La bataille de Cillium a lieu vers , à Cillium (actuelle Kasserine, en Tunisie), et se solde par une défaite des Byzantins menés par le gouverneur Solomon, face aux Laguatans et Frexes, deux tribus berbères révoltées commandées par le chef Antalas.
Aux origines de cette bataille se trouve une révolte des Laguatans qui débute en 544 due notamment à une maladresse de Serge, le neveu de Solomon, gouverneur de Tripolitaine. À ce moment, Solomon décide d'attaquer les rebelles berbères, mais son armée est défaite et il meurt au cours de la bataille. À la suite de cette défaite toute l'Afrique byzantine tombe dans l'anarchie jusqu'à l'arrivée de Jean Troglita à la fin de 546, et ses campagnes pour que la province soit pacifiée et ramenée sous le contrôle impérial byzantin en 548.
Sources Les deux sources pour la reconquête byzantine de l’Afrique et les guerres entre Byzantins et Maures au milieu du sont Corippe et Procope de Césarée. Les deux sont des sources primaires de premier plan. Procope accompagne l’armée romaine lors de ses campagnes de reconquête et est directement en relation avec Bélisaire. Corippe est un poète romain qui est témoin de la reconquête. Les deux donnent une chronologie relativement similaire des évènements en Afrique. Toutefois, Corippe semble avoir écrit un panégyrique qui veut vanter les exploits de Jean Troglita et faire l'apologie de la politique byzantine en Afrique. Il minimise ainsi les erreurs byzantines et attribue l'entière responsabilité de la maure à Antalas.
Contexte vignette|redresse=1.5|Les conquêtes de l'Empire romain d'Orient sous le règne de Justinien (527-565). Depuis le milieu du , la province d'Afrique, peut-être la plus riche des provinces de l’Empire romain d’Occident, est entièrement occupée par les Vandales. Néanmoins, une paix subsiste, depuis au moins la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, entre l’Empire romain d’Orient et les Vandales. L’empereur Justinien a, toutefois, la grande ambition de restaurer l’Empire romain en Occident. La province d’Afrique est la première cible avant une invasion de l’ItalieJB, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), ..
L’expédition du général Bélisaire vainc rapidement et sans grande résistance les VandalesJB, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), .. En 534, moins d’un an après son début, la capitale, Carthage, est prise. Justinien souhaite alors restaurer l’Afrique romaine telle qu’elle était avant la conquête vandale. Les anciennes provinces sont rétablies avec la seule différence qu’ils dépendent maintenant de la préfecture d’Afrique plutôt que celle d’Italie. La frontière est de nouveau fixée sur les anciens limes (ceux avant la conquête) et Justinien annonce vouloir expulser tous les peuples « barbares », c’est-à-dire les Maures, qui y sont entrés depuis les VandalesJB, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), ..
Maure est le nom donné aux peuples semi-romanisés qui habitent de l’Atlantique à la chaîne Syrtique en Tripolitaine et qui sont dotés de structures tribales« Mauri (Moors) », The Oxford dictionnary of Byzantium, vol.2, dir. A.Kazhdan, New York, 1991.. Depuis la mort du roi Genséric, en 484, les tribus maures avaient été une source de révolte constante pour les Vandales. Ce qui était de « modestes collectivités » maures s’est transformé en peuples de taille beaucoup plus grande et organiséeIbid, par.34.. Plusieurs hypothèses sont discutées pour l’expliquer aujourd’hui. Cela pourrait être dû à un exode de paysans imparfaitement romanisés qui fuient le pouvoir vandale, ou bien de groupes nomades venus du SaharaElizabeth Fentress et Andrew Wilson, « The Saharan Diaspora and the southern frontiers of byzantine north africa », dans CONANT, P., Jonathan, et STEVENS T., Susan (sous la direction), North Africa under Byzantium and Early Islam, Washington, Dumbarton Oaks Research Library and collection Trustees for Havard University, 2016, .. Au début, causes de raids et de pillages, en 529, le chef Antalas en vient à directement infliger une défaite à l’armée du roi vandale en Byzacène, dans la campagne africaine. Les tribus sont en mesure de menacer directement et durablement l’intérieur du territoire.
Chaque province africaine est menacée par un peuple maure, mais il existe trois grandes entités maures principales en territoire romain : l’une, le roi Iaudas, domine l’Aurès, et deux autres, ceux d’Antalas et Cusina, se trouvent en Byzacène. Les Romains de Tripolitaine sont eux menacés par des Maures extérieurs au monde romain dont la plus grande tribu est celle des Laguatans. Lors de la guerre des Vandales, les Maures sont restés neutres pour ensuite se soumettre en se déclarant « esclaves de l’empereur » devant BélisaireYves, Modéran. Les Maures et l'Afrique romaine (), École française de Rome, coll. « Befar », 2003. (6 mars 2017), , par. 4.. Ce rituel pratiqué à l’époque vandale semble remonter peut-être même jusqu’au haut-empire. Il s’apparente au Fœdus (une alliance entre Rome et un peuple barbare). En échange, les Maures reçoivent des cadeaux et des insignes de pouvoir de la part des Byzantins. Toutefois, notons, d'après Christian Courtois, qu'au cours de cette cérémonie, les deux partis sont engagés, et que la neutralité des Maures qui « attendent, sans prendre parti pour l'un ni pour l'autre, l'issue des combats », les éloigne beaucoup du statut d'« esclaves de l'Empereur ».
La pacification de l'Afrique sous Solomon et la insurrection maure (534-543) Solomon, ancien lieutenant de Bélisaire, général énergique, compétent et courageux, devient nouveau gouverneurCharles Diehl, L'Afrique byzantine. Histoire de la domination byzantine en Afrique (533– 709), Paris, Ernest Leroux, 1896. (6 mars 2017), .. Il doit faire face à une insurrection maure et à une mutinerie dans l’armée menée par Stotzas. La situation en Afrique est si précaire que Justinien va lui concéder les pouvoirs civils et militaires, traditionnellement divisés sous le système administratif romain depuis DioclétienJB, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), .. Il va être à la fois magister militium (maître des soldats) et préfet du prétoire.
Solomon n’est pas en mesure d’appliquer les décrets d’expulsion de l’empereur. Peu après sa nomination, certaines tribus maures dont ceux d’Iaudas et Cusina se révoltent et se mettent à ravager le territoire, sans doute inspirés par le fait du départ de BélisaireCharles Diehl, L'Afrique byzantine. Histoire de la domination byzantine en Afrique (533– 709), Paris, Ernest Leroux, 1896. (6 mars 2017), .. Il semble que les Romains n’ont pas eu la même vision du rituel de soumission des Maures conclu avec BélisaireYves, Modéran. Les Maures et l'Afrique romaine (), École française de Rome, coll. « Befar », 2003. (6 mars 2017), , par.11.. Pour l’historien romain Procope, les Maures ne se révoltent pour aucune raison. Il a le même préjugé que les Romains de son époque. Les Maures sont considérés comme des Barbares comme tout peuple qui n’est pas grec ou romain. Il ne s’attarde pas à les comprendre, ils n’ont aucun motif de se révolter, car ils se sont déclarés esclaves. Pour les Maures, ce rituel représentait néanmoins la reconnaissance de leur droit de résider dans les territoires qu’ils occupent avec, aussi, la promesse de vivres. Il y aura mention, par les Maures, dans leur négociation avec Rome, qu’ils ont été maltraités par le pouvoir romain en dépit des engagements passés avec Bélisaire.
En 536, les campagnes du général soumettent les Maures bien qu’imparfaitement. Des pensions sont payées aux chefs maures et ceux-ci et leurs peuples ne sont pas expulsés de leurs territoires. Malgré une bataille décisive au mont Burgaon en 535, les forces des Maures restent relativement intactesJB, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), ..
L’infanterie et la cavalerie lourde romaine ne sont pas adaptées à une guerre menée contre des semi-nomades équipés de troupes très légèrement arméesCharles Diehl, L'Afrique byzantine. Histoire de la domination byzantine en Afrique (533– 709), Paris, Ernest Leroux, 1896. (6 mars 2017), .. Les troupes romaines sont aussi toutes équipées d'arcs, ce qui entraîne aussi une peur de la confrontation directe. Les troupes maures sont en mesure, de plus, en menant une guerre de guérilla, et sont capables de se replier des grands engagements armés sans subir de trop grandes pertes. Les Maures mènent essentiellement une guerre d’embuscadePhilippe, Richardot, « La pacification de l’Afrique byzantine 534-546 », #93-94-95-96, 2009/1, .. L’ennemi est, de plus, mobile, il peut se cacher et se replier chez lui dans les montagnes et le désert. Seul un commandant persistant et habile peut durablement neutraliser leurs forces.
L’armée byzantine d’Afrique, bien équipée et entraînée, est aussi indisciplinée, pas très nombreuse et manque de loyautéCharles Diehl, L'Afrique byzantine. Histoire de la domination byzantine en Afrique (533– 709), Paris, Ernest Leroux, 1896. (6 mars 2017), . Elle est, par ailleurs, avide de pillages et les civils se plaignent des exactions par celle-ci contre eux. Le général Solomon est, de plus, impopulaire, car jugé trop sévère et ne possède donc pas le même respect que Bélisaire en AfriqueJ.B, Bury, History of the later roman empire v.2, New York, Dover edition, 1958 (1898), .. En 536, un complot échoue à l’assassiner à Carthage. L’armée se mutine et Solomon doit fuir en Sicile. Un général d’armée, Germanus, un cousin de Justinien, doit être envoyé pour ramener l’ordre et Solomon ne peut reprendre ses fonctions qu’en 539.
Le déclenchement de la insurrection maure vignette|On voit ici la route Théveste (actuelle Tébessa, en Algérie)-Carthage. Sufétula (actuelle Sbeïtla, en Tunisie) est situé au sud-est, dans la dorsale tunisienne. La capitale de l’Afrique proconsulaire (et de la préfecture du prétoire d’Afrique), Carthage, et de Byzacène, Hadrumète sont visibles sur cette carte.|alt=