Philippe de Valois, né en 1293 et mort le à Nogent-le-Roi est roi de France de 1328 à sa mort sous le nom de , dit « le Fortuné. » ou « le Catholique. », est le premier roi de la maison de Valois, issue de la branche cadette de dynastie capétienne fondée par son père Charles de Valois, frère cadet de .

Son accession au trône en 1328 découle d'un choix politique, à la suite de la mort bébé et sans frère de en 1316, puis des oncles de ce dernier, et , tous deux sans progéniture masculine survivante, afin d'éviter que la couronne de France ne passe dans les mains de la maison Plantagenêt régnant sur l'Angleterre et le duché d'Aquitaine.

S'il accède à la tête de l'État le plus puissant d'Occident, manque de moyens financiers, ce qu'il tente de compenser par la manipulation de la monnaie et des impôts supplémentaires, lesquels ne sont acceptés qu'en période de guerre. Il doit assoir au plus vite sa légitimité. Il le fait en restaurant l'autorité royale en Flandre en y écrasant la rébellion lors de la bataille de Cassel, le , au cours de laquelle furent tués et massacrés et paysans révoltés contre le comte de Flandre. Par une habile politique diplomatique et matrimoniale, il contribue à augmenter l'influence du royaume à l'est du royaume de France. Il rachète le Dauphiné pour le compte de son petit-fils, remarie son fils à une héritière potentielle de la Bourgogne et prend une option sur le comté de Provence.

En conflit avec , Philippe finit par obtenir de celui-ci l'hommage pour la Guyenne, mais leurs intrigues pour le contrôle des Flandres, l'alliance franco-écossaise et la nécessité de justifier les impôts supplémentaires conduiront à la guerre de Cent Ans.

Celle-ci commence de manière larvée, aucun des deux rois n'ayant suffisamment de ressources pour soutenir ses ambitions. La guerre se mène par alliés interposés, hormis en Guyenne où les forces françaises assiègent Bordeaux, mais doivent renoncer, faute de vivres. De la même manière, si la flotte française est en grande partie détruite à la bataille de L'Écluse en 1340, ne peut concrétiser cette victoire sur terre, et l'alliance germano-anglaise qu'il a organisée se disloque, faute de pouvoir tenir ses promesses pécuniaires.

Après la mort du duc , en , un conflit successoral oppose Jean de Montfort à Charles de Blois pour la succession de Bretagne. arbitre en faveur de son neveu, Charles de Blois. Jean de Montfort s'allie aux Anglais, qui débarquent à Brest en 1342 et qui occuperont l'ouest de la Bretagne jusqu'en 1397.

Toutefois, le véritable tournant du conflit a lieu en , quand obtient du Parlement anglais des ressources fiscales importantes pour deux ans. Philippe ne peut répondre qu'en recourant à des mutations monétaires, qui entraînent des dévaluations très impopulaires car elles déstabilisent l'économie. Fort de ses ressources financières, est capable d'attaquer en force sur au moins deux fronts. Il regagne du terrain en Aquitaine et surtout inflige une défaite écrasante à Philippe à la bataille de Crécy le . Ce dernier n'a plus les moyens d'empêcher le roi d'Angleterre de prendre Calais, après onze mois de siège, le .

meurt en 1350, complètement discrédité et en pleine épidémie de la Grande peste.

Jeunesse est le fils aîné de Charles de Valois, frère cadet du roi , et de Marguerite d'Anjou. Il est donc cousin germain des trois fils de Philippe le Bel (, et ), lesquels se succèdent sur le trône de France entre 1314 et 1328.

Philippe de Valois se marie en juillet 1313 avec Jeanne de Bourgogne.

« Le roi trouvé » Régence et avènement au trône de France

Pour comprendre l'accession de au trône de France au détriment d', il faut remonter à 1316. Cas inédit depuis Hugues Capet, meurt sans héritier mâle connu, son épouse étant enceinte du futur : l'héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre, la fille de , encore mineure.. La décision qui est prise à ce moment est très importante, car elle devient coutume et sera à nouveau appliquée lorsque la question dynastique se posera en 1328. L'infidélité avérée de la reine Marguerite fait planer le risque qu'un prétendant au trône, pour légitimer sa révolte, ne prenne pour prétexte que la reine fût bâtarde.. Le puissant Philippe de Poitiers, chevalier aguerri et formé par son père au métier de roi, s'impose comme régent à la mort de son frère le Hutin. À la mort de Jean le Posthume, il est considéré par les grands comme le plus apte à gouverner et se fait sacrer roi de France, consacrant l'éviction de Jeanne : si le choix du monarque français se fonde sur l'hérédité et le sacre, l'élection peut reprendre ses droits en cas de problème.

300px|vignette|Les rois de la guerre de Cent Ans.

Après le court règne de , mort sans héritier mâle, c'est son plus jeune frère, , qui, bénéficiant du précédent de son aîné, ceint à son tour la couronne. Malgré ses mariages successifs, est toujours sans fils pour lui succéder lorsqu'il meurt à Vincennes le . Jeanne d'Évreux, sa veuve, étant enceinte, on attend avec impatience de savoir quel sera le sexe de l'enfant. Philippe de Valois est choisi comme régent et a donc de grandes chances de devenir roi s'il s'avère que c'est une fille. Il profite de la régence pour neutraliser ses éventuels rivaux les plus menaçants, les Évreux-Navarre. La reine Jeanne d'Évreux accouche d'une fille, Blanche le . Quand le troisième et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant masculin, la question dynastique est la suivante : Jeanne de Navarre n'a pas encore de fils (Charles de Navarre ne naît que quatre ans plus tard), Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils, , roi d'Angleterre. Peut-elle transmettre un droit qu'elle ne peut elle-même exercer selon la coutume fixée dix ans plus tôt ?

pourrait être candidat, mais c'est Philippe de Valois qui est choisiAlix Ducret, Cent ans de malheur : les origines de la guerre de Cent Ans, Historia Nostra.. Il est le fils de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel et descend donc par les mâles de la lignée capétienne.

Il s'agit d'un choix géopolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays.. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavantComment le père au roi Édouard fut marié à la fille au beau roi Philippe de France. Chroniques de Jean Froissart, , , , Bibliothèque nationale de France.. Philippe de Valois cesse de porter le titre de régent des royaumes de France et de Navarre. et devient roi de France. Le dimanche , il est sacré à Reims par l'archevêque Guillaume de Trie. En tant que duc d'Aquitaine, , pourtant pair de France, n'assiste pas à la cérémonie. La nouvelle ne surprend pas en Angleterre, seule Isabelle de France, qui est fille de Philippe le Bel, proteste de cette décision qui prive son fils de la couronne. Elle envoie deux évêques à Paris pour réclamer l'héritage de son fils, mais ceux-ci ne sont même pas reçus.. En outre, le Parlement anglais, réuni en 1329, déclare qu'Édouard n'a pas de droit à la couronne et doit prêter l'hommage pour l'Aquitaine. De la même manière, Jeanne de Navarre, qui avait été évincée en 1316, reste candidate en 1328, son fils Charles qui est le descendant mâle le plus direct de ne naît qu'en 1332 et ne peut a fortiori être candidat.

Succession de Navarre, Brie et Champagne gauche|vignette|Sacre de , enluminure d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France.

À sa majorité, Jeanne aurait dû confirmer sa renonciation à la Navarre, à la Champagne et à la Brie. Philippe le Bel détenait ces terres de sa femme et Jeanne se trouve être leur descendante et héritière directe (dans ce cas, le roi tenant ces terres par les femmes ne peut contester que leur transmission se fasse par les femmes). Jeanne est mariée à Philippe d'Évreux (héritier de la Couronne si la branche des Valois s'éteignait) et peut compter sur le soutien inconditionnel des barons navarrais qui refusent que le royaume ne soit qu'une annexe gouvernée à distance par le roi de France. Contre Philippe d'Évreux et sa femme, il y a les filles de et de qui ont tous deux été rois de Navarre. Elles rappellent n'avoir jamais renoncé même provisoirement à leur héritage et surtout n'avoir reçu aucune indemnisation. Elles ont elles aussi leurs champions. L'aînée des filles de a épousé Eudes, duc de Bourgogne, qui met son influence dans la balance. Sa mère était fille de saint Louis, le couple n'est donc pas à prendre à la légère. Quant aux enfants du dernier roi, ils ont pour champion leur propre mère, la reine Jeanne d'Évreux. On voit donc là réapparaître cette famille d'Évreux qui est la première branche collatérale de la maison de France mais porte également les couleurs des Capétiens directs.

Les Navarrais ont choisi leur camp, ils réclament la fille du fils aîné de leur ancienne reine pour souveraine, soit Jeanne de Navarre, femme de Philippe d'Évreux. Ils n'ont en effet pas le souci d'éviter que leur couronne ne tombe entre les mains de souverains étrangers imprévisibles, eux qui ont vu leur couronne passer en un siècle des Champenois aux Capétiens. De plus, les Navarrais ont mal supporté de voir la femme de ne s'occuper, de la ville de Paris où elle réside, que de la Champagne, ce qui s'explique par la proximité géographique. Les souverains champenois s'étaient installés dans leur royaume pyrénéen, ce que les Capétiens ne feront pas, transformant la Navarre en un bout de France. Les Navarrais choisissent en fait l'indépendance. doit donc transiger : en avril 1328, le grand conseil assemblé à Saint-Germain-en-Laye laisse la Navarre à Jeanne, mais refuse de céder la Champagne et la Brie, car cela ferait des Navarrais des prétendants trop puissants, prenant Paris en tenaille entre leurs terres normandes et champenoises. Une compensation est donc prévue mais n'est pas fixée. Les Évreux ont le tort d'accepter à l'avance l'échange qui sera fixé en 1336 : ils obtiennent seulement le comté de Mortain et, pour un temps seulement, le comté d'Angoulême. de Valois écarte ainsi une terrible menace à l'est, mais le voilà avec un second roi étranger (après le roi d'Angleterre) possédant des terres en France, et qui rechignerait à lui présenter l'hommage vassalique.

Premiers temps du règne La bataille de Cassel

vignette|200px|Les insurgés surprennent l'infanterie française à son campement, mais regroupe la chevalerie. Chroniques de Jean Froissart, Paris, Bibliothèque nationale de France.

Les positions du roi en Flandre peuvent paraître fortes. Les expéditions militaires du temps de sont oubliées, le long contentieux autour des clauses inapplicables du traité d'Athis de 1305 également. Les « matines de Bruges » et le massacre de Courtrai étaient par contre dans tous les esprits et ne donnaient pas envie à la noblesse française de se frotter aux Flamands. L'adversaire le plus coriace du Capétien au temps de Robert de Béthune, comte de Flandre, est son fils , qui meurt quelques mois avant son père. À Robert de Béthune succède donc son petit-fils, connu aussi sous les noms de Louis de Nevers, de Louis de Dampierre ou encore Louis de Crécy. Comte de Flandre en 1322, ce prince va jouer la carte royale et s'appuyer délibérément à l'intérieur sur l'aristocratie d'affaires, qui avait partie liée avec le roi de France. Son arrière-grand-père Gui de Dampierre et son grand-père Robert de Béthune avaient su jouer des tensions sociales engendrées par un développement économique axé sur l'industrie textile contre les empiètements du pouvoir royal. de Flandre, allié au patriciat, sera une cible de choix quand se manifesteront les premiers remous sociaux.