettables que l'utilité militaire des ponts provisoires est nulle : Lyon (et ses ponts) est déjà déclarée ville ouverte et le pont de la Loi près de Culoz n'a pas sauté. De plus, les ponts du chantier donnent sur une rive gauche quasiment inutilisable avec juste un mauvais sentier remontant sur Franclens.
Le chantier est rouvert à l'automne 1940 avec des effectifs réduits. La période de la guerre verra l'activité sur le chantier modérée par les difficultés d'approvisionnement et des saisies de matériaux par l'armée allemande, (en particulier de fer à béton en 1944). D'autre part, tous les approvisionnements en équipements, matériels et outils de génie civil, qui initialement devaient être commandés aux États-Unis devront être relocalisés en France (à l'époque, seuls les États-Unis avaient une grande expérience des grands barrages). L'armée allemande fera plusieurs incursions sanglantes sur le chantier qui, il faut bien le dire, était un excellent endroit pour éviter le STO voire pour saboter la voie ferrée toute proche. En au moins deux occasions, des résistants encerclés dans l'Ain se sont dégagés en franchissant la passerelle provisoire vers la Haute Savoie. thumb|Passerelle provisoire depuis la rive gauche|alt=Photo en noir et blanc prise depuis le versant côté Haute-Savoie et montrant la passerelle piétonne suspendue reliant les deux rives. Les pylônes supportant les câbles et le tablier de la passerelle sont en bois. Quelques personnes sont en train de traverser.
Parallèlement, Léon Perrier et Édouard Herriot sont écartés par le régime de Vichy.
L'après-guerre Le chantier sort de son hibernation à la Libération car la France a un énorme besoin d'énergie pour relancer son économie. Après un test le , le remplissage commence le pour atteindre 52 m de hauteur le . Le barrage est inauguré par le président Vincent Auriol qui le décrit comme le .
Le barrage Le barrage est un barrage poids constitué de de béton (plus pour l'usine). L'ensemble a nécessité de coffrages et d'armature. Les architectes en sont Albert Laprade et Léon Bazin. thumb|Barrage de Génissiat 2 (septembre 1995)|alt=Photographie d'un plan explicatif placé à proximité du barrage montrant les différentes parties du barrage