Le Roman de la Rose est une œuvre poétique française médiévale de sous la forme d’un rêve allégorique. Il a été écrit en deux temps : Guillaume de Lorris écrivit la première partie () entre 1230 et 1235, puis l’ouvrage fut repris et complété par Jean de Meung (). La deuxième partie était longtemps datée entre 1275 et 1280, mais elle est aujourd'hui fixée plutôt vers la fin du règne de Louis IX, entre 1264 et 1269, selon de nombreux spécialistes comme Michel-Marie Dufeil et Jean Batany.

Le Roman de la Rose fut un énorme succès littéraire dès sa parution et jusqu'à la Renaissance. On en a retrouvé en effet environ une centaine de manuscrits en France, souvent somptueusement illustrés, et quelque 300 exemplaires historiques (manuscrits et incunables) seraient connusLe best-seller du Moyen Âge, Le Soir, ..

Présentation Pour le lecteur familier du français moderne, le Roman de la Rose n'est pas aussi illisible qu'il n'y paraît ; il faut s'habituer à certaines conventions orthographiques du et aussi à certains traits dialectaux des manuscrits. La langue employée est raffinée chez Guillaume de Lorris, énergique et savoureuse chez Jean de Meung. Il faut souligner l'intérêt psychologique de la première partie et la valeur intellectuelle et encyclopédique de la seconde.

La première partie conte la cour d’un homme à son aimée et ses tentatives de pénétrer dans un jardin/verger clôturé symbolisant la belle. La seconde présente une discussion plus philosophique à propos de l’amour ainsi que des digressions sur des sujets variés tournant parfois en dérision certaines idées et sentiments exprimés par Guillaume de Lorris.

Le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris L'ouvrage débute par un préambule printanier situé cinq ans plus tôt. Amour siège dans un jardin clos, vices et défauts sont représentés par des personnages allégoriques rejetés à l'extérieur des murs. Ainsi Danger représente la contrainte exercée par le mari ou le jaloux.La rose qui apparaît tardivement et la description de Largesse (v. 1197-1206) n'est pas sans rappeler le personnage de Liénor dans l'autre Roman de la Rose, celui quasi contemporain de Jean Renart, lorsqu'elle s'apprête à rencontrer l'empereur Conrad, traduction de Pierre Marteau, 1878, :

Guillaume enclôt sa quête de la rose dans tout un système allégorique où la rose est une métaphore de la femme aimée,

S'il utilise la rime songes / mensonges, il a cru à la véracité du songe., mais sa quête a échoué, car la dame aimée, finalement, ne répond pas à l'appel de mai : La vie n'est pas un songe. Le miroir brisé de Guillaume de Lorris :

et l'amant/narrateur, qui n'a cueilli que dans le songe le bouton de rose, (v. 3763).

Le texte de Guillaume se termine sur l'image de Bel-Accueil enfermé par Jalousie dans une tour, surveillé par une Vieille, espionne sans merci qui

tandis que Danger, Honte et Male-bouche en gardent les portes et que l'Amant éconduit est rejeté à l'extérieur.

Le Roman de la Rose de Jean de Meung vignette|upright=0.8|L'Amant et la Vieille, dans un manuscrit de 1348, (MS. Selden Supra 57, fol. 104r, Bibliothèque Bodléienne). Jean de Meung utilise le poème de Guillaume de Lorris comme point de départ de sa propre poésie, prolongeant l'œuvre de façon considérable puisqu'il lui rajoute . Le livre se présente comme une conversation plaisante et instructive, de caractère philosophique, avec des interlocuteurs successifs divers.

Il étoffe ainsi le personnage de la Vieille, la geôlière de Bel-Accueil, qui devient ici une horrible duègne. Ces femmes, spécialement chargées par le mari jaloux de surveiller leur maîtresse, la suivaient partout et rendaient compte de tous ses faits et gestes au maître qui payait pour cela, mais elles étaient toujours prêtes à servir celui qui payait le plus largement, jouant souvent le rôle d'entremetteuses. La Vieille raconte par le menu (vers 12 710 à 14 516) et avec cynisme comment une femme doit toujours extorquer autant d'avantages matériels qu'elle le pourra de ses amoureux et amants successifs — ce qu'elle a toujours fait — et qu'agir autrement n'est que folie conduisant à se retrouver démunie une fois disparue la beauté de la jeunesse. Avec cette leçon de cynisme et ces accents de misogynie, c'est tout l'idéal de l'amour courtois et de respect de la femme qui avait prévalu dans les cours seigneuriales, qui s'écrouleAndré Lanly, Notice de présentation au Roman de la Rose, tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1973, XV.. Mais on n'oubliera pas qu'une des idées les plus chères de Jean de Meung, c'est que le véritable amour doit être désintéressé et naître d'un cœur pur.

Cette seconde partie ne philosophe pas que sur l'amour. On y disserte aussi des animaux domestiques, que l'homme ne pourrait jamais asservir comme il le ferait s'ils disposaient de l’entendement ; de l'astuce de la nature qui, le désir de descendance des humains étant insuffisant pour assurer à lui seul la reproduction de l'espèce, a ajouté à l'acte d'amour un petit bonus de plaisir pour les motiver un peu ; c'est d'ailleurs la plus ancienne occurrence du mot « espèce » au sens biologique de lignée naturelle reproductive. On y discute enfin des seigneurs qui n'ont aucun sujet de se glorifier de leurs ancêtres quand ils ne possèdent pas eux-mêmes les qualités de ceux-ci. Or la vraie noblesse est le franc vouloir et la raison que Dieu a accordée aux hommesAndré Lanly, Notice de présentation au Roman de la Rose, tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1973, XVIII..

Mais cette suite du Roman de la Rose est avant tout une satire : Jean de Meung s'en prend aux ordres monastiques, prédicateurs et mendiants, et surtout aux religieux hypocrites qui n'ont de religieux que l'habit, au célibat des clercs, à la noblesse, au Saint-Siège, aux prétentions excessives de la royauté, mais surtout aux femmes. Alors que Guillaume avait exposé les lois de l'amour courtois, Jean de Meung ajoute un « art d'amour » qui expose brutalement les défauts des femmes, leurs pièges et les moyens de les déjouer, dans la lignée de l'esprit de moquerie et de scepticisme des fabliaux.

La vision de la femme chez Jean de Meung a provoqué de vives polémiques, la réaction de Christine de Pisan en particulier conduisant à une des premières querelles féministesVoir l'article sur cette querelle féministe sur sisyphe.org. On y trouve la comparaison, devenue fameuse, du mariage à une nasse où des poissons cherchent à entrer tandis que ceux qui sont piégés voudraient bien en sortir :

Accueil thumb|left|upright=0.8|Page de The Romaunt of the Rose, de Chaucer, vers 1440 (MS Hunter 409, page folio 57v, V.3.7).

Le Roman de la Rose a clairement été ce qu’on nommerait aujourd’hui — toutes choses égales par ailleurs — un succès de librairie. On en a retrouvé en effet environ une centaine d’exemplaires en France, et quelque 300 exemplaires historiques seraient connus. Pour apprécier à sa juste valeur ce chiffre, il faut se souvenir que Johannes Gutenberg n’invente l’imprimerie européenne à caractères mobiles que vers 1450. La grande majorité des exemplaires dont il est question ici sont des œuvres uniques, des manuscrits sur parchemin, calligraphiés avec soin et illustrés de miniatures pour de grands personnages, comme la mère de François ou des personnes très fortunées. Il existe aussi, à partir de la fin du , des incunables, illustrés de gravures sur bois.

Une partie du roman a été traduite en anglais sous le titre The Romaunt of Rose par Geoffrey Chaucer, qui a eu une grande influence sur la littérature anglaise.

thumb|upright=0.8|Prologue du « Roman de la Rose moralisé et translaté de rime en prose », miniature de la présentation du manuscrit à Philippe de Clèves par l'auteur.

vignette|upright=0.8|Le romant de la rose - moralisé cler et net, translaté de rime en prose par vostre humble Molinet - imprimé à Lyon en 1503 par maistre Guillaume Balsarin.

Jean Molinet, grand rhétoriqueur, poète et historiographe auprès de plusieurs princes de la maison de Bourgogne, en a fourni une version « moralisée » en prose en 1500 : (Le Roman de la Rose moralisé et translaté de rime en prose), qui a été imprimée à Lyon en 1503 (post-incunable). L'œuvre était d'ailleurs encore fort appréciée à la fin du , par les poètes de cour, tels Octavien de Saint-Gelais ou Jean Marot, qui en publia une nouvelle édition (considérablement remaniée).

Un exemplaire dédié, copié et enluminé par le Maître de Girard Acarie entre 1520 et 1525, comprenant 2 enluminures pleines pages représentant l'une les armes du roi et l'autre François 1er recevant l'ouvrage, 67 enluminures 2/3 de page dans un cadre, et 38 miniatures insérées dans les colonnes, est offert à François 1er. L'épître dédicatoire de Girard Acarie est placée avant le texte du roman.

Ronsard l'admirait beaucoup et s'en inspirait. Son ami, Jean-Antoine de Baïf, lui aussi admirateur du Roman de la Rose, le choisit pour sujet d'un sonnet qu'il adressa à Charles IX. gauche|vignette|Une page richement décorée du livre, 1390. Durant le Grand Siècle, l'œuvre est tombée dans l'oubli, comme pratiquement toute la littérature du Moyen Âge ; elle reste cependant connue des érudits : Adrien Baillet (1649–1706) considère Guillaume de Lorris comme le meilleur poète du et le Père Bouhours (1628-1702), dans Les Entretiens d'Ariste et d'Eugène présente Jehan de Meung comme « le père et l'inventeur de l'éloquence française », présentation de Pierre Marteau, 1878, .

C'est le qui redécouvre et remet à l'honneur la littérature pré-classique.

Albert Pike (1809-1891) fait une lecture ésotérique du Roman de la Rose, le rattachant au symbolisme issu de la lecture cabalistique du Cantique des Cantiques, qui considère la Rose comme le vivant symbole de la perfection : la conquête de la rose est ainsi l'image de l'initiation, la Rose étant le signe de l'accomplissement du grand œuvre pour les ordres ésotériques comme la Rose-Croix et la Franc-maçonnerie, p. 821-823. Selon lui, Citation originale : .

La « querelle du Roman de la Rose » Le Roman de la Rose fit l'objet d'une querelle fameuse dans le milieu lettré parisien dans les premières années du (sous le règne de Charles VI). Le corpus des textes en rapport avec cette querelle, qui passionna apparemment les contemporains, nous a été transmis, sous forme de « dossier », par pas moins de huit manuscrits de la première moitié du .

vignette|left|upright=0.8|L'illustration montre un mari battant sa femme, sous les vers : (Ms. Ludwig XV 7, fol. 54, Getty Center, vers 1405).

Tout commença en 1401 par une conversation animée entre Christine de Pisan, Jean de Montreuil et un « ami notable et clerc », portant sur les mérites du Roman de Rose. Apparemment insatisfait de son issue, Jean de Montreuil adressa à ses deux interlocuteurs, ligués contre lui, une épître, premier texte de la querelle, qui est perdue. Christine de Pisan répondit (premier texte conservé) : elle reprochait au Roman un vocabulaire grossier, des affronts faits à l'état conjugal, des incitations à une vie relâchée, et un discours satirique contre les femmes (). Gontier Col écrivit à son tour à Christine de Pisan, lui demandant copie de ce texte , et il joignit une autre œuvre intitulée le Trésor de la foi, attribuée à l'époque à Jean de Meung mais en fait de Jean Chapuis. Après avoir reçu copie du premier texte, il lui envoya une autre lettre, lui reprochant sa présomption de s'en prendre à ce . Christine de Pisan lui répondit en réaffirmant emphatiquement ses positions () ; elle envoya d'autre part tous les documents de la querelle à la reine Isabeau de Bavière et à Guillaume de Tignonville, prévôt de Paris (et homme de lettres, traducteur en français du Liber philosophorum moralium antiquorum, sous le titre Les Diz moraulx des philosophes).