vignette|Le drapeau berbère.|alt=Drapeau formé de 3 bandes horizontales bleue, verte et jaune, du haut vers le bas, avec au centre une lettre rouge de l'alphabet berbère. Les langues berbères et leurs dialectes — ou le tamazight, ou encore « le » berbère, en berbère (néo-tifinagh : ; tifinagh touareg : ; ABL : ) — forment une branche de la famille des langues afro-asiatiques et couvrent une vaste aire géographique : l’Afrique du Nord depuis le Maroc jusqu’à l’Égypte, en passant par l’Algérie, la Tunisie et la Libye, ainsi qu'une partie du Sahara, et la partie ouest du Sahel (Mauritanie, Mali et Niger).. Un dialecte du berbère, le guanche, fut parlé autrefois aux îles Canaries..
Glottolog recense ou dialectes berbères (langues mortes incluses)..
Le berbère possède son propre système d'écriture, le tifinagh — un alphabet touareghttp://www.mondeberbere.com/, L'Évolution du tifinagh. issu du libyque, l'alphabet usité par les berbères jusqu'à l'Antiquité tardive en Afrique du Nord —, dont une variante est officiellement utilisée au Maroc, le néo-tifinagh.
Il n'y a pas de chiffres officiels concernant le nombre de berbérophones, mais on estime qu'il existe entre 40 et 60 millions de locuteurs des langues berbères dans le monde, principalement au Maghreb.
Histoire
Libyque Le libyque consiste en un ensemble de dialectes parlés en Afrique du Nord dans l'Antiquité par les anciens Libyens (Libyens anciens), et connus par l'épigraphie. Il représente une forme ancienne du berbèreEncyclopédie berbère, article Libyque par Salem Chaker..
Ère almohade
Période coloniale et post-coloniale Durant la seconde moitié du , le nombre de locuteurs berbères se situe entre 30 et 60 % selon les sources. Cette chute s’explique entre autres par la politique linguistique coloniale, suivie de la politique d'arabisation.
Contacts linguistiques Depuis plus d’un millénaire, les langues berbères sont en contact avec l’arabe. Selon Maarten Kossmann, ce contact prolongé a entraîné une influence de l’arabe sur les variétés berbères, notamment dans la phonologie, la morphologie, la syntaxe et le lexique.
Classification interne Le groupe des langues berbères connaît une forte variation interne. On y distingue plus généralement les langues berbères du Nord, les langues berbères de l'Est (bien que parfois considérées comme faisant partie du groupe précédent), les langues touarègues, ainsi que le groupe zenaga-tetserretEthnologue, Languages of the World, page Berber..
Langues berbères du nord
Le groupe des langues berbères du nord comprendW. Cline, , dans: Southwestern Journal of Anthropology, Vol. 9, No. 3 (1953), :
les langues : les langues de l'Atlas (chleuh), au Maroc ; le kabyle, en Algérie ;
les langues du groupe zénèteM. Kossmann, The Arabic Influence on Northern Berber, Brill (2013), : le rifain, dans le nord-est du Maroc, y compris le parler des Béni-Snassen et les autres parlers zénètes de l'Oriental ; le berbère du Moyen Atlas oriental, dans le centre-est du Maroc, transitionnel vers les langues berbères de l'Atlas ; les , dont le chenouiM. Kossmann, The Arabic Influence on Northern Berber, Brill (2013), ; le chaoui, dans les Aurès, en Algérie ; les langues zénètes du Sahara central et septentrional; le groupe des parlers zénètes orientaux, transitionnel vers les langues berbères orientales, parlés en Tunisie et en Libye.
Bien que décrit par Kossmann comme faisant partie des parlers zénètes du nord-ouest de l’Algérie, le est généralement rattaché aux parlers du Rif, particulièrement le rifain orientalSalem Chaker, Le dialecte berbère des Beni Snous (Algérie), Centre de Recherche Berbère, selon: Encyclopédie berbère, fascicule X, 1991 ; .
Le nafusi, parlé au nord-ouest de la Libye, autrefois considéré comme faisant partie du groupe zénète, en est exclu par les études récentes, qui le rattachent au groupe des langues berbères de l'EstM. Kossmann, , unpublished, .
Langues berbères de l'Est
Le groupe des langues berbères de l'Est, incluses par Kossmann au sein des langues berbères du nord dans le cadre d'un continuum dialectal, comprend deux sous-groupesMaarten Kossmann, , Rüdiger Köppe (1999), : un premier sous-groupe incluant le ghadamesi et le tawjilit, caractérisés par la préservation du *β proto-berbère en tant que β (devenu h ou disparu ailleurs) ; un second sous-groupe incluant le nafusi, le siwi et les parlers berbères du Fezzan, partageant un certain nombre d'innovations avec les langues berbères du Nord, tel la perte du *β proto-berbère et l’évolution du *ă en ə Karl-G. Prasse, , dans: Hamito-Semitica - Proceedings of the Ist Colloquium on Hamito-Semitic Linguistics, London, 1970, Mouton (1975), .
Langues touarègues
Le groupe des langues touarègues comprend plusieurs parlers généralement proches et mutuellement intelligibles : le ou tamahaq (Tămahăqq) – parler des Kel Ajjer et des Kel Ahaggar ; le , comprenant : le tamasheq (Tămášăqq) – parler des Kel Adagh le tayert tamajeq (Tămážăqq) – parler des Kel Aïr le tawellemmet tamajeq (tawəlləmmət) – parler des Ouelleminden
Langues berbères de l'Ouest
Le zenaga (parlé par les Zenagas en Mauritanie et au Sénégal) et le tetserret (parlé au Niger par les Kel Aghlal et les ) constituent, malgré la distance qui les sépare, un groupe distinct de parlers berbères. Les deux langues, avec quelques milliers de locuteurs pour chacune, sont considérées comme menacées.
Guanche Le guanche, langue éteinte au et autrefois parlée aux îles Canaries par les Guanches contient un grand nombre d'éléments berbères et y est souvent apparentée. Cette langue demeure toutefois peu documentée.
Répartition géographique Maroc
Le Maroc est le principal.. État berbérophone. L'article 5 de la Constitution de 2011 a introduit l'« amazighe » comme .. Dans l'introduction de l'ouvrage Berbères aujourd'hui, les berbérophones marocain sont estimés par Salem Chaker à au moins 40% de la population. D'autres sources rapportent le chiffre de 16%... Ces deux derniers chiffres ne reposent sur aucune étude ou recensement concrets. En revanche l'administration, se basant sur le recensement général de 2014 effectué par le Haut-Commissariat au plan, indique plutôt un taux de 25,8%. ce qui s'apparente a une baisse du nombre de berbérophones depuis 2004 où il était estimé à 27,5%. En 2024 le recensement a de nouveau été effectué et donne cette fois le chiffre de 24,8% indiquant une quasi stagnation par rapport à 2024. Il est à noter toutefois que ces chiffres font l'objet de nombreuses contestations et critiques par des associations amazighes notamment dans la méthodologie employée visant selon elles à minimiser l'importance du nombre de locuteurs. A ce propos la note relative au recensement de 2024 indique : « les personnes recensées sont interrogées spécifiquement sur les langues qu’elles utilisent dans leur vie quotidienne. Cela signifie que même les personnes capables de parler Amazighe mais qui déclarent ne pas l’utiliser au quotidien ne sont pas comptabilisées dans cette proportion. » ce qui laisse planer un doute sur le nombre réel de locuteurs de la langue.
L'amazighe est introduite dans les programmes publics et dans les émissions de télévision en vue de faciliter son apprentissage. Certaines bibliothèques, comme celle de la Fondation du roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines à Casablanca, possèdent un fond berbère.
Trois principales variétés du berbère sont parlées au Maroc : le chleuh, par près de 8 million de locuteurs, principalement dans le Haut Atlas Occidental, l'Anti-Atlas, le Souss et le Nord du Sahara., ainsi que dans les grandes villes comme Casablanca, Marrakech et Rabat parmi les immigrés : c'est la variante berbère qui prédomine. ; le chleuh a différents sous-dialectes, comme le berbère du Souss (tassoussit, soussiya) et le berbère du Haut Atlas occidental ; le tamazight (ou tamazight du Maroc central ; anciennement braber), par 3,3 millions de personnes, principalement dans le Haut Atlas Oriental, le Sud-est du Maroc et le Moyen Atlas. ; le rifain ou tarifit, par près de 1,5 million de personnes, principalement dans le Rif..
On trouve également d'autres dialectes, parlés par un nombre restreint de locuteurs comme le sanhadji des Srayr (environ ), le ghomari (environ dans le Rif) et le berbère de Figuig (environ ).
D'autres parlers distincts existent au Maroc mais sont généralement rattachés à des ensembles plus larges. Les parlers zénètes du Moyen Atlas oriental, sont généralement rattachés au tamazight avec lequel ils sont mutuellement intelligibles. Le parler des Béni-Snassen et celui de la province de Jerada sont quant à eux généralement rattachés au rifain, avec lequel ils sont mutuellement intelligibles.
Le judéo-berbère, rattaché au tachelhit ou tamazight et parlé autrefois par certaines communautés juives, est pratiquement éteint. Il serait néanmoins encore parlé par près de en Israël.
Algérie vignette|Carte des aires berbérophones d'Algérie L'Algérie compte entre 25 % et 30 % de berbérophones. Depuis le début du l'Algérie est le foyer de la revendication identitaire berbère, notamment à travers la Kabylie, principale région berbérophone du pays. Elle connaît divers printemps berbères, en 1980 et 2001, notamment autour de la question linguistiqueLyes Laribi, L'Algérie des généraux, . La diaspora algérienne fonde l'académie berbère, une structure associative qui promeut l'alphabet tifinagh, un alphabet touarègue (Sahara algérien, malien, libyen et nigérien). Cet alphabet est progressivement habilité au niveau des aires berbérophones du nord du pays (kabyle, chaoui...) bien qu'il n'y ai pas d'exemple d'usage du tifinagh après l'antiquité en Algérie...
Le Haut commissariat à l'amazighité, premier institut officiel au Maghreb destiné à l'étude des langues berbères est créé en 1995. L'Algérie est le premier pays à donner un statut constitutionnel à la langue berbère ; le tamazight est reconnu « langue nationale » dans la constitution de 2002Langue(s) et nationalisme(s), ENS Éditions, 2004, . Du fait de la pratique du tamazight, de sa valeur culturelle dans la société algérienne et du consensus politique autour de la question, la volonté de réforme de la constitution algérienne depuis 2015 constitue une perspective pour son officialisationTamazight : l’heure de l’officialisation, article du journal Liberté, le 20-04-2015, en ligne. Tamazight est finalement promu langue nationale et officielle lors de la révision constitutionnelle algérienne de 2016 (cf. son article 4)..
Les langues du nord de l'Algérie réparties sur le Tell incluent : Le chaoui (tacawit) est parlé par environ de personnes à l'est du pays, surtout dans les Aurès, les wilayas de Batna, Khenchela, Oum-El-Bouaghi, Tébessa, Souk Ahras, au sud de Sétif et dans une partie des wilayas de Guelma, Mila (extrême sud) et Biskra. Mentionnons aussi la présence de nombreuses communautés chaouis dans la wilaya de Annaba et de Constantine. Le kabyle (taqbaylit) avec 5 à de locuteurs. Le kabyle est le deuxième parler berbère le plus utilisé après le chleuh en Afrique du nord. Il est parlé dans les wilayas de Béjaïa, de Tizi-Ouzou et partiellement dans les wilayas de Bouira, de Boumerdès et d'Alger (wilaya comptant le plus grand nombre de personnes d'origine kabyle: plus de deux millions). Il existe également un certain nombre de personnes d'origine kabyles et de communes kabyles relevant du nord des wilayas de Jijel, Sétif et Bordj Bou Arreridj et Médéa . Enfin, il faut prendre en compte un nombre important de Kabyles habitant d'autres grandes villes algériennes comme Alger, Blida, Médéa ou Oran ainsi que parmi la diaspora algérienne en France et au Canada . Le chenoui est présent dans la wilaya de Tipaza, la wilaya d'Ain Defla, et le littoral de la wilaya de Chlef à l'ouest d'Alger ()..