Le scepticisme scientifique, dit aussi scepticisme rationnel ou scepticisme contemporain, est la position consistant à mettre en doute la véracité d'affirmations dépourvues de preuves scientifiques. Concrètement, l'expression s'emploie face à une affirmation surprenante ou en contradiction avec ce que les scientifiques considèrent comme vrai, alors qu’elle manque de preuves empiriques. Ce scepticisme se manifeste notamment à l'égard de phénomènes qualifiés de « paranormaux » (liés à l'ufologie, la parapsychologie et la cryptozoologie) ou de « surnaturels ». Philosophiquement, il s'identifie comme étant une position épistémologique ; éthiquement, il est considéré comme une déontologie circonspecte ; pratiquement, il est une attitude de doute cartésien vis-à-vis des allégations non étayées par des preuves reproductibles. Il sert à questionner les théories du complot, les pseudosciences (médecines non conventionnelles), les dérives idéologiques, le dénialisme climatique.

Historique 220px|vignette|Bande dessinée illustrant la différence méthodologique entre la création d'un récit et la démarche scientifique. D'après l'historien sceptique Daniel Loxton, , affirmant que le fait de douter et d'examiner les revendications sortant de l'ordinaire est aussi vieux que l'humanité elle-même. À travers l'histoire, il y a des exemples de personnes adeptes de l'analyse critique, écrivant des livres ou organisant publiquement des expériences à l'encontre de fraudes particulières ou de superstitions populaires. Parmi ceux-ci, on peut citer Lucien de Samosate (), Michel de Montaigne (), et Thomas Browne (), Antoine Lavoisier et Benjamin Franklin (), de nombreux philosophes, scientifiques et magiciens à travers le et au début du , jusqu'à Harry Houdini. Cependant, le regroupement de sceptiques au sein de sociétés qui étudient le paranormal et la pseudoscience est un phénomène moderne .

Le Comité Para a été créé en 1948 en Belgique Comité Para. La Science face au défi du paranormal, Comité Para, 2005., et peut être considéré comme l'organisation sceptique généraliste la plus vieille. Cela étant, il a été précédé par le néerlandais (1881), qui est de ce fait considéré comme étant l'organisation sceptique la plus vieille par certains... Néanmoins, le ne se concentre que sur la lutte contre le charlatanisme, et donc a une vocation plus spécifique. Le Comité para a été formé en partie en réponse à une industrie opportuniste de faux voyants exploitant les proches en deuil de personnes ayant disparu pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle joue un rôle important dans l'affaire Gauquelin et donne à Paul Kurtz l'idée de créer une organisation similaire américaine. Cela amène à la création du Committee for Skeptical Inquiry (Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal).

En 1952, Martin Gardner publie son premier ouvrage, , ., réédité sous le titre M. Gardner, , , 1957.. Michael Shermer retrace les origines du mouvement sceptique moderne à la publication de ce livre. En France, l'Association française pour l'information scientifique (AFIS), créée en 1968, publie la revue Science et pseudo-sciences.

Dans les , aux États-Unis, le philosophe Paul Kurtz crée le Committee for Skeptical Inquiry (CSICOP) ., et l'illusionniste James Randi, qui dénonce Uri Geller et ses méthodes, font connaître le mouvement en en médiatisant les défis. La plupart des sceptiques du monde anglo-saxon voient dans la création du CSICOP la « naissance du scepticisme moderne », bien que son fondateur Paul Kurtz mentionne l'influence du Comité Para dans sa formation, y compris son nom.

En 1991, Michael Shermer cofonde la et le . Depuis 1970, de nombreux groupes se désignant comme sceptiques se sont formés, organisant des colloques, conduisant des recherches et médiatisant les explications sceptiques des phénomènes apparemment surnaturels.

Dans les , un renouveau du mouvement sceptique s'est observé dans le monde francophone au travers du mouvement zététique, entendu comme l'étude rationnelle des phénomènes paranormaux.

Actuellement le développement des infox (informations truquées (infox / fake news), lié aux réseaux sociaux, contribue à faciliter la propagation d'informations non scientifiquement démontrées. Ces infox résistent bien aux discours rationnels et modifient les modes de communication que devraient adopter les sceptiques et les scientifiques pour en atténuer les effetsScience contre fake news, la bataille est engagée, Boris Chaumette dans ..

Description Le scepticisme scientifique s'appuie sur l'esprit critique et la méthode scientifique, privilégiant l'évaluation des théories selon leur réfutabilité, la répétabilité des expériences et le principe de parcimonie (Rasoir d'Ockham) plutôt que d'accepter des déclarations ou des preuves anecdotiques, des théories irréfutables ou fondées sur la foi. Le scepticisme fait partie du cadre de la méthode scientifique, par exemple un résultat expérimental n'est pas considéré comme établi tant qu'il n'a pas été reproduit de façon indépendante. Les sceptiques concentrent souvent leurs critiques sur des affirmations jugées non plausibles, douteuses ou clairement en opposition avec les connaissances scientifiques établies. Les sujets généralement critiqués comprennent par exemple la parapsychologie, la voyance, l'astrologie, l'homéopathie, l'ufologie, la radiesthésie.

Le scepticisme scientifique se distingue du mouvement Fortéen de Stephen Dewey., très populaire dans le monde anglophone, particulièrement en Angleterre, même s'il s'intéresse plus ou moins aux mêmes sujets.

Approches Différentes approches existent, dont : l'évaluation par les pairs (« » pour les anglophones), très couramment pratiquée dans l'édition scientifique et l'évaluation de la recherche scientifique ; des approches visant spécifiquement et proactivement à débusquer et mettre en évidence des erreurs, des omissions volontaires ou des manipulations, des trucs de prestidigitateurs, etc., avec un objectif de démystification (en , d'où debunker) et ceux qui veulent étudier les thèses paranormales. ; certains sceptiques (américains notamment) s'impliqueraient de manière plus politique ou médiatique (pour promouvoir la science et ses principes), d'autres seraient plus orientés vers un humanisme séculier Paul Kurtz, , , 1992.. Dans son article ., Daniel Loxton, auteur de la rubrique dans le magazine , argumente qu'il faut au contraire revenir à ce que certains considèrent comme les bases, le scepticisme à la James Randi, par exemple ; la zététique est une variante française du scepticisme scientifique, initiée par Henri Broch, fondateur avec Jacques Theodor (biologiste au CNRS.) et Gérard Majax (prestidigitateur célèbre en France) du Défi zététique international. L'Observatoire Zététique affirme défendre une approche respectant la liberté de croire des tenants du paranormal, en évitant le dogmatisme et en se prononçant uniquement sur la validité des preuves et des raisonnementsExtrait des statuts de l'Observatoire Zététique..

Le rapport à la croyance : Il varie selon les individus, et sans doute selon les époques ; les personnes qui sont « scientifiquement sceptiques » devraient théoriquement aussi être ou devenir athées, ou agnostiques, et matérialistes, car l'application des principes scientifiques aux thèses religieuses entraîne bien souvent la remise en cause des grandes théories religieuses ; Paul Kurtz soutient aussi l'humanisme séculier, une forme de laïcité qui examine de manière critique les affirmations des religions, alors qu'un scepticisme plus scientifique se concentrerait sur les pseudo-sciences ; Richard Dawkins défend l'idée que scepticisme rationnel, matérialisme et athéisme sont trois positions intimement liéesRichard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Éditions Perrin, 2009 . ; Martin Gardner, en revanche, revendiquait sa croyance en un Dieu, bien qu'il ne suivît aucune religion organisée.

Organisations En 1948, une des premières organisations sceptiques à avoir vu le jour est le Comité pour l'investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux, dit Comité Para, en Belgique.

En 2006, le CSICOP change de nom et devient le (CSI) afin de souligner que le groupe ne s'intéresse pas uniquement au paranormal, mais aussi aux pseudosciences, aux théories de la conspiration ou encore aux religions.

L'association sceptique la plus importante à l'heure actuelle est le , qui publie le magazine . D'autres organisations anglophones importantes sont la et la .. Michael Shermer, fondateur de la , tient la rubrique sceptique du prestigieux journal .

En France et au Québec, diverses organisations incarnent ce courant de pensée, parmi lesquelles les Sceptiques du Québec, l'Union rationaliste ainsi que l'Association française pour l'information scientifique. L'association pour la Science et la Transmission de l'Esprit Critique (ASTEC) regroupe des vulgarisateurs sceptiques, dont Thomas C. Durand et Vled Tapas, produisant notamment du contenu sur internet, visant à promouvoir l'esprit critique au grand public..

Critiques Marcello Truzzi, premier codirigeant avec Paul Kurtz du CSICOP, s'est distancié du CSICOP et de certaines formes de critiques du courant sceptique qui, selon lui, auraient dérivé vers ce qu'il appela le « pseudoscepticisme ». Ce concept caractériserait le fait de formuler des affirmations négatives sans accepter la charge de la preuve. et, dans le champ du paranormal, la position selon laquelle toute donnée soutenant l'existence de phénomènes paranormaux est nécessairement frauduleuse ou mensongère Hugo Meynell, « », dans , Michael F. Stoeber, Hugo Anthony Meynell, ed., , 1996, .. Truzzi décrit des chercheurs et des démystificateurs qui selon lui se prononçaient sur la validité d'affirmations avant de les avoir expérimentées. Il accusa le CSICOP d'avoir adopté un comportement de plus en plus antiscientifique.

Le parapsychologue Rupert Sheldrake critique également les sceptiques, il a créé une organisation « sceptiques des sceptiques » .

Listes de sceptiques

Voir aussi Bibliographie Revues ., magazine publié par le . ., magazine publié par la . ., revue qui examine scientifiquement les prétentions des médecines non conventionnelles. ., revue qui examine scientifiquement les prétentions des psychothérapies. Rubrique sceptique de Michael Shermer dans le magazine . Science et pseudo-sciencesScience et pseudo-sciences. (en langue française). est un e-zine sceptique en anglais .. Le Québec Sceptique, la revue des Sceptiques du Québec.

Ouvrages Liste d'ouvrages considérés comme des classiques de la littérature sceptique (par ordre croissant d'année de publication) : Harry Houdini, , 1920. Harry Houdini, , 1924. Martin Gardner, , , 1957. , , 1966. , , 1976. James Randi, Flim-Flam!, , 1982 . Henri Broch, Le Paranormal - ses documents, ses hommes, ses méthodes, Éditions du Seuil, Paris, ( 1985) . Philip J. Klass, , New York: , 1986. Martin Gardner, , New York: , 1988. James Alcock, Parapsychologie : science ou magie ?, Flammarion, Paris, 1989. Marc Hallet, Les Sciences parallèles ou la sagesse des fous, Espace de libertés, Bruxelles, 1992 . Gérard Majax, Les Faiseurs de miracles, Éditions Michel Lafon, Paris, 1992, recherches historiques d'Emmanuel Haymann. James Randi, , , 1995 (). Philip J. Klass, , , Buffalo, N.Y., 1997. Carl Sagan, , , 1997 . Michael Shermer, (), 2002 . Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu (en anglais : , 2006), Éditions Robert Laffont, 2008, ; Perrin, 2009 . Georges Charpak et Henri Broch, Devenez sorciers, devenez savants, Éditions Odile Jacob, Paris, 2002 Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle, Lux Éditeur, 2005. Nicolas Pinsault, Richard Monvoisin, Tout ce que vous n'avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles, Presses universitaires de Grenoble, 2014 . Florian Gouthière, Santé, science, doit-on tout gober, Paris, Belin, 2017, 432 .