( – ) est reine de Navarre de 1328 à sa mort. Elle est la seule enfant de et de Marguerite de Bourgogne.

La paternité de Jeanne reste toutefois douteuse car sa mère a été impliquée dans l'affaire de la tour de Nesle, mais reconnaît sa fille peu avant sa mort. Cependant, les barons de France sont opposés à l'idée de voir une femme accéder au trône et élisent roi de France , frère de . Les nobles navarrais rendent également hommage à Philippe. La grand-mère de Jeanne, Agnès de Bourgogne, ainsi que son oncle, , essaient sans succès de récupérer pour Jeanne les comtés de Champagne et de Brie, qui lui reviennent de droit. Après avoir épousé une des filles de et reçu les deux comtés en dot, Eudes renonce au nom de Jeanne à ses revendications sur la Champagne et la Brie en échange d'une compensation en . Jeanne épouse Philippe d'Évreux, membre de la famille royale de France.

Décédé en 1322, est remplacé sur les trônes de France et de Navarre par son autre frère, . À la mort de Charles en 1328, les Navarrais expulsent le gouverneur français et proclament Jeanne reine de Navarre. En France, Philippe de Valois est couronné roi. Il conclut un accord avec Jeanne et son époux où, en échange de la renonciation de Jeanne sur la Champagne et la Brie, il l'accepte comme souveraine de Navarre. Jeanne et son époux sont couronnés ensemble à la cathédrale de Pampelune le . Le couple royal coopère étroitement pendant leur règne conjoint, mais Philippe d'Évreux est plus actif. Cependant, ils résident la plupart du temps dans leurs domaines en France. La Navarre est alors administrée par un gouverneur en leur absence.

Biographie Soupçons d'illégitimité Jeanne est la fille unique de et de sa première épouse Marguerite de Bourgogne. Elle naît le Charles Cawley sur Medieval Lands https://fmg.ac/Projects/MedLands/NAVARRE.htm, plus de six ans après le mariage de ses parents. Son père est alors le fils aîné et héritier du roi de France . Il est déjà roi de Navarre depuis 1305.

Marguerite et ses deux belles-sœurs, Jeanne et Blanche de Bourgogne, sont arrêtées en , sous l'inculpation d'adultère avec les chevaliers Philippe et Gauthier d'Aunay. Après avoir été torturé, l'un des chevaliers confesse qu'ils ont tous deux été amants de Marguerite et Blanche pendant trois ans. Les frères d'Aunay sont exécutés et Marguerite et Blanche incarcérées à Château-Gaillard. Marguerite y meurt un an plus tard, sans doute à cause des mauvaises conditions dans lesquelles elle est détenue. À la suite de ce scandale connu sous le nom d'affaire de la tour de Nesle, la légitimité de Jeanne devient douteuse, compte-tenu des relations adultérines de sa mère. Toutefois, il paraît peu probable que ces relations aient pu durer trois ans entre 1311, année de conception de Jeanne, et 1314, sans avoir été éventées, dans un milieu aussi surveillé que celui de la famille royale.

Les relations adultérines de Marguerite, Jeanne et Blanche de Bourgogne donneront lieu à nombre de légendes. Depuis François Villon, en 1460, Alexandre Dumas en 1832 avec sa pièce de théâtre La Tour de Nesle, et Maurice Druon avec ses Rois maudits, de nombreuses histoires romancées sont venues compléter la réalité historique. Les seuls faits avérés par les archives de l'époque sont que l'adultère de Marguerite et Blanche a été reconnu et que les frères d'Aunay ont été suppliciés pour cela.

le Bel meurt le et le père de Jeanne accède au trône de France sous le nom de . Son règne est bref mais lorsqu'il meurt le , il reconnaît Jeanne comme sa fille légitime. Louis laisse enceinte sa seconde épouse, Clémence de Hongrie. D'après un accord conclu lors d'une assemblée des barons de France le , si la reine Clémence donne naissance à un fils, il sera proclamé roi, mais s'il s'agit d'une fille, elle et Jeanne ne pourront hériter que de la Navarre, de la Champagne et de la Brie, terres que Louis détenait de sa propre mère . Il est également décidé au cours de cette assemblée que Jeanne sera envoyée auprès de sa famille maternelle en Bourgogne mais qu'elle ne pourra se marier sans l'accord des membres de la famille royale. Point important, lors de cette séance, Philippe, comte de Poitiers et frère de , se fait reconnaître régent des royaumes de France et de Navarre, premier pas vers l'étouffement des revendications des autres prétendants aux trônes de France et de Navarre.

Éviction du trône

vignette|Image tirée de l'Arbre de la généalogie des rois des Francs de Bernard Gui. Jeanne y est représentée avec sa famille directe : son père , sa mère Marguerite de Bourgogne, sa belle-mère Clémence de Hongrie et son demi-frère le Posthume. Clémence donne naissance à un fils le , qui est proclamé roi sous le nom de . Ce nourrisson meurt au bout de quatre jours. L'oncle maternel de Jeanne, , qui se trouve alors à Paris, entame des négociations avec Philippe de Poitiers, frère cadet de , afin de protéger les intérêts de Jeanne. Philippe ne répond pas aux requêtes d'Eudes et se fait lui-même sacrer roi de France à Reims le . Les états généraux de 1317, convoqués par le suivant, statuent sur les droits de Jeanne à la couronne de France. Cumulant les inconvénients d'être mineure et de ne pouvoir défendre sa cause, d'être une fille et de pouvoir par mariage faire échoir le royaume de France en des mains étrangères, et de légitimité douteuse, Jeanne est évincée de la succession au trône par l'assemblée qui conclut au « principe de masculinité ». Ce principe n'a pas de rapport avec la loi salique, qui ne sera réinventée qu'en 1358 par l'entourage de , précisément afin de contrecarrer les ambitions de , fils de Jeanne. Se faisant reconnaître roi, Philippe fait main basse sur la Champagne et la Brie, lésant les droits de sa nièce Jeanne. Ce n'est qu'en et de mauvaise grâce, que les Navarrais consentirent à envoyer à Paris une délégation de procureurs y reconnaître Philippe comme leur roi.

La grand-mère maternelle de Jeanne, Agnès de Bourgogne, envoie des lettres aux principaux barons de France dans lesquelles elle considère comme illégal le sacre de l'usurpateur mais conserve le trône sans grande opposition. Les lettres adressées par Agnès aux seigneurs de Champagne les pressent de refuser de rendre hommage à Philippe et de protéger les droits de Jeanne. Dans une autre lettre, affirme que le déshéritement de sa nièce va à l'encontre du . Leur hostilité à est brisée lorsque l'oncle de ce dernier, Charles de Valois, un des plus influents grands féodaux, affirme soutenir les arguments de son neveu.

Philippe et Eudes parviennent à un accord le . Philippe offre en mariage à Eudes sa fille aînée Jeanne, à laquelle il accepte de transmettre en héritage les comtés de Bourgogne et d'Artois. Par ailleurs, propose le mariage de la jeune Jeanne de Navarre avec son cousin Philippe d'Évreux, pour une dot de et le droit d'hériter de la Champagne et de la Brie si le roi Philippe vient à mourir sans descendant mâle. accepte enfin que Jeanne renonce à ses droits sur la France et la Navarre à l'âge de 12 ans. Il n'existe pourtant de nos jours aucune preuve que cette renonciation ait eu lieu. Le mariage entre Jeanne de Navarre et Philippe d'Évreux est célébré le . Jeanne est ensuite confiée à la garde de la reine Marie de Brabant, la grand-mère de Philippe d'Évreux qui vit retirée dans son douaire à Mantes. Bien qu'ils vivent alors l'un près de l'autre, Jeanne et Philippe ne sont pas élevés ensemble en raison de leur différence d'âge. Leur mariage n'est consommé qu'en 1324.

Profitant des morts successives de et de Marie de Brabant en , de Bourgogne soustrait sa nièce du pouvoir royal afin de veiller à ses droits. La mort de remet l'arrangement de 1318 en question et permet à Jeanne d'entrer en possession de ses biens puisqu'elle n'a pas encore atteint sa douzième année. Toutefois, est remplacé sur le trône par son frère , qui retient l'apanage de sa nièce. Avec le même argument de la masculinité concernant la Navarre, il est couronné roi de France et de Navarre. En 1323, Charles exige un renouvellement du traité concernant la dévolution de la Champagne et augmente la compensation financière de Jeanne, ce qui la prive définitivement d'une réclamation ultérieure sur la Champagne. Néanmoins, l'arrivée au pouvoir de ne satisfait guère les barons de Navarre, qui refusent de lui rendre hommage. En représailles, Charles refuse de leur confirmer les Fueros (libertés).

Extinction de la lignée capétienne directe meurt le , ce qui conduit à une nouvelle crise de succession. La veuve du roi, Jeanne d'Évreux, est enceinte, ce qui précipite la convocation des pairs et des barons du Royaume à Paris pour y élire un régent. La majorité des barons reconnaît que Philippe de Valois détient la meilleure revendication pour obtenir le poste, car il est le plus proche parent mâle de . Pendant ce temps, les Cortes de Navarre se rassemblent à Puente La Reina le et cessent de reconnaître le gouverneur et les officiers français. Courant mars, ils nomment à la place deux régents et des officiers navarrais à tous les postes importants du royaume. Avant même cela, le pouvoir français se délite et, dès le , des émeutes anti-juives éclatent dans certaines villes de Navarre.

La veuve de Charles donne naissance à une fille, Blanche, le . La naissance de Blanche confirme la fin de la lignée des Capétiens directs. Jeanne de Navarre et son époux peuvent alors revendiquer le trône de France car ils descendent tous deux de rois de France, mais il existe au moins cinq autres concurrents, dont le régent Philippe de Valois. Les représentants des différents prétendants à la couronne se réunissent à Saint-Germain-en-Laye pour conclure un compromis. En Navarre, le principe de masculinité ne peut être invoqué, car le royaume est parvenu dans la famille capétienne par la reine . Philippe, sur suggestion de son grand conseil et conscient qu'il ne pourrait se faire reconnaître en Navarre, cède ses droits au royaume le jour même à Jeanne de France et Philippe d'Évreux. La nouvelle de la naissance de Blanche ne parvient en Navarre que le .

Philippe de Valois est couronné roi de France à Reims le . Il n'a finalement aucune revendication sur la Navarre, la Champagne et la Brie car il ne descend pas de la reine de Navarre. Pour renforcer sa mainmise sur le trône de France, de Valois reconnaît en juillet à Jeanne et son époux le droit de régner sur la Navarre, déclarant le fief Recueil des anciennes lois françaises , .. Philippe les persuade cependant de renoncer à la Champagne et la Brie en échange des comtés de Longueville, de Mortain et d'Angoulême, car il veut contrôler la région stratégique autour des foires de Champagne. Des lettres du roi et de la reine de Navarre confirment cet engagement par le traité de Villeneuve-lès-Avignon en 1336André Lefèvre, Les finances de la Champagne aux , Bibliothèque de l'école des Chartes..

Avènement au trône de Navarre Les Cortes navarraises se réunissent le à Puente la Reina, puis le premier mai à Pampelune. Ils y décident que, parmi les prétendants au trône de Navarre, Jeanne est celle qui doit en hériter, en tant que fille du dernier roi ayant prêté serment devant les Navarrais, ainsi que l'exige le for de Navarre. Deux messagers sont envoyés le annoncer en France la nouvelle à Jeanne et Philippe. Au même moment, le roi d'Angleterre envoie son sénéchal en Guyenne Raymond Durand communiquer en Navarre et dans le sud de la France qu'il va revendiquer les deux royaumes de France et de Navarre, mais cette démarche reste alors sans suite.