thumb|redresse=1.3 |Détail d'une enluminure du : débarquement au port d'Hormos, (en ligne).
Le Livre de Marco Polo (aussi connu sous les titres Le Devisement du monde ou Le Livre des merveilles, en italien sous celui dIl Milione et en anglais comme The Travels of Marco Polo) décrit l'empire sinomongol de Khubilai Khaan, pour lequel Marco Polo a été « messager », c'est-à-dire émissaire impérial, de 1275 à 1290.
Ce livre est considéré comme ayant fait faire un pas de géant à la géographie pour avoir décrit l'Asie et, en mer de Chine et océan Indien, les îles depuis le Japon jusqu'à Madagascar.
Faire connaître de nombreux peuples et les particularités de diverses régions du monde est le but fixé par les premiers mots du Livre : « Pour savoir la pure vérité de diverses régions du monde... ». Au long de ses itinéraires, le Livre rapporte aussi une multitude d'historiettes, historiques ou piquantes, rarement miraculeuses. Surtout, il relate l'histoire des Mongols de Gengis Khan, et décrit les institutions de la Chine sous l'empereur Khubilai Khaan, avec ses fastes, ses chasses et ses fêtes dans sa ville de Pékin (Khanbalik).
Rédigé en 1298 dans un français approximatif parsemé d'italianismes, corrigé par des copistes français à partir de 1307, ce livre comporte un prologue relatant un premier voyage en Asie, celui des père et oncle de Marco Polo, puis leur second voyage, cette fois avec Marco. Ce prologue est suivi de quatre itinéraires :
depuis Acre vers la Chine ; depuis Pékin vers le Yunnan et quatre États au sud de la Chine ; depuis Pékin vers Hangzhou et le port de Quanzhou ; enfin, l'espace entre le Japon et Madagascar en passant par Sumatra, Sri Lanka et l'Inde, puis le sud de l'Arabie.
À partir des manuscrits anciens qui ont été conservés, tant en français qu'en traduction, ce livre est fréquemment édité, sous divers titres. Il donne aussi lieu à d'innombrables études qui confirment la véracité de la plupart des nombreux faits consignés.
L'Œuvre thumb|Première impression à Venise : Delle meravigliose cose del mondo, 1496 (en ligne) thumb|Page de couverture de l'édition italienne de Ramusio, imprimée en 1559 (en ligne).
Le livre qui a rendu Marco Polo mondialement célèbre est la première description européenne de l'ensemble de l'Orient : Perse, Asie centrale, Extrême-Orient, Inde et océan Indien. Antérieurement, Jean de Plan Carpin et Guillaume de Rubrouck avaient raconté leur voyage en 1246 et 1254 jusqu'en Haute Mongolie, mais ils n'avaient pas pénétré aussi loin en Extrême-Asie et avaient rédigé en latin. Le Livre de Marco Polo est le plus ancien des livres en langue européenne moderne, non en latin et en prose, qui soit resté célèbre et populaireOuvrages importants en français avant M. Polo : La conquête de Constantinople de Villehardouin (1213) et Le livre du trésor de Latini, (1265). - Le Roman des rois de Primat de Saint-Denis date de 1274, mais la Chronique de France qui est la source restera rédigée en latin jusqu'en 1340. - La Vie de saint Louis de Joinville est postérieure : 1309, de même les Chroniques de Froissart : 1380. – Les “roman courtois” étaient des épopées versifiées et non en prose..
Ce livre décrit les immenses possessions de l'empire sinomongol, qui fut l'empire le plus vaste du monde. Il décrit aussi le Grand Khan et empereur de Chine Khubilai, qui fut l'un des hommes les plus puissants de l'Histoire – sinon le plus puissant de tous. L'attestent son organisation militaire, son mode de gouvernement, son papier-monnaie obligatoire, ses chasses extraordinaires et ses fêtes fastueuses :
« L'homme le plus puissant en gens, en terres et en trésors, qui fut jamais au monde ni qui soit maintenant, depuis Adam notre premier père jusqu'à aujourd'huiCh. 75 (lire en ligne).“Aujourd'hui” : c'est-à-dire 1298 ; en fait Khubilaï mourut en 1294.... Si que je vous dis bien en vérité que jamais ne fut ni ne sera, je crois, homme qui puisse avoir si grande réjouissance et agrément en ce monde comme celui-ci a, ni qui mieux eut le pouvoir de le faireCh. 92 (lire en ligne). ».
Le Livre n'est pas à proprement parler un récit de voyage, car les itinéraires sont reconstruits, et l'expérience vécue par son auteur n'est évoquée que de façon discrète – sauf peut-être quand il s'agit du charme des courtisanes de HangzhouRédaction de : « Ces dames sont très talentueuses (molto valenti) et ont un grand savoir-faire en flatteries et caresses, et en paroles vives accordées à chaque genre de personne ; en sorte que les étrangers qui les ont goûtées une fois demeurent comme hors d'eux, et tellement épris de leur douceur et agréments qu'ils ne peuvent jamais les oublier... » (ch. II-68 §24 - lire en ligne)..
Il fait voyager par ses descriptions de villes, d'institutions de pays lointains, de coutumes étranges et parfois cocasses ou piquantesCocasse : notamment la couvade (ch. 119). Piquantes : mœurs d'origines tibétaines (Hami, ch. 58 - Tibet, ch. 114 - Xichang, ch. 116)., émaillées de belles histoires comportant parfois des éléments légendaires présentés comme tels. Ce livre fut un guide utile pour les marchands en route vers l'Asie, quoique son auteur n'ait pas été lui-même un commerçant en Chine Leonardo Olschki : « Cette interprétation romanesque de Polo comme commerçant médiéval doit être réexaminée à la lumière des faits … il est très difficile de découvrir chez Marco Polo un commerçant au sens professionnel ou romanesque du mot. Il ne se présente jamais comme tel dans son livre » (Marco Polo's Asia, Berkeley: University of California, 1960, p. 97, lire en ligne). John Larner : « Qui chercherait dans ce livre la narration d'un explorateur héroïque serait sérieusement déçu … On peut conclure que son livre n'est pas l'œuvre d'un marchand vénitien sur le commerce en Orient » (Marco Polo and the Discovery of the World, New Haven: Yale University, 1999, pp. 68, 74).Jacques Heers : ‘Marco Polo acquiert en Chine d'autres expériences, et même une personnalité... qui se démarque bien de l'image traditionnelle du négociant occupé de commerce’ (Marco Polo, Fayard, 1983, p. 226)., mais un agent officiel employé par le palais impérialLuciano Petech : « sa carrière ne fut pas vraiment celle d'un marchand, mais plutôt d'un administrateur, ou si l'on veut, d'un gentilhomme au service de Qubilai. Il ne parle presque jamais de ses affaires » (Les marchands italiens dans l'empire mongol, Journal asiatique, t. 250, 1962, p. 552)..
Encore utile comme guide au , cette œuvre a beaucoup contribué aux progrès des géographies physique, humaine et politique :
Contenu du Livre thumb|Extension de l'empire mongol .
Un avant-propos, un prologue et quatre parties
vignette|droite|Perrière du type Bricole (ch. 145, bataille de Xiangyang). thumb|Perrière 'sarasenic' selon Heny Yule, 1871 vignette|droite|La caravane de Marco Polo voyageant vers les Indes (miniature d'Abraham Cresques dans l'Atlas catalan). vignette|droite|Miniature illustrant “l'arbre à vin” : « Quand ils veulent du vin, si en taillent une branche (et) est moult bon à boire » (ch. 165). vignette|redresse|droite|Papier-monnaie à pouvoir libératoire obligatoire, 1287.
Le Livre comporte un avant-propos, un prologue et quatre parties ; le nombre de chapitres est variable selon les manuscrits : entre 192 et 232La division en quatre parties est conventionnelle. Pipino est l'initiateur de cette division, mais il omet la quatrième partie. - Dans les éditions du Livre, la numérotation des chapitres varie selon les éditeurs. Pour une table comparative, voir (en ligne). - Pour la numérotation adoptée dans cette page, voir ici..
L’Avant-propos (à tort souvent confondu avec le Prologue, surtout dans la compilation initiale qui le numérote comme un chapitre) ne comporte que 300 mots et présente le livre, son auteur et les circonstances de sa rencontre avec son rédacteur, Rusticien de Pise (nommé « Rustaciaus de Pise » dans le ms. F et « Rusta Pisan » dans le ms. A1)Rustichello da Pisa est un nom dépourvu de source dans les mss. en français et en italien, mais admis depuis l'édition du ms. F par en 1928. Antérieurement il était nommé en Italie Rusticiano, entre autres par Vincenzo Lazari (I viaggi di Marco Polo, Venise, 1847), suivi par le colonel Yule (1871) et encore par The New Arthurian Encyclopedia de J. L. Norris (art. « Rusticiano da Pisa », Garland, New York, 1991, p. 392, lire en ligne).. S'y adjoint, dans les manuscrits B3, B4 et B5, un certificat d'origine de la rédaction corrigée à partir de 1307.
Le Prologue raconte en dix-huit courts chapitres le premier voyage de Nicolo et Matteo Polo, les père et oncle de Marco, entre 1255 et 1269, puis leur second voyage avec Marco de 1271 à 1295. Cette partie de l'œuvre est la plus personnelle. Elle valorise les parents Polo comme ambassadeurs du Grand Khan Khubilai auprès du pape, et plus tard Marco comme son « messager » ou Envoyé. — c'est-à-dire émissaire impérial chargé de transmettre les ordres de l'Empereur sans s'impliquer dans leur exécution, puis observer et faire rapport.
La Première partie détaille le second voyage, avec Marco, au long d'un itinéraire qui va de Saint-Jean-d’Acre et le port d'Ayas en Petite Arménie jusqu'à Shangdu, qui était la capitale d'été de Khubilai, où Marco lui est présentéCh. 14 : « Et quand l'empereur vit Marco qui était jeune bachelier, il demanda qui il était. ‘Sire, dit son père messire Nicolo, il est mon fils et votre homme’. — ‘Qu’il soit bienvenu’ dit le Seigneur. » (Lire en ligne).. Cet itinéraire commence par la traversée de l'Anatolie vers l'Iran et évoque les pays avoisinants : Grande Arménie, Géorgie, Mossoul où se produisait la mousseline, Bagdad où le califat avait été détruit par les Mongols en 1258. Ensuite vient l'Iran en commençant par Tabriz avec ses soieries, son orfèvrerie et ses populations mélangées (ch. 19 à 29), puis Saveh d'où sont venus les Rois mages, Yazd, Kerman, Ormuz (Hormos, qui était alors un port sur le continent), enfin l'est de l'Iran où est racontée l'histoire des Ismaéliens assassins dirigés par le Vieux de la Montagne (ch. 30 à 42). Ensuite est décrit l'Afghanistan, avec excursions au Kafiristan des irréductibles kafirs buveurs de vin et au Cachemire, puis le Pamir où « l'on monte tant que l'on dit que c'est le plus haut lieu du monde »Après le Corridor du Wakhan (ch. 49), les Polo passent plutôt par le Petit Pamir selon Nicolas Severtzov, Les anciens itinéraires à travers le Pamir, Paris, Bulletin de la Société de géographie, 1890 (en ligne)., puis entrée dans le Sinkiang près de Taxkorgan (ch. 43 à 50). Après une excursion à Samarcande (avec le miracle du pilier hors sol de l'église des chrétiens), le récit avance vers la Chine par les oasis au sud du désert du Taklamakan. Il poursuit par l'ouest du désert de Gobi jusqu'à Dunhuang, où sont décrits pour la première fois les rites des populations bouddhistes (ch. 52 à 57).De là, grande excursion vers le Nord pour évoquer Karakorum et l'histoire des Mongols, leurs mœurs de guerriers nomades et leur redoutable ascension avec Gengis Khan après sa victoire contre prêtre Jean, khan christianisé qu'il identifie, comme Rubrouck, à Ong Khan Toghril, puis va jusqu'au Grand Nord arctique (ch. 58 à 73).Enfin, le récit évoque la Mongolie Intérieure, puis l'arrivée à Shangdu en 1274La date de 1275 est erronée. l'indique dans sa préface, puis se reprend au ch. 13 (n. 1 p. 21). confirme 1274. Cette date correspond à un départ de Venise au printemps de 1271 + 3 ans de voyage. après trois ans de voyage (ch. 74).