Richard Georg Strauss, né le à Munich et mort le à Garmisch-Partenkirchen, est un compositeur et chef d'orchestre allemand.
Richard Strauss est surtout un spécialiste et connaisseur hors pair de l'orchestre ; ses quelques œuvres pour formation de chambre sont peu jouées, à part les mélodies pour piano et chant, poèmes symphoniques et opéras formant le cœur de son œuvre. Si son nom est connu du grand public, c'est avant tout grâce aux trois opéras Salomé, Elektra et Der Rosenkavalier, et aussi grâce aux poèmes symphoniques Ainsi parlait Zarathoustra, Mort et Transfiguration, Till l'Espiègle ou Don Juan.
Le patronyme Strauss, qui signifie « bouquet », est extrêmement commun dans les pays germaniques, et il n'existe aucun lien de parenté entre le Bavarois Richard Strauss et les deux Johann Strauss (père et fils), originaires de Vienne (Autriche) et surnommés les « rois de la valse ». Les quelques valses composées par Richard Strauss ne sont présentes dans ses œuvres qu'à titre de clin d'œil à la tradition viennoise, en référence à une époque antérieure (par exemple dans les opéras Le Chevalier à la rose ou Arabella) ou comme élément connotant l'érotisme et la sensualité.
Biographie Années de jeunesse et « conversion » aux idées de Wagner et Liszt Richard Strauss est le fils d'un premier corniste de l'Orchestre Royal de Munich, Franz Strauss, qui était farouchement conservateur et anti-wagnérienFranz Strauss détestait la musique de Wagner, au point d’être le seul à rester assis, lorsqu’en 1883 l’orchestre de Bayreuth se leva pour rendre hommage au compositeur qui venait de mourir…, mais aussi et surtout un des meilleurs cornistes allemands (invité régulier à Bayreuth, où Hans von Bülow l’appelait « le Joachim du cor »).
Richard, enfant prodige, est formé à l'école brahmsienne et découvre la musique par l'étude des œuvres des classiques allemands ainsi que des premiers romantiques, tels Schumann et Mendelssohn.
La musique allemande connaît alors une période de conflit esthétique entre les tenants de la musique pure, parmi lesquels on compte Brahms, et les tenants de la musique à programme, dont le chef de file est le Hongrois Franz Liszt. Ce conflit sera incarné notamment par la controverse opposant Richard Wagner, adepte de l'« œuvre d'art total » (Gesamtkunstwerk), et le critique viennois Eduard Hanslick, très influent dans toute la seconde moitié du .
Le père de Richard Strauss choisit de préserver son fils de l'influence wagnérienne. Richard ne découvrira donc véritablement la modernité et la puissance expressive des œuvres de Liszt et Wagner qu'une fois sa carrière de chef d'orchestre amorcée. Il est en effet initié à la musique à programme à partir de 1883, lorsqu'il est appelé à diriger l'orchestre de Meiningen, au sein duquel il se lie d'amitié avec le premier violon , un familier des cercles lisztiens.
La maturité (1887-1929) Les poèmes symphoniques : maîtrise de l'orchestre et de ses ressources expressives vignette|Timbre à l'effigie de Richard Strauss. Les poèmes symphoniques de Richard Strauss reposent sur l'adaptation des formes musicales traditionnelles (forme sonate, rondo-sonate, thème et variations) à un argument narratif. L'orchestre de Richard Strauss tient compte de l'évolution de l'art de l'instrumentation au , et surtout des alliages de timbre expérimentés par Hector Berlioz (dont Strauss publie une révision du Traité d'instrumentation et d'orchestration en 1909), Franz Liszt et Richard Wagner. Pour ses poèmes symphoniques, Strauss garde un ancrage dans la tradition, tout en adoptant les idéaux esthétiques de la jeune génération. À partir de cette époque, le succès de Don Juan (1887-88), Macbeth (1886-87-91), Mort et transfiguration (1889), Till l'Espiègle (1894-95), Ainsi parlait Zarathoustra (d'après Nietzsche, 1896), Don Quichotte (1897), Une vie de héros (1898), la Sinfonia Domestica (1903), Une Symphonie alpestre (1911-15), ne s'est jamais démenti. Strauss s'est mis en scène dans deux de ses œuvres : Une vie de héros et Sinfonia Domestica. Cependant, ainsi que l'ont remarqué de nombreux exégètes, parmi lesquels l'écrivain et musicologue Romain Rolland qui fut un grand ami du compositeur, chacun de ses poèmes symphoniques ou symphonies à programme (Sinfonia Domestica et Une symphonie alpestre) peut être apprécié pour sa beauté sonore et ses qualités expressives sans que le programme ait été lu au préalable.
Les premiers opéras Richard Strauss se marie en 1894 avec Pauline de Ahna, soprano, ce qui peut expliquer sa prédilection pour ce registre dans ses compositions vocales futures.
Après deux tentatives plutôt infructueuses dans le domaine de l'opéra avec Guntram (1892-93) et Feuersnot (1901), Strauss connaît un succès éclatant sur la scène lyrique grâce à Salomé (1904–15), drame en un acte d'après la pièce d'Oscar Wilde. Son style ne renonce pas à l'orientalisme, à une sensualité exacerbée et à l'expression de sentiments d'une extrême violence par un langage qui se situe parfois aux limites de l'atonalité.
Pendant cette période, Strauss s'engage dans des actions collectives pour la défense des droits des compositeurs. Il préside l' (ADMV) fondée par Franz Liszt en 1859, puis la Genossenschaft deutscher Tonsetzer (GDT) qui cherchera à améliorer la rémunération des compositeurs, contre les éditeurs de musique et les producteurs d'opéras ou de concerts.
Rencontre avec Hugo von Hofmannsthal La rencontre avec l'écrivain, poète et dramaturge autrichien Hugo von Hofmannsthal (1874-1929) marque un tournant décisif dans la carrière du compositeur. Leur correspondance est la plus suivie et la plus éclairante que Strauss ait eue avec ses collaborateurs concernant la genèse de ses œuvres. Les opéras écrits sur un livret de Hofmannsthal sont les suivants : Elektra (1906-08), Der Rosenkavalier (Le Chevalier à la rose) (1909-10), qui comme Salomé sont entrés au répertoire de nombreux théâtres lyriques à travers le monde, Ariane auf Naxos (1912-16), Die Frau ohne Schatten (La Femme sans ombre) (1914-17), Die ägyptische Helena (Hélène d'Égypte) (1927) et Arabella (1932), à la création de laquelle Hofmannsthal ne put assister, son décès étant brutalement survenu durant ce qui est leur dernière collaboration.
vignette|Richard Strauss en 1910. D'un point de vue stylistique, Le Chevalier à la rose, dont l'action se situe dans la seconde moitié du , renoue avec le rococo et la légèreté de l'opérette viennoise. Ariane à Naxos revient aux catégories baroques de l’opera buffa, de l’opera seria, à la distinction entre aria et recitativo secco, tout en intégrant des intermèdes parlés et en adoptant un effectif orchestral plus réduit. La mélodie infinie héritée de Wagner est abandonnée au profit d'un retour à la division de l'opéra en une succession de scènes, le tout en accord avec une action située au et avec la volonté d'évolution du théâtre lyrique affirmée par Richard Strauss et Hofmannsthal. La lecture de la correspondance entre le compositeur et son librettiste nous révèle que c'est le second qui a convaincu le premier de se détacher progressivement de l'influence wagnérienne et de renouveler sa perception de l'histoire des arts, d'y remplacer une conception linéaire par une vision où la succession des événements est comparée à une spirale (l'« éternel retour »).
C'est sans l'aide de Hofmannsthal que Richard Strauss compose Intermezzo (1922-23), comédie bourgeoise en deux actes, sorte de conversation en musique à mi-chemin entre l'opéra, le Singspiel, l'opéra-bouffe, l'opérette, relatant une crise conjugale survenue entre un certain musicien du nom de Storch et son épouse Christine, une maîtresse de maison dotée d'un caractère très affirmé. Storch n'est autre que Richard Strauss, tandis que derrière Christine se cache Pauline de Ahna, son épouse, qui finit par renoncer à sa carrière de chanteuse pour s'occuper de son ménage.
Richard Strauss compose également de nombreux lieder (mélodies) avec orchestre (écrits initialement pour piano]. La tessiture est alors presque toujours pour voix de soprano.
La période tardive (1930-1949) Des circonstances politiques et artistiques difficiles Après la mort de Hofmannsthal, Strauss connaît comme une panne d'inspiration, due sans doute à une crise non pas seulement artistique, mais également personnelle, liée à la mort de son meilleur collaborateur ainsi qu'aux circonstances politiques. En 1933, Strauss accepte d'assurer la fonction de Président de la Reichsmusikkammer (Chambre de la musique du Reich). Il se justifiera en prétendant vouloir préserver la musique allemande d'influences qu'il juge néfastes, mais aussi d'un régime politique dont il estime parfois discutables les choix en matière artistique. S'il accepte de se soumettre au pouvoir en place afin de pouvoir continuer à travailler, il n'adhérera jamais à l'antisémitisme du régime : ainsi, il refuse que le nom de son ami, l'écrivain autrichien de confession juive Stefan Zweig (1881–1942), soit retiré du livret de La Femme silencieuseBlaise de Chabalier, « Richard Strauss, ombre et lumière », Le Figaro, encart « Culture », mercredi 11 juin 2014, p. 36..
thumb|upright=1.2|Strauss à Garmisch en 1938. Ainsi, durant cette période, il continue à œuvrer avec Zweig : La Femme silencieuse est créée sur un livret de ce dernier en 1935. Le nom du librettiste disparaît de l'affiche trois jours avant la première représentation à Dresde, mais le compositeur réussit à l'y faire rétablir. Strauss semble ne pas comprendre pourquoi la collaboration devrait être interrompue au prétexte que Zweig est juif. Le compositeur est contraint de démissionner de ses fonctions de président de la Reichsmusikkammer en 1935Albrecht Dümling, « Propagandaminister Joseph Goebbels und die Aufgaben der Reichskulturkammer im Dritten Reich », Neue Musikzeitung, 56. Jahrgang, mars 2007, pp. 4-5., lorsqu'une de ses lettres à Zweig est saisie par la Gestapo : il y demande à ce dernier de cesser d'accorder autant d'importance à sa judéité et lui rappelle qu'en art il n'existe que deux catégories de gens, ceux qui ont du talent et ceux qui n'en ont pas. , demande-t-il, Marion Sonnenfeld, The World of Yesterday's Humanity Today, State University of New York Press, 1983, p. 221.. Strauss se résigne : sa belle-fille, Alice, est juive, et ses petits-enfants sont donc juifs. En outre, le régime sait pertinemment que, pour renvoyer à l'opinion internationale une image acceptable, il est nécessaire de conserver à l'intérieur des frontières les rares personnalités artistiques de grande renommée qui ne sont pas déjà parties en exil. Strauss en vient à se compromettre avec le nazisme par quelques poignées de mains trop officielles — une célèbre photo le montre saluant très chaleureusement Joseph Goebbels — et des œuvres composées pour des événements célébrés en grande pompe par le régime : un Hymne olympique pour les Jeux de Berlin de 1936 et une Musique de fête japonaise accompagnant l'une des festivités scellant le rapprochement entre le Troisième Reich et l'Empire nippon.
Ses opéras seront représentés et créés jusqu'en 1942 : Friedenstag (Jour de Paix) en 1936, Daphné en 1937, L'Amour de Danaé en 1940, tous trois sur un livret de Joseph Gregor, Capriccio en 1942. Il figure même sur la Sonderliste de la Gottbegnadeten-Liste en 1944.
Le dernier opéra Avec Capriccio (1941) Richard Strauss couronne son œuvre lyrique par un opéra de très haute qualité tant musicale que dramaturgique. Le livret, écrit par le chef d'orchestre Clemens Krauss, revient encore au , précisément aux alentours de l'année 1775, et met en scène une comtesse française du nom de Madeleine, dont on s'apprête à fêter l'anniversaire. Pour ce faire, La Roche, directeur de théâtre, dispose de deux artistes, Olivier, le poète, et Flamand, le compositeur. Entre les deux, le cœur de Madeleine hésite.