Pétra (du , ; en ) est une cité nabatéenne située au sud de l'actuelle Jordanie. C'est le pôle touristique majeur de ce pays.
Fondée vers la fin du , par les Édomites, elle est ensuite occupée vers le par les Nabatéens qui la font prospérer grâce à sa position sur la route des caravanes transportant l'encens, les épices et d'autres produits précieux entre l'Arabie du Sud, l'Égypte, la Syrie et la Méditerranée.
Pétra a abrité à son apogée, vers l'an 50, jusqu'à . Vers le , la modification des routes commerciales et plusieurs séismes entraînent l'abandon progressif de la ville. Tombé dans l'oubli à l'époque moderne, le site est redécouvert en 1812 par le monde occidental grâce à l'explorateur suisse Jean Louis Burckhardt.
Les nombreux bâtiments, dont les façades monumentales ont été directement taillées dans la roche, en font un ensemble unique qui est inscrit, depuis le , sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. La zone autour du site est en outre, depuis 1993, un parc national archéologique. L'érosion, les pluies et le tourisme sont cependant une menace pour la préservation du site et des actions sont entreprises pour enrayer la dégradation des monuments.
Les communautés locales bédouines, les Bedul, sont intégrées de manière participative à la préservation du site de Pétra et à l'économie du tourisme.
Victime de l'instabilité politique de cette région du monde, le site connaît, au cours de certaines années, une baisse de la fréquentation touristique qui entraîne une perte de revenus pour les communautés locales qui vivent du commerce touristique.
Géographie
Situation vignette|redresse|alt=carte du relief de la région du Jourdain et du Sinaï|Carte de la région.
Pétra est située à mi-chemin entre le golfe d'Aqaba et la mer Morte à une altitude de , dans un fond de vallée de la région montagneuse d'Édom, à l'est de la vallée de l'Arabah. Le site de Pétra se trouve à près de au sud d'Amman, capitale actuelle de la Jordanie, soit à environ de route..
La situation de Pétra, dissimulée entre des rochers aux parois abruptes et dotée d'un approvisionnement sûr en eau, en fait un lieu propice au développement d'une cité prospère, comme étape du commerce caravanier. L'endroit n'est accessible par le nord-ouest que par un étroit sentier montagneux ou à l'est par l'accès principal, le Sîq, un canyon d'environ de long et jusqu’à de profondeur qui, à son endroit le plus resserré, mesure seulement deux mètres de large...
La présence d'eau et la sécurité apportée par le site ont fait de Pétra une halte naturelle au croisement de plusieurs routes caravanières qui reliaient l'Égypte à la Syrie et l'Arabie du Sud à la Méditerranée, chargées principalement de produits de luxe (épices et soie en provenance d'Inde, ivoire en provenance d'Afrique, perles de la Mer Rouge, turquoise du Sinaï, résine de Boswellia (l') et encens du sud de l'Arabie)..
Climat
Le site vignette|alt=Photographie de la sortie d'un défilé de roche rouge au delà de laquelle on aperçoit la façade d'un palais sculpté dans la roche. La silhouette d'un touriste prenant une photographie à l'aide de son portable est visible à l'entrée du défilé. À l'extérieur du défilé devant le palais, se promènent deux adultes et deux enfants. Les enfants donnent la main à l'un des adultes. Un chameau se repose.|Sortie du Sîq en . Pétra est un site localisé dans un cirque rocheux structuré par plusieurs failles creusées par des wadis, qui constituent les principales voies de communication. L'axe principal est le wadi Mousa, qui traverse le site d'est en ouest, d'abord dans la gorge du Sîq (« le fossé ») située à l'est, dont l'entrée, précédée par les « tombeaux Djinns », était surmontée d'une grande arche aujourd'hui effondrée. Ce défilé, traversant le massif du Khubtha, constituait la voie d'accès principale pour parvenir à Pétra, et avait été dallé dans l'Antiquité.
À partir de sa sortie, où se trouve la Khazneh, l'espace s'élargit. À cet endroit se trouvent de nombreux tombeaux ainsi que le théâtre. Le cours du wadi Mousa change d'orientation pour se diriger vers le nord sur quelques centaines de mètres, avant de reprendre son trajet sur un axe est-ouest, là où se trouve le centre de Pétra, avec ses principaux ensembles monumentaux. Ce secteur est défendu par des murailles sur ses flancs nord et sud plus exposés, la défense des côtés est et ouest ne posant pas de difficultés en raison de l'exiguïté des voies d'accès.
La voie pavée principale du centre-ville (son cardo) suit le cours du wadi sur sa rive sud, où ont été érigés d'est en ouest les marchés antiques, des jardins et le « grand temple sud » avec son esplanade, puis une porte monumentale ouvrant sur le temple Qasr al-Bint. D'autres édifices se trouvent sur la rive nord, notamment le temple aux Lions. Au niveau de la sortie orientale du centre, le cours principal est rejoint par plusieurs wadis d'orientation grossièrement nord-sud, qui ouvrent vers d'autres parties du site où se trouvent des monuments funéraires (notamment le tombeau « Turkmaniyeh » le long du wadi Abû 'Ullaiqa) ; le sanctuaire d'Al-M'aysrah, et vers le nord-ouest le massif sur lequel est érigé le Deir (le « monastère »).
Plus bas le wadi Mousa est rejoint par un réseau de wadis venant cette fois du sud, conduisant vers d'autres parties du site, notamment le wadi al-Farasa bordé par plusieurs tombeaux. Dans sa partie haute ce wadi mène au massif d'al-Madhbah (l'« autel », aussi accessible par un escalier depuis le théâtre). Au sud-ouest du site se trouve le massif d'Umm el-Biyara, la « mère des citernes », nommé ainsi en raison des nombreux aménagements hydrauliques qui y ont été construits dans l'Antiquité, qui a livré de nombreux vestiges d'époque édomite et une nécropole nabatéenne..
upright=2|centré|alt=plan avec des tracés de routes, de rivières et de monuments représenté par de petits carrés|vignette|Plan détaillé de Pétra. Rempart Chemin d'accès
Double carré : Haut-lieuCarré avec rond central : Forteresse des CroisésCarré barré : Fouille
Géologie vignette|Pétra est située sur le bord oriental du rift du Levant, composante régionale de la vallée du Grand Rift. Pétra est une ville située au milieu d'escarpements rocheux et la pierre y est visible partout sur le site. Celle-ci est composée de grès à dominante rouge-brun, roche détritique issue de l’agrégation et la cémentation (ou diagenèse) de grains de sable. Il s'agit d'une roche cohérente.. Elle est organisée en strates, qui offrent parfois des déclinaisons de couleurs chatoyantes (allant du jaune au violet en passant par le rose) renforcées par l'intensité de la lumière réfléchie par les grains de quartz, particulièrement en fin d'après-midi, d'où le nom sémitique de Reqem (la bigarrée) que lui ont donné les Nabatéens..
La géologie de la région située à l'Est de la faille du Levant, est marquée principalement par la formation Umm Ishrin, série sédimentaire des , de de puissance et qui date de la fin du Cambrien (500 millions d'années). Ces grès multicolores sont déposés dans un système de cours d'eau en tresses, d'où les figures de sédimentation typiques sur la roche (stratification croisée).. Leurs différentes teintes sont dues aux infinies nuances des oxydes de fer (hématite rouge, goethite jaune-brun résultant de la précipitation du fer et son oxydation dans les eaux souterraines) qui cimentent la roche, associés à des oxydes de manganèse qui donnent des teintes violacées ou à des joints ou fissures empruntées par des solutions réductrices de soufre (lits de pyrite à l'origine de teintes jaunes).. Au Précambrien, des plissements forment de hautes montagnes que l'érosion réduit peu à peu. Au Cambrien, l'érosion éolienne provoque d'énormes dépôts, les grès de Nubie. Le paléo-océan Téthys recouvre presque toute la région recouverte de sédiments marins sur près de d'épaisseur. Au Crétacé, se déposent les sédiments calcaires qui forment la chaîne montagneuse centrale de Palestine due à l'orogenèse alpine au paléogène. Au miocène (de d'années), la plaque arabique se sépare de celle de l'Afrique, ce qui se traduit par l'ouverture du grand fossé africano-levantin (le grand rift est-africain), et régionalement, au niveau de la faille du Levant, par le soulèvement de plateaux et d'épaulements associés à des failles visibles au niveau des escarpements imposants de grès..
Pétra est située dans une région à forte sismicité. Elle se trouve à la limite entre deux plaques qui coulissent : la plaque d'Arabie et la plaque d'Afrique. Le , en 419, 551 et 747, des tremblements de terre ont endommagé la ville et ses monuments..
Aux alentours de Pétra, on peut trouver des roches contenant de la silice, que les Nabatéens ont pu extraire dans des carrières pour faire du béton imperméable..
Pétra offre certaines curiosités naturelles comme des ..
L'afflux touristique sur le site ( en 1990, en 1998) accélère la météorisation anthropogénique qui dégrade la surface rocheuse des parois internes des monuments..
L'alimentation en eau
Les sources étant peu abondantes dans cette région semi-désertique, c'est l'eau de pluie, environ par an. (aujourd'hui de .), qui assurait l'essentiel des besoins. Les sources locales seules ne pouvaient fournir de l'eau que pour quelques familles.
Pétra, située dans une cuvette, pouvait récupérer les eaux pluviales d'un bassin de grâce à la relative imperméabilité des roches. Cette faible perméabilité du sol posait néanmoins de nombreux problèmes, comme le déclenchement de crues saisonnières des wadis (hiver et printemps) très puissantes et donc destructrices (notamment le Wadi Moussa). En effet, jusqu'à ce qu'il soit dévié au , le cours d'eau du Wadi Moussa (), qui coule depuis la source d'Aïn Moussa () dans le Sîq jusqu’au village de Wadi Moussa, était à l'origine de crues meurtrières, comme en 1963 lorsque français participant à un pèlerinage, dont l'abbé Jean Steinmann, meurent noyés, surpris par l'arrivée d'une vague monstrueuse. Le danger des crues n'est cependant pas entièrement écarté : en douze personnes ont trouvé la mort dans des intempéries dans les environs de Pétra et ont dû être évacués du site touristique.. Il existe aussi un qui rejoint le Sîq principal près des tombes royales..
vignette|alt=Couloir sinueux creusé dans la roche avec deux rigoles latérales également creusées dans la roche. Quelques personnes marchent en arrière plan au fond du couloir.|Les deux aqueducs creusés dans les parois du Sîq pour acheminer l'eau.
Au , Strabon dira que les habitants de Pétra .
Des installations de collecte et de distribution d'eau destinées à stocker et à transporter l'eau en s'affranchissant du relief escarpé sont encore visibles de nos jours, notamment des cinq barrages hydrauliques et des réservoirs à ciel ouvert. Il existait également un important réseau de citernes souterraines. Au nord-est et sud-est de Pétra, les eaux du Sîq coulaient dans deux aqueducs, une galerie ouverte (recueillant les eaux ruisselant des parois) taillée dans la roche et enduites de plâtre imperméable, une autre fermée, en pente douce, constituée de tuyaux en terre cuite ou en céramique. Les eaux pluviales alimentaient le premier aqueduc, l'Aïn Moussa le second, les (dont plusieurs sur le mont Umm el-Biyara, ou ), beaucoup de réservoirs et un nymphaeum, ou fontaine publique. Un réseau de plus gros débit permettait aussi de capter l'eau de sources plus éloignées et d'alimenter des quartiers en hauteur. On estime que ces réseaux amenaient environ 40 millions de litres d'eau par jour à Pétra. Ce système de distribution d'eau, comparable à celui de Rome à la même époque, était donc suffisant pour couvrir les besoins de la cité..