(les ) est un genre fossile de mammifères proboscidiens de la famille des éléphantidés... Ils sont plus proches des éléphants d'Asie que des éléphants d'Afrique. Ils formaient un groupe largement répandu dont certaines espèces, comme le mammouth laineux, étaient particulièrement bien adaptées au froid.

Venant d’Afrique, les mammouths se sont dispersés vers l’Eurasie, puis vers l’Amérique du Nord au Pléistocène inférieur. Les dernières espèces se sont éteintes entre la fin du Tardiglaciaire et le milieu de l'Holocène. Une dernière espèce de mammouth nain est attestée au nord de la Sibérie, dans l'île Wrangel, entre 5 700 et 1 700 av. J.C. S. L. Vartanyan, Kh. A. Arslanov, T. V. Tertychnaya et S. B. Chernov, « Radiocarbon Dating Evidence for Mammoths on Wrangel Island, Arctic Ocean, until 2000 BC », Radiocarbon, Volume 37, Number 1, 1995, .

Historique vignette|Moulage du mammoutheau « Dima », découvert en Sibérie en 1977.

Les ossements de mammouths sont connus depuis la fin du . Georges Cuvier voyait en eux les ancêtres des éléphants (ils en sont en réalité de proches cousins). Les premiers exemplaires de ont été découverts en Sibérie en 1799Alice Brouard et Francis Latreille, « Les bestiaire de l'âge de glace », in Le Figaro Magazine, semaine du 20 décembre 2013, p.62-70.

Dans L'Histoire de l'AmériqueW. Robertson, L'Histoire de l'Amérique, tome I, 1777, (1778 pour l'édition française), p. 482., il est fait état de la découverte d'ossements de grande taille au confluent de la rivière Scioto avec l'Ohio :

Étymologie Le mot « mammouth » vient du russe mamont, depuis le mansi mang ont, signifiant « corne de terre ». Le mot apparut pour la première fois en anglais dans le Dictionariolum Russico-Anglicum de 1618 de Richard James.

Description vignette|Squelette de mammouth du musée zoologique de Saint-Pétersbourg. vignette|L'artiste magdalénien a représenté, sur le mammouth gravé sur ivoire de la Madeleine, un clapet anal en position relevée, indiqué par un triangle entre la base de la queue et le haut de la fesse..

Comme tous les éléphantidés, les mammouths étaient de grands mammifères présentant une tête volumineuse avec une trompe et un corps massif pourvu de membres en piliers munis de cinq doigts. L'une des plus grandes espèces de mammouth, Mammuthus sungari, pesait en moyenne entre 6 et , soit autant qu'un gros éléphant d'Afrique, mais des mâles auraient atteint le poids de . Certains mammouths atteignaient au garrot.

Au cours de leur évolution, ils ont développé une importante adaptation au froid. La taille des oreilles et de la queue a fortement diminué, un clapet anal (valvule ou opercule correspondant à un repli de la peau) est apparu et trois couches ont permis de les protéger : une couche de graisse de , une peau de d'épaisseur et une fourrure composée de trois sortes de poils isolantsLa bourre laineuse bouclée très dense de moins de , qui évite les pertes de chaleur ; le crin forme un sous-poil de 10 à de long qui protège de l'air froid ; les jarres forment de longs poils atteignant parfois et qui donnent la couleur du pelage.. Les poils extérieurs, exposés aux chocs thermiques, pouvaient atteindre un mètre de longueur. Ce lainage était composé de poils six fois plus épais qu'un cheveu humain. La tête, allongée et en forme de dôme, abritait des sinus très développés, permettant ainsi le traitement d'une grande quantité d'air froid.

Ces caractéristiques d'adaptation au froid ont été découvertes après séquençage du génome du mammouth en 2015 par Vincent Lynch, dont les travaux ont pour point de départ la comparaison entre le génome de deux mammouths et celui de trois éléphants d'Asie actuels.

Les mammouths sont en général caractérisés par des défenses proéminentes. La plus grande défense jamais retrouvée mesure près de . Les mammouths utilisaient ces longues défenses pour fouiller dans la neige les herbes à brouter. Des quartiers de la base et de la partie médiane de ces défenses ont été utilisés par l'Homme pour la confection de sculptures.

Liste des espèces décrites thumb|upright=1.3|Comparaison de la taille de différentes espèces de mammouths.

Selon : Mammuthus africanavus † Mammuthus armeniacus (Falconer, 1857) † Mammuthus columbi Falconer, 1875 † Mammuthus dwarfus † Mammuthus fraasi (Dietrich, 1912) † Mammuthus hayi (Barbour, 1915) † Mammuthus imperator (Leidy, 1858) † Mammuthus lamarmorae (Major, 1883) † Mammuthus meridionalis (Nesti, 1825) † Mammuthus planifrons † Mammuthus primigenius (Blumenbach, 1799) † Mammuthus rumanus Stefanescu, 1924 † Mammuthus subplanifrons (Osborn, 1928) † Mammuthus sungari (Zhou, M. Z, 1959) † Mammuthus trogontherii Polig, 1885 †Selon : Archidiskodon celebensis † Archidiskodon weifangensis † Mammuthus columbi † Mammuthus exilis † Mammuthus hayi † Mammuthus lamarmorae † Mammuthus meridionalis † Mammuthus primigenius † Mammuthus trogontherii †

D'autres espèces peuvent également être proposées, telle que Mammuthus creticus..

Phylogénie

Histoire évolutive thumb|Vue latérale d'une molaire de Mammuthus (les racines sont en haut). thumb|Surface occlusale d'une molaire de Mammuthus.

Les plus anciennes espèces que l'on peut attribuer au genre Mammuthus sont originaires d'Afrique. Il s'agit de : Mammuthus subplanifrons (4 millions d'années), connu uniquement par des molaires et une défense ; Mammuthus africanavus (entre 3 et 4 millions d'années), qui fait encore l'objet de controverses.

À partir de l'Afrique se développent en Eurasie puis en Amérique plusieurs espèces de mammouth qui ont pu être pour partie contemporaines : Mammuthus rumanus (Stefanescu 1924) est le plus ancien mammouth d'Europe (3 à 2,5 millions d'années) ; Mammuthus gromovi (Garutt et Alexeieva 1965) (2,3 millions d'années) est plus évolué que l'espèce roumaine ; Mammuthus meridionalis (Nesti 1825), littéralement « le mammouth du sud », espèce eurasienne la plus ancienne (2,6 à moins d'un million d'années) qui gagne l'Amérique du Nord il y a 1,5 million d'années ; Mammuthus trongontherii (Pohlig 1885), ou mammouth des steppes, qui vivait en Europe de l'Est avant de gagner l'Europe de l'Ouest vers - ans ; Mammuthus intermedius (Jourdan 1861), défini à Lyon et ancêtre du suivant ; Mammuthus primigenius (Blumenbach, 1799), le mammouth laineux, qui apparaît vers - ans en Sibérie, s'étend en Europe de l'Ouest vers - ans puis traverse le détroit de Béring exondé durant la dernière glaciation et se développe en Amérique du Nord. On a trouvé des mentons de mammouth en Europe et en France, dans la région parisienne, sur le site de Maisons-Alfort, Bonneuil-sur-Marne, et Vitry-sur-Seine. Des trouvailles ont été faites en Alsace ; Mammuthus columbi Falconer, 1875, le mammouth de Colomb, vivant en Amérique du Nord tempérée et issu de Mammuthus meridionalis ; il est à l'origine du suivant ; Mammuthus exilis, vivant vers - ans, espèce insulaire naine des îles de Californie.

Les dates d'extinction des mammouths peuvent être estimées ainsi : il y a ans pour Mammuthus exilis ; il y a ans pour Mammuthus columbi et Mammuthus primigenius en Amérique du Nord, ainsi que pour Mammuthus primigenius en Europe ; il y a ans pour les spécimens de l'île Saint-Paul en Alaska ; il y a ans pour les dernières formes naines de Mammuthus primigenius dans l'île Wrangel, au nord-est de la Sibérie.

Extinction

thumb|alt=Reconstitution d'un Mammouth laineux sur fond de ciel orageux.|La faune de la steppe-toundra était notamment représentée par le mammouth laineux.

La plupart des mammouths ont disparu à l'issue de la dernière période glaciaire. Une petite population a survécu sur l’île Saint-Paul, en Alaska, jusque vers 6 000 av. J.C.., tandis que les mammouths nains de l'île Wrangel n’ont pas disparu avant 2 000 av. J.C. environ. L'extinction des mammouths n'est peut-être pas due à une cause unique mais à une combinaison de plusieurs facteurs.

Changement climatique Les mammouths auraient pu disparaitre à la suite du réchauffement climatique de l'Holocène, qui a contribué à faire disparaître la steppe à mammouths, faite d'herbe et d'arbustes, au profit des forêts de conifères, au sud, et des régions de toundra, au nord. Les molaires du mammouth étaient parfaitement adaptées pour brouter de l'herbe, mais sans doute pas pour consommer des feuillages d'arbres. D'autres hypothèses ont été proposées concernant l'extinction des mammouths et de la mégafaune du Pléistocène en général : surchasse par Homo sapiens, théorie du géocroiseur tueur (astéroïde ou comète) du géophysicien Allen West..

Il y a , la température et l'humidité globales ont augmenté rapidement, permettant la migration vers le nord des plantes comestibles. Dans un premier temps, les grands mammifères du Nord ont pu tirer parti de cet accroissement de nourriture disponible, mais le changement climatique a fini par les mettre en danger. Les nouvelles conditions météorologiques avantageaient les arbres, qui ont prospéré au détriment des étages inférieurs dont se nourrissaient les mammouths et les autres grands mammifères. Certains animaux, comme le bison et le wapiti, se sont adaptés à la nouvelle situation, mais d'autres, comme les mammouths, n'auraient pu s'adapter.

Outre le changement dans la végétation et les écosystèmes, l'augmentation de la température (6 °C entre 10 000 et 9 000 av. J.C.) aurait lourdement affecté les mammifères adaptés au froid, causant finalement leur extinction. Dans le cas d'animaux comme le mammouth laineux, sa fourrure épaisse, qui permettait à son corps de conserver sa chaleur sous des climats glaciaux, pourrait l’avoir empêché d’éliminer l'excès de chaleur et aurait causé la mort de l'animal par hyperthermie. Les grands mammifères, qui ont un rapport surface-volume inférieur, auraient souffert plus que les petits mammifères. En outre, les pluies remplaçant les chutes de neige ne pouvaient réguler la température corporelle des mammouths, leur fourrure épaisse ne pouvant sécher au soleil et provoquant des épisodes d'hypothermie.

Toutefois des recherches récentes ont montré que la température moyenne annuelle de la période interglaciaire actuelle que nous connaissons depuis n'est pas supérieure à celle des interglaciaires précédents, et donc que ces mêmes grands mammifères avaient survécu à des augmentations semblables de la température. Dans ces conditions, l'augmentation de température n'est pas à elle seule une explication suffisante. Auparavant, le mammouth s'était adapté à plusieurs glaciations et réchauffements successifs par modification de sa pilosité, ainsi que de la taille et de la forme de ses défenses.

Surchasse De nouvelles données, provenant d'études menées sur les éléphants vivants, suggèrent que, si la chasse par Homo sapiens n’a pas pu être la cause principale de l'extinction des mammouths, elle y a probablement contribué de manière importante. Nous savons en effet qu'Homo erectus (qui vivait il y a entre 1,6 million et ) consommait déjà de la viande de mammouth.

Les partisans de cette théorie, avancée pour la première fois dans les années 1960 par Paul S. Martin, de l'université d'Arizona, font remarquer la coïncidence apparente de l'expansion de l'homme dans le monde entier avec l'extinction de nombreuses espèces animales. La preuve la plus convaincante de cette théorie est le fait que 80 % des espèces de grands mammifères se sont éteintes en Amérique du Nord seulement quelques milliers d'années après l'arrivée des Paléoindiens au sud de l'inlandsis laurentidien. Un autre exemple est celui de l'île de Madagascar, colonisée depuis environ 1 500 ans et où les hippopotames qui y vivaient ont disparu pendant les siècles qui ont suivi l'arrivée des humains, de même que les grands primates comme le lémurien géant Megaladapis. Dans le cas des mammouths, cette hypothèse a été corroborée par la découverte de squelettes de mammouth dans lesquels étaient fichées des pointes de projectiles.