La bataille de Tippecanoe (prononcé ) eut lieu le , entre une force américaine menée par William Henry Harrison, gouverneur du Territoire de l'Indiana, et des guerriers amérindiens associés au chef shawnee Tecumseh. Tecumseh et son frère Tenskwatawa (communément appelé « Le Prophète ») sont les meneurs d'une confédération d'Amérindiens venant de diverses tribus qui s'oppose à l'expansion américaine sur le territoire amérindien. Comme les tensions et la violence s'accroissent, le gouverneur Harrison emmène une armée d'environ disperser le siège de la confédération à Prophetstown, près de la confluence des rivières Tippecanoe et Wabash.
Tecumseh, pas encore prêt à s'opposer aux États-Unis par la force, est parti recruter des alliés lorsque l'armée de Harrison arrive. Tenskwatawa, un chef spirituel mais non un homme de guerre, est responsable de la confédération. Harrison établit son campement près de Prophetstown le et s'arrange pour rencontrer Tenskwatawa le lendemain. Tôt le lendemain matin, des guerriers venant de Prophetstown attaquent l'armée de Harrison. Bien que les attaquants, surpassés en nombre, aient pris l'armée de Harrison par surprise, Harrison et ses hommes ont tenu leurs positions pendant plus de deux heures. Les Amérindiens sont finalement repoussés lorsqu'ils viennent à manquer de munitions. Après la bataille, les Amérindiens abandonnent Prophetstown. Les hommes de Harrison mettent le feu au village et repartent d'où ils sont venus.
Harrison, ayant atteint son objectif qui était de détruire Prophetstown, proclame qu'il a obtenu une victoire décisive. Il acquiert le surnom de « Tippecanoe », qui fut popularisé dans la chanson pendant l'élection de 1840, lorsque Harrison fut élu président des États-Unis. Certains contemporains de Harrison, tout comme d'autres historiens ultérieurs, émettent cependant des doutes quant au réel succès de l'expédition. Bien que la défaite ait été un revers pour la confédération de Tecumseh, les Amérindiens reconstruisent rapidement Prophetstown et la violence à la Frontière a en réalité augmenté après la bataille.
L'opinion publique aux États-Unis attribue la responsabilité de la montée de violence à l'ingérence britannique. Cette suspicion conduit à une dégradation des relations américaines avec la Grande-Bretagne et sert de catalyseur à la guerre anglo-américaine de 1812 qui débute six mois plus tard. Lorsque les États-Unis déclarent la guerre à la Grande-Bretagne, la confédération de Tecumseh est prête à lancer sa propre guerre contre les États-Unis et établit une alliance avec les Britanniques.
Contexte
vignette|redresse|droite|William Henry Harrison peint par Rembrandt Peale en 1814. Après avoir été nommé en 1800 gouverneur du Territoire de l'Indiana nouvellement créé, William Henry Harrison cherche à obtenir des titres sur les terres amérindiennes pour permettre l'expansion américaine ; en particulier, il espère que le Territoire de l'Indiana pourra attirer suffisamment de colons pour pouvoir prétendre à la création d'un État. Harrison négocie de nombreux traités de cession de terres avec les Amérindiens, notamment le traité de Fort Wayne le dans lequel les Miamis, Potawatomis, Lenapes et autres chefs tribaux vendent (environ ) aux États-Unis.
vignette|redresse|Tecumseh par Benson Lossing en 1848, basé sur un dessin de 1808. vignette|redresse|Tenskwatawa par Charles Bird King. Tenskwatawa, connu comme « le Prophète », a conduit un mouvement religieux parmi les tribus du Nord-Ouest, appelant à un retour aux voies ancestrales. Son frère, Tecumseh, est outré par le traité de Fort Wayne et s'impose par la suite comme chef de file de premier plan. Tecumseh ravive une idée avancée au cours des années précédentes par le chef shawnee Blue Jacket et le chef mohawk Joseph Brant, qui affirme que les terres amérindiennes sont la propriété commune de toutes les tribus, et qu'elles ne peuvent être vendues sans l'accord de l'ensemble de ces tribus. Pas encore prêt à affronter les États-Unis directement, les principaux adversaires de Tecumseh sont initialement les chefs amérindiens qui ont signé le traité. Il commence par les intimider et menace de tuer tous ceux qui se conformeront aux termes du traité. Tecumseh commence à beaucoup voyager, exhortant les guerriers à abandonner les chefs accommodants et de rejoindre la résistance à Prophetstown. Tecumseh soutient que le traité de Fort Wayne est illégitime. Au cours d'une rencontre avec Harrison en 1810, il exige que Harrison annule le traité et prévient que les colons ne doivent pas tenter de s'installer sur les terres vendues dans le traité. Harrison rejette son exigence et maintient que les tribus peuvent entretenir des relations individuelles avec les États-Unis.
Au cours de l'entrevue, Tecumseh avertit Harrison qu'il irait chercher une alliance avec les Britanniques si les hostilités éclataient.. Les tensions entre les États-Unis et la Grande-Bretagne ont été élevées depuis plusieurs mois en raison de l'ingérence britannique dans le commerce américain avec la France. Dès 1810, des agents britanniques ont cherché à obtenir une alliance avec les Amérindiens pour les assister dans la défense du Canada dans le cas où les hostilités éclateraient, mais les Amérindiens ont été réticents à accepter leur offre, craignant de n'avoir que peu de bénéfices à tirer d'un tel arrangement.
En , Tecumseh rencontre de nouveau Harrison à Vincennes, où Tecumseh assure à Harrison que ses frères shawnees entendaient rester en paix avec les États-Unis. Tecumseh voyage ensuite vers le sud pour une mission visant à recruter des alliés parmi les « Cinq tribus civilisées ». La plupart des nations du sud rejettent ses appels mais une faction de Creeks devenue connue sous le nom des répond à son appel aux armes, conduisant à la guerre Creek, que l'on inclut également dans la guerre de 1812.
vignette|gauche|Site de Fort Knox, lieu de rendez-vous pour l'armée de Harrison. Harrison quitte le Territoire pour mener des affaires dans le Kentucky peu après la rencontre avec Tecumseh, laissant le Secrétaire remplir le rôle de gouverneur par intérim. Gibson, qui a vécu parmi la tribu des Miamis pendant de nombreuses années, est rapidement mis au fait des planifications de Tecumseh pour la guerre et appelle immédiatement la milice du territoire et envoie des lettres d'urgence appelant au retour de Harrison. À la mi-septembre, la plupart des régiments de milice sont constitués. À ce moment-là, Harrison est rentré, escorté par une petite force de réguliers, et a pris le commandement de la milice. Harrison a déjà été en communication avec ses supérieurs à Washington et a été autorisé à se présenter à la confédération dans une démonstration de force, espérant qu'ils accepteraient un accord de paix.
Harrison rassemble les compagnies de milice éparpillées à Fort Knox« Fort Knox II », non pas Fort Knox dans le Kentucky. près d'un village sur Maria Creek, au nord de Vincennes.. À cet endroit, il est rejoint par une compagnie de soixante hommes appelés les , ainsi nommés pour leurs manteaux jaune vif, venant de Corydon dans l'Indiana, tout comme les Les ont été constitués dans les premiers jours du Territoire pour protéger les colons des raids amérindiens mais n'ont pas vu beaucoup d'action au cours des cinq années précédentes.. De là, l'ensemble de la force d'environ part vers le nord en direction de Prophetstown. La force comprend environ 250 réguliers du d'infanterie des États-Unis, 100 volontaires du Kentucky et près de 600 miliciens de l'Indiana dont deux compagnies d'. L'armée atteint le site de l'actuelle Terre Haute le où les hommes établissent leur campement et bâtissent fort Harrison tandis qu'ils attendent qu'un approvisionnement leur soit délivré. Un groupe d'éclaireurs composé de se fait embusquer par des Amérindiens le , causant plusieurs pertes et empêchant les hommes de poursuivre leur recherche de nourriture. Les vivres commencent à diminuer rapidement. Au , les rations sont coupées et restent ainsi jusqu'au , quand des réapprovisionnements arrivent de Vincennes via la rivière Wabash. L'armée ainsi réapprovisionnée, Harrison reprend sa progression vers Prophetstown le .
Bataille Alors que les forces de Harrison approchent de Prophetstown au soir du , ils sont accueillis par l'un des partisans de Tenskwatawa brandissant un drapeau blanc. Il porte un message de Tenskwatawa, demandant une trêve jusqu'au lendemain où les deux parties pourraient tenir une rencontre pacifique. Harrison accepte une rencontre mais juge avec méfiance la proposition de Tenskwatawa, pensant que les négociations seraient vaines. Harrison déplace son armée sur une colline avoisinante, à proximité de la confluence de la Wabash et de la Tippecanoe. Là, il campe ses hommes en ordre de bataille et laisse des sentinelles en faction pendant la nuit.
vignette|gauche|300px|Carte montrant l'agencement du champ de bataille.
Sur le versant ouest de la colline sur laquelle il a établi son campement coule un ruisseau peu profond (Burnett Creek) et du côté est se trouve un talus très pentu. En raison de la nature de la position, Harrison n'ordonne la création d'aucun ouvrage temporaire autour de leur position, comme cela se fait d'ordinaire lorsque les armées établissent un campement. La compagnie de , commandée par le capitaine , est postée à l'extrémité sud du périmètre du camp. Le reste de la milice forme une formation rectangulaire le long des bords de la falaise qui entoure le campement. Le colonel commande les unités de la milice gardant la falaise abrupte sur le côté est de la formation. Les réguliers, commandés par le major Rodd et les dragons, commandés par le major Joseph Daviess et le capitaine , ancien membre du Congrès, sont gardés en réserve derrière la ligne principale.
En 1816, au cours d'une conversation avec Lewis Cass, gouverneur du Michigan, Tenskwatawa nia avoir ordonné à ses guerriers d'attaquer Harrison et blâme les Winnebagos de son camp pour avoir lancé l'attaque. D'autres récits pointent également les Winnebagos comme responsables pour avoir encouragé l'attaque et insinuent que Tenskwatawa était incapable de diriger ses partisans lorsque la panique s'est installée. Les partisans de Tenskwatawa sont inquiets de la proximité de l'armée et craignent une attaque imminente. Ils ont commencé à fortifier le village mais les défenses ne sont pas encore terminées. Au cours de la soirée, Tenskwatawa consulte les esprits et conclut qu'envoyer un groupe pour tuer Harrison dans sa tente est la meilleure façon d'éviter une bataille. Il assure à ses guerriers qu'il lancera des sorts qui leur éviteront d'être blessés et qui embrouilleront l'armée de Harrison de sorte qu'ils ne résisteront pas. Les guerriers se mettent alors en route et commencent à entourer l'armée de Harrison, cherchant un moyen de se faufiler à l'intérieur du camp. Ben, un conducteur de chariot afro-américain voyageant avec l'armée de Harrison, a déserté chez les Shawnees au cours de l'expédition. Il accepte de conduire un petit groupe de guerriers à travers les lignes jusqu'à la tente de Harrison. Au cours des dernières heures de la nuit, il est capturé par les sentinelles du campement, ramené dans le camp et attaché. Il sera plus tard reconnu coupable de trahison mais gracié par Harrison.