thumb|Réunion du Présidium du Parti communiste russe en 1920, avec Lénine, en premier rang à droite. Le P.C. russe est la transformation en mars 1918 de l'ancien parti bolchevik.
Les bolcheviks, bolchéviks, bolcheviques, ou bolchéviquesBolchévique est l'orthographe recommandée par la réforme de 1990, bolchevique est l'orthographe traditionnelle française. Voir Mots concernés par les recommandations orthographiques. Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. (du russe : Prononciation en russe retranscrite selon la norme API., « majoritaire ») sont les membres d'une des deux factions du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), l'autre étant composée des mencheviks ( « minoritaires »). La faction bolchevique est créée en sous la direction de Lénine. Elle est majoritaire au sein du POSDR en 1903, d'où son nom en russe, et devient un parti indépendant en . Les bolcheviks prônent l'organisation d'un parti de cadres, formé de révolutionnaires professionnels, par opposition aux mencheviks qui, autour de Julius Martov, préconisent un parti de masse, où l'adhésion est ouverte au plus grand nombre.
Après la révolution russe de , les bolcheviks prennent le pouvoir au nom des soviets en dans le cadre de la république socialiste fédérative soviétique de Russie. En , le Parti bolchevique est renommé « Parti communiste de la Russie (des bolcheviks) ». Après la mise en place de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en , il devient en le Parti communiste de toute l'Union [soviétique] (PCUS), conservant jusqu'en le qualificatif « bolchevik » à la fin de son nom entre parenthèses.
La stratégie révolutionnaire bolchévique a pu être critiquée par d'autres courants communistes et marxistes, par exemple les communistes de conseils (Anton Pannekoek, Karl Korsh, Herman Gorter...) qui mettent en avant le rôle révolutionnaire principal des conseils ouvriers plutôt que de celui d'un parti d'avant-garde (léniniste) allant saisir l'appareil d’État.
Historique Création de la tendance bolchevique
En 1883 à Genève, les premiers marxistes russes, Gueorgui Plekhanov, Véra Zassoulitch et Pavel Axelrod créent le Groupe pour la libération du travail. En 1898, lors d'un congrès clandestin réuni à Minsk unifiant d'autres organisations révolutionnaires, ils constituent le Parti ouvrier social-démocrate de Russie. En 1901, avec leurs cadets Lénine et Martov, ils créent l'Iskra (« L'Étincelle »), qui se fixe comme objectif d'introduire les idées socialistes dans la classe ouvrière russe. Soumis à la répression de l'appareil policier tsariste, ce parti se veut centralisé, discipliné, et la plupart de ses militants sont clandestins.
La scission qui donne naissance à la fraction bolchevique se produit en 1903, lors du , qui se tient à Bruxelles puis à Londres. Le parti adopte un programme rédigé par Plekhanov et Lénine, qui donne le mot d'ordre de « dictature du prolétariat », .
Cependant, c'est sur la question des statuts du parti que se fait la division. Lénine propose que l'adhésion au parti soit réservée à ceux qui , Martov, à ceux qui adhèrent au programme du congrès. Derrière ces formulations est en jeu la conception d'un parti constitué de révolutionnaires professionnels pour Lénine, ou au contraire d'un parti de masse, largement ouvert à l'intelligentsia, pour Martov.
thumb|Le Bolchevik, de Boris Koustodiev.
Les noms et peuvent provenir respectivement des mots russes - bolchinstvo (« majorité »), et - menchinstvo (« minorité »). Les sources postérieures à 1917, soviétiques et communistes, donnent massivement cette étymologie en référence au fait que les bolcheviks eurent à plusieurs reprises la majorité dans les congrès du POSDRPierre Broué, Le Parti bolchévique : histoire du P.C. de l'U.R.S.S., Paris, Éditions de Minuit, 1963..
Vivement critiquée dans l'Internationale, notamment par Rosa Luxemburg, qui dénonce le , la conception de Lénine remporte toutefois des succès en Russie : en 1905, il y a bolcheviks dans les organisations clandestines (à mettre en comparaison avec les mencheviks à la même époque et les socialistes-révolutionnaires, qui étaient encore plus nombreux)Pierre Broué, op. cit., 1963..
Révolution de 1905 et fusion
Lors de la révolution de 1905, le parti peut faire de la propagande ouvertement ; les querelles du passé semblent de peu d'importance devant les tâches du moment. Un accord est trouvé entre Lénine et Martov, et un congrès d'unification se réunit en avril 1906. Selon Pierre Broué, le congrès de Londres en 1907, à majorité bolchevique, est élu par militants. Mais avec le reflux de la révolution, beaucoup de militants abandonnent leur activité et le parti s'effondre, passant à moins de militants en quelques années.
Rapidement, les divergences entre bolcheviks et mencheviks ressurgissent, les mencheviks voulant orienter le parti vers l'action parlementaire sans pouvoirs législatifs organisée par le gouvernement tsariste (une Douma d'État), l'action clandestine leur semblant sans perspectives. Ils préconisent l'alliance avec la bourgeoisie progressiste qui s'apprête à partager le pouvoir avec le tsar. Lénine écrit , à propos de la tactique de la classe ouvrière et de la tactique de la bourgeoisie libérale. Alexandre Martynov écrit que le parti doit . Les bolcheviks préconisent la reprise du travail clandestin dans les centres industriels commencé avant 1905. Ils appellent au boycott de la Douma, en se fixant le but de faire tomber cette « caricature » de représentation populaire. Les mencheviks, au contraire, décident de ne pas faire échec à la Douma ; ils estiment d'ailleurs nécessaire d'y entrer.
Scission de 1912
À partir de 1912, le mouvement ouvrier reprend en Russie, des manifestations étudiantes puis des grèves ouvrières se multiplient ( grévistes le ). Lénine estime qu'il faudra un parti fortement structuré pour organiser le mouvement révolutionnaire et il est convaincu que les bolcheviks sont en train de gagner la majorité du mouvement ouvrier. Il défend en conséquence la scission avec les mencheviks sur le plan organisationnel.
Le , à la conférence de Prague, les bolcheviks décident de l'exclusion des mencheviks et de la création de .
Idées du parti bolchevik
Les bolcheviks se refusent résolument à reconnaître que la bourgeoisie russe est capable de mener à bien sa propre révolution et poussent au contraire à une alliance entre les paysans et les ouvriers pour mener à bien la révolution socialiste.
À l'opposé, les mencheviks, pour qui le socialisme doit être atteint de manière progressive et par « étapes », veulent préparer la révolution démocratique bourgeoise, qui permettrait selon eux l'élévation du niveau de vie des masses, condition nécessaire à une révolution socialiste ultérieureLe menchevik Pavel Axelrod a développé cette conception en 1897 dans Le Privilège historique de la social-démocratie russe.. Or la bourgeoisie tient elle-même à faire alliance avec la monarchie : en effet, la bourgeoisie russe reste hostile à l’expropriation de la grande propriété foncière, et c’est précisément pour cette raison qu'elle est pour un compromis avec la monarchie, sur la base d’une constitution du type prussien.
Déjà à l'époque, Lénine considère la question agraire comme le problème central de la révolution démocratique en Russie.
À l’idée de Gueorgui Plekhanov d’une alliance du prolétariat avec la bourgeoisie libérale, Lénine oppose l’idée d’une alliance du prolétariat avec la paysannerie. Il proclame que la tâche de la collaboration révolutionnaire de ces deux classes est d’établir une comme le seul moyen de purger radicalement la Russie du bric-à-brac féodal, de créer une couche de petits cultivateurs libres et d’ouvrir la voie au développement du capitalisme, non pas à la manière prussienne, mais américaine.
La victoire de la révolution, écrit-il, ne peut être accomplie que .
En dépit des espoirs des mencheviks, la bourgeoisie considère de plus en plus que son rôle est de lutter contre la révolution. C'est dans les « soviets », c’est-à-dire les assemblées de délégués démocratiquement élus et révocables à tout instant comprenant les travailleurs, les soldats et les paysans pauvres, que les bolcheviks deviennent majoritaires.
Les bolcheviks accompagnent généralement les revendications du mouvement ouvrier : pour l'indexation des salaires sur l'inflation, contre la détérioration des conditions de travail, ou pour empêcher les patrons de renvoyer leurs ouvriers. Ils encouragent également les soldats à contester l'autorité de leurs officiers et les paysans à se partager les terres.
Actions précédant la révolution d'Octobre Selon certains auteurs, dès 1917, grâce à l'aide financière et logistique prêtée par l'Allemagne, qui cherche à déstabiliser la Russie dans le cadre de la Première Guerre mondiale, les bolcheviks peuvent compter sur plus de 2 millions de marks donnés par le gouvernement du kaiser Guillaume II, pour mener une ample propagandeHélène Carrère d'Encausse, Nicolas II, la transition interrompue, Fayard, 1996... L'hypothèse d'un soutien financier allemand est au contraire réfutée par l'historien Alexandre Sumpf.
La décision du gouvernement provisoire issu de la révolution de février de poursuivre la guerre — deux millions de Russes étaient morts à cause de celle-ci — et son refus de répondre aux revendications du mouvement ouvrier le rendirent progressivement impopulaire, renforçant en conséquence ses adversairesMike Haynes, Was there a Parliamentary Alternative in 1917, 1977..
À Petrograd, les suffrages pour les bolcheviks aux élections municipales et législatives passent de 20 % en mai à 33 % en août et 45 % en novembre. À Moscou, ils passent de 11 % en juin à 51 % en septembre. Dans les campagnes, le Parti bolchevik est cependant beaucoup moins influent. Les paysans, qui représentent la grande majorité de la population, sympathisent généralement avec le Parti socialiste révolutionnaire (ce parti participe au gouvernement provisoire, mais une scission intervient, aboutissant à la création du Parti socialiste-révolutionnaire de gauche, opposé à la guerre et proche des bolcheviques).
En , les manifestations de masse d'ouvriers et de soldats contre le gouvernement provisoire et sa décision de poursuivre la guerre entraînent une nouvelle vague de répression des bolcheviks. Le parti est temporairement interdit et nombre de ses représentants sont jetés en prison. Lénine et la majorité des hauts dirigeants parviennent à gagner la clandestinité, dans laquelle ils resteront jusqu'à la révolution d'Octobre.
Le général Kornilov tente un coup d’État afin d'instaurer un régime dictatorial nationaliste. Pour les bolcheviks, l'étape finale vers la conquête du pouvoir consiste paradoxalement à organiser la défense du gouvernement provisoire, mais de telle façon que ce dernier, qui ne sait pas comment s'opposer à la tentative de putsch, perde beaucoup en légitimité. Kornilov mis en échec, les bolcheviks décident de faire tomber le gouvernement. Néanmoins, certains de leurs dirigeants s'y opposent, tels Grigori Zinoviev et Lev Kamenev, qui argumentent au contraire en faveur d'un compromis avec le gouvernement.
La révolution d'Octobre s'avère plus pacifique que celle de février. Le chaos est moins important et les échanges de tirs moins nombreux. Pour cette raison, certains historiens jugent qu'il s'agit davantage d'un coup d’État. En effet, le comité militaire révolutionnaire du soviet de Petrograd est déjà favorable aux bolcheviks et ses décisions sont suivies par de très nombreux ouvriers et soldats, parce que c'est un soviet qu'ils ont élu et dont ils pouvaient remplacer les membres. Ainsi, la plupart des soldats de la capitale se rallient à la décision des bolcheviks de renverser le gouvernement provisoire, contraignant celui-ci à fuir.
Résistances politiques